‹ L'Allemagne et les AllemandsChapitre 6 sur 35 · TROISIÈME TABLEAU · texte numérisé non relu

TROISIÈME TABLEAU

La grande invasion des Allemands.

Les Allemands étaient , pour ainsi dire , un peuple jeune et récent, quand ils firent enfin leur apparition sur la grande scène de l'Europe, pour participer au développement unive^ sel. Ils crurent nécessaire , dans le début de leur carrière nouvelle, de copier tant bien que mal l'exemple des Romains, leur sprédécesseurs. Sept siècles , remplis sans relâche de travaux gigantesques, avaient donné à ceux-ci une grandeur vraiment inexplicable, et le nom romain était devenu presque l'égal de celui des dieux. C'est alors que l'Allemand, rude, barbare, naïf, impétueux , dévoré par la soif des aventures et d'un plus grand bien-être, brandit le glaive et délaissa ses vieilles forêts , pour fondre sur la capitale et la reine du monde policé , mais profondément corrompu et avili par une fausse civilisation.

Plus l'Allemand entrait en relation soit amicale, soit hostile avec Rome , plus il s'y sentait attiré par un invincible désir. Combattre Rome et imiter Rome^ voilà sa devise au moment où l'invasion des Barbares va commencer.

Dans le ii® siècle après Jésus -Christ , les nombreuses dénominations des petites tribus allemandes disparaissent ; elles se confondent et produisent plusieurs grandes confédé-

rations. On voit surgir les confédérations des Saxons , des Franks, des Angles, des Longobards ou Lombards, des Alamans , des Bourgondes ou Bourguignons , des Boïares ou Bavarois , des Goths , des Vandales. Derrière eux et quelquefois parmi eux se lancent aussi des tribus slaves , par exemple les Jazygues et les Roxolans.

Une partie de ces confédérations guerrières fait irruption sur le Rhin ; une autre, celle des Marcomans, sur le Danube, mais elle fut arrêtée par le grand empereur romain Marc- Aurèle, vrai philosophe païen de l'école stoïcienne, et assurément aussi vertueux que les plus grands hommes, rois ou autres, dont le christianisme ait à s'enorgueillir. Il les battit dans des batailles sanglantes sur la glace même du Danube, et se fit rendre plus de cent mille Romains qu'ils avaient emmenés prisonniers. Le nombre énorme des captifs dénote la gravité croissante de ces guerres allemandes. Le grand empereur mourut subitement, et son détestable fils et successeur conclut une paix peu honorable pour les aigles romaines. Remarquez toutefois que des miUiers d'Allemands continuaient toujours à servir dans lès armées de Rome.

Les Alamans, tribu de la confédération suève, dont le nom s'est conservé en Souabe , attaquèrent le Rhin. C'est du nom Alaman que leurs malheureux voisins, les Gallo-Romains et plus tard les Français, ont fait le nom Allemand, ^diV lequel ils désignaient tous les habitants des pays situés entre le Rhin, le Danube, et la mer du Nord. Ces Alamans étaient pendant près de deux siècles fort dangereux pour la Gaule , leur jeune duc Krok pilla et brûla soixante villes gauloises ; enfin après des combats affreux contre les Gallo-Romains et les Franks ils se fixèrent définitivement, et leurs descendants sont encore aujourd'hui les habitants de l'Alsace, de la Bade , du Wurtemberg et d'une partie de la Suisse. L'empereur romain Caracalla , misérable personnage, attaqué d'aliénation men-

taie, les avait flattés, puis irrités par ses cruautés inutiles ; l'empereur Constantin , homme fourbe et sans vertu, mais appelé le Grand par le clergé catholique pour avoir le premier proclamé religion de l'État celle du Christ , ne serait jamais monté sur le trône sans l'appui des Alamans des bords du Rhin ; l'empereur Constance , son fils, se servit des Alamans pour réprimer les Franks, puis il se servit des Franks pour réprimer les Alamans. Le grand empereur Julien (appelé par le clergé catholique V Apostat ou le Déserteur, parce qu'il avait abandonné une église déjà mauvaise, et embrassé le paganisme qui, malgré certaines innovations, n'était guère meilleur), avait remporté plusieurs victoires signalées sur les ducs des Alamans ; l'empereur Jovin et l'empereur Valentinien avaient été les derniers qui les avaient combattus.

