I. — Production
Surfaces cultivées Production
hectares quintaux
1913-1914 . . .… . 435.917 22.406.000 2949-1920. 1.100. # 7.220.000 1020-1921 71,527 x ? 10.994.000 BOAT 022E.. + 7 338.289 12.858.000 4922-1993 > .— 364.714 14.829.000
II. — Consommation. — « De septembre 1921 à février 4922, la con-
sommation a été de 6.462,000 quintaux, au lieu de 4.513.000 quintaux pour la période de l’année précédente ». { Wirtschaft und Stlatistik du 2 avril 1922).
D’après une communication du Ministère de Agriculture de Prusse (Kreuzzeilung n° 240 du 24 mai 1922), la consommation du sucre était à cette date double de ce qu’elle était avant la guerre.
III. — Les impôts. Le quintal de sucre vaut 700 marks en octobre 1921, 1.000 marks en décembre 41921, 1.300 marks en mars 1929, 2.000 marks en avril 1922, C’est seulement à partir du 1°* avril 1922 que l'impôt par quintal est porté de... 14 marks à 50 marks. En France l'impôt actuel sur le sucre est de 50 francs par quintal ; le quintal vaut environ 300 francs.
IV. — Importation. — En 1913, l'Allemagne a exporté 11 millions de -quintaux pour 266 millions de marks-or.
« Pour mettre fin à la crise du sucre, le Ministère du Ravitaillement en déclare libre l’importation (22 mai 1922), qui pourra se faire jusqu’à nouvel ordre sans licences d’importation. La mesure a été accueillie avec
joie par les consommateurs. L’industrie sucrière, par contre, proteste contre l’importation libre, et réclame une taxe de 1.400 marks par quintal de sucre étranger. » (Vorwaerts du 23 mai 1922). Cette prétention fut
L'inflation monétaire a donné au peuple allemand un pouvoir d'achat relativement considérable, pouvoir d'achat que son intérêt poussait à exercer sans délai ; de là résulte l'importance de la consommation de l'Allemagne, et par suite Le déficit de sa balance commerciale.
I] reste à expliquer cependant comment les importateurs allemands ont pu se procurer les devises nécessaires pour s'acquitter de leurs achats à l'étranger. Le moyen en est aisé à découvrir; ici encore on se trouve en face d’une conséquence, indirecte il est vrai et non fatale, de l'inflation. C’est celle-ci, en effet, qui est, le plus souvent, l'origine et la principale cause de la dépréciation d’une monnaie ; or, bien qu’en principe la dépréciation de la monnaie d’un pays oblige ce pays à restreindre ses importations et à développer ses exportations, la hausse des changes étrangers agissant comme régulateur effectif de la balance des comptes, cette dépréciation même peut devenir pour le pays déficitaire une source appréciable de bénéfices qui lui permet de neutraliser cet effet de la hausse des changes étrangers ; il en est ainsi lorsque le pays déficitaire s’acquitte du montant de ses achats à l'étranger non pas dans la monnaie du pays vendeur, mais dans sa propre monnaie; si, en prenant comme exemple le cas de l'Allemagne, entre le moment où l'étranger reçoit des marks en paiement des marchandises vendues en Allemagne et le moment où il désire échanger ces marks soit directement soit indirectement contre des produits allemands, la valeur du mark a dimi-
repoussée à l’unanimité par la Commission économique du Reichswirtschaftsrat.
Le Berliner Tageblatt, du 26 mai 1922, écrit : « Déjà des commandes considérables anraient été faites de Hambourg aux Etats-Unis. Les prix seraient de 15 marks environ la livre et s’élèveraient avec les divers frais de transport à 18 ou 19 marks en détail, au lieu de 22 marks, qui représentent aujourd’hui le prix normalement pratiqué. »
Pour les onze premiers mois de 1922 l'excédent des importations sur les exportations de sucre a été de 1,5 million de quintaux,
nué, l'étranger subit une perte et l'Allemagne réalise un bénéfice ; par contre, si la valeur du mark a augmenté, la perte est subie par l’Allemagne et le bénéfice réalisé par l'étranger. En fait, on sait que l'importance des bénéfices réalisés de la sorte par l'Allemagne a été considérable et c’est ainsi que tout en se constituant de nombreux avoirs à l’étranger, elle a pu importer beaucoup plus qu'elle n’a exporté.
