‹ L'Allemagne et la Russie au XIXe siècleChapitre 6 sur 20 · V. Histoire du prince de Bismarck, p. 51 à · texte numérisé non relu

V. Histoire du prince de Bismarck, p. 51 à

souvent dure, exercée sur lui par son beau-frère : il ne voyait en lui que le sauveur d'une crise redoutable. Au mois de décembre encore, à Toccasion du vingtcinquième anniversaire du règne de Nicolas, il le félicita en confirmant de nouveau la solidité des liens entre les deux puissances. De son côté, le tsar s'en réjouit : il n'avait fait, disait-il, que continuer la politique de son frère et du feu roi, et il était heureux de voir s'ouvrir dans ses relations avec la Prusse une nouvelle ère, faisant revivre « les traditions du passé si cher à son cœur ».

Dans ces épanchements de l'empereur Nicolas, il y avait cependant une réserve et un reste de ressentiment. Très satisfait de la marche des affaires en Allemagne, où l'état des choses d'avant 1848 avait été restauré sous ses auspices, le tsar ne pardonnait pas à son beau-frère de Berlin d'avoir donné à son pays une constitution et des Chambres législatives. C'était là la principale cause de ses préférences pour l'Autriche, lesquelles, il est vrai, devaient bientôt céder à des sentiments tout contraires. Tous ses entretiens avec les représentants du roi à Saint-Pétersbourg, sa correspondance avec son beau-frère, ses conversations avec lui, dans les visites qu'ils se rendaient, roulaient principalement sur ce thème, et la résistance qu^il rencon trait chez le roi à l'égard de ses projets contrerévolutionnaires, influait, à cette époque, sur la politique extérieure de la Russie dans toutes les questions intéressant la Prusse. On vient de le voir dans le conflit austro-prussien, dans les conférences de Varsovie et

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d'Olmiitz. Il en fut de même pour les conférences qui se tenaient à Dresde entre la Prusse et l'Autriche en vue de régler en commun les affaires d'Allemagne, ainsi qu'il avait été stipulé dans la convention d'Olmûtz. Ces conférences n'aboutirent point, TAutriche refusant de faire à la Prusse une part égale dans la présidence de la Confédération germanique. Dans cette question encore, l'empereur Nicolas se prononça en faveur de TAutriche. Il consentit même au désir du cabinet de Vienne de faire entrer tous les pays non allemands de l'Autriche dans la Confédération germanique : projet que l'opposition de la France et de l'Angleterre fit échouer par la suite.

L'Autriche, en effet, sous le ministère du prince de Schwarzenberg, était revenue au régime absolu : ce ministre avait abrogé la constitution octroyée à la suite de l'insurrection de Vienne et qui, en vérité, ne pouvait guère prendre racine dans un État divisé par une multitude de nationalités, hostiles les unes aux autres. Le tsar aurait désiré que son beau-frère en agît de même à l'égard de la constitution prussienne, bien que la situation en Prusse fût bien différente. Ses efforts, à cet effet, reprirent de plus belle au mois de mai 1851, lors de la visite du roi à Varsovie.

Les deux beaux-frères ne s'étaient pas vus depuis les événements de 1848 : leur rencontre, d'après les témoignages d'hommes marquants de la suite du roi, fut des plus émouvantes. Des larmes furent versées des deux côtés. Le tsar évitait d'abord de parler du

