LE CARACTÈRE ET LES MŒURS DES BAVAROIS
Le flegme bavarois. — Les pompiers vont trop vite. — Bavarois de la plaine et Bavarois des montagnes. —
Les femmes. — Dédain de la toilette. — Un discours en un mot. — Politesse et culture. — Sensualisme. —
Humour. — Pas d'hospitalité. — Mœurs démocratiques. — Sentiment de la liberté. — Comparaison avec
la raideur et le hiérarchisme prussien. — Le savant et sa bonne amie. — Le carnaval à Munich.
N raconte qu'à Munich, un jour, la police voulut dresser procès-verbal pour excès de vitesse contre les pompiers qui couraient au feu- Cette anecdote éclaire l'impression première si calmante, si reposante, que reçoit l'étranger en arrivant en Bavière, de la lenteur, du flegme insensible des habitants. On devrait la graver sur les murs de la gare.
Par la suite, cette impression peut se transformer en impatience et même en colère, aux heures où l'immobilité bavaroise se trouve en conflit avec votre besoin d'activité, ou qu'elle entrave la hberté de vos mouvements. Mais la crise passée, l'histoire de la police et des pompiers vous revient à l'esprit avec sa philosophie paresseuse, et vous vous expliquez que tant d'Américains quittent chaque année
New- York et Chicago pour venir baigner leurs nerfs dans la lénifiante torpeur du pays de la bière.
Pour bien saisir le caractère de ce pays, il n'est pas mauvais d'arriver à Munich directement de Berlin. Le contraste vous saisit vivement. La Bavière m'est apparue comme un pays de transition entre la Prusse et l'Autriche. J'y ai trouvé une tendance à imiter les Autrichiens, leurs mœurs faciles, leur nonchalance et leurs goûts d'art qui sentent déjà le voisinage de l'Italie. On y est bien moins discipliné qu'à Berlin, et cependant moins frivole qu'à Vienne.
La Bavière est le pays des gros ventres et des vastes poitrines ; au-dessus de ce relief s'épanouissent de larges têtes barbues aux fortes moustaches. Le type du reître, au poil touffu, hirsute, désordonné, à la mine rubiconde, à l'expression réjouie, est assez celui des Bavarois. Ils marchent à pas comptés, s'arrêtent longuement pour
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causer, ne font guère de gestes, fument la pipe, à peu près délaissée en Prusse, et passent presque tout leur temps dans les brasseries. Comme j'y entrais moi-même assez souvent par curiosité à différentes heures de la journée, et que toujours je les trouvais remplies de buveurs, je me demandais : « A quelle heure travaillentils donc?» Ils travaillent entre temps.
Mais leur occupation principale, c'est, évidemment, de boire, de manger des saucisses et de fumer.
Les Bavarois des montagnes sont grands, forts, gais, habiles à tous les arts ; ils sculptent le bois, chantent, en s'accompagnant d'instruments de musique populaires, dansent, jouent la comédie, se déguisent, racontent des farces. Ceux-ci sont les habitants des pays d'élevage, aux altitudes tempérées, aux terres fertiles, qui regardent leurs bœufs s'engraisser et dorment. En semaine, ils boivent peu ; mais le dimanche, régulièrement, ils se grisent. Les paysans des plaines cultivant la terre passent, à côté des montagnards, pour des dégénérés ; leur race est devenue, en effet, plus petite, moins vivace. Dans les districts de montagne, on ne rencontre pas ou guère de mendiants, et il y a très peu de pauvres à la charge des communes.
On croise dans les rues des groupes de montagnards en courtes vestes grises et en culottes qui laissent les genoux nus, dégageant les mollets énormes ; ils sont coiffés de petits feutres mous vert-mousse, ornés à l'arrière d'une touffe de poils de chamois ou d'une plume tournée en point d'interrogation et ont sur le dos une besace de toile verte retenue par des courroies comme les gibernes des militaires ; les petits garçons portent aussi le costume tyrolien et des bonnets de feutre vertpomme à cordelière et glands de laine
surmontés d'une longue plume de faisan qui bat l'air à chacun de leurs pas ; et les fillettes sont vêtues d'indienne rouge à fleurs jaunes, coiffées des mêmes bonnets de feutre ou de petits chapeaux cloches de paille jaune à cordelière multicolore.
Il faut venir en Bavière pour savoir jusqu'à quel point l'Allemande pousse le dédain de la toilette. Les femmes, alourdies par la bière, — car elles fréquentent la brasserie autant que les hommes, — ont à trente ans la rotondité imposante des juives de Fez, et l'on ne devine aucune recherche pour cacher, par d'ingénieux artifices, ce bombage outré des formes.
