‹ L'Allemagne et les AllemandsChapitre 22 sur 35 · DÉCLIN DE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

DÉCLIN DE L'EMPIRE

che au milieu du carnage. Le duc refuse à cet hérétique maudit une sépulture chrétienne ; mais les chevaliers français, touchés de son malheureux courage et de sa beauté extraordinaire, vont chacun déposer une pierre sur le corps du ghibelin, et il s'en forme une colline , connue chez les habitants sous le nom du rocher des roses.

Charles, toujours fidèle à son triste rôle de valet du pape ^ comme rappellent les Ghibelins, s'empare aussitôt par trahison de toute la famille du héros. La belle et noble Hélène meurt en suite des traitements qu'on lui inflige ; ses trois garçons sont séquestrés dans un cachot étroit. Ils y restent pendant plus de trente ans^ enchaînés, demi-nus, mal nourris, sans compagnie et sans instruction. En 1297 seulement, les ayant mis en liberté , on leur donne un médecin et un prêtre. En outre, le duc d'Anjou fait détruire en Sicile tous les monuments et tous les documents ghibelins.

Konrad IV, fils de Frédéric-le-Glorieux , étant mort empoisonné par les hommes de saint Pierre en 1254, le détestable anti-roi allemand Guillaume de Hollande ne fit pas la moindre attention au jeune Konradin, fils de Konrad, et crut s'affermir par un mariage avec une princesse de la maison guelfe, Elisabeth de Bnmsvic. Mais au festin nuptial le feu dévora son palais et sa couronne ; lui et son épouse faillirent y périr. Il rampa devant le Saint-Siège et devant les princes de l'empire , en dilapidant et vendant au clergé et aux seigneurs d'innombrables privilèges impériaux. A Cologne il faillit encore une fois périr dans les flammes de son palais, auquel l'archevêque de cette ville a fait mettre le feu. A Utrect il reçoit un coup de pierre ; son épouse lui est enlevée en pleine rue par un jeune chevalier. A la fin il se réfugie dans son comté de Hollande , et commence une campagne contre les braves paysans frisons , qui viennent de tuer le despote et fratricide Abel , un prince danois , en le perçant

m L'ALLEMAGNE ET LES ALLEMANDS.

d*uii pieu et le jetant dans le marais. Le roi Guillaume esjpère le venger , mais il s'enfonce avec son cheval dans la glace, et les paysans finissent par Tachever à coups de marteaux. Alors les comtes allemands du Holsteiri remportent une célèbre victoire à Loheide sur le jeune roi danois iEric , qu'ils font prisonnier , et le forcent de leur abandonner le Slesvic.

La honte de Tempire va en croissant. Puisque aucun prince allemand n'aspire plus à cette dignité impériale si funeste à ceux qui la portent , deux étrangers se présentent comme candidats. L'Anglais Richard de Cornouailles, donnant trente-deux tonneaux d'or aux princes électeurs, est élu par ceux de Cologne, de Mayence et de Bavière ; TEspagnol Alfonse de Castille l'est par ceux de Saxe, de Bohëfue, de Trêves et de Brandebourg moyennant vingt milje maros d'argent. Ces deux élections se font au même jour , Tune dans Francfort, l'autre sous les murs de cette ville. Du reste, ces deux empereurs n'étaient que des ombres ; le pape, ppuï les tenir en échec , ne ratifia le choix d'aucun , et les hauts seigneurs allemands eurent beaucoup à cc^ur de rester s^s , afin de pouvoir eux-mêmes disposer sa^s gêne de L^ur^ ^faires dynastiques.

