GŒTTINGUE
(SUITE
Ce que V étudiant entend par « boire un hockit. — La Gûlle. — Une table pour un corps. — Morgue aristocratique. — Les appels de bière. — Tableau des déshonorés de la bière. — Discipline et obéissance. — Le rituel de la bière. — Mises en accusation et punitions. — Pas de conversations. — La confidence d'un étudiant de Gœttingue. — Douze litres de bière par soirée et par tête. — Débuts du voyageur dans V ivrognerie. — Un défi. — Le vomitorium de la Giille. — Défilé devant le bassin d'ivresse. — Spectacle dégoûtant. — L'Allemagne ne perdrait rien à abandonner de telles mœurs.
E chapitre vous expliquera ce que les étudiants allemands entendent par « boire un bock ».
Je fus un vendredi soir invité par un « corps» à passer la soirée à la Gulle, et dans mon désir de m'instruire je me gardai bien de refuser. Giille est un provincialisme allemand signifiant : « flaque d'eau fangeuse » et par extension, sans doute, « purin ». Les étudiants qui appellent Mist, fumier, le fond de leur verre, ont appelé Gûlle, purin, leur boisson favorite. On appelle Gullefass, le tonneau dans lequel le paysan met le purin qui sert à arroser ses terres.
Ces indications philologiques peuvent servir aussi à comprendre une partie du goût et de la délicatesse de l'étudiant. La « Giille » est l'endroit où se réunissent tous
les corps pour boire entre eux. Les Burschenschaften ont élu le Ratskeller, brasserie située dans les sous-sols de l'hôtel de ville, comme il en existe dans presque toutes les villes d'Allemagne. Les corps ont choisi cette ancienne écurie convertie en salle de jeu de quilles, aux murs blanchis à la chaux. C'est là que je fus introduit. Dans une salle basse, longue, étroite et enfumée, une centaine d'étudiants de toutes les couleurs buvaient assis devant des tables couvertes de grands verres de bière.
Casquettes à part, on aurait pu se croire dans la cave d'un chiffonnier ou d'un marchand de bric-à-brac. Aux murs étaient cloués les objets les plus inattendus et les plus disparates ; à des ficelles tendues à travers la salle, d'autres choses pendaient dans un voisinage inexplicable : c'étaient des plats de fer-blanc, des cols sales, des manchettes, des lanternes vénitiennes, des enseignes, des plaques de rues, un vase
de nuit, des gants, une voilette, une pantoufle, de vieux parapluies, des peignes de femme, des plaques-réclames Liebig, Odol et cent autres ; un balai, de vieux chapeaux de paille, de feutre, de soie, une cage, des polichinelles, un magnum, un chapeau de cocher, des bêtes empaillées et mille objets différents.
« Et tout cela est trouvé ou volé ! » me dit-on.
A cette révélation qui m'amuse et me surprend, j'éprouve un certain plaisir.
Ces jeunes Allemands sont donc comme tout le monde ! Ils n'ont pas toutes les vertus, comme ils voudraient le faire croire et comme le veut l'hypocrisie de leur éducation? Ce sont des étudiants comme les autres? Et je sens ma sympathie naître... Qu'il n'y ait pas de filles joyeuses dans les rues de Goettingue, que la ville soit si tranquille, les adolescents si corrects, si bridés et si cérémonieux, cette anomalie me déroutait et me choquait. Je les sentais trop différents de ce que je fus, et il en résultait un éloignement, comme il advient de toute incompréhension et de tout contraste très marqué entre les êtres. Car ce qui nous éloigne de l'étranger, c'est beaucoup plus le fait de différer avec lui sur les points fondamentaux de notre nature que la non-conformité de langage ou la couleur du poil.
La table où je m'installai était la première en entrant. La fumée des cigares si dense m'empêchait d'apercevoir l'extrémité de la salle. J'aurais voulu me promener à travers les rangées de buveurs et regarder de près toutes ces têtes plongées dans des litres de bière. Mais je compris qu'il ne le fallait pas. Chaque corps a sa table et ignore son voisin ; telle
est la règle. Ils ne se rendent pas de visites. Pendant trois heures que je demeurai là, pas un seul des cent étudiants ne vint adresser la parole au groupe dont je faisais partie, ni même l'apostropher au passage. De même aux tables voisines que j'observais. Cette contrainte est inexplicable autrement que par la morgue de la caste aristocratique. Les aristocrates qui font partie des corps et qui se recrutent entre eux ne veulent pas qu'à la faveur de leur passage à l'Université les fils de simples bonnetiers deviennent leurs camarades. L'orgueil arriéré de ces gros paysans balourds, — car c'est un fait : les jeunes aristocrates ont ici bien moins de distinction que tel héritier d'un marchand de légumes, — leur orgueil rétrograde, dis-je, retire à ces réjouissances la cordialité qui fait le charme des réunions d'adolescents.
