ÉTAT DË LA RELIGION ET DKS MŒURS EN BAVIÈRE
ses domaines. On raconte qu'un jour, à Munich, jouant aux échecs avec l'Electeur de Saxe, il exigea que l'enjeu de la partie fût, s'il gagnait, le rétablissement du culte catholique en Saxe et, s'il perdait, l'introduction du Protestantisme en Bavière. La duchesse, effrayée du tour que prenaient les choses, se hâta de faire quérir son confesseur Wolfgang Schmilkhofer , religieux franciscain bien connu pour l'autorité et la hardiesse de son langage. Entrant brusquement et sans être annoncé dans la salle où jouaient les deux princes, le moine indigné renversa la table et l'échiquier, et s'adressant au duc : « Votre Grâce osera-t-elle abandonner au hasard des dés la foi qui sauve les àmes,lafoi que ses ancêtres ont pratiquée et maintenue pendant tant de siècles ? Vous me passerez plutôt votre épée au travers du corps que de lever la main pour un jeu si infâme ! > Le duc, muet de surprise, cessa le jeu et, plus tard, donna de grands éloges à l'intrépidité du saint religieux l.
L'attitude conciliante qu'Albert avait cru devoir adopter ne servit qu a encourager l'apostasie.
A. Munich, plusieurs membres du conseil se déclarèrent pour les nouvelles doctrines 2. A Straubing, le conseil nomma un instituteur qui avait fait ses études à Wittemberg et qui, pour employer l'expression d'un protocole d'enquête, « avait été corrompu jusqu'à la moelle par la doctrine pernicieuse3 ». Malgré les ordres d'Albert, des écrits injurieux pour la foi catholique, des pamphlets, des libelles contre les lois et usages établis, contre les évêques, « créaturcs du diable, » contre la messe, « véritable queue du dragon infernal » ; des caricatures représentant le Pape-Antechrist et ses griffes de démon furent partout distribués, et détruisirent parmi les bourgeois l'antique respect pour l'ancien culte. Beaucoup ne se cachaient plus pour déclarer leurs sentiments et dire qu'ils ne voulaient plus avoir rien à faire avec « les bouffonneries et les sortilèges papistes * ». Quelques-uns des plus proches serviteurs du duc faisaient profession de Luthéranisme, ainsi que plusieurs grands vassaux de la couronne ducale, les comtes d'Orlenborg et de Haag à leur tête.
Les Etats de Bavière s'étant réunis vers la fin de 1553, les députés laïques supplièrent le duc d'autoriser la distribution de la Gène sous les deux espèces et la libre prédication de « l'Evangile ». Albert re-
1 SUÜEMIKIM, p. SI.
* Westenrieder, Calender für 1801, p. 216. 3 Vom Jammer, etc., f. 3b.
' Freyberg, Landstände, t. II, p. 339. Mannkrt, Gesch. Bayerns, t. Il, p. 53. Aretij), Maximilian, pp. 72-82. — Maurexbrecuer, pp. 14-15.