Le vieux chaos , d'où l'Allemagne fut tirée par les efforts inouïs des grands empereurs saxons , franco-saliens et gbiibelins, recommencée à gagner le dessus. Des guerre^ ^vîles éclatent sur tous les points, en Silésie, en Thuringe, ai Hesse, etc. C'est dans ce triste temps que Reinmar de Zyéteri maître-chanteur allemand , é-crit les nobles vers suivants : •• Les Vénitiens aussi , ayant appris que notre empire est « mis à l'enchère , sont venus avec leurs lettres pqur Tache- « ter. Eh , viens donc toi aussi , 6 Antichrist ! arrive dcMic « vite ; tu trouveras chez nous des seigneurs et des comtes à « bon marché ; baille-leur de l'argent et de l'or , et tu les «• auras tous ! La Justice et l'Injustice , ennemies étemelles,

DECLIN DE L'EMPIflË. 4$?

*» ont déjà déchiré bien des pays et des peuples ; la pauvre " Justice est en minorité , llnjustice dispose d'un cortège « noble et npmbreux. Llnjustice et le Pape rient tpu( hap^, « tandis qu'un pauvre y assiste, le cœur navré de chagrin, f

Ainsi, immédiatement après avoir atteint le plus haut période de sa gloire extéiieure, Tempire descend avec ^^e rapidité effrayante et s empresse, pour ainsi dire, d'arriver au CQpable de la décadence politique.

Il s'ofire toutefois à nos yeux encore un épisode brillan|;, mais d'une durée presque momentanée, et laissant aprë^ h|i une traînée du dernier sang ghibelin. Le jeune et brave Koi^ radin, duc de Souabe, petit-fils de Frédéric-le-ÇrlprieuiL, ayant raçu les invitations les plus chaleureuses de la part des it^ens ghibelins, résolut de reconquérir l'Italie, de la même manière que Frédéric avait reconquis l'Allemagne. Il vivait» fiQmm^ j^is son grand-père, entouré de doux loisirs et des mii^^s, tantôt dans un château du lac de Constance, tantôt k la cour de son oncle, Louis, duc de Bavière. Il existe encore jdes poésies de la plume de Konradin et de son ami intime, le jeune Frédéric d'Autriche. Du reste, ce duc de Bavière était mal famé à cause de ses ruses et de ses accès de colère. Aysuit jeté un soupçon sur son épouse en suite d'une lettre fprt indifférante, il tua deux daqoes de ha cour et ^t décapiter la duchesse : puis, quand il eut appris Ift vérité, se^ cfae^em^ en devinrent tout blancs dans une seule nuit, et il se hâta de fonder une abbaye très-riche. Il ne donna l'hospitalité à i^nradin, et ne lui conseilla de faire invasion en Italie, que pour prendre les domaines ghibelins, dans le cas de 1^ mo^t de son jeune neveu, ou pour gagn^p de la puissance qu^n4 l'entreprise aurait eu un bon succès. Il lui procura une axjnée fort nombreuse, tout en se payant par les revenus des domaines ghibelins, et il l'accompagna jusqu'à Vérone, où les seigneurs ghibelins de la maison Scala les reçurent à l^ras ou-

verts ; mais Louis prit ici congé et. ramena en Allemagne presque toutes les troupes. L'Italie ghibeline le soutenant bien, Konradin marcha rapidement jusqu en Italie-Inférieure. La flotte française fut vaincue, les Romains expulsèrent le pape et conduisirent le jeune Konradin comme un triomphateur au capitole. Mais vaincu en bataille rangée parles Français, il n*échappe, avec son ami, qu'à la vitesse de leurs chevaux; puis, étant pris par la trahison du seigneur Frangipani (1), ils furent condamnés à la décapitation. Avec un courage admirable ils écoutent la lecture de la sentence, au moment même où ils jouent une partie d'échec ; le noble sang ghibelin ne se démentit pas jusqu'à sa dernière goutte. Le 22 octobre 1268, on les conduit à l'échafaud ; les chevaliers français, admirant le jeune héros, murmurent d'indignation, le beau- fils de Charles d'Anjou, le comte Robert de Flandres, frappe du glaive le premier juge au pied de récha&ud même en s' écriant : •< Misérable ! tu oses donc condamner «• ce magnifique et beau chevalier ? » Alors la victime pro- ** nonce les mots solennels : « Peuple sicilien, mon sang qui « va couler demandera vengeance , vengeance à Dieu. Je « citerai mon adversaire devant le juge suprême. J'espère que M mes Bavarois et mes Souabes ne resteront pas Icmgtemps « sans laver cette honte infligée à toute la nation. » Ayant parlé, il jette son gantelet en l'air, afin qu'on le porte à Pierre, roi d'Aragon, beau-fils du malheureux ghibelin Manfred ; il est ramassé par le chevalier allemand Henri de Valdbourg.La dernière tête ghibeline tombe; alors, dit-on, un aigle descend, et après avoir mouillé son aile droite dans le sang, il remonte et disparaît.