C'est l'abondance des ressources mises ainsi involontairement par l'étranger à la disposition de l'Allemagne qui a permis à celle-ci d’avoir une balance commerciale déficitaire. Aussi bien est-il facile de démontrer que, contrairement à la thèse soutenue par l'Allemagne et suivant laquelle sa capacité de paiement est subordonnée à la situation de sa balance commerciale, c’est la situation de la balance commerciale allemande qui devra se fixer spontanément d’après le montant des paiements effectués aux Gouvernements alliés ; il suffit de rappeler le mécanisme maintes fois décrit du paiement des achats effectués par un pays à l’étranger.
Prenons d’abord le cas d’un pays dont le régime monétaire est basé sur la libre circulation de l'or ; en principe, lorsque le montant des importations de ce pays dépasse celui de ses exportations joint à celui des ressources que lui procurent ses placements à l'étranger, le règlement de cet excédent d’importations nécessite une exportation d’or, ce qui est un moyen de rétablir la balance commerciale puisque l'or est une marchandise au même titre qu’une balle de coton ou qu'un lingot d'acier; en fait, la Banque d'émission du pays considéré s’efforce d'enrayer les exportations d’or et prend des mesures, telles que le relèvement du taux de l’escompte, qui ont pour but, et pour effet, soit de créer de nouvelles ressources, soit de réduire l'excédent des importations. Ainsi donc, grâce à l'intervention de la Banque d’émission, le mouvement de la balance commerciale se règle bien d’après les res-
sources du pays et cette adaptation se fait le plus souvent sans heurts ni délais (1).
Lorsqu'un pays est au régime du papier-monnaie à cours forcé, l’évolution de sa balance commerciale est moins régulière. D'abord, lorsqu'un pays ne cesse de recourir à l'inflation, la dépréciation qui en résulte a pour effet, on l’a vu, de faire réaliser par ce pays des bénéfices au détriment de l'étranger qui sont pour lui des ressources supplémentaires. Si l’on rejette cette hypothèse et qu’on examine la situation d’un pays qui, désireux de rétablir sa situation financière, ne recourt plus à de nouvelles émissions de billets, on constaté que la hausse des changes étrangers qui résulte des ventes de monnaie réalisées pour payer le solde déficitaire de la balance commerciale suffit le plus souvent à déterminer la réduction de ce solde déficitaire (2) ; ici encore, en fin de compte, la balance commerciale d’un pays se règle d’après les ressources de ce pays. Toutefois, l'adaptation se fait beaucoup moins rapidement et régulièrement que dans le cas d’un pays à monnaie saine ; elle est d'autant plus lente à se produire que son crédit à l'étranger est plus grand, et que celui-ci accepte d’être payé du montant de ses ventes dans la monnaie dépréciée : le fait même pour l’étranger d’accepter en paiement cette monnaie constitue
4. Dans les pays où l’exportation ne porte que sur un petit nombre de produits (Brésil, Argentine, etc...), le développement des exportations est rendu difficile du fait des conditions atmosphériques et du nombre de la main-d'œuvre; aussi le rééquilibre de la balance des comptes de ces pays est-il très lent à se produire. Il n’en est pas de même pour les pays comme la France et l’Allemagne qui exportent un nombre considérable d'articles et où la balance des comptes peut se rétablir en quelques mois.
2. On voit ainsi les répercussions néfastes qu’entraînent les mesures prises par un Gouvernement pour essayer de stabiliser artificiellement la valeur de sa monnaie ; le frein de la cherté des produits importés n’existant plus, il en résulte nécessairement un accroissement exagéré des importations qui, s’il n’est pas combattu très vigoureusement par des
mesures appropriées, rompt bientôt l'équilibre imposé par le Gouvernement.
en effet une véritable opération de crédit qui augmente d'autant la capacité d'achat du pays déficitaire jusqu’au moment où cette monnaie reçue en paiement est soit uti- Esée à l'achat de produits de ce pays, soit convertie en quelque autre monnaie ; on conçoit aisément que ces opérations de crédit contrarient sensiblement le rôle régulateur que Joue la hausse des changes étrangers.