Une fois encore une énorme armée romaine fit irruption en Allemagne, sous le commandement de l'empereur Maximin , général romain d'une taille de géant et d'une force d'Hercule, lui-même Allemand de naissance. Mais après avoir dévasté le pays dans une étendue de quatre cents lieues, il dut se retirer sans avoir fait des conquêtes durables.

La confédération franque jouait sur le Rhin inférieur, absolument le même rôle que la confédération suève ou alamane aux bords du Rhin supérieur. Elle provenait aussi de la fusion d'une foule de tribus différentes , réunies dans un but de dévastation aventurière. Les pirates franks pillaient les côtes romaines, leurs farouches cavaliers poussaient à travers les Gaules jusqu'en Espagne. Le grand empereur Probus les vainquit en plusieurs rencontres , et introduisit la culture de la vigne sur les belles collines du Rhin , du Mein et du Danube en Hongrie ; c'est là la seule importation romaine qui , respectée par les barbares allemands d'alors , s'est perpétuée à travers les âges , sans que jamais ni envahisseurs ni factieux aient contesté son utilité universelle. L'empereur Probus, cet

homme sévère et vraiment probe , espérait aussi dompter les Allemands , en les transportant par milliers dans des provinces romaines éloignées : ainsi , il envoya des Vandales en Grande-Bretagne et des Franks en Asie. Mais , les soldats romains, peu habitués à ces occupations paisibles, se révoltèrent contre le travail vinicole, et finirent par assassiner Probus dans une émeute militaire. Alors les Franks, transportés en Asie, s'insurgèrent , s'emparèrent d'une flotille romaine , et retournèrent par mer dans l'Allemagne septentrionale , après avoir pillé les plus riches des villes maritimes de la Grèce , de l'Italie , de l'Espagne et de la Gaule. Cette longue et heureuse expédition dans le fond même du monde romain , ne resta pas sans une influence profonde sur les barbares du Nord allemand.

La confédération franque donna son nom au pays des Gallo-Romains, parce qu'elle remplit le rôle le plus considérable dans l'invasion. Du reste, elle renfermait les plus féroces , les plus rusées , et les plus sanguinaires des tribus allemandes , comme le prouvent les excès de tous genres , auxquels les. Franks se sont portés contre leurs malheureux voisins et leurs sujets plus infortunés encore. Peut-être les évêques , qui déjà enlaçaient dans leur gigantesque trame le monde romain, et qui semblaient affectionner surtout les Franks païens , ont-ils contribué à égarer les esprits naïfs de ces pauvres barbares , en mêlant les terreurs de l'enfer aux joies de ce monde, et les préceptes d'ascétisme à des orgies grossières. Bref, les crimes les plus horribles et les plus infâmes , étaient mille fois plus fréquents chez les chefs franks de la Gaule, que chez les chefs franks restés en Allemagne, et que chez les chefs alamans , goths ou bourgondes qui , bien que baptisés, étaient moins amis des évêques gallo-romains. L'empereur Constantin , surnommé le Grand par le clergé malgré ses crimes princiers , vainquit plusieurs fois les Franks

en bataille rangée. Un pont colossal en pierres fut construit par lui sur le Rhin , à Cologne , mais détruit six siècles plus tard par l'évêque de cette capitale, qui en employa les débris pour construire 1* église Saint-Pan taléon. Mémorable symbole de l'intelligence de ces nations chrétiennes , qui détruisirent ce qui était d'utilité générale , pour le remplacer par le contraire.

Après leur défaite , les Franks se mirent sous la bannière de Constantin , et contribuèrent beaucoup à toutes ses victoires 5 entre autres , à celle qu'il remporta sur son rival Licine ; bataille restée célèbre par le vœu pieux de Constantin , qui jura de se faire baptiser. Cet événement procura tout à coup aux chrétiens une armée entière, et fonda leur dominatipn politique .