Les gens du peuple sont de gras lazzaroni qui boivent de la bière. Ils ont horreur de tout travail, de tout mouvement rapide, de tout effort. Si vous êtes pressé, que votre vie dépende de leur agilité, il est sûr que vous mourrez. Je voudrais rendre le sourire de froide indifférence, de mépris pitoyable des cochers de Munich en recevant vos ordres de se dépêcher ou vos supplications ! Le flegme bavarois ne connaît pas de rival. J'ai mille fois pesté contre la lenteur du service domestique en Prusse, des employés publics, des cochers et des chevaux, même des automobiles. Je ne connaissais pas la Bavière ! Les moujiks russes sont de petits étourdis à côté de ces bœufs assoupis, et les Prussiens, de trépidants écervelés. Quand les cochers doivent tourner à l'angle d'une rue, ou qu'ils voient arriver de très loin une autre voiture, ou apparaître la possibilité d'un obstacle, si mince soit-il, vite, ils serrent leur frein. Les cyclistes descendent de leur machine dix fois pour une. Est-ce de la prudence? Est-ce plutôt le désir de ne pas arriver trop vite?
L'esprit est aussi lent que le corps à se mettre en mouvement. Il y a quelques
années, un professeur de Berlin vint à Munich faire une conférence sur les effets déplorables, au point de vue hygiénique, du sport de la bicyclette exagéré. Il développa longuement son thème et, pour finir, s'adressant au professeur X..., de Munich, hygiéniste et physiologiste célèbre, le pria d'exprimer son opinion sur ce sujet. Le professeur bavarois demeura silencieux durant deux ou trois minutes, assis dans son fauteuil ; l'auditoire savant attendait avec curiosité l'avis qu'il allait formuler, personne ne bougeait, tous les regards se dirigeaient vers lui. Enfin il se leva lentement, et dit, avec un large geste d'approbation : « la. »
Puis il se rassit. Son discours était fini.
En fait, à culture et à intelligence égales, le Bavarois est beaucoup moins apte que le Prussien au jeu des idées et des théories. On trouve naturellement des exceptions, mais on se rend compte quand même de la lenteur du travail des cervelles.
L'amusant de cette psychologie, c'est que le Bavarois la fait lui-même. Il admet fort bientousces défauts, et il faut entendre comme il parle, par opposition, des qualités des Prussiens, en général, et du Berlinois, en particulier. Certes, si, pour celui-ci, le Bavarois est le Grohe Bayer (Bavarois grossier), l'autre lui répond par : Sau Preuss (porc prussien). Nonobstant, il i^econnaît la supériorité intellectuelle du Prussien sur lui :
« Les Prussiens sont plus intelligents que nous, c'est vrai, mais nous sommes plus artistes qu'eux. »
On entend souvent ici, en effet, dire : Das ist ein gehildeter Mann! (C'est un homme instruit), avec la nuance de respect qu'on a dans les villages français quand on parle de l'instituteur.
LE CARACTÈRE Le Bavarois a de l'hu- BAVAROIS mour, et de l'excellent.
Il ne juge pas les choses d'un point de vue aussi grave et sérieux que le Prussien : nous sommes au pays du Simplicissimiis, le plus célèbre journal illustré satirique d'Allemagne, dont j'aurai l'occasion de parler.
Il a de la fantaisie, ce qui fait que le protestantisme est en minorité. Le catholicisme, avec ses fêtes innombrables, son décor, lui plaît davantage.
Enfin, il aime à outrance le plaisir, il raffole des fêtes, et la religion flatte copieusement ce goût. En juin, on chôme huit jours, y compris les dimanches, grâce aux saints Pierre, Paul, Jean et Bonno, patron de Munich. Les fêtes religieuses ne lui suffisant pas, il en invente d'autres, des anniversaires politiques, royaux, princiers, des commémorations, des inaugurations, etc., etc. L'Exposition ouvre, — fête. Un orchestre militaire viennois arrive, — fête !
Lourd et amoureux de plaisir, le Bavarois est aussi paresseux. Impossible, m'assure-t-on, de le faire travailler d'une façon sérieuse et suivie. Un Munichois me dit, à ce propos :
« Demandez à un ouvrier un travail utile, un arrangement urgent dans votre appartement, il refuse souvent le travail ou le fait traîner indéfiniment. Mais si un groupe d'artistes vient le trouver et le charge d'exécuter rapidement une besogne pour une réjouissance quelconque, une fête, une farce surtout, alors notre homme comprend tout de suite, son esprit devient même inventif, il exécute la chose demandée avec promptitude et sans les exigences de prix qu'il a pour des clients ordinaires. »
Je m'étonnai de ce jugement un peu
trop absolu. Tout de même, on travaille en Bavière !
« Ceux qui travaillent vraiment, les hommes d'initiative, ne sont pas des Bavarois, me répondit-on. Sauf exception, les grands industriels, les hommes d'affaires en prospérité, viennent du Palatinat, ou de la Prusse rhénane. Maffei, le grand métallurgiste, fabricant de locomotives, est d'origine italienne. »
On accorde en général au Bavarois une certaine bonhomie qui contraste avec la rudesse des gens du Nord. J'en fus frappé dés mon arrivée à Munich. A mon grand étonnement, le premier cocher que je hélai me salua courtoisement ; à la première porte où je sonnai, la bonne qui vint m'ouvrir eut un sourire gracieux de bienvenue, et les formules qu'elle employa pour me répondre me surprirent par leur politesse. Quand il n'a pu s'habituer à la mine renfrognée et au ton brutal des Prussiens et des Prussiennes, un tel accueil enchante le voyageur sensible. Et je fis aussitôt la réflexion qu'en Bavière, ou tout au moins à Munich, les domestiques étaient plus polis que les fonctionnaires de la Prusse du Nord. Cette impression ne se démentit pas durant tout mon séjour dans la capitale du Sud.
