‹ L'Allemagne et la réformeChapitre 90 sur 315 · ECCLÉSIASTIQUES · texte numérisé non relu

ECCLÉSIASTIQUES

Do bonne heure, les nouvelles doctrines s'étaient propagées en Bavière. « Des ecclésiastiques, des laïques, des ouvriers, des apprentis, » lit-on dans un écrit daté de 1524, « ont prêché parmi nous l'Évangile de la corruption radicale de l'Eglise actuelle; ils nous on dit, en s'appuyant sur des textes de la sainte Ecriture, qu'il n'existait point de différence entre les prêtres et les laïques, que nous ne devions plus souffrir la domination des prêtres, et que la confession, les jeûnes, les bonnes oeuvres n'étaient pas nécessaires au salut. » « Plusieurs chrétiens résolus, en maintes localités de la Bavière, ont montré beaucoup de courage et d'habileté pour annoncer en secret la parole; ils l'ont même prêchée dans les marchés publics et dans les hôtelleries, répétant que la loi temporelle, elle aussi, était remplie d'abus, qu'il était grand temps qu'on eût pitié des pauvres; que dépouiller les riches de leur luxe et de leur superflu pour la gloire de Dieu, c'était faire œuvre pie, et que le saint Evangile et la parole divine, si longtemps obscurcis, mais enfin remis en pleine lumière dans les jours de bénédiction où nous vivions, faisait aux chrétiens un strict devoir de travailler à la réforme de la société 4. »

Dès le printemps de 1522, les ducs Guillaume et Louis avaient publié un édit interdisant sous les peines les plus sévères les innovations religieuses. Rien que de funeste, y lisait-on, ne pouvait résulter du nouvel évangile; on n'avait à en attendre que la ruine de toutes les lois divines et humaines; par lui s'introduirait dans la foi chrétienne un déplorable et irrémédiable malentendu ; la nouvelle doctrine permettrait à chacun d'interpréter à sa guise les

4 New Weis das heilig Euangelium sa predigen und sa lehren (iü24), p. 4.

ÉTAT DE LA RELIGION KT DES MGEtJHS EN BAVIERE. m

s;iints Evangiles elles saintes lettres, et si l'on permettait sa diffusion, l'unité de la foi serait à jamais déchirée *. Plusieurs prédicants subirent le dernier supplice pour avoir prêché, malgré les défenses des ducs. Un grand nombre d'Anabaptistes furent exécutés.

Nulle part, la discipline ecclésiastique n'était plus en vigueur. Les premières dignités de l'Eglise étaient le privilège exclusif des nobles; par conséquent c'était pour les évéques, comme beaucoup s'en plaignaient , « une besogne fort difficile que d'ôter les charges aux indignes». « Nous avons les mains liées,» disait l'évêque Gabriel d'Eischstadt; » une grande partie du clergé se regarde comme au-dessusdc tout contrôle. Nos chanoines veulentêtre complètement indépendants, et refusent de se soumettre à leur évêque en quoi que ce soit; les supérieurs de couvents invoquent leurs libertés et privilèges et se révoltent dès qu'on veut leur faire quelques représentations; les curés et vicaires trouvent tant d'appui auprès des conseillers laïques qu'il nous devient impossible de les atteindre. Le manque de bons prêtres se fait sentir tous les jours davantage i. Depuis que le Luthéranisme a pris parmi nous tant d'accroissement, et que l'esprit d'insubordination a grandi comme à vue d'œil dans le clergé comme parmi les laïques, les vices pullulent jusque dans l'Eglise, et les prêtres, qui devraient être les guides des peuples, ne sont plus que d'aveugles conducteurs d'aveugles3. » Mais si Gabriel déplorait l'impossibilité de séviroù se trouvaient trop souvent les évèques, cela ne l'empêchait point d'attribuer à leur « scandaleuse incurie » la plus grande partie des malheurs de l'Eglise. « Je crains bien, » disait-il un jour à Kilian Leib, « que le Protestantisme ne soit un fléau de Dieu, et que vis-à-vis de lui nous ne soyons condamnés à l'impuissance. J'ai eu de sérieux entretiens avec plusieurs évêqucs, mais rien n'est pris à cœur 4. »

Les chanoines, en Bavière comme partout ailleurs, causaient surtout du scandale; tous avaient hérité des vices d'une noblesse dépravée. La plupart du temps, ils acceptaient un canonicat sans avoir reçu l'ombre d'instruction religieuse. En général, ils n'étaient pas prêtres, et cependant ils contribuaient par leurs honteux désor-

1 Voy. Winter, t. I. pp. 310-315. Voy. aussi notre second volume, pp. 358-365.

2 m IMures Ecclesiœ, » écrivait Kilian Leib en 1533, « innostra Eystcttcnsialiisque diœcesilnis non potucrunt habere pas tores, sic sancta in dies religio deficiebat. • Même dans la partie de l'évéché resiée extérieurement attachée à l'évêque, tous les liens de la discipline et de l'ordre semblaient rompus. Le chapitre menaçait de se dissoudre. Les assemblées du chapitre ou n'avaient pas lieu ou devenaient l'occasion de scandaleux excès. Voy. l'article de Suttnkr dans VEichstddter Pastoralblatt, 1870, p. 171. Ce qui se passait dans le diocèse d'Eichstädt se passait ailleurs.

* Curieuse Nachrichten, p. 87.

« Voy. Suttner, p. 177.

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