LUTTE ENTRE LE PAPE ET L'EMPEREUR
vingt-deux vaisseaux , sur laquelle trois légats du pape et plus de cent abbés, évêques et archevêques s'étaient embar qués pour aller au concile général que le pape venait de convoquer contre l'empereur.
Grégoire IX mort, Frédéric rend la liberté à tous ces cardinaux pour qu'ils élisent un pape. Leur choix tombe sur Sinibald Fiesco, ghibelin et ami personnel de Frédéric. Mais ce dernier s'écrie : « Vous allez voir, il sera désormais le plus " implacable de mes ennemis ; aucun pape ne saurait rester " ghibelin. » Ce que Frédéric avait prévu arriva. Innocent IV, en prononçant les célèbres paroles : « Abattons enfin cet ** autre Annibal et ne déposons pas les armes avant de Tavoir " exterminé , » se rendit à Lyon, sous la protection du roi de France. Lyon, quoique la capitale de la Bourgogne allemande, était tout à fait en dehors de l'influence [impériale. Dans cette ville, oii jadis le duc Otton de Vittelsback, le fougueux ami de Barberousse , avait levé la main sur un cardinal-légat, qui disait que la papauté était supérieure à l'empire, dans cette même ville Innocent IV, doué dun caractère de fer, réussit enfin en 1245 à porter le coup décisif au petitfils de Barberousse. Au concile de Lyon ce pape énergique , renchérissant sur le langage de Grégoire IX, dit : "Tout le •« monde comprend aujourd'hui que les Ghibelins veulent « abolir le culte du Christ et le remplacer par celui d'une idole " appelée Empereur allemand. ^ThdidéedeSnesse, chancelier impérial, que Frédéric y avait envoyé pour contre-balancer, s'il était possible , l'influence du pape et du roi de France , répliqua avec une éloquence aussi vraie que brillante , et en appela à un concile futur convoqué par un pape mieux informé. En vain ; Innocent IV lance l'excommunication , en l'accompagnant des mots suivants : « Le Christ a donné à « saint Pierre deux clefs, cela signifie la puissance spirituelle •« unie au pouvoir mondain ; ses successeurs, par conséquent.
« sont à la fois maîtres des âmes et des corps, et l'Empereur « n'est que le serviteur du Pape. »» A ceci, Frédéric répondit : « Princes et seigneurs, vous tous devriez m'aider à réduire « l'Eglise à la simplicité, à la pauvreté, et à la vertu de ses pre- « miers siècles. Mais vous ne faites rien, et le monde entier « sera englouti dans cet abîme infernal qui s'appelle la Pat* pauté. "
En même temps Innocent IV changea la hiérarchie aristocratique de l'Eglise en un absolutisme ou plutôt despotisme pur. Les hauts fonctionnaires de TÉglise allemande devinrent désormais dépendants des légats , et les curés furent surveillés par une légion de moines mendiants , que les papes envoyèrent en Allemagne. Les puissants archevêques du Rhin, protégés contre Rome pendant des siècles par la couronne impériale , s'humilièrent enfin devant la tiare romaine , et désertèrent la cause ghibeline. Le bas peuple allemand, qui s'était déjà tant passionné cent quatre-vingts ans auparavant pour la mysticité subUme , mais impraticable du grand Grégoire VIî, s'enthousiasma maintenant pour les mesures tyranniques du centralisateur Innocent IV.
Cet engouement pour le romanisme papal et unitaire dura en Allemagne plus de quatre siècles.
Du reste , Innocent IV se soucia peu de la qualité des moyens. Ayant ordonné aux archevêques du Rhin d'élire un contre-empereur , il n'hésita pas un instant de ratifia leur choix , tombé sur le plus abject de tous les seigneurs , Tinfame landgi-ave de la Thuringe , Henri-le-Raspe , qui avait failli laisser périr de faim sainte Elisabeth , veuve de son frère, et qui avait empoisonné le jeune enfant de cette princesse. D'abord vainqueur par la trahison de deux puissants comtes souabes , le contre-empereur fut bientôt battu , et mourut de ses blessures. Innocent IV s'empressa de faire proclamer contre-empereur Guillaume , comte de Hollande , détesté à