Plusieurs guerriers de la confédération franque, ayant adopté des noms romains, et la langue, même les belles-lettres des Romains , s'élevèrent bientôt aux premiers honneurs; ainsi Magnence, simple soldat frank , se fit proclamer empereur romain en Gaule. Il ne fut renversé qu'après avoir été abandonné par Sylvain , autre soldat frank également romanisé. Ce Sylvain fit au nom de Rome, une campagne contre ses compatriotes d'outre-Rhin , qui malgré ses efforts brûlèrent quarante villes gauloises. Devenu suspect à l'empereur romain, Sylvain se retire chez les Franks, qui le proclament empereur à Cologne ; mais le véritable empereur le fait poignarder. Le général frank Arbogaste joua aussi un grand rôle chez les Romains.

Enfin, le grand empereur romain Julien T Apostat, ayant dompté les Alamans dans la Bade et le Vurtemberg, permet en 360 à la tribu des Franks-Sicambres ou Franks-Saliens , de s'établir définitivement comme sujets de Rome dans la Belgique. Vaincus par lui , ils deviennent ses aUiés contre les Alamans. C'est le commencement de leur domine^tion qui de>

vait comprendre un siècle plus tard tout le pays des Galloromains. Sous peu cesFranks acquéraient chez les autres tribus allemandes les noms de menteurs et de parjures. Deux écrivains de ce temps-là , Tévêque Salvien de Marseille et l'historien Vopisque , disent : «• Le Frank aime à rompre son « serment en souriant « ; — « Les Franks considèrent le faux « serment comme une simple façon de parler , non comme un M péché, f C'est malheureusement à ces indignes maîtres que les Gaulois durent bientôt se soumettre.

Il en était autrement de la confédération des Goths. Ds avaient quelque chose de généreux et de vraiment héroïque ; la civilisation romaine ne faisait pas dans leurs âmes les mêmes ravages affreux, que dans le cœur des Franks. Descendus de la Suède à travers la mer Baltique ou Gothique, ils se répandirent sur ses côtes méridionales, dans le pays appelé aujourd'hui la Prusse Orientale, à Temboochure de la Vistule. On dit qu'ils mirent pied à terre à Dantzig, dont le nom actuel serait abrégé de Gothî-Scantze , c'est-àdire »» la forteresse des Goths. » Encore aujourd'hui uneprovince dans la Suède se nomme la Gothlande , la contrée des Goths. Peu à peu , après avoir traversé toute l'étendue de la Pologne et de la Russie du nord au sud , ils se fixèrent aux bords de la mer Noire, entre la Crimée et le Danube. Quelques tribus allemandes furent absorbées dans le nom général des Goths , et leur vaste confédération régna désormais en souveraine sur les nombreuses tribus slaves répandues entre la frontière de l'empire romain oriental ou byzantin , la mer Baltique, les monts Oural et la mer Noire.

Bientôt après l'effroyable razzia des Alamans du Rhin supérieur, sous le jeune duc aventurier Krok (1), qui exter-

(1) Ce jeune barbare demanda un jour à sa mère : «t Que dois-je faire K pour deveqir célèbre p » Elle répondit , (|u'il lui (fallfiit] ou beaucoup dé^

mina soixante villes gauloises de fond en comble, eut lieu la première invasion des Goths dans la Grèce. L'empereur romain Décius, homme probe et brave , mais ennemi des chrétiens, périt avec toute son armée par les Goths à Fhilippople en 250. Plus tard la tribu pirate des Hérules, descendue des bords de la mer Baltique, s'empara de la ville d'Athènes , foyer des sciences et des beaux-arts de la Grèce : ils avaient déjà les brandons à la main pour mettre le feu à la magnifique bibliothèque nationale, quand un vieux pirate s écria: « Camarades, ne brûlez pas les livres des Grecs, *» tant que ce peuple ne fera que lire et écrire , il ne prendra « point les armes contre nous. » Le vieillard fut écouté, et la bibliothèque cette fois sauvée. Peu de temps après , Farinée romaine remporta une victoire sur les Hérules , et depuis lors ils se sont mis au service du trône impérial.

