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LE PARADIS TERRESTRE DE M. HAGENBECK

Le plus grand marchand de bêtes féroces du monde entier. — M. Hagenbeck. . — Les éléphants aiment le gravier. — La panthère des neiges. — Uappétit des serpents de Bornéo. — Croisements inédits. — Résultats importants. — Un zoologue pratique. — Le Paradis terrestre reconstitué. — Animaux féroces en liberté. — Paysages polaires, paysages tropicaux. — 2.000 hommes font la chasse sur toute la plcnète pour M. Hagenbeck. — Comment on dresse les bêtes féroces. — La douceur. — Le commerce des animaux. — L'intelligence

des morses. — Voulez-wus un loup pour vos enfants ?

Hagenbeck, l'un des

M hommes les plus connus

du monde entier, est le fameux marchand de bêtes féroces de Hambourg, qui compte parmi ses clients l'empereur d'Autriche, pour sa ménagerie de Schœnbrunn, le sultan de Turquie, l'empereur du Japon et des rajahs de l'Inde ! Par un bel après-midi de juin, nous partîmes pour cette nouvelle « île du docteur Moreau». C'est aux environs de Hambourg, à l'endroit appelé Stellingen, au milieu de prairies et de champs patiemment achetés un à un par Hagenbeck, que vivent ses pensionnaires. Une promenade d'une heure et demie à travers les faubourgs de la grande cité, les routes bordées de haies, les petits hameaux aux rustiques maisons couvertes de chaume épais, aux toits si pointus qu'on dirait

des éteignoirs posés sur quatre murs bas, et voici qu'apparaissent, au milieu de pâturages herbus, quelques bisons, les uns paisibles comme de grands bœufs, les autres fonçant, tête baissée, contre un obstacle imaginaire ; plus loin, un dromadaire file de son pas long et rapide, une laine souillée pendille et sautille à ses flancs, lamentable comme celle d'un matelas crevé ; voici une vigogne qui semble couverte de varech, et tout près de nous une autruche à demi déplumée, si décrépite et si ridicule qu'on dirait une très vieille ballerine aux jambes grêles, fatiguées, au tutu fané et sale. Elle nous regarde à travers la clôture d'un air bête, puis sympathiquement se met à suivre par les champs, à grandes enjambées, la course de notre voiture. Au loin, des chevaux sauvages du Thibet et de Mongolie galopent éperdument, l'œil menaçant, la tête fière.

Des constructions de briques rouges

apparaissent. Devant une grille, une foule patiente piétine: ouvriers, employés, mères de famille escortées d'enfants et de poupons dansleurs voiturettes. C'est dimanche, et pour 50 pfennigs, on vient de très loin se récréer chez Hagenbeck. De l'autre côté de la route, des cafés, conditorei, restaurations, les accueilleront à la sortie.

M. Hagenbeck nous attendait.

Cet homme, qui passe au milieu des lions, des tigres, des ours, des panthères et des loups comme un garçon de chenil parmi ses meutes, est un être charmant, poli et doux. Avec ses soixante-deux ans, il a un sourire d'enfant, joyeux et frais, qui s'ouvre sur des dents de lait, et des yeux d'un bleu candide. Sa lèvre rasée, sa barbe en fer à cheval lui donnent l'aspect d'un Yankee qui serait souriant.

Il nous promena à travers des jardins, des parterres de fleurs qui égayent l'entrée de l'établissement et au milieu desquels s'élève sa villa toute blanche; puis nous parcourûmes le jardin zoologique. Ce sont des pelouses, des massifs de verdure, des rochers et de minuscules montagnes, de gandes enceintes caillouteuses, des rotondes pour les singes, des galeries de verre où somnolent les serpents et des cages barrées de fer pour les animaux féroces, une vaste faisanderie dissimulée derrière des haies, aux allées bordées d'iris mauves et d'œillets d'Inde.

Des Hindous à turban rose promènent des éléphants qui, de temps en temps, s'arrêtent pour avaler le sable des allées :

« C'est excellent, dit M. Hagenbeck ; cela les purge. »

En passant il nous présentait ses pensionnaires.

