‹ L'Allemagne moderneChapitre 25 sur 44 · CO · texte numérisé non relu

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Planche 296.

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Pliol. Kosior s Cl, Munich.

LE ROI LOUIS III DE BAVIÈRE, par son caractère sérieux et son cceur élpvé, s'est fait une popularité très grande qui n"a pas peu contribué à l'élever de la régence au trône.

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Planche 247

Phot. Filip Kr-sler, Berlin

LE HOUBLON EN BAVIÈRE. — En haut, la récolte du houblon. Au milieu, un moine mendiant du houblon pour le revendre aux brasseurs. En bas, les enfants parlant à la cueillette.

Planche 298

à main, au visage inexpressif, dont le regard est vide ; elles viennent en groupes, conduites par Tune d'elles qui s'est déclarée l'esthète et qui décide des numéros à admirer. Leurs yeux vont indifféremment d'une toile à l'autre ; mais tout à coup, sur l'avis de l'esthète, elles affectent pour quelques secondes un faux empressement, un air de compétence assuré et laissent de nouveau errer leurs yeux mornes.

Ou bien ce sont des couples allemands de passage. La femme en chapeau galette, courte taille, affaissée, binocle à chaîne, suivant pas à pas son homme, grave, les sourcils froncés, devant les toiles célèbres ; elle pose le dos de ses mains sur ses hanches, les doigts pendants, tandis que lui, les mains sur le ventre tenant son chapeau, a l'air absorbé en d'inscrutables pensées. Mais sa compagne, de temps en temps, lui indique à voix basse les tableaux qu'elle préfère. Après un moment, il les regarde sans rien répondre. Parfois, se voit un couple français, la femme parlant généralement haut, et paraissant beaucoup plus intéressée aux gens qui passent qu'aux toiles.

Je n'eus pas le même enthousiasme à visiter la Nouvelle Pinacothèque qui me parut être le refuge des acquisitions d'État. Il faut pourtant voir les portraits de Lenbach, quelques morceaux de Leibl, de Liebermann, de Defregger, de Keller, de von Stuck, de Habermann, de Benno Becker. J'en eus moins encore à regarder la collection qu'un comte Schack légua à l'empereur Guillaume II, ce qui suffit à la rendre célèbre. On y fait queue toute la journée, comme à la Pinacothèque.

Et pourtant... A part quelques copies des maîtres italiens de la Renaissance

faites par Lenbach dans sa jeunesse et quelques originaux du même peintre, cette galerie ne vaut pas la peine qu'on se dérange. On y voit un tableau de l'infâme Cornéhus, quelques médiocres Bœcklin, un affreux Piloty représentant Christophe Colomb regardant la terre américaine d'un air stupide, avec des reflets de lanterne sur sa face mélodramatique, et des Feuerbach pommadés et peignés comme des gravures de modes, des Schwind (qu'on a l'air de priser beaucoup ici), avec ses elfes, ses moines, ses rochers de carton, ses sirènes, imaginations bébêtes, allégories fades, Roméos et Fausts de boites à dragées. Gorgones et Loreley banales, et, autour de ces horreurs, des Américaines pâmées disant tout haut avec leur accent vulgaire leur infatigable et banale admiration. Vraiment il est incompréhensible que, dans une ville comme Munich, la capitale de l'art en Allemagne, à deux pas des plus nobles originaux des plus grandes époques de l'art, on affiche avec ostentation ces méprisables copies du Tintoret, de Véronèse, du Titien, du Corrège, du Giorgione, de Vinci, de Raphaël, de Michel-Ange, de Murillo, de Vélasquez, signées par M. Wolf, M. Schwarner, M. Kraus, M. Liphart et M. Cassioli ! N'est-ce pas prêter trop bénévolement le flanc aux détracteurs de Munich qui la représentent comme le refuge du faux hellénisme, du faux romain, du faux byzantin, du faux Moyen Age.

du faux gothique, de la fausse Renaissance et du faux modem style ! Ce fameux Musée Schack n'est, en somme, qu'un vieux grenier romantique où voisinent de médiocres peintres allemands parmi des déchets de bric-à-brac italien.

Il faut voir aussi la Glyptothèque et la reconstitution fameuse et controuvée

du fronton du temple d'Égine qui donna lieu à tant de critiques et de controverses. La restauration et la mise en place des statues découvertes en Grèce et rapportées à Munich avaient été confiées au sculpteur danois Thorwaldsen. On s'a perçut trop tard que la restauration n'était pas conforme à la réalité. Tels quels, cependant, les morceaux sont beaux et dignes qu'on s'y arrête.