D'autres pirates goths suivent ces premiers envahisseurs : toutes les contrées ressentent le fléau de leur passage, les cités et les villages disparaissent derrière eux dans les flammes. Puis, Tempereur Aurélien, vainqueur des Franks en Gaule, remporte une victoire éclatante sur les Goths en Hongrie ; dans le cortège de son triomphe figurent un chef goth , traîné sur une voiture attelée de six beaux cerfs , et plusieurs amazones gothes qui avaient vaillamment manié les armes contre les rangs romains. Hunilde , une de ces prisonnières , avait tant d'esprit et de beauté , que toute la ville de Rome l'admira; elle devint l'épouse d'un seigneur romain. Remarquez toutefois, que l'empereur ne gagna cette bataille

truii'e ou beaucoup construire» a Eh bien, s*écria-t-il en souriant, et tirant le

glaive ; ma mère, je m'en vais parcourir le monde pour Jctruirc, c'est plus " commode que construire. « Il ravagea tout jusqu'à Arles ; là les Romains le prirent et le firent voir comme une béte fauve , enfermé dans une cage qu'on promenait dans toute la province.

INVASION DBS ALLEMANDS. H

qu'à laide des auxiliaires franks ; partout les tribus d'Allemagne combattaient entre elles. Cela se passa après 270*

Nous allons enfin assister au terrible déluge dô barbares, dont nous n'avons vu jusqu'ici que le prélude. Les peuplades germaniques vont se lancer les unes sur les autres, comme les flots de l'Océan qui, venant sans relâche battre avec un bruit sinistre le pied des rochers, finissent par ébranler la gigantesque masse. Les barbares allemands vont enfin entamer ces fortifications immenses, élevées par tant de généraux et d'empereurs, sur les bords du Rhin et le Danube pour protéger l'empire : le monde romain, sapé depuis longtemps, sera mis en brèche et renversé de tous côtés.

La secousse principale partira du fond de l'extrême Orient.

Les armées de la Chine venaient de repousser victorieusement les tribus mongoles qui, après la chute de la dynastie impériale, menaçaient chaque jour l'indépendance de l'empire. Alors, ces barbares de l'Asie centrale, se rejettent avec violence sur les nations occidentales, en commençant par la confédération des Goths aux bords de la mer Noire, qui était partagée en Visigoths (c'est-à-dire ceux de l'ouest), et en Ostrogoths (c'est-à-dire ceux de l'est). Les Huns, composés d'un grand nombre de tribus et de nomades , quittant leurs immenses déserts , la Sibérie et la Tatarie, livreront assaut à l'Europe. L'heure décisive vient de sonner.

Les Goths de Test, exposés au premier choc , ne sont point secourus par leurs frères, les Goths de l'ouest. Les uns comme les autres, sont expulsés par les Huns après quelques batailles sanglantes ; une petite partie des Goths s'allie au roi vainqueur, qui épouse la veuve du chef goth. Mais la majorité des Golhs, qui était chrétienne, marche vers l'ouest pour se mettre en sûreté dans l'empire chrétien.

Campés aux bords du Danube, qui forment la frontière ro-

maine, ils députent un de leurs évêques, le célèbre Oulphilas, traducteur des évangiles en langue gothique, pour demander aux autorités romaines la permission de s'établir. Les autorités usent de perfidie ; ils prennent les armes. L'empereur Valens accourt avec ses troupes franques, et succombe dans une bataille, où se rencontrent près d'un million de combattants. C'est la grande victoire des Goths près la ville d'Adrianople, non loin de Constantinople, le 9 août 378,

Rejetés bientôt après au delà du Danube par l'empereur Théodose, ils reviennent néanmoins à la charge, et obtiennent la permission d'habiter l'empire. Cette vaillante nation visigothese montra docile à Tinâuence civilisatrice des Romains, à qui elle ne prit guère que ce que celle-ci avait de bon et d'utile ; tandis que les Franks paraissent s'être obstinés à n'imiter Rome que dans ses vices. Ce dangereux voisinage rendit la pauvre Gaule la plus infortunée de toutes les provinces romaines.

