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J de combattre la politique de ce cabinet. Les bruits
.' J les plus fâcheux couraient sur le compte de ces
M , j conseillers, généralement favorables à la politi-
, J que de neutralité et par conséquent à la France.
On les disait vendus à Bonaparte, et Alexandre lui-même ne craignait pas de dénoncer au roi leur honnêteté comme suspecte et entachée. C'étaient les trois conseillers, les frères Lombard et Beyme; on nommait aussi des généraux de Tentourage t du roi, des ministres même. Ces accusations étaient-elles fondées pour tous ou pour quelquesuns? ou bien tel conseiller voyait-il le salut du
I roi et du pays dans une politique de stricte neutralité? Ce qui est certain c*est que le roi tenait à ses conseillers de cabinet et qu'il ne cédait qu'à la longue et à la suite de véritables catastrophes aux objurgations du tsar demandant le renvoi de ces fonctionnaires. Pour le moment, il existait à la cour un parti français et un parti patriote ou russe, qui se disputaient l'oreille du roi. Ce fut donc œuvre laborieuse que de le gagner à la nouvelle coalition dont Alexandre avait formé le projet. Après y avoir rallié TAutriche et la Suède, il importait d'y associer la Prusse. Pour y réussir il obtint de l'empereur d'Autriche l'envoi du comte de Metternich qui, à son tour, en présence d'une résistance obstinée du roi, appela à la rescousse le tsar lui-même. L'infortuné roi craignait à un
égal degré ses deux voisins de France et de Russie ; sa loyauté le liait au premier, son sentiment intime au second. Alexandre, à bout de raisons," eut recours à la violence : il menaçait de faire franchir à son armée la frontière de Prusse. Cet acte eût pu tourner à un résultat tout opposé si Napoléon au même moment n'avait fait entrer son armée, contrairement au traité de Bâle, dans le pays d'Ansbach : le tsar avait gagné la partie. Le roi signa le traité de Potsdam, pour ainsi dire ' au tombeau du grand Frédéric, où Alexandre échangea nuitamment avec Frédéric-Guillaume et Louise des serments d'éternelle amitié.
Et cependant, la politique craintive et frisant la duplicité continue de dominer à Berlin, d'exaspérer à la fois Napoléon et Alexandre. L^aristocratie russe pousse à la guerre le tsar qui ne cesse d'y pousser le roi. Celui-ci n'avait pas soutenu la Russie dans la campagne imprudemment engagée qui finit par la défaite d'Austerlitz. Cédant enfin aux excitations d'Alexandre, à celles de la reine, du prince Louis-Ferdinand, des jeunes officiers de sa garde, il jeta le gant à Napoléon, à son corps défendant, jugeant bien l'insuffisance de son armée, pressentant la défaite. Dans l'espace de sept jours, c'en était fait et de l'armée et de la monarchie du grand Frédéric. Et cependant, dans l'esprit du roi, le tsar n'avait rien perdu de son
ascendant auquel, en grande partie, la Prusse devait son malheur. D'autre part, le tsar prodigua ses consolations et, ce qui est plus, encouragea le roi à continuer la guerre pour laquelle il promettait le secours de l'armée russe : promesse qui avait sa valeur, étant donné que les généraux russes montraient le plus éclatant mauvais vouloir à se battre pour la Prusse. Sans tenir compte de ces velléités de fronde, Alexandre assura le roi de sa fidélité, renouvela, dans son entrevue, les serments de Potsdam, conclut la convention de Bartenstein qui engageait les deux souverains à faire cause commune, à ne pas traiter séparément avec Napoléon, à restituer à la Prusse toutes les provinces perdues depuis 1805; on devait vaincre ou succomber à deux. La défaite de Friedland détruisit toutes ces belles promesses : Alexandre dut faire trêve aux sentiments pour songer au salut de la Russie. Les serments de Tenlrevue et la convention de Bartenstein avec le roi de Prusse eurent pour épilogue Tentrevue sur le radeau du Niémen et le traité de Tilsit. Séduit par les promesses de Napoléon qui, rompant avec la politique traditionnelle commandée par les intérêts de la France en Orient, sacrifiait la Turquie à la Russie — la réalisation des projets de Catherine remportant sur le serment au tombeau de Frédéric le Grand, — Alexandre traita
séparément avec Napoléon, ne fit pas obstacle au démembrement de la Prusse et en accepta même quelques dépouilles pour lui-même des mains du vainqueur : l'Orient était à ce prix. L'alliance avec la Prusse était rompue; la présence de Frédéric-Guillaume fut une cause de gène pour Alexandre ayant à traiter avec Napoléon des questions destinées à rester secrètes pour son allié de la veille.