Le valet du pape fait égorger tous les Arabes de la co-

(1) La famille de cet ancien ghibelin avait été comblée de bienfaits par les cmpei'eurs* Transplantée eu Hongrie, elle s*y conduisit aussi fort mal.

JURIDICTiaN DE LA SAINTE FÈME. 485

lonie Lucérie , ces fidèles amis de Frédéric-le-Glorieux , et exterminer tous les Siciliens ghibelins. Quant au roi Ënzio, fils du Glorieux et prisonnier des Bolonais, il veut voler au secours de son neveu Konradin, et réussit à sortir de la forteresse, caché dans un tonneau 5 mais une boucle de sa longue chevelure le trahit, et on l'enferme désormais jusqu à sa mort dans un souterrain, quelques-uns disent même dans une cage de fer. Avant cet essai d'évasion il était tiraitéavec distinction, et avait partagé sa prison avec la belle et noble Lucieyiadagda,qui, dit-on, devint ainsi Taïeule de la famille des Bentivoglio, nom donné à ses enfants par Enzio, parce que Lucie disait souvent : Enzio ^ che ben tl voglio! (Mon Enzio, je te veux du bien ).

Quatorze ans après la fin de la dynastie glorieuse, en 1282, Charles d'Anjou perdit l'île de Sicile par la conspiration des Vêpres, et les insulaires proclamèrent roi Pierre d'Aragon et son épouse Constance, fille de Manfred.

OUATORZIÊHË TABLEAU.

La juridiction de la sainte Féme.

L'aristocratie chrétienne et féodale en Allemagne était aussi violente que celle des Normands en Angleterre, mais beaucoup moins organisée. Les Normands français, ces fils fougueux des pirates Scandinaves établis à l'embouchure de la Seine , adoptèrent de bonne heure les lois féodales , et devenus par leurs épées les maîtres absolus des Saxons anglais, ils sentirent l'impérieuse nécessité de s'y constituer qh un seul corps défensif et offensif, étendu comme un réseau de fer sur toute la terre conquise. En outre, cette vaste association d'exploiteurs étrangers, jour et nuit armés, tourmentant et

rançonnant la population saxonne, se vit bientôt obligée, pour se maintenir, de se mettre en rapports réglés et lég^x avec quelques grandes villes commerçantes de l'île. Les habitants d'une île, bien que séparés entre eux en castes et classes, ne se défendront jamais longtemps d*un sentiment puissant de solidarité ; la nature géographique influe toujours et partout sur la nature humaine. Voilà le premier comniencement de la Constitution anglaise : garanties mutuelles entre les conquérants et les communes commerçant^s conquises, et le Roi, chef général des conquérants et des conquis.

En Allemagne, rien de tout cela. Les seign^urs n*^aiept pas besoin de se garder contre des sujets conquis, à Texçeption des provinces de frontières à l'est ou Marcliss^ oui l'élément allemand chrétien se trouva en face de Télépieot skive païen. Dans la majeure partie de T Allemagne, le§ çeîgiie^rs n'ayant rien à craindre dç leurs sujets indigènes, s* abandon^ naient entièrement a la jalousie, à l'ambition, et si ce singulier penchant allemand de rechercher le combat seulement pour avoir le plaisir de combattre : de là ces interminables luttes entre tant de ducs, de comtes, de landgraves, de margraves, et de simples chevaliers châtelains. Par le même motif, il n'y eut point là de re^ect ni d'intérêt constants entre eux et le chef de l'empire. Les archevêques d'Allemagne, véritables rois et généraux , voulurent pendant longtemps tenir l'Eglise allemande en dehors de la domination papale.

