‹ L'Allemagne et les AllemandsChapitre 26 sur 35 · HENRI VH ET GUILLAUME TELL · texte numérisé non relu

HENRI VH ET GUILLAUME TELL

allemands préférèrent donc élire empereur un simple seigneur sans puissance domaniale, un seigneur pauvre et soumis à la volonté des princes. L'archevêque de Mayence acheta leurs votes pour son neveu , Adolphe , comte de Nassau, et ce dernier octroya avec plaisir à ses électeurs toutes leurs demandes; puis, voulant fonder une puissance domaniale comme Habsbourg, il fit acquisition de la Thuringe. Adolphe de Nassau maltraita d'une manière affreuse les Thuringiens. Ceux-ci tenaient beaucoup au jeune Frédéric, fils de Margarèthe ( fille du glorieux Ghibelin ) et de leur détestable landgrave, appelé Frédéric le Dégénéré^ à cause de la haine inconcevable qu'il portait à son épouse et à son fils. Cekji-ci, encore enfant, chassé avec sa noble mère ghibeline en désespoir, reçut d'elle une morsure profonde au visage et l'ordre de venger elle et lui. De là son nom Frédéric à la joue mordue. Repris, il allait périr de faim dans le château de son infâme père, mais il fut clandestinement délivré par des écuyers compatissants. Adolphe, soutenu par l'argent anglais, et Albert, soutenu par l'argent français, se rencontrèrent près Vorms sur le Rhin, où Adolphe fut vaincu et tué. Alors Albert, cruel et froid comme son modèle Philippele-Beau, de France, mais moins favorisé du succès, commença à centraliser avec une énergie bien calculée. Ses successeurs ne l'ont point imité : l'Allemagne actuelle ne s'en ressent que trop. Albert ne réussit pas à acquérir, comme terres féoihles de l'Empire, la Hollande , la Bohême et la Thuringe. Dans les deux premières ses intentions furent éludées par les intrigues du roi de France, et en Thuringe il fut vaincu par la bravoure du landgrave Frédéric à la joue mordue et des bourgeois-ouvriers d'Erfourt. Peu d'années auparavant les Français avaient été vaincus en Belgique, à Courtray, par une petite légion de bourgeois-ouvriers dans la femeusé bataille des éperons, ainsi nommée à cause des

huit mille éperons dorés que les Flamands- Allemands suspendirent comme des trophées dans une église de Belgique. Mais deux ans plus tard, devenus conquérants à leur tour et ayant occupé la Hollande, les Flamands furent vaincus par les Hollandais et par les Français, à Mons-en-Puelle ; ce qui coûta à TEmpire les villes de Bethune , de Lille et de Douai. La royauté héréditaire en France commença ainsi, à pas lents mais sûrs, à gagner des provinces entières, que l'empire allemand , redevenu anarchique , ne savait plus maintenir.

A cette époque, éclata la célèbre insurrection des campagnards suisses aux. bords du lac connu sous le nom du lac des Quatre Villes de la Forêt. Ces fiers montagnards, au centre des Alpes helvétiques , habitaient trois des plus saicienscentnines ou cantons de l'Allemagne; c'étaient Schwytz (prononcez Chvitze), Uri (prononcez Oar/) et Unterwalden ( prononcez Ountervalde , c'est-à-dire le canton sous la forêt]. Ils disent que leurs ancêtres, venus des pays de la glace septentrionale , s'y fixèrent après une très-longue migration ; leur ancien dialecte , leur taille gigantesque et leurs habitudes, font en effet supposer une origine normanné ou norlandaise. On les croit descendus de la Suède avec les flots de la grande invasion des barbares , au temps où les Goths suédois se répandaient sur le continent, depuis la mer Baltique jusqu'à la mer Noire. Les chroniques du pays suisse en parlent, et celles de la Suède aussi. D'après d'autres historiens ces paysans de la Suisse centrale , ou , comme elle s appelle , /?r//7ï//iVe , ceux de la Vallée du Hasli surtout» seraient , au milieu du vi® siècle , arrivés avec les Lombards , qui avaient quitté les contrées de l'Elbe, du Holstein, du Slesvig et du Jutland , c'est-à-dire la péninsule cimbrique , qui forme aujourd'hui la majeure partie du Danemark.

Dans un document public , le roi suédois, Gustave Vasa,

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