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L'AMBRE

A Palmnicken. — Qu'est-ce que Vambre ? Une sécrétion de pin qui fut malade durant la période tertiaire. —

On le trouve ici seulement. — Descente à la mine. — La terre bleue. — Le travail des mineurs. — U auteur

donne son coup de pioche. — Le lavage, le triage, le grattage. — Distillation. — L'ambroïde. — Le Musée

de Vambre. — Des blocs de 6 kilos. — Un essaim d'éphémères prisonnier dans une larme d'ambre.

L me restait à voir la Kurische Nehrung (la langue de terre de Courlande), qui, sur les cartes, barre si étrangement la côte prussienne entre Memel et Cranz, et les mines et es ateliers d'ambre.

« A la Kurische Nehrung vous ne verriez que des dunes sur une longueur de 97 kilomètres, me dit-on, et une station ornithologique où des savants du monde entier vont étudier les mœurs des oiseaux migrateurs, qui, venant du Nord ou y retournant, s'arrêtent tous là ; c'est l'hôtel des cigognes, des hérons, des grues et de vingt autres oiseaux différents. »

Si j'étais arrivé à Kœnigsberg à l'époque de la migration, je n'eusse pas hésité à me faire ornithologiste. Mais nous étions en plein mois d'août, et les dunes se trouvaient désertes.

Je me décidai donc pour les mines

d'ambre. Je pris le train pour Palmnicken, petite bourgade située à une heure et demie de chemin de fer de Kœnigsberg, et je me rendis à la mine en compagnie du jeune fils du consul de Dantzig, M. Ferdinand de Jouffroy d'Abbans.

Avant de descendre, je me fis expliquer l'origine de l'ambre.

Or voici :

L'ambre ou succin est une résine fossile — appelée en allemand Bernstein — qu'on ne trouve qu'à l'endroit appelé par les anciens Côte de l'Ambre, c'est-à-dire le long de la côte baltique s'étendant de Dantzig à Brûsterort, spécialement dans le Samland, cette presqu'île où Kœnigsberg se trouve enclavée. Le point précis où l'ambre abonde particulièrement est la plage de Palmnicken.

Au temps de la période tertiaire, un conifère, appelé par les savants Pinus succinifer, sécrétait une résine qui coulait au pied des arbres, très abondamment, si on en juge par les blocs quelquefois très gros que l'on découvre : ce qui

explique qu'on voit enchâssés dans certains morceaux d'ambre des moustiques, des mouches, quantité d'insectes et même des feuilles et des débris végétaux dont on ne trouve plus les traces que dans les régions tropicales. On suppose que cette sécrétion était provoquée par une maladie de l'arbre et que l'ambre n'était autre que le pus de la blessure.

Il parait que les Étrusques, les Grecs, les Phéniciens venaient jusqu'ici chercher le succin. On n'en connaît, en effet, nulle part ailleurs au monde, de sorte que l'ambre qui servit à fabriquer les objets d'ambre trouvés dans les tombeaux grecs venait certainement d'ici. Au Japon et sur les côtes siciliennes, entre Gatane et Syracuse, se trouve seulement la « gédanite », sorte d'ambre plus fragile que le succin et de qualité inférieure. Autrefois, et jusqu'en ces dernières années, il n'était pas besoin de l'aller chercher sous terre. La mer Baltique étant peu profonde; l'action des vagues sur le fond de la mer et sur le sable des côtes découvrait les gisements, et à la longue enlevait des fragments d'ambre qui venaient échouer parmi les varechs des plages. Ou bien, ballottés à la surface par l'eau en mouvement, ils étaient pris par les pêcheurs allemands dans des filets. Ou bien encore, par une mer tout à fait calme, les riverains harpormaient, au fond de l'eau transparente, les morceaux d'ambre qui reluisaient. En 1883, un particulier eut l'idée de chercher l'ambre sous terre ; il gagna à cela beaucoup d'argent, et l'État prussien, qui a la bosse du commerce, lui racheta sa mine en 1889 pour 13 millions de francs. Aujourd'hui, la loi a fait de la récolte de l'ambre le monopole exclusif de l'État, et il est défendu aux habitants de le ramasser sur les plages baltiques, si ce

n'est pour le porter aux dépôts officiels. Après les tempêtes, les inspecteurs du gouvernement vont le long de la côte, de grand matin, à la recherche des débris déposés par la mer pendant la nuit. Moimême, le jour de mon arrivée à Palmnicken, par un bel après-midi du mois d'août, j'essayai de découvrir sur la plage des fragments de la précieuse résine, pendant que dans l'eau ensoleillée des petits Prussiens tout nus s'ébattaient sans cris. J'en trouvai quantité de petits morceaux que je rapporte en témoignage.