En tout état de cause, il reste vrai que toutes les fois qu'un pays fait un paiement à l'étranger, ce paiement a pour effet, grâce à l'intervention de la Banque d’émission, ou aux répercussions de la hausse des changes, de favoriser l’augmentation des exportations et de diminuer le développement des importations; et qu’en outre un pays pe peut avoir une balance commerciale déficitaire qu’autant qu'il dispose de ressources (provenant de ses exportations invisibles ou de ses placements à l'étranger) qui lui permettent de payer l'excédent de ses importations. Les statistiques d’avart-guerre montrent d’ailleurs que tous les pays riches, ou mieux tous les pays créanciers (Angleterre, France, Allemagne) avaient une balance commerciale défavorable alors que tous les pays débiteurs (Russie, Brésil, Argentine) exportaient plus qu'ils n'importaient (1).
En définitive, si la balance commerciale de l'Allemagne s’est soldée jusqu’à présent par des déficits, 11 n'y faut pas voir une preuve de son incapacité à s'acquitter de sa dette de réparations, mais seulement un résultat de sa politique financière. La première condition pour que cette balance commerciale redevienne favorable et que Le paie-
1. Il y a lieu de remarquer ici que l’emploi du mot « défavorable » pour qualifier la situation de la balance commerciale d’un pays qui importe plus qu’il n’exporte n’est qu’une survivance des doctrines mercantilistes ; en réalité lorsqu'un pays a une monnaie saine, l’état « défavorable » de sa balance commerciale pendant une longue suite d’années est un signe de richesse, ou tout au moins le signe que ce pays est créancier de l'étranger.
ment des Réparations soit économiquement possible, c’est que le Gouvernement soit résolu à ne plus recourir à l'inflation, et à réaliser l'équilibre budgétaire. Outre que cette réforme qui est la base même de la réorganisation financière et économique de l'Allemagne réduira la capacité d'achat des ressortissants allemands, elle redonnera à ces derniers le goût de l’épargne qu'ils avaient perdu en raison de la dépréciation continue de la monnaie. L’Etat devra lui-même donner le signal de la réduction de la consommatior en suspendant la construction des nou- * velles voies ferrées, gares, canaux et installations diverses qui ne sont pas äbsolument indispensables.
En même temps que l'Allemagne diminuera sa consommation, il lui faudra augmenter sa production, puisque c’est sous forme de produits vendus à l'étranger qu'elle s’acquittera de sa dette de Réparations ; c’est d’ailleurs ce dont se sont rendu compte depuis longtemps les représentants du parti des industriels allemands qui n’ont cessé de proclamer la nécessité de prolonger la durée du travail; cette mesure, dont le principe a été adopté seulement le 9 octobre 1923, était une des conditions indispensables à l'établissement du nouvel équilibre économique allemand. Il y aurait lieu, également, de rendre à l’industrie privée le contingent élevé de fonctionnaires et d'employés en surnombre qui se trouve actuellement dans les administrations et les entreprises industrielles de l'Etat.
Enfin, pour faciliter l'adaptation de la balance commerciale aux besoins de l'Etat, celui-ci devra, par une meilleure organisation du commerce extérieur, et par une législation douanière appropriée, favoriser le développement des exportations et restreindre celui des importations. Sans doute est-il à craindre que le Gouvernement allemand ne rencontre sur ce point certaines difficultés de la part des autres pays, mais il ne lui sera vraisemblablement pas impossible de concilier la nécessité dans
laquelle il se trouve d'améliorer sa balance commerciale avec les desiderata de l'étranger. Ce qui rend difficile actuellement au Gouvernement allemand de passer des accords commerciaux avec les autres pays, ce sont, outre les stipulations du Traité de Versailles qui assurent aux Alliés le bénéfice de la nation la plus favorisée, les mauvaises dispositions que ressentent les industriels et les commerçants étrangers à l’égard de la politique de dumping que pratique l'Allemagne depuis l'armistice du fait de la dépréciation du mark ; sans doute cette politique n’a-t-elle pas été volontaire de La part de l'Allemagne, et en fait elle n’a pas été effective puisque le montant de ses exportations est resté très faible, mais elle n'en a pas moins fâcheusement impressionné l'étranger. Lorsque la monnaie allemande sera stabilisée à nouveau, et que la concurrence allemande se développera d’une façon normale, il n’est pas douteux que tous les autres pays jugeront de leur intérêt de rétablir avec l'Allemagne des rapports commerciaux qui assureront à chacun un meilleur développement de sa vie économique.