L'une des collections les plus intéressantes de Munich est celle du Musée national bavarois. L'architecture extérieure du monument, de style Renaissance, n'est pas seule remarquable. Il y a encore la disposition intérieure, qui permet de suivre dans leurs évolutions toutes les phases de la civilisation bavaroise. Une science exacte, un goût méticuleux, un sens profond de l'harmonie présidèrent à l'arrangement de toutes les salles, dont l'architecture s'adapte meveilleusement aux objets exposés. Les boiseries, les plafonds, l'ameublement, les tapisseries et les étoffes ont été choisis de façon à faire corps avec eux, et à permettre une résurrection parfaite des époques ; et c'est vraiment l'atmosphère rêvée pour une exposition rétrospective.

Quand on a fait le tour de ces musées et de ces galeries, on ne peut s'empêcher de reconnaître, avec M.^^ von Stuck, que Munich est bien la ville des « pieds de musée ». Avoir des « pieds de musée » ! Je tiens l'expression de l'exquise femme du célèbre peintre munichois, qui précise sous cette forme originale la sensation de fatigue désagréable bien connue des voyageurs et qui n'a, en effet, aucun rapport avec la lassitude qui suit les promenades à grandes distances...

J'ai essayé de définir l'agrément de

l'accueil de . Munich à ses visiteurs ; le flegme des gens, leur bonhomie extérieure, le sens du démocratisme.

La réception que me fit le premier bourgmestre, Herr Geheimrat Docteur von Borscht, fut d'un.e extrême amabilité.

Il nous invita gracieusement à déjeuner dans les caves du Rathaus et auparavant nous offrit de visiter l'hôtel de ville. C'est un beau monument avec une très jolie cour intérieure. Dans quelques années, quand la poussière aura commencé son œuvre, rien ne le distinguera d'un de ces Rathaus gothiques qu'on vient voir de partout.

Aujourd'hui les artistes munichois hurlent devant.

Nous traversons la bibliothèque de la mairie où s'étagent 30.000 bouquins de droit administratif, de lois, de règlements, de documents officiels. Le bourgmestre me fait remarquer que Le Figaro s'y trouve et qu'on le reçoit tous les jours.

« Il est très lu ici, » me dit-il.

Nous nous arrêtons un instant à la Caisse municipale, un hall clair, éclairé par le haut ; entre les deux rangées de bureaux un jet d'eau coule dans une vasque, et dan.« le bassin inférieur, des poissons dorés nagent.

« C'est une consolation, fis-je en riant, de venir payer ses contributions dans un endroit aussi joli.

— Mais, s'étonne le bourgmestre, ne savez-vous pas que les contributions sont touchées à domicile par les agents de l'administration? »

Le déjeuner eut lieu dans une sorte de petit réduit en demi-lune — dépendant du restaurant souterrain de l'hôtel de ville, juste assez grand pour contenir une table de huit couverts. Il n'y fait pas clair, naturellement, et l'électricité brûle toute la journée. C'est là que le bourgmestre

reçoit les hôtes de la ville. Le grand-duc de Mecklembourg y fit un déjeuner qui dura de longues heures, dix heures, si j'ose aventurer un chiffre pareil, et finit par s'endormir sous le portrait de saint Benno, patron de Munich, qui souriait avec bienveillance.

Le repas fut exquis, je m'empresse de le reconnaître, et copieux. Notre charmant amphitryon mit de la coquetterie à nous faire apprécier la cave municipale, qui est une des gloires de Munich. Il existe, en effet, une commission officielle des vins, vendus au restaurant du Rathaus, et c'est le second bourgmestre qui la préside. Il faut que tous les crus soient de premier ordre, et vous pouvez croire que la dégustation se fait sérieusement. Aussi les vins les plus rares du pays et de France, nous furent servis, couronnés par quelques bouteilles de Heidsieck-Monopole, car on a beau faire, dans tous les pays du monde, il faut toujours finir les bons repas par le Champagne de France !

Au cours du déjeuner, je pris soin d'amener la conversation sur le civisme local, et j'interrogeai l'intelligent bourgmestre et ses hôtes sur le caractère bavarois et sur l'administration de la ville.

« De quoi les Munichois sont-ils fiers? demandai-je?

— De quoi nous sommes fiers? répéta Herr Geheimrat Docteur Ritter von Borscht. Je vais vous le dire en quelques mots. Je ne vous parlerai pas de nos musées, qui sont l'œuvre de nos rois.

