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Il était demandé notamment au Gouvernement allemand

a) De remettre sans délai un état au 13 décembre 1918 et au 5 janvier 1919 du montant de l’encaisse métallique du Trésor ou de la Reichsbank, des effets ou des avoirs sur ou à l'étranger ainsi que des valeurs mobilières étrangères appartenant au Gouvernement ou aux Caisses publiques.

Bb) D'interdire l’exportation, sans l’autorisation de la Commission, des valeurs étrangères appartenant soit au Gouvernement, soit aux particuliers.

c) D’interdire tout paiement à l’étranger, sans autorisation de la Commission.

d) De remettre sans délai un état des avoirs à l’étranger ou des valeurs mobilières étrangères appartenant aux particuliers.

Enfin, la note posait le principe du contrôle par la Commission des opérations effectuées sur les devises étrangères.

2. Comme les représentants alliés demandaient notamment à ce que la sortie hors d'Allemagne des valeurs étrangères fut subordonnée à l’autorisation des Alliés, et s’appuyaient sur le passage indiqué plus haut du Protocole de Trèves du 13 décembre réglementant la sortie des avoirs allemands, le D° Melchior prétendit que le Gouvernement allemand ne s’était pas engagé par ce texte à subordonner la sortie des valeurs étrangères à une autorisation : « Sans doute, si dans l’avenir, une autorisation est exigée par le Gouvernement allemand, elle devra être visée par les délégués des Gouvernements alliés, mais présentement la sortie des valeurs étrangères est libre et toute mesure prise pour contrarier cette sortie serait considérée comme une atteinte à la disposition de la propriété privée, atteinte digne du régime bolcheviste ».

11 faut ajouter que la tenue du délégué allemand fut influencée par celle des délégués anglais et américain à la Conférence. Dans les entretiens interalliés, ces délégués n’avaient pas caché qu’à leurs yeux le ravitaillement de l'Allemagne était une affaire capitale alors que le contrôle des avoirs allemands leur paraissait peu nécessaire, pratiquement difficile à exercer, et susceptible de gêner la vie économique de l’Allemagne.

D'ailleurs les Gouvernements français et belge eurent seuls des représentants permanents à la Commission de Mayence.

nant le contrôle des moyens de paiement à l'étranger détenus par des ressortissants allemands.

Le 30 janvier, ce délégué remet, en effet, une note dans laquelle le Gouvernement allemand déclare ne pas disposer du pouvoir légal nécessaire pour réquisitionner les valeurs étrangères appartenant à ses ressortissants ainsi que pour en empêcher la sortie à l'étranger ; en revanche, il offre de faire connaître les sorties de valeurs qui se produiraient.

Entre temps s* poursuivaient les négociations relatives au ravitaillement de l'Allemagne ; il s'agissait de rechercher dans quelles conditions matérielles le blocus de l’AIlemagne serait partiellement levé, de fixer le montant du tonnage de matières premières et de produits alimentaires dont l’importation en Allemagne serait autorisée, de déterminer enfin comment serait payé ce ravitaillement. La Conférence de Trèves s’était terminée par un accord posant le principe d’un premier envoi vers l’Allemagne de 270.000 tonnes ; c’est dans cet accord que le Gouvernement anglais a fait introduire la réserve capitale qui donne satisfaction à une de ses plus importantes revendications : la marine marchande allemande devra être mise à la disposition des Alliés préalablement à l'importation en Allemagne d’un certain contingent de denrées alimentaires. Puis, les conférences se succèdent : à Spa les 6, 7 et 8 février, à Trèves encore les 14, 15 et 16 février. À cette dernière conférence, un accord est conclu réglant le mode de transfert du premier envoi de 270.000 tonnes pour une valeur de 125 millions de marksor. On examine alors les moyens de paiement ; les Allemands demandent qu’il leur soit consenti des crédits ; les Alliés refusent : tant que les représentants allemands exprimeront des doutes quant aux pouvoirs légaux du Gouvernement allemand actuel de réquisitionner les valeurs étrangères possédées par des Allemands et tant que ces pouvoirs ne seront pas exercés, il ne pourra être

soutenu que le Gouvernement allemand a fait tout ce qui était en son pouvoir pour s'assurer la possession d’avoirs disponibles en vue des paiements qu'il doit faire à l'étranger.

Le Gouvernement allemand, poussé alors par la nécessité, fait adopter le 1° mars par l’Assemblée de Weimar un projet de loi portant interdiction d'exporter sans autorisation des valeurs étrangères. Dans l’intervalle, d’autres mesures de contrôle avaient été acceptées par le Gouvernement allemand, et, le 10 mars, le représentant français à la Commission de Mayence pouvait assurer à son Gouvernement que le contrôle des moyens de paiement à l'étranger détenus par des Allemands était établi.

Malheureusement, à peine établi, ce contrôle devint inutile.