On m'a assuré que, si je demeurais plus tard, très tard, je pourrais voir fusionner certaines tables... L'ivresse les rapproche. Quand ils ont avalé une quinzaine de litres, un besoin d'effusion et de fraternité bien connu les pousse à oublier la couleur de leurs casquettes.
En attendant, les voilà réduits às'amuser chacun à sa table. Il est vrai qu'ils ne se gênent pas. C'est à qui criera le plus fort ses appels de bière. Les servants sont des éphèbes de quatorze ou quinze ans, pâles et fatigués, qu'ils nomment : « Aschanti ! » Dans le bruit et la fumée, ce mot retentit sans cesse comme un écho cent fois répété : « Aschanti ! » Aussitôt le jeune garçon arrive ; on lui crie : « Giille ! » Il prend le verre vide, va le remplir et dans la même minute le rapporte. Ces verres appartiennent aux étudiants, et chacun a le sien. Ce sont de vrais de-
mi-litres fixés sur une rondelle de zinc à rebord où, au moyen de signes conventionnels, on inscrit tous les duels du possesseur, les blessures qu'il reçut et celles qu'il fit aux autres : quand il fut blessé lui-même, c'est une barre ; quand c'est l'adversaire qu'il blessa assez grièvement pour ne pouvoir continuer, c'est le signe -f.
Extérieurement, les jeunes Allemands^se distinguent, en général, de nos étudiants, par leur allure plus lourde, leur massivité ; leurs faces sont aussi plus larges. Mais il s'en trouve de minces et de fluets, et des bruns élancés aux yeux noirs. Pourtant, le jeune hercule, assez rare dans les Facultés françaises, se rencontre plus communément ici. Il a vite grossi, s'est empâté dès la première moustache. Ce qui les différencie davantage encore, ce sont leurs cheveux, souvent rasés pour le traitement des blessures après les duels, et les balafres ciselées dans leurs joues, sur leurs fronts et leurs crânes.
Ceux avec qui je me trouvais étaient de gentils garçons, empressés à me renseigner et à m'obliger, souriants et simples. A les voir ainsi, débridés, dans la, gloire de leurs vingt ans, exubérants, vifs même, on se refusait à l'idée qu'ils deviendraient un jour les gros Allemands pesants qui composent la moyenne de la race.
En attendant, leur jeunesse rayonnante les fait sympathiques. On oublie leur facile obéissance, leur goût de la discipline, leur besoin même d'être commandés jusque dans leurs plaisirs. En effet, qu'il est fort, l'instinct de soumission des jeunes Allemands I Le président de corps qui tient le haut bout de la table appelle brusquement un « renard » :
« Fuchs ! »
Le jeune homme se lève gaiement d'un
bond et vient se placer la casquette à la main, les talons joints, près du président. Celui-ci lui donne un ordre :
« Va écrire le nom d'Untel au tableau des Bierverschisse (tableau des interdits, des déshonorés de la bière). »
Il y court aussitôt, et revient dire au président, toujours la casquette à la main :
« C'est fait, président. »
Et il est visible que cette obéissance de nègre leur plaît énormément, que l'ordre qu'ils reçoivent les enchante, de même que le président qui les commande sans façon, sans mot inutile, jouit profondément de son autorité.
Les « renards » n'ont pas le droit de boire dans de grands verres. Les leurs sont des quarts au lieu d'être des demilitres. Ils ne peuvent tutoyer les Burschen que lorsque ceux-ci le leur ont permis. C'est toute une cérémonie. J'ai pu y assister. Un ancien, séduit par l'entrain avec lequel un « renard» avalait sa « giille», l'appela du bout de la table. Le renard quitta vivement sa place et vint vers lui, son quart à la main. Quelles graves paroles lui dit^il? Je ne sais. Mais leur verres s'entre-choquèrent, et chacun vida le sien dans le plus grand sérieux, leurs mains libres étroitement serrées, l'ancien resté assis, le renard debout. Personne ne remarquait cet aparté; ce resserrement des liens d'amitié par la bière, ce tutoiement sous les auspices de l'ivresse commençante avaient lieu dans le chambard.
Le zèle employé par les cent étudiants à vider leurs pots entretenait mon étonnement. Au lieu de m.ettre une demi-heure à boire un bock et de passer une autre demi-heure devant les verres vides, comme on fait dans nos cafés français, sitôt qu'ils avaient achevé leur demi-litre,
-«Il
Planche ig3.