J'en eus une autre qui m'étonna autant que la première. Je m'étais figuré, sur la foi de voyageurs, que la Bavière est le pays de l'hospitalité simple. Et, non seulement ma propre expérience m'enseigna le contraire, mais je pus vérifier, près des étrangers fixés à Munich, près des Allemands des autres États que j'y rencontrai et près des Munichois euxmêmes, que le Bavarois n'est pas du tout hospitalier, que s'il est gros et lourd, fort mangeur et fort buveur, s'il a l'abord facile et cordial, sa bonhomie s'arrête à
ces signes extérieurs. J'ai noté ce dicton : « Le Bavarois ne donne rien, il avale tout lui-même. »
« Non, le vieux Munichois n'est pas hospitalier ( 1 ), me dit un autochtone. Il ne l'est pas plus pour ses amis que pour les étrangers. Chacun vit pour soi, et tout le monde vit hors de chez soi, c'est-à-dire à la brasserie. On n'a pas l'habitude de recevoir ses amis.
« C'est peut-être notre indolence qui se refuse à se mettre en peine. Car si, par hasard, nous recevons, la maison est sens dessus dessous, la femme qui vous ouvre la porte a le sang à la tête et les cheveux en désordre ; vous percevez des bruits de verres cassés à la cuisine et mille signes d'un grand désarroi. Or, le Bavarois aime sa tranquillité, l'homme n'a pas le goût de s'habiller, la femme se refuse à se donner du mal inutilement... Mais d'où cela vient-il? D'une très ancienne pauvreté, peut-être? Pas même, puisque le Bavarois qui a 2 thalers en dépense 3.
— Pour lui ! fis- je. D'ailleurs, les Prussiens, qui furent pauvres aussi, dès qu'ils le peuvent, ouvrent généreusement leurs maisons à leurs amis et aux étrangers.
— Alors, conclut-il, il faut décidément mettre cela sur le compte de notre indolence. »
En dépit de cette lourdeur et de cette indolence, les Bavarois sont extrêmement batailleurs et violents. Chaque dimanche, dans les faubourgs de villes, dans les villages, il se produit des bagarres où le sang coule. Tout le monde ici a dans la poche de derrière du pantalon un couteau ouvert, enfermé dans une gaine de cuir orné, qu'on appelle knicker. Quand les
(1) Dans le Palatinat bavarois, les mœurs sont très différentes. On aime à recevoir et on reçoit largement.
hommes sont excités, ce couteau, qu'on n'a même pas besoin d'ouvrir, sort et fonctionne. Ces mœurs sont surtout répandues dans la Basse- Bavière.
En Allemagne, les Bavarois sont connus, d'ailleurs, pour leur violence. On dit qu'ils sont lents à se décider, mais qu'une fois déchaînés ils ne connaissent plus rien. En 1870,, de Moltke, qui les connaissait, eut soin de les mettre en avant.
Si le Bavarois est lourd et mou, il a la réputation d'une grande franchise, d'une indiscutable loyauté.
COMPARAISON AVEC Je rencontre un LE PRUSSIEN jeune docteur qui a fait la plus grande partie de ses études à Berlin, et qui tente de m'expliquer quelques différences de caractère entre Prussiens de l'Est et du Nord et les Allemands du Sud : « J'ai été surtout choqué à Berlin, me dit-il, de la raideur pédantesque qui règne dans les relations scientifiques ellesmêmes, où l'on a le droit de s'attendre à un peu plus de largeur de vues. La hiérarchie y est aussi étroitement respectée qu'à la caserne... En Bavière comme en France, le chef de clinique d'un maître, si illustre soit-il, est traité par lui avec une bienveillante familiarité; les internes peuvent ouvrir la bouche devant le chef de service et sont écoutés avec politesse. A Berhn, les internes — tous docteurs, remarquez-le — doivent parler au professeur à la troisième personne, comme les domestiques ! Et si, par hasard, ils s'oublient, on leur fait sentir par des regards blessés leur incorrection. Qu'un interne ne s'avise pas de donner son avis sur un malade, une opération, un diagnostic, s'il n'est pas de l'avis du professeur ! Il est foudroyé à l'instant par quelque réponse brève ou un silence plus insultant encore. »
Ce servilisme va même plus loin. Il ne s'arrête pas au seuil de l'hôpital, il vous poursuit jusque dans les rapports mondains. Un professeur donne un dîner, il invite une dizaine de ses collègues, et, par la même occasion, ses assistants, des garçons de vingt-huit ou vingt-neuf ans, pourvus de tous leurs grades, à la veille de quitter leur maître. Après le dîner, au salon, les invités professeurs sont assis sur des chaises ou dans des fauteuils, et les assistants doivent se contenter de tabourets. Ils demeurent là, à l'écart, derrière le dos des professeurs, pendant deux heures. Personne ne leur adresse la parole, ni le maître, ni la maîtresse de la maison, ni les invités... Que de telles mœurs puissent avoir lieu, cela prouve quatre choses : la haute idée que les pédants prussiens ont d'eux-mêmes, le mépris qu'ils ont pour les autres, leur manque de savoir-vivre, et le piètre sentiment de dignité de ceux qui les subissent.