Il avait là 35 lions de la côte des Somalis et 5 tigres de Sibérie et de Java, au total 90 animaux féroces, avec les pumas,

les léopards, les panthères, les ours et les hyènes.

Nous passions devant des cages où se pressaient lions et lionnes. En longeant l'une d'elles, une lionne l'aperçut et se mit à sauter sur le grillage par bonds énormes ; elle miaulait de plaisir après lui, comme un chien aboie après son maître, et faisait des efforts pour l'apercevoir le plus longtemps possible...

Éparses dans l'herbe des prairies, des voitures grossières, grillées comme celles des forains, des boîtes treillagées, d'autres solidement cadenassées, sont remplies d'animaux.

Quand nous longeons une cage isolée, des cris de rage affreux éclatent, une panthère blanche apparaît: grimaçante, les yeux cruels, les griffes éperdument tendues vers nous, rauquant, soufflant, grinçant dans une exaspération effrayante.

Jamais je n'aurais imaginé une telle fureur, même chez des animaux en colère ou au combat.

« Je crois que c'est l'animal le plus sauvage, dit M. Hagenbeck en cessant de sourire paternellement comme il faisait en passant devant chaque cage. On l'appelle la panthère des neiges ; elle vient de Sibérie, vit à des altitudes de 5.000 ou 6.000 mètres ; elle .est faite pour résister aux plus grands froids. Quand on approche de ces animaux, je pense qu'ils deviennent fous. Parfois ils s'exaspèrent tellement qu'ils meurent de rage impuissante, devant les barreaux. »

Les grands serpents l'intéressent énormément. Il a chez lui plusieurs pythons de Bornéo qui font son admiration par leur appétit formidable. L'un d'eux, mesurant 26 pieds de long et pesant 113 kilogrammes, est en train de digérer un grand cygne noir de 8 kilos et un

chevreuil de Sibérie de 73 livres morts dans la nuit et qu'il a avalés aujourd'hui même. Il nous 'le ' mSntrei''' derrière répaisse vitre où il dorf. lÙa. peau écailleuse, aux reflets bleus et' àoïès, est i'èïiflée inégalement comme un sac bourré en désordre. Le cygne noir et le chevreuil emprisonnés dans cette gaine élastique seront digérés dans une quinzaine au plus tard. Un autre,' a cote, a mangé un bouc de 27 livres et une chèvre de 38 livres en deux nuits. Quatorze jours après, il les avait digérés.

« Le deuxième joiir,' inédit M. Hagenbeck, il ne pouvait presque plus respirer... »

Un autre, eii vingt- quatre heures, mangea quatre agneaux avec les cornes, les sabots, tout... Le dixième jour il recommençait. "

Leur croissance est très rapide : en seize mois ils augmentent d'un mètre.

Je nie' demandais comment peut faire un serpent dont la tête est si petite pour avaler les animaux d'une telle dimension.

M. Hagenbeck explique :

« Quand il veut manger une chèvre, il s'enroule autour, la serre tant qu'il peut, en fait une sorte de saucisse très épaisse. Alors, sa mâchoire s'élargit comme un goitre énorme, et il commence à avaler. Cette opération dure des heures.

« Je suis persuadé, ajoute-t-il, qu'il mangerait très bien un homme tout entier. »

Les pythons en liberté sont redoutables par leur force extraordinaire.

« Quand une proie s'est approchée d'eux (invisibles parmi les feuilles et les branches d'un arbre où ils sont enroulés), ils s'accrochent p'ar la queue au tronc de l'arbre et, dans un mouvement ide balançoire, se projettent violemment sur la tête des animaux qu'ils convoitent et les assomment. Mais, quand ils digèrent.

ils dorment et sont incapables de mouvement ; on peut facilement les tuer. »

Chemin faisant, notre hôte nous, parle des mœurs des bêtes. Ce li'èst pas, en effet, un simple marchand d'animaux :

c'est un zoologiste passionné. Ainsi il essaye des croisements de toute sorte.