Les rapports personnels du roi avec le tsar ne souffrirent pas de ce changement de situation. Vaincu, humilié, ruiné, Frédéric-Guillaume n'eut plus d'autre refuge que la protection du tsar, devenu l'ami de Napoléon sous le charme duquel pensait et agissait désormais Alexandre. Autant il avait excité jusqu'alors le roi à résister, autant il l'engag^cait, le sommait maintenant de se soumettre aveuglément aux ordres de Napoléon. A Tilsït succéda le congrès d'Erfurt, où le tsar espérait récolter les fruits de son alliance, c'est-à-dire en première ligne l'abandon de l'Orient. Il y trouva quelque déception. Napoléon oubliait Tilsit pour revenir aux bonnes traditions orientales des rois de France. De son côté aussi, le tsar, tout obsédé par cette question et ne renonçant pas encore k l'espoir de gagner la partie, se souvenait peu des intérêts de son ancien allié de Prusse. Ou plutôt, Napoléon avait
mis dans les deux plateaux de la balance la Prusse et la Turquie. Alexandre ne sacrifiait pas tout à fait la première et n'obtenait pas la seconde. Mais déjà, son engouement pour Napoléon s'était affaibli : tout en continuant de conseiller au roi la soumission, il lui fit entrevoir Téventualité d'une défaite de l'empereur en Espagne et, à la suite, dans Tattitude de la Russie et du reste de TEurope, un revirement dont la Prusse profiterait tout uaturellement pour sa part.
Sans être rompue, au lendemain d'Erfurt, l'alliance de Tilsit, comme toutes les alliances basées sur la conquête et le dépouillement d'autrui, ne reposait plus que sur de faibles pieds. Bientôt elle se dissolvait; les deux alliés allaient se mesurer sur le champ de bataille. Le roi Frédéric-Guillaume, serré de près par Napoléon, s'alliait à lui contre son ami le tsar, tout en l'assurant que le corps auxiliaire prussien recevrait Tordre de faire le moins de mal possible à la Russie. En attendant, population et armée prussiennes étaient indignées; les officiers prussiens en masse demandaient à prendre service dans l'armée russe. Le général York, commandant du corps prussien et que Napoléon avait imprudemment laissé en arrière sur son flanc gauche, interprétait les instructions royales à sa façon, en désobéisant d'abord au maréchal Macdonald et en
passant avec armes et bagages aux Russes, au lendemain de la catastrophe de Moscou.
Il a été beaucoup épilogue sur les causes et les mobiles de Fincendie de Moscou. L'histoire ne retiendra qu'une version, la seule vraie : la haine, poussée au paroxysme, du gouverneur Rostopchine à l'égard des Français. L'incendie de Moscou a été inspiré par des haines folles comme ceux que, soixante ans plus tard, les chefs de la Commune de Paris allumèrent dans la capitale de la France. On sait que les dernières années de la vie de Rostopchine furent assombries par le remords et qu'il mourut en exil dans cette France détestée dont il avait fini par rechercher et chérir l'hospitalité.