Ces manières ne seraient pas admises en Bavière, ni dans aucun des États du Sud, dont les mœurs sont plus démocratiques. A Munich, par exemple, les enfants des riches vont à la même école communale que les enfants des pauvres, pendant quatre ans. Il n'existe pas, en effet, dans les collèges et lycées, de classes pour enfants âgés de moins de dix ans. On trouve bien, aux alentours de la ville, quelques écoles privées payantes, mais le nombre en va diminuant, et la municipalité n'en autorise pas de nouvelles. On veut ainsi rapprocher les classes sociales au lieu de les séparer.
Depuis le régent de Bavière, qui, tous les jours, invite à sa table frugale quelques artistes de Munich, depuis le prince Ruprecht qui va faire sa partie de cartes au cercle Allotria, avec des peintres, des sculpteurs, ses amis, jusqu'aux bourg-
Phot. Wurtlile s SoIjd, S.'ilzburs. |
MUNICH. — Les Propylées. — A cliaque carrefour, on rencontre ces arcliileclures Iransplantéeis : obélisque.*, temples grecs, arcs de triomphe, palais florentins, basiliques byzantines, églises baroques el chapelles lococo.
HliOt. Wurlhle »; Sohn, Salzburg.
MUNICH. — La Vieille Pinacothèque. — Les Municliois tiruul gloire surtout de leur vieille Pinacothèque, où toutes les Kcoles de peinture sont représentées, à part l'Ecole française qui n'y a pas grand chose digne d'elle.
Pl.ANCHIÎ 28q.
MUNICH. - Les Funérailles du Prince Régent Luitpold. - Le cortège élail ouvert par des religieux et der-ri^àre eux le
cagoule comme au moyen-âge. elrportant sur la poitrine deux cierges entrecroises et les ai moines du Prince régeni
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Planches 290-291
l^bol. Wiirllile «i Soliu, Salzbure.
MUNICH. — Le Palais de Justice présente celte particularité que son arcliitecte, F. von Tliiersch, adopta le style baroque pour la partie orientale et le style gothique pour le reste.
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MUNICH. — La Maison des Artistes, bâiie sur les plans de Seidi, meublée el décorée .selon les idées du grand peintre Franz von Lenbach, réalise une jolie conception d'arliste.
Planche 292.
mestres qui vont prendre leur litre de bière à la Hofhràuhaus, à côté des ouvriers, cochers, balayeurs des rues, chacun est fier, ici, de sa simplicité.
Je crois donc que ce qu'on appelle la bonhomie bavaroise signifie la simplicité des mœurs demeurée, en effet, antique, la familiarité du peuple, l'incessant coudoiement de presque toutes les classes de la société. En Prusse, à Berlin, un conducteur de tramway voit, en traversant le Tiergarten, un arbre magnifique que l'on coupait, et il croit pouvoir dire à un voyageur debout à côté de lui sur la plate-forme :
« C'est dommage que l'on coupe cet arbre. »
L'autre le regarde et dit froidement :
« Je ne désire pas tenir conversation avec vous. »
« Ici, me disait le savoureux écrivain bavarois Ludwig Thoma, c'est tout le contraire. Un ancien soldat se trouve en tramway avec un général en uniforme. Il lui sourit et entame la conversation :
« — Vous êtes officier...
« — Oui, dit le général.
« — Et dans quelle arme servez-vous?
« — Je suis général d'artillerie.
«—Ah! Et où?
« — Ici.
« — Ah ! moi j'ai servi dans l'infanterie.
« — Ah! dans quel régiment?...»
Etc., etc..
Ou bien un conducteur de tramway aidant à descendre, devant l'Université, un professeur renommé dans les sciences historiques, lui dit, en souriant :
« Nichtzu fleissig, Herr Professer^ nichtzu fleissig. (Ce qui équivaut : « Ne travaillez pas trop, monsieur le professeur ! » ou bien à : « Pas trop de zèle ! »
Ce démocratisme s'accompagne naturellement de liberté. Les mœurs bavaroises sont même très lâches. Tous les étudiants ont leur petite amie, et, pourvu que leur vie ne soit pas scandaleuse, personne n'y trouve à redire. En France, cette tolérance nous parait toute naturelle. A Berlin, il faut dissimuler avec grand soin ses relations féminines, si on en a, surtout n'en jamais parler. Il y a quelque temps, un jeune docteur bavarois, de trente et un ans, dont je pourrais dire le nom, spécialiste très distingué des maladies infantiles, posait sa candidature à la direction d'un hôpital d'enfants à Charlottenburg. On fit une enquête sur lui à Munich; les attestations scientifiques étaient excellentes, il se trouvait tout à fait qualifié pour obtenir le poste. Il lui fut refusé cependant. Une note policière tomba sous les yeux de l'Impératrice — qui patronne l'œuvre — et celle-ci s'opposa, dit-on, à sa nomination pour cause d'immoralité. Le jeune savant avait un Verhàltniss ! Une liaison !