Ses produits de lion à crinière et de tigresse ont donné des animaux de très iFôrte taille, qu'il nous 'montre : ils mesurent presque le doublé des' autres. La panthère et le puma se métissent également, et il projette le croisement d'une lionne et d'un jaguar du Paraguay. Ces essais, il les fait simplement par curiosité, car les produits en sont stériles. lï n'en' est pas ainsi desariimaux de même espèce, comme lé cerf de Sibérie et la biche d'Europe, par exemple, qui s'améliorent beaucoup par le métissage. Des Anglais lui achètent aussi, pour les croiser, des faisans de Mongolie, 'plus grands que ceux de nos régions. Le métis dont il est ïe plus fier, c'est le zëbroïde, produit du zèbre et de la jument irlandaise, animal superbe, d'une force -de deux bons chevaux et courant très ■Vite, qiii rendrait dé grands services aux colonies. Il envoie ses chevaux de Mongolie dans des instituts zoologiques, à Halle et en Angleterre, pour les croiser. Il voudrait acclimater des castors robustes dans les lacs innombrables d'Allemagne. Ce serait une grande sourôé dé revenus.

On ne connaît qu un exemple dé reproduction d'éléphant en captivité : c'était à Londres. Mais une heure après la^mise bas, on a vu la mère tuéi" ses petits. Les ours résistent à 'la chaleur comme au froid; ils supportent des températures plus élevées que les reptiles eux-mêmes.

« J'ai ' expérimenté, dit-il, que les autruches peuvent vivre en plein air dans

LA MÉNAGERIE HAGENBECK. — Les Olaries sont parmi les animaux les plus intelligents. Avec les morses, ce sont les mammifères marins les plus faciles à dresser.

Flanche 241

LA MÉNAGERIE HAGENBECK vend également des pingouins dont le prix atteint suivant l'espèce

200 et 375 francs.

UN ATTELAGE PEU COMMUN. — Le petit animal qui traîne cette voiturette est fort rare, il appartient

à une race d'ânes vivant dans les monts Himalaya.

Planchk 242.

rAllemagne du Nord et que les chameaux de la Bactriane, forts et sobres, s'acclimatent en nos régions. D'ailleurs, d'une façon générale, je considère qu'une foule d'animaux pourraient rendre service à l'homme s'il savait étudier leur nature. On y viendra si on ne s'empresse pas trop de tuer les bêtes créées par Dieu.»

LE PARADIS M. Hagenbeck vient de TERRESTRE réaliser un rêve qu'il caressait depuis bien longtemps : celui de reconstituer le Paradis terrestre — sans Adam et Eve. Il veut voir tous ses animaux en liberté ! Pour cela il a fait apporter 40000 mètres cubes de terre qu'il a mis en tas au milieu de sa propriété, ce qui fait une assez haute colline où il a tracé des chemins, établi des plateaux, des cavernes, des bassins, des jardins, des fossés, des rochers. D'un côté, on voit des ours blancs, des rennes, des pingouins, des phoques, des otaries, des morses, qui se meuvent en liberté dans un paysage polaire, tout en glace artificielle et dans des bassins. De l'autre, un jardin équatorial, avec des cactus, palmiers, araucarias, agaves, dagues espagnoles, où se promènent lions, tigres, jaguars, panthères, léopards, girafes, hyènes, chacals, chats-pards, etc.

Le public a devant lui, sur l'une des faces de la colline, cinq cents sortes d'oiseaux enfermés dans une volière très haute et très fine, presque invisible, de façon à donner l'illusion du plein air : à côté, les herbivores, chevaux, zèbres, chameaux, cerfs, antilopes, gazelles, moutons du Thibet, de l'Himalaya.

Au-dessus, douze lions et tigres, avec, derrière eux, leurs tanières ouvertes. Audessus encore, sur les rochers à pic bâtis exprès pour eux, des chamois, bouquetins,

et des vautours, des condors, des aigles.

Plus tard, il ajoutera, dans des bassins, des caïmans, des hippopotames, des rhinocéros.

