‹ L'Allemagne et les AllemandsChapitre 27 sur 35 · HENRI VU ET GUILLAUME TELL · texte numérisé non relu

HENRI VU ET GUILLAUME TELL

parla de celte émigration pour démontrer par là la grande population de la Suède , et le roi suédois Gustave-Adolphe s'en servit quand il fit appel à ralliance des Suisses, en leur écrivant : « Vous et nous, les Suisses et les Suédois , nous •» sommes d'anciens compatriotes : un jour vous avez quitté «« nos pays du Nord, h Les habitants de la Valléede Hasli possèdent un poème assez long, imprimé il y a trois siècles, et portant le titre: Le Chant des Frisons de F Est. Malgré ses fautes chronologiques et autres, il est intéressant sous plus d'un rapport. •• Une grande famine éclata dans le Nord, dit- " il ; alors beaucoup de Frisons orientaux et beaucoup de Sué- - dois rassemblés au champ de Hasli (nom très-commun en « Suède, surtout pour désigner un champ de bataille, entouré, « d'après l'ancienne habitude , de perches de noisetiers, « hassla], quittent en masse leur patrie. Aux bords du Rhin, « ils battent une armée franque, et remontant toujours vers "les montagnes, ils choisissent une vallée qui leur paraît « avoir beaucoup de ressemblance avec leur pays natal. »• Le célèbre historien suisse, Jean de Muller, après s'être informé, en 1777 et 1778, auprès des vieillards suisses, s'exprime de la manière suivante :

" Les Suédois et les Frisons, tourmentés par la famine, «• décident que la dixième partie de toute la population de- •« vra s'exiler, et que le sort en sera jeté. Les femmes en « désespoir et les petits enfants accompagnent les hommes « exilés au nombre de six mille : tous d'une taille gigantesque, " d'une remarquable beauté et d'un courage à toute épreuve « (comme le sont encore aujourd'hui les Scandinaves et les •« Suisses du Lac). Après la victoire qu'ils remportèrent aux " bords du Rhin sur le comte frank Pierre, ils s'emparèrent « d'un butin immense, surtout de beaux troupeaux. Dieu, « touché de leurs prières, les conduisit enfin dans les mon- »• tagnes et les vallées du lac, près Brokenbourg; ils y cons-

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« truisirent la ville Schwylz. Après avoir défriché la forêt M primitive , une partie s'en alla se fixer à la Montagne- .. A^oire en Unterwalde, et une autre au Pajrs-BUmc ou - Hasli- supérieur près de la neige éternelle. De la sorte « ils ont occupé peu à peu tout jusqu'à Jaoun. » Les habitants du Hasli ajoutent ce qui suit : «« Dans le partage que " les immigrés firent, on donna aux chefs Schwytzère , d'ori- « gine suédoise, et à Resti, la contrée du mont de Pilate (le « mont déchiré^ mons fractus, à cause de sa forme déchirée) « et la fameuse howgue (c est-à-dire château fort) en ruines, « nommée Resti , existé encore près Meyringue. Delà les «• deux capitaines norlandais prirent tout jusqu'aux montagnes »• plus éloignées. Le troisième chef, Vadislav, natif du pays « Hasi, situé entre la Suède et la Frise, s'empara de la « vallée d'au-delà des montagnes, à la source de l'Eau « Noire dite la rivière d'Aar. Voilà donc l'origine du nom de »« la vallée du Hasli, »» Les Hasliens, dit-on, furent appdés à Rome par l'empereur romain Honorius , pour combattre un usurpateur; mais cela est un appendice poétique. L'éajigration en question a eu lieu probablement beaucoup plus tard, après la chute de l'empire romain, dans l'époque des pirateries et conquêtes Scandinaves, c'est-à-dire v«^ 8Ô0, soixante-dix ans après la mort de Charlemagne. Dans cette année-là des Normands et des Frisons remontèrent en effet le Rhin et la Moselle , canjpèrent à Haslov , battirent les troupes des Franks, et s'avancèrent vers le raidi. Les vieux poèmes historiques des Scandinaves disent, que les fils du célèbre roi-pirate Regnar Lodbroke (surnommé le Roi des Serpents, parce que, fait prisonnier en Angleterre, il y mourut dans un cachot, dévoré par des serpents et en chantant sa fameuse chanson de mort) arrivèrent dans une excursion guerrière jusqu'à la ville d' Avenches (Suisse), endroit où commence la population Scandinave de la Suisse centrale-

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Cette bande, sous le fils du Roi des Serpents, fut^ appelée une bande visigothe, c est-à-dire descendue de la province visigothiande située en Suède.