Arrivés à la mine, et reçus par un ingénieur complaisant, on nous fit nous dévêtir complètement et passer un costume composé de pantalons imperméables, de bottes d'égoutiers montant au delà du genou, d'une vareuse goudronnée comme les suroîts des matelots et d'un chapeau de pilote avec son large bord en arrière. Nous fûmes également munis d'une lampe de mineur.

Et la descente commença. Elle ne fut pas longue, heureusement. Gar rien n'est plus désagréable que la sensation de l'air humide que l'on respire en descendant sous terre par l'escalier de fer à pic dont les barreaux glissent, et de l'engoncement où vous tient ce costume rigide inusité. L'eau coulait de toutes parts, le long du puits de 42 mètres où nous descendions. En touchant au fond du trou, notre guide nous recommanda d'éviter les petits fossés remplis d'eau creusés le long des galeries, et nous nous mîmes en marche, barbotant dans des flaques de boue, courbés en deux pour éviter de nous cogner la tête au plafond bas. La chaleur augmentait par instants, jusqu'à devenir étouffante ; à d'autres moments, des courants d'air glacé fouettaient nos poitrines en sueur, et je grelottais.

KŒNIGSBERG a un commerce très important et une naviifalion active. Les navires de gros tonnage sont cependant obligés de déciiarger leur cargaison à l'aillaii, car le Pregel n'a pas assez de fond.

KŒNIGSBERG

La rjtcMndanimerlor coinple parmi les dix-sept grandes tours el les portes monumentales qui s'échelonnent tout autour de la cité.

PLANCHi; 279.

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Neue Pliot. Gesellschafl, Berlin.

DANTZIG. — "jLe Krahnlor est une porle pittoresque, qui lut transformée en 1444. Sa silhouette bizarre se

retrouve dans les ports ayant appartenu à la Hanse. I

Il iiiiiiiiiiii!iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii?iiiiiiiiiiiiiiiiiiim^ iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiM

Planche 280.

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Phol. Uoderwood &■ ï'nderwoud. Londres pi New-York,

EN BAVIÈRE. — Le Château de Neu-Schwanstein, l'un des nombreux cliàleaux des rois de Bavière, fut érigé en 18ti9 par i^ouis II. Appuyé à la hauteur de Hotienschwangau, il domine la plaine de 200 mètres.

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Planche 285.

I'Im.I Wiu-IIiI.- .V Suliii, SaUbui-i

MUNICH. — La Place Caroline. A Mimicli, l'u'il se réjouit de ce que les rues, les avenues, les roud^-points el les places sont parfailetnent distribues pour la belle ordonnance et la variélé de la ville.

fliol. Wurihie * Solin, Sahburi

MUNICH. — Le Marché aux VictuaiUes. — Le Municiiois mange aussi bien qu'il boit et les marchés de la ville sont toujours abondamment pourvus de viandes rôties, de cochons de lait, de saucisses et de toute espèce de charcuterie.

PUANCHE 2X0.

La mine à 3 kilomètres de long. Quand nous arrivâmes à l'extrémité, les ouvriers étaient en train de piocher la « terre bleue» (blaue Erde), ainsi qu'on appelle le terrain tertiaire, qui se trouve entre 18 et 42 mètres de profondeur, et dont la couche contenant Fambre s'étend sur une épaisseur moyenne de 2 mètres. De temps en temps, leur pioche les avertissait de la présence d'un morceau de résine. Ils le ramassaient et nous montraient une sorte de caillou sali qu'il fallait approcher de la lampe, pour en percevoir le reflet jaune. Je pris une pioche, car je voulais extraire de l'ambre comme j'avais extrait de l'or et de l'argent des mines du Colorado. Je ne fus pas long à en découvrir un fragment qui renfermait justement une mouche, et que je serrai dans ma poche en souvenir de cette visite.