La diminution de la consommation nationale et la nécessité pour la production de s’adapter partiellement aux besoins de l’étranger entraiîneront une transformation profonde des conditions de cette production ; et pendant que s’accomplira cette transformation il est à prévoir que l'industrie allemande traversera une période difficile au cours de laquelle de nombreux ouvriers seront réduits au chômage ; la crainte d’une crise économique a d’ailleurs été une des causes, sinon la principale, qui ont empêché pendant longtemps le Gouvernement allemand de procéder aux réformes fiscales nécessaires. Cependant, si l’Allemagne entre maintenant dans une ère de privations, qui voudra y voir autre chose que le résultat de sa politique de dévastations ? L
Quoi qu'il en soit, dès lors que la situation fiscale, monétaire et économique de l’Allemagne aura été rétablie .
sur une base saine, on peut être assuré que sa balance commerciale laissera paraître un excédent d’importations. d'autant plus important que les versements effectués par elle aux Alliés deviendront plus considérables.
Il dépend du Gouvernement allemand que la situation de la balance commerciale du Reich soit favorable et lui permette ainsi d'effectuer aux Alliés des versements au titre des Réparations. On conçoit toutefois qu'il existe une limite au montant des sommes susceptibles de figurer en excédent dans la balance des comptes de l'Allemagne pour être versées aux Alliés : cette limite est déterminée notamment par le fait que les exportations d’un pays ne peuvent dépasser ses importations que dans une certaine mesure et, en outre, par la faculté d'absorption de la production allemande par les autres pays.
Ce n’est pas, en effet, par des envois de matières premières mais principalement par des exportations de produits fabriqués que l’Allemagne pourra se constituer une balance commerciale favorable ; or, pour fabriquer ces produits exportables, l'Allemagne sera dans la nécessité d'importer au préalable les matières premières, coton, laine, cuivre, minerai de fer, etc... qui lui font défaut ; en conséquence, si on suppose que le montant de ses importations atteigne nécessairement 80 °/,,par exemple, de ses exportations, il résulte que pour se constituer un excédent disponible de 4 milliards de marks-or, la valeur
des exportations allemandes devra s'élever à 20 milliards contre 16 milliards d’importations.
Cette proportion de 80 °/, entre les importations et les exportations à été souvent admise, en se basant sur des statistiques d’avant-guerre, par ceux qui se sont occupés de la question des Réparations, et comme l'adoption de ce pourcentage conduit à des résultats inconcevables puisque, pour permettre à l'Allemagne de s'acquitter de la charge des Réparations dans un laps de temps raisonnable, la valeur de ses exportations devrait atteindre dans un avenir prochain le double, voire le triple de celle de ses exportations d’avant-guerre, ce qui impliquerait l’accaparement par le commerce allemand de la plus grande partie des débouchés mondiaux, on en a conclu que l'Allemagne était incapable, même en supportant les plus grandes privations, d'effectuer la totalité des versements exigés par les Alliés.
Cependant, comme il arrive souvent en matière de statistiques, l'adoption de la proportion sus-indiquée apparaît essentiellement arbitraire. Comment tirer en effet des conclusions valables de statistiques dressées à l’époque où l’Allemagne, étant un pays riche, percevait chaque année un revenu appréciable de ses capitaux investis à l'étranger, et se préoccupait en premier lieu d'améliorer le bien-être de ses ressortissants (1) ? Dans quelle mesure peut-on affirmer que l'importation d’un produit donné est réellement indispensable ? Si d’ailleurs on admet que des statistiques d'avant-guerre peuvent fournir une sérieuse base d’argumentation, il convient de rappeler que la proportion entre les importations et les exportations de la Russie et des Etats-Unis était avant la guerre bien souvent
1 C’est précisément parce qu'ils se sont appuyés sur les statistiques d’avant-guerre que la plupart des experts ayant participé tant aux négociations du Traité de Paix qu’à celles de l'Etat des Paiements du 5 mai 1921, ont pu donner, de bonne foi, des évaluations de l’importance du commerce extérieur futur de l’Allemagne qui apparaissent maintenant sensiblement. exagérées.
inférieure à 80 °/,; dans le cas de la Russie elle était de 67 °/, en 1911 ; dans le cas des Etats-Unis elle n’a pas dépassé 61 °/, en 1907 (1). Etant donnée la richesse du sous-sol de l’Allemagne,il est vraiment impossible d’affirmer, sans parti pris, que la proportion de ses importations par rapport à ses exportations ne puisse être réduite à 65 */, par exemple.