passé, dont il avait le cœur gros. « Je ne veux pas provoquer le roi », disait Tempereur au général de Oeriach, aide de camp du roi, Tun de ses confidents et aussi l'un des chefs du parti féodal et réactionnaire en Prusse. C'est dans les entretiens avec ce général que Tempereur commença, comme pour sonder le terrain, à énumérer les fautes et les erreurs de la politique du roi depuis 1847. Ensuite, il s'en expliqua directement avec son beau-frère, qu'il catéchisa en quelque sorte, lui reprochant tous ses errements libéraux. Le roi se défendit et se disculpa, en acceptant ainsi le droit de censure et de contrôle dont Tempereur usa assez familièrement avec lui. Il rejeta tout sur ses ministres qui auraient dû lui éviter la nécessité de sanctionner la constitution. Quand on dispose, objecta le tsar, d'une armée aussi fidèle que l'armée prussienne, on n'est jamais obligé d'agir contrairement à ses sentiments. Le roi lui exposait son plan de conduite future, qui consistait à maintenir la constitution, mais en en neutralisant les pointes parlementaires au moyen de lois organiques basées sur le principe féodal. L'empereur trouvait ce dernier régime aussi mauvais que le constitutionalisme, puisqu'une assemblée féodale était toujours un corps délibérant. Il ne cessait de déplorer, dans d'autres entretiens, que le roi eût laissé passer le bon moment pour faire marcher son armée sur Berlin, ce foyer de la démocratie : le général Dohna, commandant de cette armée, aurait dû jouer le rôle de York qui, en 1812, contrairement aux ordres du feu roi, prisonnier de Napoléon, s'était joint

à l'armée russe. Une autre fois, il reprocha au roi ses prodigalités en fait de bâtisses, les fortes sommes qu'il dépensait à embellir le château de Sans-Souci. Le roi ferait mieux d'employer cet argent à construire une citadelle à Berlin. Le roi ayant répliqué que cet argent venait de sa poche, l'empereur dit que lui aussi construisait, avec ses propres deniers, la citadelle de Cronstadt. Il n'était pas davantage content de son beaufrère, le prince de Prusse, qu'il savait contraire à son influence sur la politique prussienne ; il le blâmait aussi pour avoir envoyé son tils (Frédéric III) en visite à Londres avant de l'avoir envoyé à Saint-Pétersbourg.

On se quitta à Varsovie, personnellement réconcilié, mais sans que l'empereur transportât aussitôt ses sentiments de cœur sur le terrain politique : il n'était qu'à demi convaincu des bonnes dispositions du roi dans le sens d'une rupture avec le constitutionalisme. L'Autriche restait son alliée préférée : préférence qui se produit bien souvent chez celui qui a obligé. Le tsar rappelait volontiers que son armée avait sauvé, en 1849, la dynastie de Habsburg en butte à l'insurrection hongroise. En souvenir de celte campagne, il avait fait frapper une médaille en un très petit nombre d'exemplaires. On y lisait : « A l'armée russe, brave et néanmoins clémente » ; au revers : « Dieu est avec nous, que les gentils tremblent », le tout surmonté d'un aigle couronné, écrasant un serpent et protégeant de ses ailes les armes impériales d'Autriche.

La visite que l'empereur rendit au mois de mai 1852 au roi Frédéric-Guillaume, fut la contre-partie et poli-

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tiquement le complément de celle de Varsovie. Il avait retardé son arrivée à Berlin, diaait-il ouvertement, jusqu'à la clôture des Chambres : il ne voulait pas y séjourner simultanémenl avec un Parlement. Il y reprit, dans ses entretiens avec le roi, les ministres et les personnages influents, ses objurgations en vue d'un régime de réaction. Il Tallait se débarrasser du consLÎtutionalisme, disait-il au ministre Hanteufl'el; qu'on le fasse à bref ou à long délai, n'importe; sinon, ce serait la perte de ta Prusse, et lui, le tsar, saurait alors quelle Prusse il léguerait à son successeur, comme voisine. Sans doute, disait-il encore, le roi a prêté serment à la constitution; mais ce serment ne le liait pas au même degré que celui que tous les monarques prêtaient à Dieu au moment de leur avènement au trône. Une fois de plus, le roi lâchait de le rassurer par la promesse d'une réaction lente, mais déterminée et atteignant le but désiré. Au surplus, cette entrevue de Berlin se passait, plus encore que celle de Varsovie, en démonstrations d'amitié des plus vives et des mieux calculées pour frapper l'opinion. De même que le roi h Varsovie avait harangué les officiers russes, en les louant de leur bravoure et de leur fidélité à l'empereur, celui-ci, dès son arrivée à Berlin, tint une allocution aux généraux prussiens, leur témoignant sa satisfaction de leur conduite pendant la crise révolutionnaire. Le roi, tout ému, disait que ses officiers devaient trouver, dans ce témoignage impérial, leur plus belle récompense. Au dîner de gala, le roi porta la santé du tsar, en disant, d'un ton de voix élevé : n En moa