Le privilège dévolu aux hauts seigneurs ecclési9.stiques et séculiers de l'empire, d'élire et de proclamer un eiï)pçreur, a beaucoup contribué à provoquer des guerres i»testiïie§.

Cette époque de 1^. grandeur extérieure e|; politique d^ l'Allemagne, au)ntre aussi toute I4 hauteur et tout^ râ{>reté indomptables dwit on a fait à tort un reproche au caractère national. Ainsi, le baron de Krpnking en Souahe, à Teng, près le lac de Constance, simple chevalier et propriétaire

d'une terre, recevant la visite du grand empereur Frédéric II Barberousse, reste assis, et lui adresse les paroles suivantes : H Excdsez-moi de ne pas me tenir debout, je suis ici, dans ** mon nid d aigle, maître comme vous dans le vôtre ; je ne " suis vassal de personne, je ne dois mon alleu qu à la bonté « du Dieu éternel et du soleil allemand. Du reste, je vous » honore comme Empereur de l'Empire. » Le chef velfe, ce duc Henri surnommé le Lion à cause dé sa bravoure ou plutôt de sa fureur guerrière, ayant parié qu'il ferait peur à Thèdle de Vallmode, simple chevalier-baron et si intrépide qu'on disait de lui qu'il montait à cheval sur le démon même, le mord fortement à la main ; mais le mordu donne sans retard un énorme soufflet au redoutable chef de )a liaison des Velfes, et s'écrie : « Hé, lion, vous n'êtes donc plus qu'un « chien ^ »* Certes, il n'était pas facile de conduire des aristocrates de cette trempe.

Les communes bourgeoises et villageoises enfin, taquinées par les seigneurs de tout rang, ne voyaient leur salut qu6 dans le protectorat de l'empereur, mais celui-ci ne s'occupe que des communes bourgeoises , en abandonnant les paysans à d'innombrables despotes»

Alors le noble archevêque Enghelbert, gouverneur général de l'Allemagne pendant le séjour de Frédéric II le Glori^ux en Italie inférieure, fonda la société judiciaire secrète, connue sous Iç nom de la Fême d Allemagne , Cet archevêque n'en fut pmnt l'inventeur, mais il eut la bonne idée de transformer les andens tribunaux des paysans libres, les tribunaux degaou (ou de district) en tribunaux secrets, composés de bourgeois, de villageois et de nobles << aimant les droits des hommes « libres. »» Enghelbert dirigea l'affaire ; pour éviter tout conflit avec l'Eglise , il défendit non-seulement de juger les gens d'église, mais aussi de les élire membres du tribunal. Beaucoup de chevaliers demi -sauvages, de vrais brigands et

routiers à blasons, furent châtiés par son bras invincible. A la fin, il fut lui-même tué par le comte d'Isembourg, chevalier brutal et cruel, qu'il venait de faire punir. La mort du noble archevêque fut chantée par Valter de la Prairie des Oiseaux ( ^von der Fogelweide ) , le plus sublime et le plus énergique des troubadours de ce temps-là. Un chevalier sauvage, appelé Chevalier Mange-le-Pays, résidant à Steinack, aux bords du Necker, dévasta et rançonna avec les guerriers de ces quatre bourgues (châteaux forts) les paysans et les marchands, jusqu'au jour où l'empereur le mit au ban de l'empire ; alors il disparut, et dans une armure noire, à la visière toujours fermée il se distingua dans une croisade impériale par des prodiges de valeur sans être reconnu; enfin l'empereur, pour lui donner la récompense méritée, le prie de se découvrir, et le pillard, agenouillé au cercle des hauts seigneurs, montre en souriant à toute l'assemblée ses redoutables traits. Mais les autres chevaliers sauvages étaient bien moins romanesques, et ne se courbaient que sous la force du glaive. Contre ceux-là, Enghelbert de Cologne avait donc raison d'organiser la Haute-Fême.