Dans ces conditions, ef en se plaçant au seul point de vue économique, rien ne s’oppose à ce que l'Allemagne s’acquitte entièrement des annuités fixées par l'Etat des Paiements du 5 mai 1921 (2).
IL faut reconnaître toutefois que le paiement de ces annuités modifierait extraordinairement le standing of life de la population allemande par rapport à celui auquel elle était accoutumée avant la guerre. Il serait indispensable, en effet, que l'Allemagne réduisit très sensiblement ses importations touten maintenant le montant de ses exportations à un niveau presque égal à celui de 1913. Dans le cas des pays qu'on vient de citer, il était relativement aisé d’avoir un excédentimportant desexpor-
1. Importations de la Russie en 1911 : 1.022 millions de roubles; Exportations : 1.514 millions.
Importations des Etats-Unis en 1907-1908: 1.194 millions de dollars ; Exportations : 1.860.8 millions.
2. On peut envisager de multiples combinaisons en vue d’établir un tableau de la balance des comptes de l’Allemagne, tenant compte des dispositions de l'Etat des Paiements. En voici une, à fitre de simple indicalion :
PASSIF IMPORARONS HOMME PURES 4,375 5.075 6.175 7.100 Intérêts dûs à l'étranger. . . . . 500 550 600 650 RÉDArATIONS ee Ar UC 3.625. 3.875 4.225 4.750 DOLAL AS AP IN E d NEE 8.500 9,500 11.000 12.500 ACTIF Exportations 1e EN NN EN. 6.500 7.500 9.000 11.000 Exportations invisibles , . . . . 1.000 1.000 1.000 1.000 Cessions de capital: :. © 1.000 1.000 1 000 500
Total ere EN. 8.500 9.500 11.000 12.500
tations sur les importations parce qu'ils étaient riches en matières premières et en produits alimentaires non consommés par leur population. Mais, comme il a été indiqué plus haut, l’Allemagneest obligée d'importerdes quantités considérables de blé, de coton, de laine, de cuivre, de fer, etc... En 1913, le montant de ces importations s'élevait à 63°/, de ses importations totales ; pour lui permettre de payer ces importations nécessaires, il faudrait réduire dans une très grande mesure les achats de produits fabriqués qui formaient le solde de ses importations, et la population allemande aurait ainsi à se priver entièrement de soies, de vins, etc... ; sans doute est-il possible de soutenir que ces importations prétendues nécessaires pourraient en réalité ne pas être effectuées, une partie de la classe ouvrière étant, par exemple, dirigée vers les campagnes pour intensifier la production agricole (1) ; mais on sait qu'avant la guerre le rendement des terres était d’un tiers plus élevé en Allemagne qu'en France, et il paraît difficile que cette production agricole soit fortement augmentée, même en achetant à l’étranger de fortes quantités d’engrais, ce qui réduirait d’ailleurs d’autant la réduction projetée de la balance commerciale ; de même une réduction trop grande des importations de matières premières réagirait sur le commerce d'exportation. Il y a lieu, enfin, de tenir compte des tendances protectionnistes manifestées dans le monde entier et par conséquent d’un accroissement sérieux des difficultés que rencontrera l’Allemagne pour écouler sa production.
En résumé, bien que théoriquement possible, le paiement des annuités prévues par l'Etat des Paiements du
1. 1l est à noter, d’ailleurs, qu'un mouvement dans ce sens a déjà fait l’objet de recommandations de la part des milieux dirigeants du Reich et notamment du Conseil d'Administration de la Rentenbank dans sa visite faite le 15 novembre 1923 au chancelier Stresemann (Bulletin Financier du Haut-Commissariat dans les Provinces du Rhin, novembre 1923).
5 mai 1921 nécessiterait une diminution considérable du bien-être de la population allemande (1). C'est précisément l'impossibilité où s’est trouvé le Gouvernement allemand d’avoir pu imposer à ses ressortissants une telle diminution de bien-être qui est la cause des répercussions si néfastes sur l’économie allemande provoquées par les paiements déjà effectués aux Alliés, répercussions dont le signe immédiatement perceptible a été la dépréciation de la monnaie. On peut d’ailleurs affirmer que, pratiquement, vu les conditions de la situation politique de l’Allemagne en 1921, l’exécution de l'Etat des Paiements était impossible et que, bien que modifiées dans un sens favorable, grâce à l’action énergique du Gouvernement français, ces conditions ne permettent pas de penser raisonnablement que cet Etat des Paiements puisse être exécuté dans l’avenir.