, Les Visigoths, ces nouveaux citoyens romains, acceptèrent tous le baptême. Mais leur jeune roi Alaric, dans son ardeur de néophyte, fit une expédition dans l'ancienne Grèce, pour y détruire les dernières traces du paganisme : ce qui sacrifia ainsi à la superstition chrétienne les plus beaux monuments du genre humain. L'immense empire romain venant d'être divisé en deux empires rivaux , celui de Rome , ou de TOcci'^ dent , et celui de Constantinople (Byzance) ou de l'Orient, l'intrépide Alaric se crut permis d'aller à la conquête de Rome. Il fut cependant vaincu dans deux grandes batailles : en Italie septentrinoale, par le célèbre Stilicon, Allemand de naissance, général en chef et ministre politique de l'empereur romain Honoré. Mais cet empereur imbécille, fit tuer Stilicon et massacrer les femmes et les enfants de trente milte mercenaires allemands. Alors le roi Visigoth, révolté par ces horreurs et soutenu par les trente mille, revint à la charge. Après

quelques batailles, il entra enfin, avec Ataulphe (Adolphe), son beau-frère, dans la capitale du monde, le 24 août 409. Le pillage et le massacre s arrêtèrent subitement par une dévotion générale des vainqueurs et des vaincus, qui, tous ensemble, se rendirent en procession à l'oglise Saint-Pierre. Rome, la reine du monde, était humiliée ; les envoyés de la ville ayant demandé : « Que nous laisseras-tu? »♦ Alaric répondit en haussant les épaules : « La vie sauve! » Et à leurs menaces, le jeune héros du Nord avait répliqué en souriant : <* Puisque M vous vous vantez encore de votre force, sortez tous et bat- »* tez-vous contre nous ; nous aimons à couper l'herbe quand « elle est épaisse et drue ! » Jadis Rome avait vu dans ses murs Brennus le vainqueur gaulois : à huit siècles de là elle y vit cet Alaric, le vainqueur allemand. Seuls, les Gaulois et les Allemands, à près de huit cents ans d'intervalle, ont eu l'honneur de prendre d'assaut la superbe et glorieuse ville qui s'intitule la i^ille éternelle : Brennus en 389 avant Jésus- Christ , Alaric en 409 après Jésus-Christ.

Le vaillant Alaric, couvert de gloire, mourut en Italie. Son beau-frère, Adolphe, prit le commandement de ses Goths, et sur les instances du misérable personnage qui portait alors la couronne romaine, il attaqua la Gaule méridionale. Il s'empara de ce beau pays et de l'Espagne septentrionale ; il épousa à Narbonne, la sœur de l'empereur, princesse aussi belle que prudente. Bien des gens remercièrent le ciel pour cet événement, comme ayant rais un terme à la misère des nations, par ce mariage du chef civilisé des barbares , avec la sœur des Césars Romains.

Vaine espérance ! Adolphe fut assassiné par un des siens, qui se fit proclamer son successeur ; les guerres de brigandage et d'extermination redoublèrent de fureur.

Les Visigoths commencent par établir leur roi à Toulouse. A pea de temps de là, ils eurent à soutenir une lutte acharnée

contre les Tatares et Mongols dits les Huns , qui , sous le terrible roi Attila, envahirent l'Allemagne, Tltalie et la Gaule, jusqu'aux murs de la ville d'Orléans. Les hordes asiatiques de cet Attila s'étaient renforcées de quelques populations slaves et allemandes; de l'autre côté, les Visigoths déjà romanisés, les Romains et plusieurs peuplades allemandes s'étaient alliés pour refouler ces nouveau -venus. Attila fut battu à Châlons-sur-Mame : deux cent mille cadavres couvrirent la plaine. C'est la grande bataille des Huns, Les historiens de ce temps-là font une description rebutante des Huns, et qui prouve que ce peuple était de la même race à laquelle appartiennent aujourd'hui les Calmuques, les Bachequires, les Vogoules et tant d'autres peuplades demi-sauvages et laides, dépourvues de tout sentiment moral, de toute élévation d'esprit. Elles servent dans l'armée russe^ et les réactionnaires d'aujourd'hui, qui nous menacent journellement d'une invasion lusse pour exterminer les démocrates, espèrent nous voir foulés aux pieds par les chevaux de ces fils des anciens Huns.