Le ministre prussien Stein, chassé par son roi sur l'ordre de Napoléon, avait été accueilli par Alexandre, dont il excitait l'ardeur belliqueuse, en même temps qu'il préparait, de Saint-Pétersbourg, la nouvelle coalition européenne et le soulèvement du peuple prussien. Sans situation officielle, il fut le premier ministre d'Alexandre qui n'agissait que sur ses conseils. Autour du roi de Prusse s'agitait toujours le parti qui tenait pour Napoléon. Stein ne cessait de combattre ces influences, d'insister auprès du tsar pour qu'il eut recours au besoin à la violence afin de déterminer le roi à déclarer la guerre à Napoléon. Ce
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n'était pas là ropinion de Tentourage russe (l'Alexandre. Les Russes avaient poursuivi les débris de la Grande Armée et fini par leur faire passer la Vistule : le territoire russe était évacué par l'envahisseur. L'état-major était d'avis de s'en tenir là et de laisser la Prusse et TEurope se débrouiller comme elles pourraient. En celte circonstance, mû par un sentiment généreux à l'égard de son ami de Berlin, désireux aussi de jouer le rôle d'arbitre en Europe, Alexandre résista à ses généraux. Il donna Tordre de franchir la Vistule, d'entrer dans la Prusse orientale. Cette province prussienne devint ainsi pendant un temps province russe, gouvernée par un ancien ministre du roi de Prusse. Ce dernier, sous la pression du mouvement irrésistible de l'opinion, se décida enfin à faire cause commune avec le tsar. On négociait à Kalisch sans pouvoir aboutir; puis, on négociait à Breslau où le baron Stein, sujet du roi de Prusse, traitait et signait comme plénipotentiaire de l'empereur de Russie! C'est donc à Breslau que fut signé le traité appelé improprement le traité de Kalisch. Par ce traité, comme on sait, la Prusse garantissait à la Russie la possession du grand-duché de Varsovie, c'est-à-dire la presque totalité de la Pologne, tandis que la Russie abandonnait à la Prusse tous le§ territoires de l'Allemagne du Nord, dont Napoléon s'était
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emparé et que les armées alliées devaient lui reprendre. En examinant ce traité de près, Ton trouve que l'empereur Alexandre avait bien servi les intérêts de son empire : il tenait, dès à présent, les provinces qui lui étaient adjugées, tandis que la Prusse devait d'abord conquérir sa part par les armes. En réalité, le traité de Kalisch rendait Alexandre arbitre de la Prusse et de FAllemag-ne. Et plus on est obligé de reconnaître ce fait, plus il convient de constater aussi que le souverain russe n'abusait pas trop de cetle nouvelle position. Il n'abandonnait pas son allié de Prusse qui se livrait à lui corps et âme; il était tout prêt à le secourir par les armes pour lui procurer les provinces perdues, mais en même temps aussi, il est vrai, pour acquérir la suprématie en Europe, en dictant la paix à Napoléon. C'est dans ces conditions et sous ces auspices que fut engagée la campagne de 1813. Après la bataille de Leipzig, l'armée française ayant repassé le Rhin, il y eut encore des hésitations dans le camp des alliés en ce qui concernait l'invasion de la France. L'étatmajor prussien d'un côté, Stein toujours écouté par Alexandre, de l'autre, déterminèrent les souverains à pénétrer en France et à pousser jusqu'à Paris, où Alexandre et Frédéric-Guillaume firent ensemble leur entrée.
Le traité de Paris est en majeure partie l'œuvre
d'Alexandre qui, oubliant pour le moment la Prusse, se montrait Européen et Russe. A ce premier point de vue, ayant restauré les Bourbons, il voulait rendre leur pouvoir durable, faire une France forte et capable de faire contrepoids à TAngleterre et à TAutriche. Comme Russe, obéissant en cela au sentiment des classes dirigeantes de son empire, il ne tenait pas à avoir pour voisine une Allemagne ou une Prusse trop puissante. Il ménagea, par conséquent, la France en modérant les appétits territoriaux de la Prusse, même contre Tavis de Stein et surtout contre les objurgations de Blûcher et de tout l'état-major prussien.