De ce qui précède, faut-il tirer la conclusion que ce sont les exigences des Gouvernements alliés et notamment du Gouvernement français qui ont empêché que le problème des Réparations reçoive jusqu’à présent une solution satisfaisante ? Dans le même sens, peut-on affirmer que la résistance indiscutable de l’industrie
(1) IL importe ici de réduire à sa juste valeur l’argumentation, souvent mise en avant, d’après l1gquelle l'Allemagne pourrait effectuer aisément. aux Alliés des Paiements de l’ordre de 10 milliards de marks-or, étant donné que, d’après les déclarations faites en 1913 par Helfferich, l’excé-dent de la production de l'Allemagne sur sa consommation atteignait à cette époque le chiffre de 10 milliards.
L'importance de ce chiffre qui se rapporte en réalité à la consommation productive (amélioration de l'outillage national, construction deponts, de voies ferrées, augmentation des stocks, etc...), montre bien que l'Allemagne pourrait, en transformant son économie nationale, réduire sensiblement sa consommation.
Toutefois, il y a lieu de remarquer que c’est précisément l’amélioration permanente de l'outillage national de l’Allemagne qui lui permettra d’accroître régulièrement le montant de ses exportations, et que, d’autre part, la transformation de la production et de la consommation intérieures d’un pays n’entraîne pas une modification d’égale importance de ses: exportations et de ses importations.
française contre l'exécution des programmes de livraisons en nature et le refus de faciliter ainsi les paiements exigés de l'Allemagne ont été la cause principale de la dépréciation du mark ?
À ces deux questions, il ne semble pas qu’une réponse positive puisse être donnée. Les Gouvernements qui se sont succédés en France depuis l’armistice ont tous donné trop de preuves de leur désir de ménager leur débiteur et de lui faciliter l’accomplissement de ses obligations pour ne pas supposer que si l’Allemagne avait réellement fait un sérieux effort au point de vue budgétaire, ils n’eussent pas admis encore des réductions de leurs créances plus importantes que celles qu’ils ont déjà consenties (1). Au surplus, si l'Allemagne avait véritablement fait preuve de bonne volonté à s'acquitter de sa dette, et si le maintien par le Gouvernement français d’exigences exagérées eût été la cause de privations très considérables de la population allemande, il n’est pas douteux que la France aurait eu contre elle l’opinion du monde entier, et qu’elle n'aurait pu poursuivre une politique inhumaine ; en fait, une grande partie des nations américaine, anglaise même (2), n'a cessé de reconnaître que la conduite du Gouvernement français était et reste justifiée.
C’est également la mauvaise volonté évidente de l’Allemagne à remplir ses engagements qui a permis aux industriels français de faire triompher leur point de vue auprès du Gouvernement français en sorte que les livrai-
1. 1 suffit de rappeler notamment : 1° les versements en espèces effec-
tués par les Alliés à l'Allemagne en contrepartie des livraisons de char- - bon, à la suite de la conférence de Spa (juillet 1920) ; 20 la non-cumula- - tion des intérêts impayés inscrite dans l'Etat des Paiements du 5 maï 1921, d’où il est résulté que le montant de la dette, fixé nominalement à
182 milliards, se trouvait ainsi effectivement réduit à 60-75 milliards ; 83° les
réductions successives des Paiements en espèces pendant l’année 1922.
2. On sait que la politique française a constamment été soutenue en Angleterre par la presse de Lord Rothermere, dont le principal journal
est le Daily Mail, qui a de beaucoup le plus fort tirage (plus de 1.300.000 exemplaires).
sons en nature effectuées à la France ontété relativement faibles. On verra d’ailleurs dans un chapitre annexe que la faillite des systèmes de livraisons en nature ne peut être entièrement imputée à la France et que l'Allemagne est loin d’avoir fait l’effort dont elle était capable ; ses offres ont constamment porté sur des produits dont l’importation exagérée en France était susceptible de nuire au développement de notre industrie nationale, alors qu’elle s’est constamment refusée à satisfaire nos demandes portant sur des produits qui nous sont indispensables (charbon, coke, goudron, etc.….). En tout état de cause, l’industrie française a pu faire ressortir que l'Allemagne versant aux Alliés cent millions de marks-or en devises étrangères ou effectuant des prestations en nature pour un montant équivalent, l'effort fiscal à obtenir du contribuable allemand n'était pas très différent et, puisque l'Allemagne se refusait, ce qui n'était pas niable, à accomplir l'effort fiscal nécessaire, il étaitinutile de compromettre l'avenir de l'industrie française en faveur du pays vaincu cherchant à éluder ses engagements (1).
