‹ L'Allemagne et les réparationsChapitre 18 sur 40 · L'AVENIR DES FINANCES DE L’ALLEMAGNE ET SA CAPACITÉ DE PAIEMENT · texte numérisé non relu

L'AVENIR DES FINANCES DE L’ALLEMAGNE ET SA CAPACITÉ DE PAIEMENT

La dépréciation du mark n’a été qu'un prétexte invoqué par le Gouvernement allemand pour arguer, jusqu’en 1923, de son impossibilité à procéder à une réforme fiscale importante: cette impossibilité n'existe, en effet, qu'autant que le Gouvernement est impuissant à compenser soit par des emprunts, soit par le relèvement du produit des impôts l’augmentation des dépenses consécutive à une hausse des prix antérieure ; or, techniquement, ainsi qu’on a essayé de le démontrer, un tel problème est presque toujours possible à résoudre ; il suffit que la nation ait conscience qu’il est indispensable de faire le sacrifice fiscal nécessaire. La question de savoir dans combien de temps l'Allemagne aura rétabli ses finances et à combien

pourront s'élever les excédents budgétaires destinés à faire

-face aux Réparations est alors posée sur son véritable terrain : quelles sont les privations que le peuple allemand est et sera capable de supporter présentement et dans l’avenir ?

À cette question, pas plus en 1924 qu’en 1919, il est impossible de répondre : l'étude de la « capacité de privations » d’un peuple n’est pas du domaine de l’économiste.

Toutefois, sous la réserve que les prévisions humaines sur la rapidité de relèvement de l'Allemagne et sur sa

capacité de paiement future sont fort limitées, il est permis de poser les principes suivants :

1° Les crises financières n’atteignent que superficiellement les nations. — La richesse d’un pays consiste dans le caractère tempéré de son climat, l'abondance de ses ressources naturelles, de son sol et de son sous-sol, le perfectionnement de son outillage économique, l'importance et l’activité de sa population, ete... À ces points de vue, l'Allemagne est très favorisée. D’autre part, il est indéniable qu'elle dispose d'organismes de crédit d’une grande puissance et que la situation de ses principales banques est restée très saine, Si l'Allemagne le désire, le relèvement complet de ses finances peut ne demander que deux ou trois semestres. L'exemple de l'Autriche est sur ce point convaincant.

2° L'Allemagne sera, si elle le veut, rapidement capable d'établir un budget qui lui permette d'effectuer aux Alliés des versements d'un montant au moins égal à deux, trois ou qualre milliards de marks-or.

Les sommes fixées par l'Etat des Paiements pour les dix prochaines années s'élevaient de 3,5 à 6 milliards de marks-or, selon l'importance des exportations de l'Allemagne. Théoriquement, si la population allemande était prête à subir des privations considérables, l’Allemagne pourrait sans nul doute s'acquitter de ces annuités. Le revenu de l'Allemagne n’est guère, en effet, très inférieur à celui de la France ; par conséquent, Les budgets

de ces deux pays pourraient atteindre le même montant, oscillant vraisemblablement autour de 20 à 30 milliards de francs-or. Le prélèvement du quart ou du tiers de cette somme en faveur des Alliés n’est pas impossible.

Toutefois, il y a lieu de tenir compte de ce que le poids d'une dette extérieure est très sensiblement plus lourd à maintenir que le poids d’une dette intérieure (1). Par suite, les privations qu'aurait à supporter la population allemande pour opérer en faveur des alliés un tel prélèvement sur son revenu sont supérieures à celles que les Alliés seraient actuellement capables de lui faire subir par la contrainte; d’où il résulte que l'Etat des Paiements du 5 mai 1921 ne peut être maintenu.

Le Gouvernement français lui-même a depuis longtemps offert de consentir une réduction de sa créance vis-à-vis de l'Allemagne. A cet abandon, il a naturellement posé la condition essentielle que la France fût libérée elle-même des dettes qu’elle a contractées à l'étranger au cours de la guerre dans la mesure où serait effectuée une telle réduction (2). On sait que jusqu’à présent, ni l’Angleterre, ni les Etats-Unis n’ont partagé le point de vue français.

En tout état de cause, il semble que l'Allemagne puisse, dans un laps de temps prochain, effectuer chaque année des versements de deux, trois ou quatre milliards de marks-or, versements susceptibles d'être augmentés à mesure que s’accroîtra la prospérité du Reich.

1.C'’est là un des motifs pour lesquels il est, pour ainsi dire,impossible de comparer les charges fiscales de deux pays dont un seul effectue des versements importants à l'étranger.

2. L'État français doit à la Trésorerie américaine 15 milliards de francs-or et à la Trésorerie britannique un égal montant.

Dans le cas où ces dettes seraient annulées par compensation avec les versements à recevoir de l'Allemagne, la France aurait encore à assumer le serviced’une dette extérieure de 6 milliards de francs-or,considérée comme dette commerciale, mais dont l’origine a été la nécessité d’acheter à crédit au dehors des matières premières nécessaires à la reconstitution de ses stocks détruits pendant la guerre.

Page 1