N'eue pliot. GeseilschaTt, Berlin.
LE GRAND PONT DE BREME. — La Weser qu'il franchit n'avait, il y a vingt-cinq ans, que deux mètres d'eau. Aujourd'hui sa profondeur est de sept mètres et le tonnage du port de la rivière a quintuplé.
Neuc phot. Gesellschaft, Eerlin.
LA BOURSE DE BREME est un bel édifice de style ogival. La salie en est très imposante et très
richement décorée.
Planche 194.
et cela ne tardait pas, ils rugissaient leur cri : « Aschanti ! Gtille ! » Souvent même, en passant devant les tables où ils voyaient des verres vides, les jeunes « Aschantis », blêmes, exténués, les yeux bleuis de fatigue, les prenaient sans mot dire et allaient les remplir.
Ces buveurs étaient bien venus là pour boire et non pour autre chose, et ils buvaient comme on accomplit une tâche. La bière disparaissait dans ces cous tendus, comme par enchantement. Si l'un d'eux tardait, par hasard, vite un toast lui était porté par un frère altéré.
Il est des règles pour boire.
Si quelqu'un vous dit :
« Comment trouvez-vous la « Gtille » ? » et que vous répondiez :
« Bonne, » vous êtes mis en accusation, car vous auriez dû répondre :
« Divine ! {Gœttlich l) »
Cette mise en accusation est faite aussitôt. Le président interroge les membres, avec une formule convenue, sur la punition qui sera infligée au coupable.
Cette punition consiste soit en l'obligation de boire un certain nombre de demi-litres, soit en l'inscription au tableau des traîtres à la bière, soit en quelque gaminerie semblable.
On ne boit guère sans dire à quelqu'un, en levant son verre :
« Prosit! »
Si ce salut s'adresse à vous, vous en accusez réception en levant aussi votre verre. Si vous n'avez pas soif, vous n'êtes pas forcé de boire aussitôt : on remet à plus tard. Si, au contraire, on désire tenir tête, on répond :
« Je suivrai {Ich homme nach). »
Mais si l'on vous dit :
« Prosit, einen Halben in dem Bauch !
(Grand bien vous fasse, un demi-litre dans la panse!)», il faut que le verre soit vidé comme réponse à celui qui vous lance cette aménité. Cette même bière ne peut servir à un autre toast. Ce serait trop commode ! Un seul verre défrayerait dix santés, comme chez nous, où il suffit même d'un signe pour répondre à une brinde ! Ici c'est inadmissible.
Et ce : Prosit in dem Bauch doit être suivi d'effet dans les cinq minutes de bière, ce qui équivaut à trois minutes ordinaires. Comme vous le voyez, on a juste le temps de se recueillir...
Ces règles et cent autres composent un rituel de bière — c'est ainsi qu'on l'appelle — extrêmement détaillé, imprimé, répandu dans toutes les universités allemandes, rédigé sur le modèle du Leipziger Commande accepté par tout le monde et qui traîne sur toutes les tables.
A part ces appels, ces cris, ces défis, que disent les étudiants? Parlent-ils politique? C'est défendu. Échangent-ils des idées enthousiastes et définitives, comme il convient à l'adolescence? Non, ils s'adressent les « prosit » sans fin, récitent le rituel de Leipzig, rient de quelque vague plaisanterie, font une courte remarque sur ceux qui passent... Que sais-je?
Mais aucune conversation suivie, aucune discussion passionnée sur des théories, fussent-elles folles ! J'essaye, pour voir, de jeter quelques noms propres dans la conversation : Goethe, Nietzsche, Spencer. Ils n'ont pas d'écho.
Je parle du duel :
« A quoi cela sert-il de vous taillader la tête? »
L'und'euxme répond textuellement, avec l'approbation de tous ceux qui l'écoutent :
« Si on voit quelqu'un avec une balafre,
tout le monde se dit : « C'est un homme qui a du courage. « Et on le respecte. C'est pourquoi les étudiants sont respectés. Si nous passons dans la rue, on nous fait place, et les femmes nous admirent...»
Telle fut, dans sa candeur, la confidence d'un étudiant de Gœttingue à propos du duel.
DOUZE LITRES H fait chaud. Un à un, PAR TÊTE o o leg étudiants se mettent en bras de chemise pour être plus à l'aise. On ne peut bien boire si on a les coudes serrés dans la manche des vestons. Dès qu'ils se sont ainsi mis en position, ils poussent un cri terrible :
« Aschanti ! Gûlle ! »
Je leur demande :
« Combien buvez-vous de litres de bière par soir, en moyenne ?