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nom, en celui de mon armée et de tous les cœurs fidèles prussiens, je porte la santé de Sa Majesté Impériale de Russie. Que Dieu le conserve à cette partie du monde qu'il lui a départie pour héritage, et à cette époque à laquelle il est indispensable. » L'enthousiasme du roi, que le public prussien ne partageait pas au même degré, s'emparait de tout Tentourage russe, lier de voir son souverain placé si haut dans la vénération du roi de Prusse. « Quel homme remarquable » , s*écria avec orgueil le baron de Budberg, « que notre empereur I partout où il parait, on voit en lui le souverain. » A son départ, passant en revue son régiment de cuirassiers du Brandebourg, l'empereur en embrassa tous les officiers et sous-officiers.

Tout le mondé, comme nous venons de le dire, ne croyait pas à la sincérité complète de ces démonstrations. Le général de Gerlach lui-même, un des plus chauds partisans de la Russie, note dans son journal : « J'étais, au fond, triste et abattu ; en tout cela il y a tant de cant et de flunkerisml » Du reste, l'empereur lui-même n'était pas très satisfait de<3e qu'il avait vu et entendu. Il s'en expliqua, à son retour à Saint-Pétersbourg, avec le général de Rochow, ministre de Prusse et son confident le plus intime. Il disait tout à ce général diplomate, lui confiant les secrets les plus intimes, et cela souvent avant le comte de Nesselrode. Grâce à cette intimité, le général prussien parvint, bien des fois, à calmer la colère de l'empereur, toujours irrité de la politique vacillante et flottante de son beau-frère. Un diplomate saxon, le comte de Vitzthum,

chargé d'affaires à Saint-Pétersbourg, recueillit également de la bouche impériale des sorties peu flatteuses pour Frédéric-Guillaume.

Il parlait au jeune diplomate de ses visites aux différentes cours d'Allemagne et, en dernier lieu, à celle de Berlin qui Tavait le plus mal impressionné. En vain, M. de Vitzthum essaya-t-il d'apaiser cette irritation, en faisant valoir les bonnes intentions et les aimables qualités du roi : « Tant pis pour ses qualités aimables! » repartit le tsar! « Quant à ses bonnes intentions, je vous dis, moi, qu'il ne sait jamais ce qu'il veut. Ce n'est pas un roi cela; il nous gâte le métier. » Ici perce de nouveau le ressentiment de l'empereur à cause de la constitution prussienne. « Sachez-le donc, poursuit-il, le sol sous vos pieds est miné comme sous les nôtres; nous sommes tous solidaires. Nous avons tous un ennemi commun : la révolution. Si on continue à le cajoler, comme on le fait aujourd'hui à Berlin, Fincendie deviendra bientôt général. Tant que je vivrai, on ne bougera pas. Car moi je suis soldat; Monsieur mon beau-frère ne l'a jamais été. »

C'est précisément parce qu'il n'était pas soldat que Frédéric-Guillaume IV supportait les bourrades et subissait, plus que ses sujets ne le désiraient, l'influence de son beau-frère. C'est que cette visite du tsar à Berlin eut ce résultat que la politique intérieure de la Prusse s'engagea de plus en plus dans la voie rétrograde. A ce sujet, le roi et ses conseillers tenaient leurs promesses. On n'abrogeait pas la constitution; on la tournait en ressuscitant, à côté des Chambres, les anciens

États provinciaux, de composition toute féodale et investis d'attributions empiétant désormais sur les droits du Parlement constitutionnel. Les libertés publiques furent suspendues, la presse surtout fut bâillonnée et persécutée. Dans toutes ces mesures, le gouvernement prussien de cette époque s'iattachait surtout à complaire à l'empereur de Russie. Il défendait aux journaux de parler en mauvais termes de la Russie et poursuivait ceux qui faisaient Téloge du prince de Prusse, dont les opinions, comme on Ta vu, n'étaient pas celles de son beau-frère de Saint-Pétersbourg.