On voit le tableau ! Sept à huit cents animaux divers réunis en amphithéâtre, sans barrières apparentes, sans grillages ! Le public ne verra pas comment ils seront séparés de lui ni séparés entre eux. A la vérité, des fossés de 6 mètres, dont la largeur est calculée sur les plus grands sauts sans élan des tigres, 5 mètres, je crois, et dont les murs de ciment sont en pente raide et lisse, empêcheront les fauves de fraterniser avec les hommes, comme au temps de notre premier père.

« On n'aura jamais vu cela depuis Adam ! » dit M. Hagenbeck, en riant de toutes ses dents blanches.

Des sentiers ménagés derrière les tanières permettent de servir aux animaux leur nourriture à travers des grilles de fer scellées au roc. M. Hagenbeck a mis toute sa fortune de millionnaire dans cette entreprise unique au monde.

Pour un marchand, ce n'est pas un étalage banal !

A l'heure qu'il est, sur la planète, 2.000 individus chassent au compte d'Hagenbeck tous les animaux sauvages.

Des Arabes tuent les lionnes berbères et des Kalmouks les ours femelles afin de ravir leurs petits; des Gynghalais captivent les éléphants de l'Inde ; des Esquimaux lui apportent des ours blancs, des rennes, des aurochs, des phoques et des pingouins. Les naturels de Sumatra chassent pour lui le rhinocéros. Les nègres du Zambèze sont à l'affût de l'hippopotame dans les marécages en vue de peupler ses bassins.

Comment arrive-t-on à prendre ces animaux ?

« La plupart se prennent presque à

leur naissance, nous explique Hagenbeck ; les tigres, les lions, les panthères, les léopards adultes, dans des trappes où ils sont attirés par l'appât d'animaux, généralement des chèvres et des moutons attachés à des poteaux et que leurs bêlements trahissent. Les hippopotames sont capturés tout petits. On apporte ces amphibies en Europe dans des bassins remplis d'eau, en les nourrissant d'une grande quantité de lait concentré. Les éléphants, les rhinocéros s'attrapent au piège ou, aussi, au fond des trous ; les zèbres, dans de grands filets tendus où ils se jettent quand on a su les y conduire. On m'a amené des antilopes de Rhodésia à travers 150 lieues de désert, au milieu d'une caravane de mulets et d'ânes qu'elles suivaient. « Je vais faire ici même, ajoute-t-il, un musée où seront exposés tous les systèmes de chasse et de capture des animaux féroces. J'y ajouterai ma collection de cornes d'animaux, qui est, je crois, la plus complète qui existe, puisqu'elle contient 500 différentes espèces. »

Il nous conduit dans une salle où a lieu pour le public un exercice d'animaux dressés : quatre lions, deux lionnes, quatre tigres, quatre ours et deux grands chiens danois. Un employé de M. Hagenbeck jouait avec ces bêtes terribles au milieu d'une grande cage sans ces cris et ces airs tragiques des dompteurs de nos foires ; il les faisait obéir, sauter, changer de place, rouler sur des cylindres creux comme des animaux domestiques. Ils obéissaient sans empressement, mais aussi sans paraître aucunement blessés, dans leur dignité de fauves, des ordres un peu brusques du belluaire.

« Ils ne pensent qu'à la récompense, me dit M. Hagenbeck.

— Oui, comment arrive-t-on à les dresser ainsi? lui demandai-je.

— Par la douceur, seulement par la douceur — et la gourmandise ; les ours avec du sucre et des fruits, les lions et les tigres avec de la viande. Naturellement, il faut les habituer tout jeunes à se trouver ensemble et à obéir. A cette condition, ils ne sont pas plus dangereux que des chiens ou des moutons. J'ai eu des chèvres qui allaitaient des petits tigres et des tigresses nourrissant des chiens. Tout cela, en grandissant, ne fait plus qu'une famille.

« Il y a trente ans, continue Hagenbeck, dans les ménageries on domptait les lions avec le fer rouge, et on n'obtenait que des résultats douteux, toujours dangereux.

