ÉTAT DE LA RELIGION ET DES MOEURS EN BAVIÈRE
fusa, ce qui n'empêcha point quelques nobles de chasser de leurs domaines les curés catholiques pour établir des prédicants à leur place. Les seigneurs de Brennberg, dans le bailliage de Straubing, expulsèrent les Bénédictins de l'abbaye de Frauenzell et chargèrent des protestants laïques d'administrer les biens du couvent, « les seigneurs de la noblesse désirant vivement suivre l'exemple de leurs frères d'Autriche ». Oswald d'Eck, fils du chancelier, qui, sous le duc Guillaume, avait joué un rôle politique si considérable, avait une grande réputation de buveur. « Un jour, pendant qu'il était attablé verre en main, il lui échappa de dire que ie bien d'Eglise était un mets friand du nouvel Evangile, et que le duc ferait fort bien d'en approvisionner sa cuisine, pourvu qu'il consentit à laisser quelques succulents débris à sa noblesse. »
Aux Etats de 1556, une commission composée de nobles et de bourgeois renouvela la pétition de 1553, au sujet du mariage des prêtres et de la suppression des lois du jeûne : les rapporteurs déclarèrent que les impôts ne seraient payés qu'après satisfaction obtenue.Leur langage était si insolent, si hardi, qu'à plusieurs reprises Albert protesta avec indignation.
Cependant comme il ne pouvait se passer d'argent, il publia en mars 1556 un édit dans lequel, sans égard pour les défenses de l'Eglise, il permettait aux nobles et à leurs sujets le « calice laïque » et l'usage de la viande les jours d'abstinence; mais il déclarait en même temps que les prêtres ne pourraient jamais être contraints par la menace ou la violence à donner l'Eucharistie sous les deux espèces aux fidèles, et seraient laissés libres d'agir en cela selon leur conscience, car il ne voulait pas qu'aucun d'eux fût inquiété à ce sujet ».
Mais il apprit bientôt à ses dépens, comme il l'écrivit plus tard à l'archiduc Ferdinand, et que lorsqu'on donne un doigt à ces sortes de gens il faut bientôt leur abandonner toute la main 1 ».
La même année, la fraction protestante de la noblesse, malgré la liberté de conscience que le duc avait cru si bien sauvegarder, insista pour qu'ordre fût donné aux prêtres de distribuer l'Eucharistie sous les deux espèces. Les pétitionnaires, en cas d'insuccès, menaçaient de nouveau de refuser les impôts. Albert promit d'envoyer les comtes d'Ortenbourg aux évêques pour s'entendre avec eux sur cette question. Interrogés, les évêques déclarèrent qu'il fallait attendre la décision du Concile, et qu'avant qu'il (ne se fût prononcé, ils persisteraient à interdire tout changement dans les usages éta-
1 Arktik, Maximilian, p. 223.