L'empereur Nicolas n'eut pas moins lieu d'être satisfait de l'efficacité de son influence sur la politique extérieure de la Prusse. Après l'avoir forcée, à deux reprises, à suspendre les hostilités contre le Danemark et à signer la paix presque sans conditions, il parvint encore à amener le roi à abandonner le vieux duc d'Augustenbourg dont il avait proclamé, en 1848, les droits au trône des duchés. Dans cette question, très complexe, de succession, l'empereur de Russie ne voulait entendre parler d'aucun compromis. Il invoquait la garantie que la Russie avait assumée au siècle dernier en faveur des droits de la ligne royale de Danemark; il déclarait en outre que, par suite de sa rébellion, le due d'Augustenbourg et sa famille étaient déchus de tous leurs droits éventuels. Mais son argument le plus puissant et qui déterminait sa politique, c'était que l'extension de la Prusse sur les bords de la Baltique, et son établissement comme puissance maritime, ne pouvaient convenir aux intérêts de la Russie; il voulait

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empêcher que le port de Kiel passât sous la domination prussienne el, par cette raison, il avait à cœur de fortifier le Danemark qui tenait ce port ea même temps que les clés de la Baltique. La France, à cette époque, marchait dans cette question d'accord avec la Russie : le prince Louis-NapoléoD, voyantsessugges-

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encore y rallier rAulriche, ce qui était facile après les services rendus et l'appui prêté à celte puissance, puis la Prusse, ce qui était moins aisé eu égard à Topinion publique en Allemagne et aux engagements personnels du roi. C'est sur ce dernier qu'il fallait agir, et le tsar n'y manquait pas : l'entrevue de Varsovie en fournit une excellente occasion. Les souverains n'y étaient pas venus pour traiter des affaires politiques : on passait d*une fête à l'autre, ne songeant qu'aux plaisirs, lorsque certain jour arriva le ministre des affaires étrangères du Danemark, M. de Reedlz. Depuis la signature du protocole de Londres de 1830, la cour de Copenhague s'était tout naturellement préoccupée du règlement définitif de la question de succession. Après avoir établi, en principe, que les duchés resteraient unis au Danemark sous le même sceptre, il s'agissait de désigner le successeur du roi Frédéric VII qui n'avait ni enfants ni successeur mâle : le choix, d'accord avec l'empereur de Russie, était tombé sur le duc Christian de Sleswig-Holstein-Glûcksbourg. Il est cerlain que M. de Reedlz n'avait pas entrepris le voyage de Varsovie sans y avoir été autorisé au préalable par l'empereur Nicolas. Il y arriva au bon moment. Ayant tant à se reprocher envers son impérial beau-frère, en raison de ses défaillances libérales, il ne savait pas résister longtemps au désir, énergiquement exprimé par Nicolas, de voir la Prusse accéder au protocole de Londres avec toutes ses conséquences. Le duc Ernest de Saxe-Cobourg qui avait adressé au roi, avant le voyage de Varsovie, un

long mémoire en faveur des droits du duc d'Augustenbourg, ne reçut que longtemps après, la réponse royale et cependant datée de Varsovie. Les insistances du tsar avaient fait leur œuvre. Le roi informa le duc que « le maintien de l'intégrité de la monarchie danoise était un intérêt européen ». Ce principe reconnu, le roi n'avait plus qu'un pas à faire pour consentir aussi à la succession du duc de Glûcksbourg. Le Danemark, cette fois, grâce à la protection de l'empereur Nicolas, avait gagné sa cause : les grandes puissances tombèrent d'accord pour clore Ja crise. Personne ne prévoyait alors que, douze ans plus tard, la décision des mêmes puissances, aidée par l'entêtement des radicaux de Copenhague, amènerait le démembrement de la monarchie danoise. En attendant, le traité de Londres du 8 mai 1852 vint consacrer les engagements de Varsovie et couronner de succès les efforts du tsar.