Quand les ouvriers trouvent un bloc important, ils le mettent de côté ; et toute la terre piochée est chargée dans de petits wagonnets qui sont portés au jour, où la terre passera au tamis.

La mine emploie 330 ouvriers, dont 250 mineurs.

On retire par an environ 700000 petits wagonnets de terre qui représentent 2 millions d'hectolitres, desquels on extrait 400.000 kilogrammes d'ambre, soit une moyenne de 559 grammes par wagonnet de 300 litres.

Les wagonnets sont remontés au jour par des ascenseurs et renversés aussitôt dans un étroit bassin d'où l'eau est projetée en jets puissants qui lavent la matière extraite une première fois. Du bassin, l'eau et la terre mélangées tombent sur des treillages superposés et de plus en plus étroits (de 3 centimètres à 1 millimètre) qui tamisent les morceaux d'ambre.

Il y a là des sacs et des paniers

remplis qui sont la récolte du jour.

Quand l'ambre a été relavé dans des cylindres tournants avec du sable et de l'eau pendant quatorze heures, il est porté dans un bâtiment voisin de la mine, où a lieu un premier travail de triage. On met de côté les plus gros blocs ; — certains pèsent plusieurs kilos. On distingue les bons des mauvais par le son qu'ils rendent quand on les frappe. Les uns se fendront, les autres resteront solides au débit : ce sont les plus chers, dont on fera de longs porte-cigares ou de longs tuyaux de pipes de 15 ou 20 centimètres. Des blocs qui ne pèsent pas 1 kilogramme valent 500 marks (625 francs). Le bon ambre vaut, en moyenne, 325 francs le kilogramme. On sépare aussi les morceaux selon leur couleur. Il y a peut-être deux cents sortes d'ambre commercial, et même plus. Une partie, la meilleure, sert à fabriquer des objets ; une autre est pilée, fondue, transformée en « ambroïde » ; enfin les qualités tout à fait inférieures deviennent de la laque et de la colophane. On les vend jusqu'à 75 centimes le kilogramme.

Le premier triage une fois fait et les gros morceaux mis de côté, les petits passent entre les mains d'ouvrières dont le travail consiste à les gratter à l'aide d'un couteau très pointu et à en retirer jusqu'à la dernière apparence de tache. En effet, le moindre corps étranger, le plus petit grain de poussière suffirait à troubler la fabrication de l'ambroïde à laquelle ces menus fragments sont destinés. Les filles et les femmes ont devant elles des tas de petits morceaux éclatants comme des sucres d'orge frais ; elles se dépêchent, mais regardent avec soin sur toutes les faces s'il reste quelque impureté à enlever, car les morceaux mal nettoyés leur re-

viennent avec des amendes. Elles sont payées aux pièces : 7 marks le kilogramme d'ambre gratté. L'ambre est léger, et le kilogramme leur demande trois jours de travail assidu.

Dans une petite usine attenant aux salles de triage et du deuxième lavage, ont lieu la distillation et la fonte de l'ambre. On retire différents produits de cette distillation : de l'acide ambré qui sert à blanchir la soie et se vend 25 francs le kilogramme, de l'huile d'ambre, d'autres produits chimiques encore, utilisés dans l'industrie et dans la médecine. On ne lâche la résine que lorsqu'elle est bien épuisée... Mais le produit principal est la laque employée pour les wagons et la carrosserie.

Une autre usine est installée à Kœnigsberg même, dans un vaste bâtiment qui renferme aussi les bureaux commerciaux de l'exploitation et le Musée de l'ambre. Ici, 300 jeunes femmes, gratteuses et trieuses d'une agilité extraordinaire, et 150 ouvriers sont employés, les premières au grattage, comme à Palmnicken, les hommes à débiter l'ambre en morceaux destinés au commerce. Leur habileté consiste à n'enlever que juste les parcelles mauvaises et inutilisables pour la fabrication des objets.

Sous la surveillance jalouse de l'administration royale, d'autres ouvriers fabriquent « l'ambroïde ». J'ai eu beaucoup de peine à être admis à pénétrer dans les ateliers. Soit qu'il y ait là des secrets qu'on ne veuille pas livrer à l'étranger — et on se demande la raison de cet occultisme, puisque la concurrence n'existe pas et ne peut pas exister, — soit que, révélés, les mystères de l'ambroïde pourraient nuire à son commerce, on a soin de ne montrer au visiteur, difficilement admis.

que la surface des choses. Et encore, fus-je reçu avec des regards méfiants et conduit avec une hâte qui me rappela mes courses à travers les usines chimiques de Hœchst.