Cette liberté de mœurs devient, au moment du carnaval, une folle licence, dont, pour plusieurs raisons, je me garderai de médire, mais que je dois souligner.
Depuis le 6 janvier jusqu'au mercredi des cendres, la Bavière entière paraît en folie. C'est une ivresse, un délire continuels impossibles à décrire en détail. A Munich, il y a des bals masqués presque tous les jours; les mercredis et samedis on danse jusqu'à trois heures du matin, puis, le bal fini, les couples et les groupes vont dans les brasseries manger des saucisses blanches jusqu'à quatre et cinq heures, puis on danse encore. Les ouvrières, les demoiselles de magasins pâlissent; les étudiants n'ouvrent plus leurs livres, ne mettent
plus les pieds à TUniversité; ils dépensent tout ce qu'ils ont et tout ce qu'ils n'ont pas. Les bonnes exigent de leurs maîtres le droit de sortir à huit heures du soir pour ne rentrer qu'à sept heures du matin, et il est tout à fait impossible de leur refuser, on n'y songe même pas. Elles se font faire des costumes à paillettes, corsages décolletés et jupes courtes avec lesquels elles descendent à la cuisine et qu'elles viennent faire admirer à toute la maison. Elles disent à leur patron d'un air ravi :
« N'est-ce pas qu'il me va bien? »
Et celui-ci s'extasie.
Il faut voir les tramways ces soirs-là, bondés jusqu'aux marches par la foule fiévreuse des filles masquées qui vont au plaisir. Tous les établissements publics restent ouverts jusqu'au jour. On danse dans les théâtres, dans des salles spéciales, dans les brasseries.
Il y a beaucoup de domestiques qui, ayant économisé pendant plusieurs mois leurs gages, quittent leurs places un mois avant le carnaval pour être plus libres et ne pas manquer un bal.
Pour payer les frais de cette ivresse, les gens du peuple mettent au mont-de-piété leurs doubles rideaux, leurs couvre-lits. La femme porte le matelas, de son côté le mari porte l'édredon, et tous deux se rencontrent au bal et dansent ensemble la valse de l'édredon et du matelas ! La
veille des bals, on fait la queue au montde-piété. Il arrive un moment où il est si rempli qu'on ne veut plus recevoir ces gages encombrants et qu'on les refuse.
Le peuple n'est pas seul en proie à cette frénésie du carnaval, toute la ville la partage. Les jeunes filles de la bourgeoisie vont au bal masqué, dans des salles plus choisies. Et il n'y a pas à dire qu'on y débite des fadaises et des galanteries insignifiantes comme on fait en Prusse, à Berlin, par exemple. Ici les propos les plus hardis, les gestes les moins équivoques sont de mise. Le grand plaisir de ces danses, c'est le quadrille français, mélangé de chahut, qu'on appelle ici : der Frasseh (déformation du mot : Français) et qui finit par un tourbillon monstre et désordonné où les hommes font tourner les femmes comme des toupies folles, puis les lèvent en l'air, au bout de leurs bras, le plus haut possible, au milieu des cris, des hurlements et des rires.
Au mois d'octobre et de novembre suivants la population bavaroise augmente dans des proportions à faire rêver l'honorable M. Piot.
Le nombre des naissances illégitimes à Munich est de 33 p. 100.
A Paris, capitale mondiale du dévergondage — dit-on ! — la proportion n'est que de 24 p. 100.
Soyons modestes I
MUNICH
La ville. — Son attrait. — Analyse. — Le style des monuments. • — Leur diversité. — L'obsession des Bismarck et des de Molike disparaît. — Les rues. — Peu de fleurs. — Le bonheur d^un peuple. — Landouille et la saucisse, — Les hôtels. — Les concerts. — Les représentations wagnériennes à quatre heures après midi.
— La musique pacifiante. — L'assaut des buffets.
MUNICH, me disait une Berlinoise, j'ai l'impression que je suis en pays étranger. »
Et elle ajoutait :
« C'est une ville où l'on se promet de revenir et où l'on revient, sans désillusion. »
C'était dire, sans le définir, le contraste de la capitale bavaroise avec les villes prussiennes, et aussi l'attrait indiscutable qu'elle exerce sur l'étranger. Je l'ai subi comme tout le monde 1 et je sens que je reviendrai à Munich avec plaisir à la première occasion. D'où vient cette séduction?
Si nous essayons de l'analyser, nous découvrons, après la première impression de lenteur et de nonchalance dont j'ai déjà parlé, que notre sensibilité y est plus à l'abri qu'en Prusse, l'autorité moins rigoureuse et moins brutale, que plus de politesse accueille l'étranger. Puis nous nous rendons compte que ces moeurs bienveillantes cadrent bien avec la re-
cherche d'art partout visible, avec la multitude des monuments, des musées, des palais, l'abondance des récréations musicales, la ressource des promenades dans les jardins et les parcs, l'infinie variété des excursions dans les environs splendides, montagnes, lacs, sites royaux, châteaux historiques, hélas affreux!