Il reste à déterminer à combien peut être évalué, en tenant compte des difficultés de transfert, le montant des
1. On ne peut trop insister sur le fait que la nécessité de pouvoir évaluer avec quelque certitude les besoins de la consommation est la base même de la sécurité de l’industrie et du commerce. Or, dès la fin de la guerre, le Gouvernement français avait incité les industriels à s’organiser et à produire pour réparer les dommages causés pendant la guerre; il était d’ailleurs impossible d’attendre que l’Allemagne, alors en plein état d’anarchie, fut prête à effectuer les livraisons nécessaires. Au surplus, malgré que le Gouvernement français eut, dès la signature du Traité (28 juin 1919), adressé à l’Allemagne de nombreuses listes de matériaux à livrer, il ne fut pas donné suite à ces demandes, du fait même de la résistance opiniâtre du Gouvernement allemand, et c’est seulement au milieu de 1920, donc deux ans après la fin des hostilités, qu’il s’est agi d'organiser un système de livraisons en nature; à cette époque l’industrie française avait déjà pris ses dispositions ;il n’aurait été possible de lui faire perdre le fruit de ses travaux que si on avait eu la certitude que l'Allemagne exécutât régulièrement les prestations dont
paiements susceptibles d'être effectués par l'Allemagne aux Alliés.
Ici encore, il est impossible de répondre par un chiffre précis ; cependant, comme les privations à subir par le peuple allemand du fait des difficultés d’ordre économique causées par les paiements de Réparations, se confondront, pour la plus grande partie, avec celles qu'il aura à supporter pour payer les impôts nécessités par ces paiements, on peut concevoir que, dans un laps de temps prochain, l'Allemagne pourra effectuer, chaque année, aux Alliés, des versements de deux, trois ou quatre milliards de marks-or.
Etant donné que, pour payer les Réparations, l’Allemagne devra réduire ses importations et développer.ses exportations, on peut craindre que l’évolution future du commerce extérieur allemand n'ait des répercussions néfastes sur les intérêts économiques des Alliés.
C'est ainsi que, par suite de la restriction des importations de l’Allemagne, la France et l'Angleterre perdront en partie un de leurs meilleurs clients d’avant-guerre. La France lui vendait ses vins, ses parfums et ses soieries, l'Angleterre les produits de son industrie : il leur faudra trouver ailleurs de nouveaux débouchés.
avaient besoin les sinistrés. Comme cela n’était pas le cas, on conçoit que l’on n’ait pas annihilé les efforts déjà effectués par l’industrie française et dont le résultat a été la merveilleuserapidité avec laquelle les régions dévastées ont été reconstruites, rapidité dont l’univers entier est stupéfait,
D'autre part, 40 °/, des exportations allemandes (fers usinés, machines, charbon, lainages, cotonnades) faisaient avant la guerre l’objet d’une concurrence serrée entre l'Allemagne et le Royaume-Uni : cette concurrence ne peut que devenir plus âpre. De même, la France étant devenue depuis la réincorporation de l’Alsace-Lorraine une grande puissance industrielle, tout développement des exportations allemandes ne manquera pas d’avoir de sérieuses répercussions sur sa situation économique.
Enfin, la réception même des versements de l’Allemagne ne sera pas, elle aussi, sans provoquer certains troubles à la vie économique des pays bénéficiaires.