En Frisonie et principalement chez lesSaxonsen Vestphalie. l'antique juridiction des gaous s'exerçait encore èoùs Henrile-Lion, et après la chute de ce puissant vassal, sous rarchevêque de Cologne.

Comme aux temps du paganisme , \z^ gaou-grafes ^ c'està-dire les juges élus par les gaous des paysans libres, jugaient dans l'époque chrétienne les causes d'après les localités et par le droit populaire. « Le grafe du gaou, disent les his- « toriens, commande en présence de deux juges libres, aux « hérauts judiciaires d'appeler en plein jour et en plein air tous « les juges libres et tous les paysans hbres de Tendroit où le « procès se fera, et de les y convoquer, sous peine d'amende «• et de ban, pour samedi prochain devant le Siège du Roi.

« Or, un Siège du Roi existant dans chaque cent ou canton, " composé de cent pères de familles, \e gaou possède plu- « sieurs Sièges du Roi. Pour construire un Siège du Roi , «* le héraut fait, au milieu d'un gazon vert, une fosse de seize « pieds en longueur et en largeur, puis les seize juges libres y M jettent chacun une poignée de cendres et un morceau de " brique. Sur la fosse recouverte de gazon on apporte le « Siège , et y ayant pris place, le premier juge parle ainsi : « Nous sommes arrivés à jeun et en présence du soleil , le « Siège est placé comme de droit ; prononcez comme de droit « en présence du soleil. » Il n y avait jamais de recours possible à des tribunaux ordinaires.

Enghelbert le transforma, en le reléguant dans le mystère pour mieux pouvoir effrayer et frapper les despotes. Une vaste association judiciaire, connue sous le nom de Ceux quisaifent, s'étendit sur toute l'Allemagne, et telle était son utilité au xiii* siècle, dans les désordres qui suivirent la chute des Ghibelins, que cet ordre mystérieux compta jusqu'à cent mille membres. Ils avaient un mot d'ordre, des signes secrets, un terrible serment ; celui qui avait trahi le secret, était pendu sept pieds plus haut qu'un simple criminel. Les quatre sections de cet ordre étaient : dans la première, le président général ou Maître du Siège, soit le prince archevêque de Cologne, soit l'empereur même ; dans la deuxième, les Comtes Libres (1), choisis par le M^tre du Siège ; dans la troisième, les Jurés Libres, choisis par les Comtes Libres ; dans la quatrième, les Hérauts, qui annonçaient la citation et exécutaient la sentence de mort. Toute autre sorte de punition était défendue ; bientôt après la condamnation , le criminel fêmé était percé d'un poignard portant les lettres initiales S S G G,

(1) Cette juridiction s'appelait libre , parce que ne dépendant d'aucune autre , elle se trouvait immédiatement placée sous la protection impériale*

exprimant autant de mots allemands, qui signifient »» Bâton, « Pierre, Herbe, Sable, »• une devise datant sans doute de l'antiquité païenne. L'accusation se faisatit par un membre de Tordre^ la citation était trois fois répétée. L'accusé faisant défaut risquait fort d'être condamné sur le serment de Taçcu- Sftteuri Un membre accusé se disctdpait par simple serment. Le tribunal n'en appelait au pape et à Témpereur que dans le cas d'uïi désaccord profond entre les juges. Le tribunal ne s'occupait que des causes non jugées par un autre, ou qui étaient restées indécises. L'ordre ne recevait jamais les prêtres (excepté le prince-archevêque), les Juifs , les femmes , leô serfs ; en revanche, il ne les jugeait pas non plus, et restiiit fidèle à son but, d'être pour des hommes //ifie^ une juridiction dé jurés libres et à.e juges libres.