Ce que j'ai pu apprendre de sûr, c'est que les morceaux d'ambre trop petits pour être transformés en bibelots, — après avoir été grattés avec le soin minutieux que j'ai dit et séparés en différentes teintes, — sont moulus fins comme du sucre ; cette poussière est ensuite traitée par l'éther, pour donner, paraît-il, plus d'uniformité à la couleur, puis chauffée dans des moules en même temps que pressée dans des appareils hydrauliques d'une très grande puissance, et enfin moulée en forme de cylindre ou de pain rectangulaire du format d'un in-12. On peut, m'assure-t-on, changer la couleur de la poussière d'ambre en la cuisant à 120° dans l'huile.

Dans l'ateher d'expédition, on me montre un grand nombre de caisses prêtes à partir. La plupart sont à destination de la Turquie, où se fabriquent des bouts de chibouque et des colliers. D'autres colis sont adressés à Vienne, où se vend la plus grande partie des fume-cigarettes et des fume-cigares. En Allemagne on en fait peu.

J'ai terminé ma visite par le Musée de l'ambre, qui se trouve dans le même corps de bâtiment que l'usine. C'est une simple salle avec un large pilier au centre dont les parois sont recouvertes d'une marqueterie d'ambre pressé, ou ambroïde, de toutes les nuances, et qui fut envoyé à l'Exposition de Saint-Louis. Autour de ce pilier sont posées toutes sortes d'échantillons de l'industrie : colliers composés de perles grosses comme des raisins de Californie et que l'on vend à Zanzibar, à Sierra-Leone, en Arabie, en Egypte, en

Tripolitaine, en Perse, au Japon, en Corée, en Chine, au Maroc, pour orner le cou des sultanes, des maharajahs et des mandarins ; amulettes, boucles d'oreilles, chapelets, et de ces tours de cou d'enfants exposés aux devantures des pharmacies et qui préservent, dit-on, des convulsions. Dans des vitrines placées le long des murs se voient des échantillons des plus gros blocs trouvés sur la côte. Ils pèsent 6 kilos. On a découvert des larmes d'ambre ayant conservé la forme qu'elles devaient avoir en tombant, et qui sont grosses comme des œufs ; leur surface a pris l'empreinte des feuilles sur lesquelles elles tombèrent. Il y a aussi des boîtes, des tabatières, des manches de couteau, des presse-papiers, des volumes reliés en ambre, une pendule, et toutes sortes de petits objets d'étagère dont beaucoup datent du xviii^ siècle.

Toutes les nuances et toutes les qualités du succin sont ici représentées. J'ai demandé quel est le plus rare : c'est l'ambre blond pâle, aussi le plus cher; il va en France et en Orient. L'ambre vert comme de l'absinthe va en Chine et en Corée ; la Russie réclame celui qui est veiné comme de l'agate ; l'ambre très jaune se vend en Amérique.

On a conservé des fragments qui ren-

ferment les échantillons les plus curieux de la vie animale et végétale de la période tertiaire. Figés dans la résine transparente et dorée, je vois des sauterelles, des scarabées, des moucherons minuscules, des cafards, des cloportes, des araignées, des acarides, des myriapodes, des résidus végétaux : feuilles, bouts de branche, etc., qui vivaient et respiraient il y a des millions d'années. On a même recueilli près de l'ambre un grand morceau de bois que les savants prétendent être le pin succinifère, et des pommes de pin très bien conservées. Un miracle inexplicable a enfermé dans un gros bloc de résine tout un vol d'éphémères : les ailes étendues, groupés en colonne ascendante comme on les aperçoit vers la fin des jours très chauds de l'été dans un rayon de soleil, vous jureriez qu'ils volent encore. L'esprit cherche à évoquer devant eux le jour lointain où l'énorme larme résineuse brusquement tombée du conifère malade emprisonna leur vol, qui ne devait durer qu'un jour, et le fixa pour une éternité ! C'était au temps où les grands pachydermes hantaient les forêts de palmiers, de lauriers et de canneliers qui prospéraient sur les côtes boréales. Ils n'ont pas vu l'homme — encore à naître...

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