Quoi qu'il en soit, l'ancien historien des Scandinaves ou Normands, Saxon le Grammatique , qui écrivit bien longtemps avant Tinsurrection des Suisses contre les gouverneurs autrichiens, raconte un événement Scandinave qui ressemble fort à celui dans lequel le Suisse Guillaume Tell a joué le rôle principal. Tell, ou plutôt /e Tell, dans le dialecte suisse, veut dire le fou, et Tokc en langue Scandinave a une signification analogue : or, le personnage Scandinave dans cet épisode s'appelle Palna-Tb^c.

Les paysans de ce lac, célèbre par sa beauté extraordinaire, florirent déjà au xii'' siècle par Télève du bétail, et repoussèrent les menaces de leur soi-dis8LX)t protecteur^ l'abbé du grand couvent d'Einsiedel, c'est-à-dire de F Hennitoge. Ce seigneur- prêtre de l'empire allemand attaqua leur droit de pdtre leurs troupeaux, et vexé de leur fermeté, il les excommunia et fit décréter le ban impérial ^ c'est-à-dire il les déclara ennemis publics de l'empire. Mais ils résistèrent avec succès, fortifiés par leurs rochers, et encouragés par les paroles aussi sublimes que populaires d*un grand martyr de la liberté et de la justice, de l'italien Arnold de Bresse, qui avait prêché quelque temps aux bords du lac de Constance. Onze ans plus tard, en 1255, ce réformateur politique et religieux fut brûlé vivant comme hérétique, par le pape Adrien IV et l'empereur ghibelin Frédéric Y^ Barberousse^ qui, après une lutte sanglante, se réconcilièrent enfin à Rome sur les cendres de ce noble tribun romain. Le pape, dont le prédécesseur Eugène III avait été expulsé par Arnold, alors président de la cité romaine qu'il espérait pouvoir transformer en république, et l'empereur Barberousse jaloux de son pouvoir impérial en Italie, avaient un intérêt commun de se

débarrasser de leur adversaire. Barberôusse était bon catholique, et jeta imprudemment la formidable arme quil aurait pu trouver dans Tinsurrection d'Arnold contre le Saint-Siège.

Le corps du prédicateur de la liberté fut livré aux flammes, mais sa doctrine éternelle avait déjà enflammé Tesprit et le cœur des Suisses. Vous avez beau persécuter la vérité et la vertu; vousn*êtes rien autre chose que le petit gamin que votre saint Augustin rencontra un jour au rivage de la mer, occupé à puiser de l'eau dans une coquille, et s'étonnant à la fin que les flots n'en diminuaient point. Cent soixante ans plus tard, les paysans du lac des Cantons, ayant toujours conservé l'ancienne indépendance comme elle existait jadis dans tous les gaous allemands, ne voulurent pas cesser d'être les vassaux immédiats de l'Empire, ni s'abaisser à devenir ceux de la maison autrichienne de Habsbourg. L'empereur Albert de Habsbourg, au contraire, ne voyant du bien que dans la plus grande extension de son domaine personnel, es))éra briser les montagnards récalcitrants, comme les braves paysans Frisons de la côte maritime, malgré ime ré.-istance héroïque, avaient été brisés par leurs voisins, les évêques et les comtes. En outre, les Suisses étaient déjà entourés de beaucoup de propriétés habsbourgiennes , administrées d'après le bon plaisir et le caprice de leurs gouverneurs autrichiens.

Un de ces derniers. Gessler (prononcez Guessler), préposé aux cantons d'Uri et de Schvytz, un homme aussi nuel et provocateur que son maître , commença alors à taquiner les habitants d' Altorf. Il leur ordonne de saluer une perche, portant un chapeau autrichien, qu'il vient d'ériger sous les tilleuls de la place publique. •» C'est le chapeau de - l'empereur, s'écrie-t-il, et quiconque ne le salue pas, sera « puni d'une peine corporelle et de la confiscation de ses « biens. " Voyant la maison du paysan Vemer de Stau-

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