Il faut bien que ce soit cela qui attire chaque année cette foule de touristes de tous pays, qui donnent en plein été à la capitale bavaroise l'aspect d'une ville d'eaux somptueuse.
Notre banalité en éveil commence par s'insurger contre cette transplantation d'architectures inadaptées que l'on rencontre à chaque carrefour et rond-point : obélisques, temples grecs, arcs de triomphe, propylées, hôtel de ville gothique, palais florentins, basiliques byzantines, églises baroques et chapelles rococo. On songe aux marbres du Parthénon patines par le soleil, en voyant ces glyptothèques et ces pinacothèques qui semblent, les jours de pluie, lavées de suie; on se dit qu'à Florence le palais Pitti est autrement mis en
valeur que sur la Maximilianplatz, qu'ici il apparaît ennuyeux et banal, on regrette qu'à la place du nouvel hôtel de ville, d'un gothique pourtant copieux mais un peu fouillis, Munich n'ait pas trouvé une formule plus moderne. Cependant, l'œil s'accoutume vite à cette diversité, le sens critique s'émousse, on oublie que Munich est une ville trop à «l'instar». Par opposition avec l'ultramodernisme de cités comme Berlin, l'oeil se réjouit de ce que les rues, les avenues, les ronds-points et les places soient ici parfaitement distribués pour la belle ordonnance et la variété d'aspect de la ville. Et puisque, les jours de soleil, ces temples grecs redevenus tout blancs sur ces places bien dessinées, profilent l'harmonie de leurs lignes et leurs belles proportions sur le ciel bleu, pourquoi, si ces monuments sont copiés exactement dans leurs dimensions, dans leur forme originale, ne pas se laisser aller à les admirer comme on les admire en Attique? Il me semble que c'est se montrer bien difficile et bouder contre son plaisir.
Cette concession une fois faite, on goûte mieux le charme du Munich moderne que le goût hellénisant de Louis I^^" fit bâtir à côté de l'ancienne ville. De larges voies rectilignes comme la Maximilianstrasse, la Ludwigstrasse, longues de plus d'un kilomètre, bordées de monuments à façade plates avec larges ouvertures en plein cintre qui sont les Ministères, la Bibliothèque, l'Université, paraissent d'abord froides et d'une ennuyeuse sévérité. Elles plaisent ensuite par la justesse des proportions et la sobriété des lignes, une beauté se découvre dans cette régularité et cette rectitude qui reposent du tourment gothique et de la complication fatigante et puérile du baroque
On se fait à l'Arc de triomphe un peu
pesant et à la Feldherrnhaïle (galerie des généraux) trop resserrée entre deux voies étroites, et l'on finit par apprécier pour eux-mêmes, sans dénigrante comparaison avec leurs modèles athéniens, les propylées qui bornent la Briennerstrasse et les deux temples grecs, la Glyptothèque et la « Sécession ». A côté de la ville de Louis I^r, celle de Maximilien IL
Munich n'est point faite seulement de pastiches. Ici est né ce renouveau architectural qui puise son inspiration dans les traditions de l'art allemand et surtout de l'art national bavarois. Il était de mode, jadis, de se faire construire des villas florentines et pompéiennes. On retourne volontiers aujourd'hui au style rustique et campagnard, qui crée, dans les quartiers de résidence, des habitations riantes avec des toits de tuiles rouges, des fleurs et des verdures qui grimpent aux façades, et des jardins en bordure de rue.
L'obsession des statues de Bismarck, de Moltke, du Kaiser Wilhelm vous quitte, remplacée, il est vrai, par celle des Ludwig et des Luitpold, plus sympathiques avec leurs exclusives préoccupations d'art, et d'allures moins orgueilleuses.
Les flots verts de l'Isar, ses rives bordées d'arbres font à la ville une jolie parure vivante, et des parcs immenses, comme le Jardin anglais, offrent, au centre, une solitude vraiment champêtre. Des pelouses à l'herbe haute et touffue répandent l'été par les allées une salubre odeur de foin ; un bras détourné du fleuve torrentueux coule entre des rangées de vieux arbres, tombe en cascade sur des rochers artificiels et s'épand plus loin en un lac où des barques se promènent.
Il y a beaucoup moins de fleurs ici qu'à Berhn, c'est dommage. On aimerait à
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retrouver dans ces longues rues rectilignes la perspective verdoyante des quartiers populaires ou aristocratiques berlinois. Pour s'excuser, les Munichois font remarquer que la campagne est à un quart d'heure de la ville et que, pour dix pfennigs, bourgeois et ouvriers s'y rendent en tramway.
« Nous n'éprouvons pas, disent-ils, comme les Berlinois, privés des beaux spectacles de la nature, le besoin d'y suppléer par une rangée de pots de fleurs alignés à nos fenêtres. »
Il réfléchit un instant, puis :
« Pourtant je vous concède que la physionomie de notre ville serait rehaussée par cette parure, et déjà, à l'exemple de Berlin, nous organisons avec succès des concours pour la décoration florale des maisons. »
Ce n'est pas seulement l'accoutumance qui vous fait accepter le goût discutable qui présida à cette transplantation de l'antiquité grecque en Bavière. Par contraste avec l'empressement tyrannique du Prussien qui vous contraint presque à tout admirer sans restriction, on sait gré au Munichois de faire lui-même la critique de sa ville ; son doute sympathique force l'étranger, par esprit de justice ou d'opposition, à se déclarer satisfait, et à l'être finalement.