Cependant, malgré les précieux services rendus h. Louis XVIII, Alexandre ne pouvait obtenir de lui la sanction des stipulations du traité de Kalisch relativement à la Pologne et à la Saxe. Faute de pouvoir résoudre ces questions à Paris, on les réserva pour le Congrès de Vienne. Le traité de Paris suscita le mécontentement aussi bien des Allemands que des Russes. Les premiers accusaient l'empereur Alexandre d'avoir fait rendre à la France les frontières de 1792; les seconds, fort indifférents à l'acquisition de la Pologne, trouvaient plus que maigre l'indemnité de guerre adjugée à la Russie. Les deux souverains n'eurent pas à se louer de l'accueil que leur firent leurs
lUSSCE AU XIX* SIÈCLE
retour dans leurs capi- ! rendit pour le Congrès,
l'objet de manifestations constamment sur le quiurité du tsar.
ne à ses demandes pour t tout entière, et pour la ï au roi do Prusse. L'Anles Russes en deçà de la 'opposait au détrùncment
parce qu'il était un peu sn raison du principe de éric-Guiliaume soutenait
au sujtjt de la Pologne Ire, de son côté, après Ment soutenu la cause de "aiblir, dès qu'il eut reçu ime. Il en arriva à prier uissances opposairtes de se envers Frédéric-Guilainsi se contenter de la [uelques territoires sur la algré son vif désir de ne ur voisine et de ne pas ! de défendre la frontière :ne.
-puissant du Congrès de le impopularité complète
auprès des patriotes allemands dont il avait déçu les espérances à la fin, tant en ce qui concernait la reconstitution du territoire germanique qu'au sujet des institutions politiques. Ils avaient versé leur sang, disaient-ils, pour secouer le despotisme de Napoléon, et ils retombaient sous le régime de l'absolutisme féodal. Alexandre, qui avait tout mené, élait, à leurs yeux, le principal coupable; créateur de la Sainte-Alliance, c'était lui qu'ils rendaient responsable du régime de réaction instauré dans toute TAllemagne.
Le fait est qu'avec les victoires remportées sur Napoléon et dans lesquelles l'armée russe avait eu sa part de gloire, il s'était opéré dans l'esprit d'Alexandre un de ces revirements qui caractérisent la carrière politique de ce souverain. Avec des promesses de liberté il avait excité les populations allemandes à la lutte contre Napoléon; avec des idées tout opposées il rentra en Russie. Il fut l'âme de la réaction en Europe, et ses encouragements s'adressaient aux souverains allemands qui méconnaissaient ou violaient les engagements libéraux pris envers leurs sujets. La diplomatie russe à Berlin et auprès des autres cours allemandes intervenait, sur les ordres du tsar, dans les affaires politiques de ces Étals. Elle dénonçait les gouvernements tièdes ou quasi libéraux, elle dénonçait surtout les hommes libéraux
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qui enveloppaient dans leur opposition à la fois les gouvernements allemands et le gouvernement russe. Les mouvements libéraux et patriotiques dont les universités furent les foyers, ainsi que les journaux qui, en dépit de la censure, savaient atteindre les inspirateurs de la réaction, donnaient largement occupation aux représentants de Tcmpereur Alexandre en Allemagne.