Attila rebroussa chemin , mais descendu en Italie il prit en 452 la ville fortifiée d'Aquilée et la détruisit. Beaucoup de ses habitants se réfugièrent sur les îlots de la côte , et y fondèrent la république de Venise. De là il marcha jusqu'aux portes de Rome; mais un vénérable vieillard, le pape romain, en sortit, il lui en imposa par ses paroles mystérieuses, et le barbare s'abstint du pillage qu'il avait déjà résolu. Attila mourut en quittant l'Italie : sa mort fut le signal de la décomposition subite de son immense domination , et chacun des peuples européens qu'il avait traînés derrière lui recouvra son indépendance. Il avait inspiré tant d'horreur à ses malheureux contemporains , que le nom de Fléau de Dieu lui est resté. C'est presque dans la même année de cette bataille des Huns , que la confédération Saxonne commença à

s'établir par les armes en Grande-Bretagne , délaissée par les troupes romaines.

En Gaule venaient de se fixer les Bourguignons ou Bourgondes , peuplade allemande arrivée des bords du fleuve de rOder (prononcez Audre]^ de la contrée qui se nomme aujourd'hui la province polonaise de Posen (Posnan), et la province prussienne de Silésie. L'empereur romain leur avait permis de s'établir en Alsace ; plus tard ils remontèrent les Alpes, où ils s'établirent définitivenaent.

En Espagne dominaient alors les Vandales , celui des peuples allemands qui a fait le plus long chemin dans la grande invasion. Il était parti de la rive de la mer Baltique ; il se fixa pour quelque temps dans la province méridionale de l'Espagne , qui s'appelle aujourd'hui encore Andalousie ou Vandalousie. Plus tard il passa en Afrique où il resta jusqu'à sa disparition.

Dans d'autres provinces espagnoles on rencontra des Suèves, partis de la contrée qui constitue aujourd'hui le royaume de Wurtemberg ou la Souabe.

Les Franks, établis en Belgique et en Hollande, avaient le surnom de Saliens, Ils formaient depuis bien des années une grande partie des armées romaines. En opposition permanente avec les Franks restés aux bords du Rhin, appelés les Franks Ripuaires ou ceux de la rivière , ils cherchèrent à fonder un seul corps de nation, surtout quand les troupes de Rome eurent évacué la Gaule. Ils ne voyaient qu'à regret la puissance croissante du roi des Goths , leurs anciens ennemis mortels. Pour imiter ce peuple déjà avancé en civilisation , ils choisirent, en 420, un seul roi^ Faramond, fils de Tun de leurs trois chefs, et s'emparèrent d'une partie de la Gaulé septentrionale. Dans la grande bataille à Châlons-sur-Marne contre les hordes mongoles d'Attila, ils combattirent sous le

roi Morovée du côté des Visigoths et des Romains ; quelques tribus franques pourtant , sous le commandement du frère de ce même Mérovée , suivirent Attila contre leurs compatriotes : nouvel exemple de la discorde qui régnait sans interruption parmi les envahisseurs de l'empire romain.

Les Vandales , je viens de le raconter , passèrent d'Espagne en Afrique. Leur roiGeiseric, boiteux, vif et ardent, très-habile à la guerre et, quoi qu'on en dise, organisateur jusqu'à un certain point, fut invité par le comte Boniface, gouverneur de l'Afrique romaine , à envahir cette belle et riche province de l'empire. Geiseric ne se fit pas prier deux fois : il tourna volontiers le dos aux Visigoths et aux Suèves, ses voisins en Espagne, et était sur le point de s'embarquer avec ses 80,000 Vandales, auxquels s'étaient alliés quelques Goths, quand les Suèves les attaquèrent par derrière. Il les repoussa et mit sous voile. En un clin-d'œil toutes les villes africaines furent prises par ces valeureux barbares à la taille gigantesque , aux yeux bleus, et à la chevelure blonde. Le célèbre évêque africain Saint-Augustin mourut pendant le siège de sa métropole. Quand Geiseric eut érigé son trône à Carthage, il rasa toutes les autres forteresses du pays pour empêcher l'armée romaine de s'y fixer de nouveau.