Ici, notre pédagogie est celle de Pestalozzi, douceur et sévérité mêlées, à peine un léger coup de cravache pour décider les bêtes à se classer dans les exercices. Et les dressages sont bien plus sérieux, plus durables. Ainsi, je me promènerais fort bien dans la rue avec mon grand tigre de Sibérie que voilà, et je le laisserais sans crainte près des enfants et des poules, exactement comme on fait avec les chiens et les chats. Il ne faut pas leur faire de mal, les rendre furieux, leur faire peur — ni les affamer, cela va de soi ! Même méthode que pour les enfants, exactement. Moi, je n'ai jamais touché un de mes enfants du bout du doigt ; quand ils faisaient quelque chose de travers, je sifflais un coup bref, et je leur montrais le doigt : c'était suffisant. Dans ma longue carrière, j'ai dressé des hommes aussi. Je dresserais même des belles-mères s'il le fallait... Avez-vous une belle-mère à dresser? dit en riant M. Hagenbeck, qui est au courant, comme on voit, des dernières plaisanteries du boulevard...

— Et vous n'avez jamais été blessé ?

— Une seule fois, en coupant l'ongle d'une panthère. Mais je fus vingt fois en danger de mort. Un éléphant m'attaqua de dos d'un coup de défense qui eût pu me tuer, et qui m'a laissé indemne ; un autre jour, un alligator, d'un coup de queue, me fit tomber dans un bassin où sommeillaient douze autres grands caïmans... Le jour où j'ai vu la mort de plus près fut celui où une locomotive lancée à toute vitesse frôla le pan de ma jaquette, fffft... Un centimètre de plus, et ce produit de la civilisation me prenait une vie que les animaux les plus sauvages avaient épargnée. »

« Et votre commerce consiste à vendre des animaux aux ménageries et aux souverains?

— Ce n'est là qu'une petite partie de mon commerce. Je vous ai dit que les instituts zoologiques d'Europe et d'Amérique m'achetaient des types d'animaux en vue de croisements. J'en vends aussi aux laboratoires de bactériologie. J'ai envoyé mon fils en Afrique acheter 2.000 chameaux au compte du gouvernement allemand au moment de notre dernière expédition coloniale. Lord Rothschild et d'autres seigneurs anglais m'achètent des cerfs, des daims, des chevreuils étrangers destinés à leurs parcs, et dernièrement j'ai reçu la visite de M. William Rockefeller et de M. K. Vanderbilt, qui venaient choisir aussi des animaux qu'ils voulaient croiser pour leurs chasses. »

Je lui demande quels animaux il préfère.

« Oh ! je vis avec les bêtes depuis cinquante-cinq ans, et je les aime toutes autant, fit-il.

— Mais si vous les aimez, pourquoi les réduisez-vous à la captivité ? Vous devriez

souffrir de penser qu'elles sont malheureuses ainsi, fis- je pour voir...

— C'est dans le but de les rendre plus heureuses que je veux leur donner la liberté dans le Paradis terrestre, répondit-il.

— Et quels sont, selon vous, les plus intelligents parmi les animaux sauvages ?

— Les éléphants, les phoques, les otaries, les morses... oh ! les morses surtout. Si on peut les avoir jeunes, on en fait ce qu'on veut. J'en ai reçu un âgé de quatre mois et qui pesait 40 kilos. Deux ans après, il pesait 400 kilos, et il lui fallait 80 livres de poissons par jour. Les morses adultes arrivent à peser 2.000 kilos... Le mien, je l'avais dressé comme un chien ou un chat. Il sortait de l'eau, se traînait jusqu'à moi au moindre appel. Je lui avais appris à agiter une sonnette pour commander son repas. On lui demandait s'il voulait manger, il répondait oui.

Il disait papa et maman. Et si je lui jetais une pièce de 50 pfennigs dans un bassin, il plongeait et la rapportait. »

Cette journée finit trop vite. Comme elle est bizarre la curiosité que nous éprouvons vis-à-vis tous nos frères sauvages... Vientelle du respect atavique que nous conservons pour leur force et leur cruauté, mêlé au sentiment de sécurité que nous donnent les solides barreaux de leurs cages? Mais je sais que j'aime encore les récits de chasse aux animaux féroces et les histoires qui les concernent. J'éprouve à fixer leurs yeux cruels une émotion violente qui surexcite ma combativité...