D'ailleurs, l'aspect seul de la ville ne suffirait point à créer cet état d'esprit. Il faut en respirer l'atmosphère pour sentir tout ce qu'elle a de sympathique. Certains lieux et certains climats ont le pouvoir de créer en vous cet état d'optimisme où la vie apparaît libre de tout souci, réduite aux frugales exigences du sage et belle parce que simple.
Au soleil d'Egypte il me semblait que
j'eusse vite fait de me contenter, comme les fellahs, de pain de dourah et d'oignons frais et de remplacer tous les plaisirs compliqués par de libres chevauchées dans le désert. Ici, je me rendis compte qu'un mass^ une saucisse et une pipe pouvaient faire le bonheur d'un homme. Il me suffisait, pour établir ma conviction, de voir la mine béate des buveurs de bière de la Hofbrâuhaus et la simplicité de tous les gens attablés dans les jardins des brasseries. Munich, à cause sans doute de sa lenteur, a conservé à peu près intacte, dans les milieux populaires du moins, la rusticité des mœurs campagnardes. Elle s'est bien gardée de suivre le mouvement accéléré de la vie moderne. Le rythme de son activité n'est pas le même que celui de Berlin, de Hambourg, ni même du Dresde des faubourgs. Point d'industrie, point d'afïaires, ni cheminées d'usines, ni Bourse de Commerce. Les femmes prennent le temps de s'arrêter aux boutiques, en faisant leur marché, pour déguster avant de dîner quelques saucisses blanches ; les hommes musent aux étalages des marchands de victuailles, les yeux concupiscents, se montrant du doigt les beaux poissons fumés, les pâtés, et les andouilles truculentes ; les gérants de restaurants font leur partie de cartes avec les clients pendant les heures de repas, et les commerçants, moins âpres qu'en Prusse, vous conseillent d'aller chez le voisin s'ils ont trop à se déranger pour vendre. On se croirait, sous ce rapport, dans la province méridionale française.
Le dimanche, la morne tristesse des dimanches provinciaux pèse sur vous. On entend des tintements de cloches et la sonnerie des heures qui se répondent d'une église à l'autre. Dans les rues silencieuses et presque désertes, l'œil n'est distrait que
par^^quelques groupes de montagnards en veste grise, culotte courte et feutre tyrolien. Quelques automobiles emplies de femmes aux voiles flottants et de touristes à lunettes traversent comme une flèche la Maximilianstrasse rectiligne. Des étrangers de passage s'amusent aux devantures des boutiques à regarder de vraies et de fausses antiquités, de mauvaises copies de grands maîtres, et aux vitrines des libraires des photographies et cartes postales où plastronnent les héros des Nibelungen, les dieux de la Walhalla et du Hof-Theater. Tous les Munichois amoureux de la campagne sont, à cette heure, sur les lacs, dans la montagne et la forêt, les étrangers dans les pinacothèques et les musées.
En semaine, la rue n'est guère plus animée. Sauf la Kaufmgerstrasse, la Bayerstrasse, la Sonnenstrasse, la Mûllerstrasse, toutes les autres sont désertes à dix heures. Tandis que Berlin s'illumine, rit et danse, Munich boit dans l'épaisse fumée des brasseries, ou dort.
A côté de cette population, qui a gardé la lourdeur de mœurs paysannes, vit dans les hôtels, pendant la saison, tout un monde cosmopolite qui crée une atmosphère d'élégance et de luxe. Munich s'est organisée pour le bien recevoir, lui procurer de belles émotions d'art, lui faciliter les excursions dans les sites merveilleux des montagnes environnantes. Elle créa des hôtels confortables; ses Kapellmeister organisèrent des concerts et des représentations théâtrales, attirèrent dans la capitale bavaroise de riches étrangères, désireuses d'y faire leur éducation musicale. On veut entendre le Kapellmeister Mottl, on veut pouvoir se dire son élève si on a pu l'entretenir quelques minutes, et parler de l'entrain, de la finesse, de la
chaleur de son merveilleux tempérament.
Les artistes et les professeurs attirent une jeunesse studieuse ou dilettante qui se presse aux cours de l'Académie des beauxarts, d'où l'on voit sortir des femmes botticellesques à bandeaux plats, robesréforme droites, dissimulant les hanches et la taille, et coiffées de larges chapeaux. Mais il y a aussi des étrangers de passage, ceux qui pendant un mois viennent faire dans la capitale artistique de l'Allemagne une cure d'esthéticisme. Ils remplissent les salles du Residenz-Theater et du Prinzregenten-Theater aux représentations de Mozart et de Wagner, et passent les heures que leur laisse le spectacle à visiter les collections d'art dont Munich fut dotée par le goût et la générosité persévérante de ses rois.
