‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 89 sur 315 · ÉTAT MORAL ET RELIGIEUX DE ^AUTRICHE · texte numérisé non relu

ÉTAT MORAL ET RELIGIEUX DE ^AUTRICHE

font gloire d'être bons évangéliques, et pendant qu'ils font bombance, dilapident leurs revenus et celui des églises, ils se plaisent à voiries pasteurs pratiquer la sainte pauvreté apostolique; le pauvre curé, sa femme et ses enfants souffrent de la faim, et vivent dans l'angoisse et la misère. » A l'Autriche aussi pouvaient être appliquées les paroles de Mélanchthon : « Ceux qui se prétendent évangéliques tirent à eux les biens qui ont été donnés aux prédicateurs, aux écoles, aux églises, et sans lesquels nous finirons par redevenir payens 4. » Le prédicant Nicolas Pretorius écrivait à propos de Salomon Pfefferkorn qui, à Gobelsburg, persécutait durement le culte catholique : « 11 semble que je sois né pour vivre toujours sous une autorité impie, injuste, sacrilège et rapace. Mon seigneur agit comme presque tous ses pareils. Il accapare à son profit les riches biens ecclésiastiques, et ne donne aux curés qu'un mince salaire. Traiter indignement les curés et les congédier ensuite sans l'ombre d'un prétexte, telle est, depuis longtemps, son habitude. Les traitements sont mal payés et il est souvent arrivé qu'une commune restât six mois privée de pasteur*. »En beaucoup de villages, la paroisse était depuis cinq, dix, quinze ans sans prêtre et sans culte, de sorte que le peuple oubliait « toute notion chrétienne», ainsi que divers rapports d'enquêtes en font foi : « A Schrattenberg, depuis quatre ans il n'y a point de curé, la paroisse est abandonnée ; à Steinabrunn, même situation depuis onze ans ; le seigneur de Cinq-Eglises confisque à son profit tout le revenu; le même seigneur s'est approprié le revenu de la paroisse de Stützenhofen. A Drösing, depuis huit ans, il n'y a point de pasteur, les habitants mènent une vie grossière et impie. A Geresdorf, depuis quinze ans, point de curé ; le presbytère tombe en ruines, l'église est délabrée; le seigneur Hans Peltram jouit des revenus de la cure; il a vendu le presbytère à un mineur, s'est emparé des ornements d'église, et avec les plus belles chasubles il a fait faire des habits à ses enfants 3. » Bien que les nobles fussent presque toujours cause du triste abandon des paroisses, ils étaient assez hypocrites pour répéter très haut, en citant l'Evangile, qu'il fallait absolument obliger lesprédicants à s'élever en chaire contre un pareil état de choses. «Un grand nombre de paroisses sont sans pasteurs, » disaient-ils, i de sorte que le bas peuple

* Voy. WlEDEMANN, t. I, pp. 73 et suiv.

* «... nobilis, uli ferc omnis Evangclicus Magistrates Austriaeus solct, bonis ecclcsiasticis utilur..., etc. Voy. Raupakii, Presbi/l. Austr., p. 143, note 3.

3 WiEdEMAXN, t. III (pp. 99, 171, 241-242, 265, 338, 403, note 2, 424, cite d'autres nombreux exemples de l'abandon de tout culte dans un grand nombre de paroisses

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devient si impie, si grossier, qu'il est presque impossible de le contenir; il est vraiment semblable à la brute depuis qu'il est privé de tout principe chrétien et de tout sacrement 4. » « Sous l'influence de la nouvelle doctrine, » déclarait on 1S56 la corporation des meuniers de Kamp, de Mödring et de Falkenthal, « le sentiment de l'honneur , la conscience et la loyauté ont disparu. Le culte est presque entièrement ruiné *. »

En 1556, une députation do la noblesse de la Basse-Autriche supplia le roi de prendre sous sa protection la prédication de la véritable parole de Dieu, et de remédier « aux superstitions abominables qui s'étaient glissées dans l'ancienne religion; son devoir était de faire adhérer tous ses sujets à la religion seule reconnue orthodoxe et d'avoir l'œil à ce que rien ne vînt plus entraver à l'avenir la mission des prédicants et des maîtres d'écoles évangéliques. La pure parole de Dieu avait été remise en lumière dans toute son intégrité; il leur était impossible d'obéir plus longtemps à l'ancienne religion, qui n'était plus d'accord avec l'Evangile. » Ferdinand répondit avec calme qu'en sa qualité de souverain catholique il ne se croyait pas autorisé à renverser les saints préceptes et les lois de l'Eglise. Jamais il n'avait opprimé la conscience de personne, jamais il ne le voulait faire. Lui aussi souhaitait que la parole de Dieu fût prêchée en tous lieux dans toute son intégrité et d'après son sens véritable; mais selon que l'avaient enseignée les Apôtres, les saints martyrs, les docteurs et les pères de l'Eglise. S'il consentait à laisser prêcher cette divine parole d'après la conscience, la conviction, le sentiment de chacun, on verrait bientôt les hérésies, les sectes les plus extravagantes envahir les provinces de la Basse-Autriche.Chacun s'imaginerait avoir seul pénétré le sens des Ecritures et, s'en rapportant à son propre jugement, déclarerait ne devoir obéissance à aucune créature et ne vouloir se soumettre qu'à Dieuseul. L'expérience avait suffisamment prouvé ce que devenait l'unité de la foi lorsque l'individu interprétait à sa guise la sainte parole de Dieu3.

En effet, cette expérience l'Autriche l'avait faite depuis bien des années. En 1560, un nouvel édit du roi parut contre les dissidents, en particulier contre les Anabaptistes, les Zwingliens et les disciples de Schwei) ckfeld, toujours plus nombreux dans la contrée 4. Outre

• Raupacb, Evangel. Oesterreich, t. II, pp. 75-82. Appendice. Voy. Wiedeman.n, t. I, pp. 56-86.

* WlEDEMANN, t. III, p. 133.

a Stim.tz, Ausschusstuy oon i556, xoy.Archiu für österreichischer Geschichtsquellen, t. VIII, pp. 160167. W)ldlman>, t. I.pp. 140-148.

4 WlEDEMAÎO, pp. 149-150.

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ces dissidents, on y trouvait encore des Luthériens, des Mélanchlhoniens, des Majoristes, des Osiandristes, et aussi des Stankarianistes, qui niaient la divinité du Christ dans l'œuvre de la rédemption. Les Flaciniens prirent peu à peu la haute main, mais ils ne lardèrent pas à se diviser en plusieurs sectes. De la doctrine de leur maître, que le péché originel est la substance même de l'homme, quelquesuns avaient conclu que l'homme déchu et non encore régénéré est la créature de Satan; que, par conséquent, les femmes enceintes portent Satan dans leur sein, et sont obligées do déclarer leur état en présence de tout le peuple *.

Au milieu de la confusion générale, Ferdinand crut qu'en dehors de la réforme urgente du clergé régulier et séculier il était nécessaire de donner quelque satisfaction aux nouveaux croyants, et de leur faire des concessions, afin de les ramener plus sûrement dans le giron de l'Eglise. Par ces concessions, il entendait surtout la tolérance du «calice laïque» et du mariage des prêtres, et la suppression des lois sur le jeûne. Lorsqu'il fut question de la reprise du Concile, il entama avec Rome des négociations actives à ce sujet, et ses pressantes instances furent chaleureusement appuyées par son gendre, le duc Albert de Prusse.

1 Nous reparlerons plus lard tic ces sectes.

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