Je rêve d'être bien cuirassé et bien armé, d'aller au-devant de ces vieux ennemis de la race humaine et de les égorger ou de les étouffer, comme racontent les légendes, dans un corps- à- corps. J'envie le dompteur

qui les cravache. J'aime à les voir dépecer en grognant les viandes saignantes, et je voudrais assister à un carnage colossal de tigres, de lions, de panthères, de rhinocéros et d'éléphants. Et je me souviens avec pitié de ce vieux lion édenté qu'un jeune taureau maltraita si fort, il y a quelques années, dans l'arène de Roubaix.

M. Hagenbeck, qui se promène parmi eux comme un dieu intangible et respecté, prend quelque chose de la majesté mystérieuse qui leur vient de leur indisciplinable sauvagerie, et qu'il soit, en même temps, souriant, doux et affable, augmente la sympathie qu'on aurait pour lui-même s'il ne vendait, comme son père, que du caviar d'esturgeon.

Aussi, suis-je resté en correspondance avec cet homme charmant. Dernièrement même, dans une lettre, je lui disais :

« Comment se fait-il qu'au milieu de

ces lions, de ces tigres et de ces panthères, dressés jusqu'à la domesticité, on ne voie jamais de loups ? Serait-ce que le loup morose soit plus rétif au dressage que les bêtes exubérantes des contrées chaudes ? »

Il me répondit :

« Quant aux loups, je vous dirai qu'on peut les apprivoiser aussi bien que les chiens. Il y a six ans, on voyait un loup courir aux côtés d'un monsieur à qui je l'avais fourni tout jeune. Ce loup avait toutes les qualités du chien et ne devenait jamais méchant. Quand vous serez de retour à Paris et si vous désirez un loup tout jeune, je vous prie de me considérer à votre entière disposition. Je me ferai un plaisir de vous faire cadeau d'un animal très jeune...»

C'est cela. Mes enfants joueront avec lui, l'hiver, dans la neige, et quand je leur apprendrai les fables de La Fontaine, ils n'y comprendront rien.

L' ANE DE L'HIMALAYA, acclmintc ]i;ii' l:i nuMiaycne lliineiil)eck, n:iUeiiil [xis la Uulle de celui de nos pays. Mais il possède des l'orines plus dislingiiées, presque gracieuses.

LES LAMAS — Une paire de lamas, âgés d'environ trois ans, se vend l.OcO francs.

LES PHOQUES coulent reial ivcment peu cher. On en a un d'énorme grandeur j)our 400 francs.

Hlanche 2(3.

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Planchl 244.

Iliiiiiiiiiiiiiiiiiiliw iiiiiiiiijiiiiiiiniimiiiiiiiiiiiiiiiiiiniiiiiiiiiiiiiiiiniwiiiiiiiiiiiiinim iiiiiiiiiwiiiiiiiiiin iiiiiiiiiiiiiiiiiiiniiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiinviiiiniiiiiiiiiiiwiimiiiiiiw^^

Phot. Krupp.

KRUPP. — La coulée d'un bramme pour plaque de blindage. — La maison Krupp fabrique une grande partie des plaques de blindage utilisées dans la marine allemande.

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Planche 24D.

Ninie Pliol. Ci'^ollsclian, Berlin

KIEL ésl le grand poi l inililiiire de la LialUque ; c'esl le seid [)oiMl de la cùle ou la nature ail fourni un abri nalii-

rel aux eaux profondes pour les grands navires.

.Neu** PliiJt. (ie^pllsctian. Berlin.

LE " SEEBADEANSTALT ". — Gel hôtel riclie, mais plutôt silencieux et sévère, a coûté ."> millions à M. Krupp qui, en l'espace d'une seule année, le fil construire sur le désir qu'en avait exprimé l'Empereur.

l'UANCHE 246.

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