Il existe, en effet, une limite à la faculté que possède un pays de recevoir, sans grave inconvénient, aussi bien des versements en espèces que des livraisons en nature. On comprend généralement très bien qu'un pays ne peut absorber plus d’une certaine quantité de produits fabriqués sans nuire à la production nationale : l'opinion publique, par contre, conçoit beaucoup moins facilement qu’il y ait également une limite à notre faculté d’absortion de devises étrangères. Cependant, pour transférer des capitaux en France, le gouvernement allemand est obligé d’acheter des francs en vendant des devises étrangères : or, on ne peut vendre des devises étrangères contre des francs qu’en faisant concurrence à nos exportateurs qui, eux aussi, sont vendeurs de devises. En d’autres termes, la réception d’un trop grand nombre de francs ferait monter considérablement la valeur du franc par rapport aux devises étrangères, c’est-à-dire ferait baisser les changes, ce qui entraverait nos exportations et développerait à l’excès nos importations, au détriment des intérêts généraux de notre commerce et de notre industrie
Les divers inconvénients qu'on vient de signaler ont été indiqués à maintes reprises pour justifier un allègement des charges de l'Allemagne ; toutefois, s’il y a lieu
d'en tenir compte lorsqu'il s’agit d'étudier les modalités qu’il convient d'imposer à l'Allemagne lorsqu'elle effectue ses versements, il importe de ne pas en exagérer, comme on l’a fait trop souvent, l'importance.
Il y a lieu, en effet, de ne considérer ici que le cas des Puissances ayant à recevoir des paiements de l'Allemagne ; or, on peut affirmer que ces inconvénients seront largement compensés par les avantages que ces paiements leur procureront.
Lorsqu'avant la guerre la France recevait chaque année de l'étranger les deux milliards qui représentaient les intérêts des capitaux que nous y avions précédemment investis, il n'était venu à l’idée de personne de proposer qu'il soit fait remise à nos débiteurs du service de ces intérêts sous le prétexte que le transfert de ces deux milliards portait atteinte à notre essor économique.
Il convient cependant d’établir, à ce sujet, une distinction importante entre les inconvénients respectifs résultant des livraisons en nature et des versements en espèces.
Il est très facile d'aménager les paiements en devises de manière qu'ils ne nuisent pas aux intérêts du pays. H suffirait, à cette fin, de laisser à l’étranger une partie des sommes en devises étrangères qui nous seraient remises. Abandonnant l'idée de tout rapatrier immédiatement, le gouvernement français pourrait se constituer un réservoir de change qui pourrait être des plus utiles :
a) Pour éviter éventuellement une dépréciation brusque de notre change dans le cas possible où, par suite de circonstances imprévues, l'étranger effectuerait des retraits importants de ses balances en francs,
b) Pour faire face au paiement de certaines dettes de guerre en capital ou intérêts,
c) Pour préparer la reconstitution de l’encaisse métallique de la Banque ou pour y suppléer,
d) Pour favoriser le développement de notre com-
merce étranger (Banque du Commerce extérieur-Crédits).
Il est vraisemblable en outre, que par le simple jeu de lois économiques, le surplus des devises versées au gouvernement français sera utilisé par les particuliers à la reconstitution de notre portefeuille de valeurs étrangères.
On voit combien facilement peuvent être utilisés les versements en devises à recevoir de l’Allemagne et combien exagérées sont les craintes qui sont quelquefois exprimées à ce sujet (1).
Par contre, la réception de prestations en nature apparaît pleine de dangers, pour autant du moins, qu’elles. comportent des livraisons de produits fabriqués et non de matières premières. Si, en effet, le dommage qui peut résulter pour la France de la réception de devises étrangères se répartit sur la totalité de l’industrie française, celui qu'occasionne la réception de livraisons en nature retombe sur un petit nombre d'industries dont il peut menacer la vitalité. Aussi est-il indispensable, à l'avenir, de n’accepter de produits fabriqués en paiement de notre créance qu'avec discernement et en tenant compte des possibilités de notre production. En tout état de cause, s’il y a lieu de faciliter le transfert des versements de l'Allemagne, il semble que la meilleure procédure consisterait à conclure des traités de commerce par lesquels les parties intéressées se reconnaîtraient des avantages réciproques, et c'est vers cette fin que devront tendre les eflorts des Gouvernements.
1. On sait qu’en 1873 l’Allemagne a subi une crise extrémement grave qui a été souvent attribuée au paiement de l'indemnité versée par la France. Sans doute a-t-il été commis par le Gouvernement allemand des imprudences relativement à l’emploi de cetle indemnité, mais la crise de 1873 qui a sévi d’ailleurs en Autriche, en Angleterre et aux Etats- Unis a des causes bien plus profondes que le paiement de cinq milliards.
Voir sur ce point Charles Rist, Les Finances de guerre de l’Allemagne (Payot, Paris), page 217 et suivantes.