Avant tout, nous sommes fiers de nos sentiments démocratiques. Nos écoles populaires sont aussi belles et aussi confortables que nos lycées. Toutes les dernières bâties ont dans leur sous-sol des ateliers pour le travail du bois et du fer, dont les plus grands élèves primaires sont obligés de

suivre les cours. Et vous savez déjà que les enfants des riches fréquentent jusqu'à dix ans les mêmes écoles que les enfants des pauvres.

« Des bains gratuits sont installés également dans chaque école où, hiver comme été, les enfants sont tenus de se baigner une fois par semaine, à moins que le médecin ne le défende ou que les parents ne s'y opposent. 90 p. 100 des élèves profitent de cette facilité. Nous leur donnons gratuitement le linge et le savon.

— Toutes vos écoles communales ont des bains?

— Sauf les plus vieilles. C'est-à-dire que, sur cinquante écoles, quarante en sont munies.

« Dans toutes les écoles de filles il y a une classe de cuisine, obligatoire trois heures par semaine. Les élèves des vieilles écoles où il ne s'en trouve pas vont suivre le cours dans un établissement voisin. »

(J'ai visité ces établissements. Les cuisines sont d'une propreté admirable, décorées d'ornements verts, d'un goût simple et charmant. Des jardins, des cours entourent les classes ; une pelouse de 100 mètres de long sur 30 ou 40 mètres de large, exposée en plein midi, sert de lieu de récréation. Au milieu de l'une d'elles, on a planté, parmi des rochers artificiels, composés de différents marbres et pierres de la région, une sorte de petit jardin alpestre de quelques mètres, où poussent les plantes et les herbes de la plaine et de la montagne, pour que, dès l'enfance, les enfants bavarois apprennent à connaître le sol de leur pays et s'intéressent ainsi, à un double point de vue, aux excursions des dimanches et des vacances.)

« Nous sommes fiers, continua le bourg-

mestre, de nos écoles professionnelles et de nos écoles d'art industriel. Je vous invite à les visiter.

« Nous sommes fiers de notre eau, la meilleure qui soit ; nous Tavons amenée de 40 kilomètres, et les travaux nous coûtèrent 31 millions de francs. Elle a, hiver comme été, une température de 10 degrés centigrades. Elle coûte 5 pfennigs le mètre cube, c'est-à-dire rien.

Malgré l'activité des brasseries de Munich, il y a trois cents fois plus d'eau que de bière à la disposition des habitants, qui en consomment en moyenne 250 litres par jour chacun, soit pour 1 centime et demi. Les Bavarois ont beau aimer à boire, ils ne peuvent pourtant pas boire pour plus de 1 pfennig par jour !

« Sur un budget de 72 millions et avec une dette de 200 millions, il est prévu 500 000 francs pour le nettoyage des voies publiques (les habitants étant tenus de balayer les trottoirs et la moitié des rues que leurs maisons bordent) et 5 millions

pour l'instruction publique, c'est-à-dire pour le nettoyage des cervelles. Et ce budget augmente sans cesse, forcément, puisque chaque année il se présente 1.200 élèves de plus dans nos écoles !

« Nous sommes fiers de notre nouvel hôtel de ville, qui a coûté 20 millions.

« Nous sommes fiers aussi du livre d'or de notre Rathaus... C'est là que l'empereur Guillaume II écrivit la fameuse phrase qui fit couler tant d'encre.»

Il fit apporter par un huissier un grand et luxueux registre dont beaucoup de pages se couvraient de sentences et de signatures des grands de la terre. Et, au milieu d'une page, je lus la phrase fameuse : Suprema lex régis çoluntas, tracée d'une écriture ferme et orgueilleuse et dont la signature : Wilhelm, s'entourait d'un lasso compliqué. C'était daté du 8 octobre

Je ne crois pas qu'aujourd'hui l'empereur Guillaume II emploierait la même formule.

i'hui Ke-ior éc Co, MuDich.

LE CARNAVAL A MUNICH dure du 6 janvier au mercredi des Cendres. Alors la Bavière entière parait en tolif. (>est une ivresse, un délire continuels impossibles à décrire en détail.

Phot, Kesler & Co, Municb.

LE CARNAVAL A MUNICH. — Durant ce temps, les étudiants n'ouvrent plus leurs livres, ne mettent plus ies pieds a l'Université, dépens^ent tout ce qu'ils ont et tout ce qu'il< n'ont pa«.

Planchi ig9

IMiMi ) ij;, K.-iri, llerliii, Cl Koiler 4 Co. Munich

LA BIÈRE est la reine de Munich. C'est elle qui fait vivre de nombreux ouvriers, c'est elle qui rHfraîcliit tout le monde, l'our un Municliois, boire de la bière — de Munich — est le terme des félicités terrestres.

Planche 3oo

MUNICH

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