Le roi Frédéric-Guillaume, loin de partager les sentiments de son peuple à Tégard du tsar, lui vouait, bien au contraire, un véritable culte. Au retour du Congrès de Vienne, il lui adressa une lettre pleine d'effusion et de gratitude pour les immenses services que le tsar avait rendus à la Prusse ; après Dieu, disait-il, c'est à Alexandre et à l'armée russe qu'il devait toute sa reconnaissance. Le roi oubliait presque les hauts faits de sa propre armée. Il ne fut pas une seule chambre des appartements royaux à Berlin, à Charlottenbourg, à Potsdam, sans un portrait du tsar; le roi lui fit élever un buste sous les fenêtres de son palais de Potsdam. Sous Tempire de ces sentiments se conclut le mariage de la princesse Charlotte, fille aînée du roi, avec le grand-duc Nicolas, frère cadet d'Alexandre et qui devait un jour être son successeur. Mais plus les souverains multipliaient les témoignages d'amitié personnelle, et plus l'opinion en Allemagne s'élevait contre ce
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qu'elle appelait « la reconnaissance du roi ». Le ministre Alopéus, qui représentait alors la Russie à Berlin, constatait que cette opposition s'établissait jusque dans les hautes régions du gouvernement, « où Ton rencontre des individus qui détestent la Russie parce qu'elle est la source principale des tendances conservatrices qui n'avaient pas leurs sympathies. Le roi — écrit encore le ministre de Russie à son souverain — affectionne toujours le tsar et la nation russe ; mais les démagogues allemands lui reprochent sa prédilection pour les Russes. Hardenberg est entouré de gens qui nous craignent avec raison; car, ils sentent que l'intimité personnelle entre l'empereur et le roi les empêche de jouer un rôle principal et de faire prédominer leurs principes révolutionnaires. » L'intervention du tsar dans les affaires intérieures fut donc très réelle, et cela dans le sens de la réaction. Les gouvernements allemands sollicitaient eux-mêmes cette intervention que le tsar tenait cependant à garder secrète. Mais l'opinion ne s'y trompait pas et elle fut confirmée dans cette conviction par la divulgation indiscrète d'un mémoire d'Alexandre Stourdza, conseiller d'État russe, fortement mêlé aux extravagances des sectes piétistes et que le tsar, à la veille du Congrès d'Aix-la-Chapelle, en 1818, avait chargé de lui faire un rapport sur l'esprit public en Allemagne. Dans ce document,
Stourdza accusait les Universités allemandes, « au lieu de cultiver les sciences, de nourrir Tesprit d'athéisme et de libéralisme et de contribuer ainsi à ébranler les trônes et Tordre social ». Il concluait à des mesures restrictives contre la liberté de la chaire ainsi que contre la liberté individuelle dont jouissaient les étudiants. La publication de ce mémoire souleva l'irritation de la jeunesse contre les Russes, irritation qui atteignit le comble lorsqu'on apprit que Stourdza avait puisé les éléments de son mémoire dans les delàtions d'un autre agent russe, le conseiller d'Etat Kotzebue,bien connu comme auteur dramatique et qui, après avoir résidé à lénaet à Weimar, s'était retiré à Manheim. C'est lui qu'on accusait de fournir au gouvernement russe des renseignements sur le mouvement libéral en Allemagne et surtout sur les professeurs et les étudiants. Un des plus exaltés de ces derniers, Charles-Louis Sand, s'érigea en vengeur de ses camarades et de la patrie allemande que, dans sa folie, il considérait comme gravement menacée par ces dénonciations. Kotzebue tomba le 23 mars 1819 sous le poignard de ce fanatique. Sand expia sur l'échafaud son crime qui fournit à la réaction le meilleur prétexte pour supprimer les quelques restes de libertés publiques en Allemagne. Dans Kotzebue le meurtrier avait frappé le gouvernement
russe : Alexandre ne s'y trompa point et s'en souvint en encourageant davantage, à Berlin et dans les autres centres politiques de la Confédération germanique, les mesures de réaction.