En effet, le 4 mars, les délégués alliés et allemands se réunirent à Spa, dans le but d'étudier la réalisation pratique des mesures propres à assurer le ravitaillement de l'Allemagne, ainsi que la livraison de la flotte allemande prévue par l'Accord de Trèves du 17 janvier.

Le 5 mars, les délégués allemands prétendent, en s’appuyant sur cet Accord de Trèves, ne pas commencer la livraison des navires avant d’avoir reçu une garantie relative à la fourniture des vivres nécessaires à l’Allemagne jusqu’à la prochaine récolte ; les délégués alliés soutiennent que c’est là une fausse interprétation de l'Accord, et précisent que l'intention des Gouvernements alliés est de faciliter l’approvisionnement de l’Allemagne mois par mois, sous réserve de la décision du Conseil suprême de la Guerre quant aux quantités et conditions. Les délégués allemands n’y voient pas d'assurance formelle et ajoutent que c’est pour l'Allemagne une question de vie ou de mort ; c’est la rupture.

Le 8 mars le Conseil Suprême se réunit au Quai d’Orsay. La séance fut une des plus tumultueuses et des plus pénibles de celles de la Conférence de la Paix.

Le chef du gouvernement britannique, M. Lloyd George, appuyé par le délégué américain, M. Lansing, propose d'accéder, à la demande de l'Allemagne c’est-à-dire de lui faire parvenir immédiatement, à condition que la flotte allemande soit livrée aux Alliés, un premier contingent de 270.000 tonnes, puis un contingent de 370.000 tonnes chaque mois, l'Allemagne payant non seulement avec le produit de ses exportations, mais encore avec ses ressources en or et en valeurs.

M. Clemenceau proteste et demande d’abord qu’on s’en tienne au programme de 270.000 tonnes élaboré à Trèves le 17 janvier. Il réserve ensuite expressément l'emploi des valeurs et de l’or possédés par l’Allemagne et qui doivent être affectés au paiement des réparations. Il insiste sur le fait que les seuls moyens de paiement utilisés par l’Allemagne pour son ravitaillement doivent être le produit de la location des navires, les crédits qu’elle pourrait obtenir dans les pays neutres et surtout ses exportations : « Les gens qui veulent travailler doivent manger. »

Lord Cecil invoque alors les devoirs d'humanité auxquels sont tenus les Alliés, ainsi que le grave danger de voir l’Allemagne poussée au bolchevisme si elle n’est pas ravitaillée. M. Lloyd George ajoute qu'il va de l’honneur des Alliés d’assurer le ravitaillement du peuple allemand : « Les Alliés sèment de la haïne pour l'avenir, les troupes britanniques sont indignées de notre refus de ravitailler VAllemagne, et le Général Plumer a déclaré qu'il déclinait toute responsabilité pour ses troupes, si on laisse des. enfants errer dans les rues à demi-morts de faim (1). »

1. Vers la fin de la séance M. Lloyd George lut une dépêche qu’il venait. de recevoir du G*! Plumer : « Veuillez faire savoir au Premier Ministre, qu’à mon avis, du ravitaillement doit être envoyé par les Alliés dans cettezone. La mortalité des femmes, des enfants et des malades est extrêmement grave et les maladies résultant du manque de nourriture se répandent. L’attitude de la population devient désespérée et les gens ont les.

sentiments qu’il vaut mieux se faire tuer par des balles que de mourir de faim... »

Il déclare, peu après, à M. Klotz qui défendait ardemment la thèse française que si ses arguments devaient l'emporter « il sera rangé avec Lenine et Trotzky parmi ceux qui ont répandu le bolchevisme en Europe ».

M. Clemenceau réplique que si les Allemands mouraient de faim, ils livreraient leur flotte. IL fait observer que le manque de nourriture dans certaines parties de l’Allemagne est dû à une mauvaise distribution. Il dépeint enfin en termes douloureusement éloquents la situation tragique de la France dévastée et ruinée.

En définitive, malgré tous ses efforts, il obtient seulement que le montant de l’or et des devises étrangères utilisées par l'Allemagne pour le paiement de son ravitaillement ne dépassent pas 200 millions de dollars, en plus du contingent de 270.000 tonnes prévu par l'Accord de Trèves (1).

Les 13 et 14 mars, une Conférence plénière, réunie à Bruxelles régla enfin la question du ravitaillement. On décida qu’un Comité technique interallié s’occuperait de faciliter la réalisation des valeurs réquisitionnées par le Gouvernement allemand et de tous gages que celui-ci pourrait constituer. Ce Comité fut, peu après, chargé des fonctions de la Commission de Mayence qui fut dissoute, et c’est sous son contrôle que le Gouvernement allemand disposa de tous les moyens de paiement à l’étranger qu'il put se procurer.

L'Allemagne a pu ainsi sur les 2.200 millions de marksor de l’encaisse métallique de Reichsbank exporter plus d’un milliard qui a été reçu par les Etats-Unis et l’Angleterre (2). Quant au montant des valeurs étrangères réquisitionnées par le Gouvernement allemand, il fut extrêmement faible, à peine quelques centaines de millions : il

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