L'empereur Nicolas exerçait encore dans une autre question, plus grave que celle du Danemark, une influence décisive sur la conduite de son beau-frère : la reconnaissance du second empire en France. Le coup d'État du 2 décembre 1851 avait été fort bien accueilli par les grandes puissances continentales : il cadrait avec leur politique réactionnaire et absolutiste. L'empereur Nicolas d'ailleurs s'était fait un moment illusion sur les vues de Louis-Napoléon. Il acceptait de bon cœur la dictature de celui-ci, le consulat même, et était prêt à le reconnaître, pourvu que le consulat ne se transformât point en empire. Car il tenait pour Henri V et s'imaginait au premier moment

que le prince-président se ferait le restaurateur de la monarchie légitime. Bientôt revenu de son erreur, il pressa le roi de Prusse de ne plus tarder avec la réorganisation de Tarmée, reconnue nécessaire depuis la mobilisation de 1850. Une correspondance suivie s'engageait dès lors entre les différentes cours. Avec sa pétulance habituelle qui s'était manifestée dans des circonstances analogues, lors des révolutions de juillet 1830 et de février 1848, le roi pensait sérieusement à une démonstration collective contre le futur empire français et, à la condition d'obtenir une garantie de ses possessions, il n'eût peut-être pas reculé devant une guerre avec la France impériale. Les conseils de l'empereur Nicolas calmèrent cette ardeur. « Il est nécessaire », disait-il dans un mémoire adressé au roi, « de ménager la susceptibilité française et de ne pas provoquer sans raison l'hostilité de cette nation contre les voisins. Pas de démonstrations armées, pas de querelle pour le titre », comme le proposait le roi, confirmé dans ces idées par son entourage intime. « Il faut rester tranquille, éviter toute provocation inutile envers Louis-Napoléon, tout en faisant sonner fort à ses oreilles, à chaque occasion opportune, notre respect des traités et notre résolution inébranlable de ne pas nous en départir. » On se demande, en présence de ces sages conseils auxquels le roi de Prusse ainsi que les autres cours cédèrent après la proclamation du second empire, comment le tsar, pour une simple question de style épistolaire, a pu fournir par la suite, à Napoléon III, le prétexte à une guerre qui

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mit fin à la prédominance de la Russie en Europe? Car cette hégémonie subsistait en 1852 : tous les monarques, toys les hommes d'État la subissaient et la proclamaient; le traité de Londres de 1852 en fut Tapogée. Le général de Rochow, ministre de Prusse à Saint- Pétersbourg, exalte la politique russe qui « a fait Tempereur Nicolas, et à bon droit, arbitre de TEurope ». « La prédominance de la Russie, écrit mélancoliquement le général de Gerlach, est la conséquence de la triste politique de la Prusse. » — « Nul n'a été davantage le maître de l'Europe, écrira trente ans plus tard le comte de Beust, si ce n'est Napoléon P^ A Berlin, l'empereur Nicolas était à peu près considéré comme un être supérieur; il en était de même dans la plupart des cours allemandes. En Angleterre, on tenait compte de sa volonté, et en France on s'appliquait à le maintenir dans de bonnes dispositions. » — « Après la campagne de Hongrie, après avoir ployé, à Olmûtz, l'Autriche et la Prusse sous son arbitrage, écrira le comte de Vitztbum, est-il donc étonnant que le tsar regardât les monarques de ces deux empires, non comme des alliés, mais presque comme des vassaux? » En 1852, le roi Maximilien de Bavière, parlant au duc de Leuchtenberg, exprima son regret de ne pas avoir vu le tsar, « dont la voix. est la plus puissante en Allemagne et qui seul est à même de forcer la Prusse à renoncer à une politique empêchant la défaite de la révolution en Allemagne ». — « Dans ma jeunesse, écrit le baron Stockmar, c'était Napoléon qui dominait le continent; aujourd'hui il paraît que l'empereur Nicolas

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a pris sa place pour dicter la loi à l'Europe, avec cette différence qu'au lieu de faire la guerre, il maintient sa dictature par la menace. » — « Pour le moment, écrit, en janvier 1852, le prince Albert, époux de la reine d'Angleterre, à son frère le duc régnant de Saxe-Cobourg, l'empereur Nicolas est complètement maître de l'Europe ; l'Autriche est un instrument, la Prusse est dupe, la France est nulle, l'Angleterre moins que rien, gouvernée qu'elle est, dans ses affaires' extérieures, par un ministre immoral (lord Palmerston). »

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