Cette année, les théâtres royaux ont donné une série de représentations de Mozart et le cycle wagnérien.
Les jours de représentations wagnériennes, le quartier des hôtels offrait un spectacle d'une animation inaccoutumée.
Comme le rideau se lève à quatre heures et que, d'ordinaire, le déjeuner a lieu à une heure ou à deux heures, ces jours-là on ne s'attarde pas à table, et, dès trois heures et demie, c'est un défilé ininterrompu de fiacres, de landaus, de taxis, d'autos aristocratiques et d'omnibus d'hôtels où s'entassent, sous le soleil ardent, les dames en cheveux, en robes décolletées, — de tous styles, de toutes modes, et de tous âges, — les hommes en habit ou en smoking. Beaucoup d'Américains et de Russes, des Allemands, des Roumains, des Hongrois, un certain nombre de Français. Pendant que j'étais là, la grande-duchesse Vladimir, des princes allemands, celui de Schaumbourg-Lippe,
le grand-duc de Bade, la princesse de Saxe- Meiningen, sœur de l'empereur Guillaume, la figure complètement enduite d'une poudre de riz bleuâtre, et d'autres princes encore suivaient assidûment les représentations du cycle.
Pendant une demi-heure, on pouvait voir passer, dans la Maximilianstrasse, la procession des wagnériens. — C'était une hâte sans brutalité, une fièvre aimable qui faisait plaisir à voir. Je ne pouvais m'empêcher de comparer, par antithèse, l'expression des figures que je voyais là.
snobs mis à part, avec celle d'une foule américaine qui se rue à une partie de football ou à un championnat de boxe.
« Gomme la vie serait facile et charmante, me disais-je, si les êtres pouvaient se maintenir toujours dans cet équilibre souriant, dans cette émotion désintéressée, qui créent autour d'eux de la bienveillance et de la sympathie... »
Mais, deux heures après, à l'entr'acte, voilà qu'on se ruait vers le buffet, à l'assaut des viandes et du Champagne Monopole, avec une brutahté choquante.
MUNICH
(SUITE
La neille Pinacothèque. — Ses richesses. — Sa pauvreté en art français. — Un conservateur qui détruit. — Les visiteurs. — La nouvelle Pinacothèque, musée de deuxième ordre. — La galerie Schack, galerie de troisième ordre. — La Glyptothèque. — Le Musée national, collection précieuse. — Les « pieds de Musées » . — Le Rathaus et M. le Bourgmestre von Borscht. — Les contributions sont perçues à domicile. — Un déjeuner exquis. — La cave municipale et les vins français. — De quoi les Munichois sont fiers. — Les écoles. — Les bains populaires. — L'eau. — Le budget. — L'Hôtel de Ville. — L'autographe de l'Empereur.
ES Munichois tirent gloire surtout de leur vieille Pinacothèque, où toutes les Écoles de peinture sont si heureusement représentées, à part l'École française, qui n'a pas grand'chose digne d'elle. Son installation est parfaitement appropriée à la mise en valeur des chefs-d'œuvre. Cette vieille Pinacothèque est toute rayonnante d'annonciations, de nativités, de mains jointes et d'ailes d'anges, de nobles têtes patriciennes et de Bacchus, toute fleurie de robes et de tuniques aux couleurs vives et pures. Un charme vous enveloppe comme d'une onde tiède dès qu'on met le pied dans les salles des vieux maîtres souabes, rhénans, bavarois, flamands, italiens. Le doux chant des couleurs harmonieuses mêlées à l'or des cadres, la noble sérénité des draperies, la multiplité atten-
drissante de toutes ces inspirations, peutêtre l'inconsciente suggestion de ces grands noms : Holbein, Memmling, Cranach, Durer... Plus loin, Rembrandt, puis Breughel, puis Van Dyck, Rubens, puis Ghirlandajo, Botticelli, le Corrège, Raphaël, le Titien, Véronèse, Tiepolo, Vinci, dix autres, vous font frémir d'une émotion pacifiante.
On me dit que les artistes se plaignent amèrement, comme chez nous, du zèle sacrilège du conservateur qui brosse, lave, vernit les toiles du xv^ et du xvi^ siècle avec la même ardeur qu'une ménagère hollandaise frotte sa batterie de cuisine. Et, de fait, ils ont l'air peints et vernis d'hier ces panneaux et ces toiles qui datent de six cents ans !
Après s'être gorgé de chefs-d'œuvre, il faut regarder les visiteurs. Ce sont les mêmes partout : de vieilles Américaines, grosses dames à lunettes, ou maigres quakeresses, à binocle d'or où à face
MUNICH
La Nouvelle Pinacothèque parait èlre le refuge de;^ acquisitions d Ktat. Il s'y trouve cependaiil (lueiques. bonnes toiles des peintres de l'école munichoise.
Pliol. Wurllile i Soliii, Salzbui-
LE CHATEAU DE NYMPHENBURG est le Versailles des rois de Bavière, un Versailles très médiocre où pullulent les rocailles, les festons, les arabesques, les volutes, les cartouches, les attributs d'argent.
Planche 2y5.
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