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ÉTAT DE LA RELIGION ET DES MOEURS EX BAVIÈRE

dres à inspirer au peuple le plus grand mépris pour l'état ecclésiastique » «Qu'il sera difficile de réformer les chapitres de nos cathédrales, » écrivait Jean Eck le 13 mai 1540 à Contarini, « surtout celles où les nobles seuls sont en possession des canonicatsl Sur vingt-quatre, trente, et même quarante chanoines, à peine si cinq ou six sont prêtres; j'ai vu un chapitre il y a peu de jours, où ni 1 evêque, ni le prévôt, ni le doyen n'avaient reçu les ordres. Quelques chanoines ne prient jamais; d'autres paraissent rarement au chœur; aucun d eux ne se soucie de théologie 2. » En 1549, le synode provincial de Salzbourg fit d'inutiles efforts pour démontrer au duc Guillaume que la cause principale de la corruption du haut clergé, c'était l'exclusion des bourgeois des hautes dignités ecclésiastiques3.

« Les décrets des synodes seront toujours impuissants, » répétaient les délégués du duc, « si Ton ne songe d'abord à réformer les mœurs du clergé, car une discipline corrompue est la mère des hérésies. » Quant au bas clergé, on comprendra jusqu'où allait son abaissement en lisant la supplique adressée au synode par un certain nombre de prêtres des campagnes demandant tous sans détour la permission de garder leurs concubines *. Jean Eck écrivait en 1540 : « Le concubinage est presque général dans le clergé ; il arrive fréquemment que des prêtres s'attachent à leurs concubines comme si elles étaient réellement leurs femmes. Les lois de l'abstinence et du jeûne ne sont plus observées par un grand nombre de prêtres; en secret, ils penchent vers l'hérésie; ils ne récitent plus leur bréviaire. Depuisque les écoles ecclésiastiques sont tombées dans une si lamentable décadence, on en voitqui sont tellement ignorants des articles les plus élémentaires de notre foi qu'on en reste confondu d'étonnement. L'Abbé de Fürstenzell ne pourrait même dire combien il y a de sacrements. » « On a installé une salle de danse et une taverne dans le territoire de l'abbaye, >» lit-on dans un protocole d'enquête; <* mais en revanche on n'y trouve point d'école 5. » Ce qu'avait dit à Colmar le dominicain Fabri en 1540 s'appliquait parfaitement à la Bavière de 1550 : « La moisson est grande, mais il y a peu d'ouvriers. Tout le culte du religieux se tourne vers l'argent; il oublie d'être pauvre selon l'esprit, il ne sait plus ce que c'est que la miséricorde envers les pauvres 6. »

1 Voy. la lettre de Pierre Canisius au Cardinal Coinmcndonc, dans Reiftenbero, Mant. Dipl., p. 46.

* Raynald ad annum i54<>, n° 8.

3 SüUEisiiEiM, Baierns Auslände, p. 97, note 16.

* Winter, t. II, pp. 100. 162-163.

s Sugenheim, p. 165, note 178.

« Rocholl, pp. S4-S5.

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