On a accumulé sur la tête des Vandales d'innombrables malédictions ; on les peint comme les destructeurs les plus féroces que la terre ait portés. Mais pour être juste on doit aussi rapporter que , s'ils maltraitèrent plus que les Goths leurs nouveaux sujets, ils commencèrent par faire de louables efforts pour épurer les mœurs. Geiseric fit fermer tous les lieux de débauche à Carthage, et ordonna aux femmes perdues de se marier ; l'adultère fut puni de mort. Les écrivains de ce temps-là disent : « Dans les royaumes des Goths « et des Vandales , il n'y a que les Romains qui ne soient « pas chastes, n Plus tard, il est vrai , les Vandales , brus-

INVASION DES ALLEMANDS. i7

quement transportés du climat rude et sobre du nord dans les régions luxuriantes du midi africain , se perdirent à leur tour par le luxe et les plaisirs. Le roi conquérant avait la prudence, en octroyant des terres à ses guerriers , de ne les fixer qu'aux environs de Carthage , afin qu'ils y restassent toujours prêts à défendre leur capitale. Habitués à la piraterie aux mers du Nord, ils la continuèrent dans la Méditerranée ; leur grande flotte attaqua souvent les côtes de la Sicile , de l'Italie , de l'Espagne et du Portugal. Geiseric se donna lui-même le nom de Roi des Mers , comme c'était la coutume des chefs normands et allemands. La Méditerranée reçut le nom de Mer Fandale. Après une vingtaine d'années il fut de nouveau secrètement invité , par une intrigue de l'impératrice romaine , à passer en Italie et à conquérir Rome. D n'eut garde de refuser , et pour la deuxième fois les Allemands entrèrent en vainqueurs dans l'ancienne capitale du monde. Geiseric n'y permit ni le massacre, ni l'incendie : mais en revanche il s'empara de la plupart des immenses trésors que renfermait encore cette ville. « Nous en « avions besoin , disait-il , pour entretenir notre flotte , et « pour embellir mon château à Carthage. »» Ce pillage systématique , qui eût lieu quarante-six ans après la conquête de Rome par le roi goth Alaric , ne dura pas moins de quinze jours. On s'est souvent plu à reprocher aux Vandales d'avoir brisé , par haine de la civilisation , les monuments les plus magnifiques. Ce paraît être une erreur, puisqu'ils chargèrent beaucoup de vaisseaux de belles statues et de précieux tableaux pour en orner les palais de Carthage. Les véritables Fandales sont sans doute les ignorants qui, fanatisés par la religion chrétienne , semblèrent prendre en horreur toute la civilisation , les sciences et les beaux-arts , afin d'obtenir plus aisément la Fie éternelle. Si les vaillants barbares du roi Geiseric avaient été réellement aussi destruc-

leurs qu on l'a dit , ils auraient tout brisé sur place , au lieu de se donner la peine d'enlever les objets les plus précieux. Du reste, plusieurs des bateaux portant cet admirable butin furent engloutis par les flots.

Retourné en Afrique, ce chef de pirates vainquit encore la flotte romaine.

Âpres le passage des Vandales , Rome tomba pour ainsi dire sous la domination allemande. Les Hérules et les Ruguiens, campés aux Alpes, appuyèrent leurs chefs de bande, qui gouvernaient à Rome au nom des césars aflaibhs. Le dernier de ces empereurs était Romulus Momylle , avec le sobriquet Augustule , c'est-à-dire le petit empereur ; un jeune homme doux et agréable. Le chef des Hérules, Odoacre, le déposa en 476, et se fit proclamer Roi de Rome, le titre à! Empereur ou de César étant devenu un objet de malédiction et de dégoût.

Les successeurs de Romulus , fondateur de Rome , de ce nourrisson d'une louve, avaient donc succombé enfin devant les sauvages chasseurs du loup et de Tours du Nord.

Ici se termine la tragédie sanglante des luttes à mort entre l'empire romain et la race allemande ; commencées un siècle avant Jésus-Cîhrist , elles ont rempli plus dé cinq siècles, et c'est aux Allemands du Nord , à ceux qui étaient émigrés de l'île de Rugue et des bords Baltiques (aux Ruguiens et aux Hérules ) , qu'échut l'honneur d'avoir joué le rôle final dans cette catastrophe, si importante dans le développement du genre humain.

Le trône des Césars tant païens que chrétiens a enfin disparu : les Allemands vont organiser leur nouveau monde sur les ruines de l'ancien.

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