Quant à la législation ordinaire d'Allemagne , die était un mélange confus de coutumes locales, féodales et impériales compulsé en deux vastes recueils (latins et allemands) ; le iHïroir des Saxons, sanctionné par Frédéric II le Glorieux en 1215, et plus tard le Miroir des Souabes, publié vingt ans après la chute de la dynastie ghibeline, et par conséquent rédigé sous l'influence papale. On reste en effet stupéfait, quand on apprend que les lois allemandes , composées de contrats et de pfwiléges, se divisaient alors en sept grtrapes dans lesquels, dit un historien savant, le désordre était à r ordre du jour , Ces groupes étaient les concordats entre le Pape et l'Empereur ; les décrets de F empire, conclus ehti^ l'Empereur etles Seigneurs constitués en Assemblée (Diète); leà capitulations, ou traités de partage, d'héritage, de coticessions , etc., conclus entre l'Empereur et les seigtieurs ; les droits féodaux entre ces derniers et leurs vassaux; les droits des Etats, c'est-à-dire les règlements convenus entre les seigneurs etles représentants des nobles, des bourgeois et parfois même des paysans; les traités d alliance desche-

valiers, des communes bourgeoises et des communes villageoises ; enfin les lois municipal£s des citadins et des villageois (I) . Ajoutez-y encore une foule de privilèges exceptionnels distribués dans des cas particuliers par des seigneurs^ mais surtout par des empereurs, et vous comprendrez la nécessité pour l'Allemagne, de simplifier cet affreux fatras. C'est ce qu'elle n'a fait qu'à demi et trop tard, et probablement elle ne l'eût pas fait du tout si elle n'y eût été poussée par 1789. Voilà le plus grand de tous les crimes qu'elle à commis envers elle-même ; espérons enfin qu'elle agira en 1852. Ses innombrables princes, elle le comprendra, ne se plaisent que dans son chaos législatif et administratif : elle doit se sauver malgré eux et par elle-même.

A côté de tous ces codes , plus ou moins déformes et embarrassés, celui de l'Eglise romaine brillait par sa précision. Les empereurs ghibelins, de leur côté, faisaient tout pour contre-balancer ce droit canonique (ecclésiastique), par l'introduction du vieux droit romain. C'était là encore le combat à outrance entre le Pape et l'Empereur. Quoi qu'il en soit, les anciennes maximes nationales : « Tu ne dois reconntu- « tre juge que celui que tu as choisi de pleine volonté ; la « juridictioh doit se faire en public et oralement; tu ne dois « contraindre personne à se rendre devant les juges, mais » quand il fait du mal, sa commune doit le traiter comme « ennemi (2); sans partie plaignante, point de procès; le « duel judiciaire et l'ordalie font connaître le jugement de m Dieu » — restaient encore en vigueur, tandis que l'amende

(^) Parmi les législations particulières et locales obtenaient lé plus de succès les codes des villes de Lubeck , Soest et Magdebourg, répandus sttrtout ^rmi les colons allemands des pays slaves et borussiens; puis le coile des Étals en Autriche de 1250 , le code féodal lombard de 1235 , et celui des paysans frisons.

(2) C'est là l'origine du ban de l'Empire,

[ivergheld], payée pour un meurtre, fit place oux affreuses peines corporelles du vieux droit romain, et, qui le croirait! du code israélite, tel qu'il se trouve dans les livres bibliques de Moïse.

Le résultat de tout ceci était un système séculaire des tortures les plus atroces, qui aient jamais déshonoré l'huinanité, et qui firent un tort immense au christianisme, sous la protection duquel on s'abrita en l'invoquant à chaque pas. A compter de la fin du xiir siècle, disparut ainsi tout ce qui restait encore de bon dans l'antique législation nationale.

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