Les griefs des patriotes prussiens et allemands s'accumulèrent ainsi contre la-personne d'Alexandre I" et son gouvernement. Ils lui reprochaient sa conduite de 1805, alors que, violant le territoire prussien pour se joindre à TAutriche, il avait compromis la Prusse vis-à-vis de Napoléon ; ils lui reprochaient sa conduite de 1806, alors qu'après avoir poussé la Prusse à la guerre, il avait tardé à venir à son secours au lendemain d'Iéna; ils lui reprochaient le traité de Tilsit, conclu peu de semaines après celui de Bartenstein et abandonnant son allié à la merci du vainqueur; ils lui reprochaient Erfurt, où il avait mollement défendu la Prusse; le congrès de Vienne enfin, où, ayant obtenu la Pologne, il avait failli à ses engagements au sujet de la Saxe. Ils Taccusaient d'avoir engagé le roi de Prusse et les autres souverains allemands dans une réaction implacable contre le libéralisme. Et enfin, à tous ces griefs, vint s'ajouter le régime prohibitif à outrance, adopté par le gouvernement russe; contrairement aux traités de Vienne. En effet, la liberté commerciale, stipulée dans les. traités de 181S et 1818 pour les transactions entre la Pologne prussienne et la Pologne
russe, favorisait le commerce prussien au détriment de celui de la Russie. Les négociations entamées par le gouvernement russe en vue de modifier ces engagements qui lui pesaient, se heurtaient aux résistances — au mauvais vouloir, d'après le ministre Alopéus — des hauts fonctionnaires prussiens. De guerre lasse, le cabinet russe déclara qu'il ne se tenait plus engagé par le traité de 1818, promulgua un tarif autonome prohibitif et amena le roi, qui ne savait rien refuser à son ami, à signer le traité de 182S, aussi avantageux pour le commerce russe qu'il était désastreux pour celui de la Prusse. Cette question du traité du commerce, résolue proprio motu contre les intérêts prussiens, complétait ainsi l'ensemble des griefs de Topinion publique de l'Allemagne, en enveloppant dans la même antipathie le tsar, son gouvernement et même son peuple.
En dépit du sentiment général de ses sujets, le roi Frédéric-Guillaume restait étroitement attaché à Alexandre. Neuf mois après la signature du traité de 1825, Alexandre P^ mourut. Son royal ami ne put se consoler de cette perte : « il pleure comme un enfant », écrivit le ministre de Russie à Berlin. L'armée prussienne dut prendre le deuil du tsar pour quatre semaines.
Si l'on a bien voulu nous suivre dans le court
exposé des rapports de la Prusse el.de la Russie depuis Pierre le Grand jusqu'à la mort d'Alexandre P*", on aura distingué la physionomie de ces rapports dans leurs différentes phases. Sous Pierre le Grand, on se recherche des deux côtés, pour grandir et s'élever ensemble. Frédéric II redoute la puissance russe" et s'attache à s'en assurer l'amitié, sans parvenir à adoucir l'inimitié d'Elisabeth. Il réussit avec Catherine dont il devient le complice pour le partage de la Pologne, lien de solidarité qui, un siècle durant, a attaché les souverains de Russie et de Prusse les uns aux autres. Mais c'est Frédéric aussi qui a introduit la Russie dans la direction des affaires allemandes. C'est de cette époque que date véritablement l'influence de la Russie en Allemagne, influence qui, à part quelques courtes intermittences, s'exerçait efficacement dans le domaine entier de la vie publique de ce pays, avec le consentement, sur les sollicitations mêmes des souverains, mais contre le sentiment des populations. Cette influence, sous le règne d'Alexandre P% atteint à un degré qui semblait ne pas pouvoir être dépassé. Et cependant, elle n'était pas encore arrivée à son apogée. On la verra prenant, sous l'empereur Nicolas, des proportions presque invraisemblables, pour décliner et se transformer en sens inverse sous Alexandre II, jusqu'à disparaître après l'avène-
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ment d'Alexandre III ot h préluder à la rupture d'une alliance séculaire.
de la Russie et de l'AIIee-dix ans, rattachés aux i, dans cette période, ont ange sa constitution polis ont exercé une influence le sujet des chapitres qui