. — Oh I pas beaucoup. Minimum, 6 litres chacun. Certains boivent le double.
— Comment 1 12 litres de bière dans une soirée? »
La table entière rit de mon étonnement. Et l'on me cita des tours de force bien plus extraordinaires : des chiffres que je n'ose même pas reproduire, de peur de m'être trompé... que sais-je !... 20 litres...
« Vous vous y feriez comme tout le monde, avec un peu d'habitude. Essayez, vous verrez... Prosit Rest I »
Ce Prosit Rest signifiait : « A votre santé, jusqu'au fond du verre. » Et je devais, pour être poli, vider mon bock plein. Je me recueillis quelques secondes, songeai à l'honneur de la France que je me trouvai représenter en cet instant au fond de cette taverne du Hanovre, et, le sourire aux lèvres, je levai mon verre. Le corps entier me regardait avec sympathie et curiosité.
Je bus sans m'arrêter, sans respirer, jusqu'à la dernière goutte, avec la désinvolture d'un étudiant de quinzième année. Je fus acclamé. J'avais fait mes débuts dans l'ivrognerie.
Pourtant, je ne savais pas boire. On ne me l'envoya pas dire. Un ancien étudiant, qui avait bien trente ou trente-cinq ans, large du ventre, bouffi de la tête, ses gros yeux bleus baignant dans la cornée jaunâtre, m'en fit la démonstration. 11 prit le manche de son verre à pleine main, leva son coude à la hauteur du menton, bien en dehors, et, ouvrant la bouche, y déversa — il n'y a pas d'autre mot — le contenu du verre sans toucher ses lèvres. Il buvait sans déglutir, par conséquent sans même sentir le goût de la bière. En quelques secondes, le demi-litre avait disparu. Je m'extasiai sur ce talent que j'osai appeler sans égal. Mais des protestations s'élevèrent. Un « renard », entre autres, prétendait boire aussi vite que son ancêtre. C'était un défi. Il fallait pour la gloire des vieilles générations qu'il fût relevé. Il le fut. Froidement, l'ancêtre cria :
« Aschanti ! Giille 1 »
Il fit un signe à l'imprudent renard, qui lui aussi commanda résolument un demilitre. Le président lança : « Un ! deux 1 trois ! » Les coudes se levèrent. La bière couleur de sardoine descendit dans les trous noirs des bouches, et nous suivions tous avec curiosité le progrès des verres qui se vidaient. Mais bast ! L'ancêtre vénérable avait déjà déposé le sien sur la table, que le jeune audacieux en était encore à la moitié. Le demi-litre avait été escamoté en quelques secondes.
Tranquille et méprisant, le vainqueur n'avait rien dit pour souligner sa victoire. A peine avait-il esquissé un léger hausse-
ment d'épaules en regardant d'un autre côté.
Vers onze heures, des étudiants s'en allèrent.
« Déjà? fis- je.
— Ils se battent demain », m'expliquat-on.
Leurs amis leur criaient :
« Waffenschwein ! »
Ce qui, traduit littéralement, veut dire : « Cochon d'armes », mais signifie :
« Bonne chance ! bonnes armes ! »
Mêlés aux étudiants jeunes et vieux, d'anciens membres des corps habitant la ville viennent se joindre à eux les jours de Kneipe ; on leur prête une casquette.
Et leur moustache grise, leurs cheveux blanchissants sous cette coiffure aux couleurs vives, au milieu de cette jeunesse bouillonnante, ont quelque chose d'anormal et de choquant. Une seule chose les rapproche : la bière, et le respect que les jeunes montrent pour ces anciens héros que vingt duels et mille orgies ont sanctifiés.
On en voit, parmi ces anciens étudiants, qui ont déjà le faciès de l'alcoolique invétéré et qui finiront sûrement à la maison des fous. Ils boivent froidement, sans gaieté, l'oeil morne et vide, un verre plein à la fois, et on les sent ennuyés d'être forcés de s'arrêter pour respirer. Les autres, l'œil vif, la bouche joyeuse, boivent pour répondre à l'excitation générale, et s'ils exagèrent en ce moment leurs rasades, c'est par respect humain, par bravade de jeune homme.
Je demande :
« Qui boit le plus ?
— Les Saxons. Ils boivent comme des fous. »
C'est, en somme, une orgie systématique
et violente contenue dans des bornes suffisantes par la discipline et sans querelle d'aucune sorte.
Mais on ne peut pas boire ainsi impunément pendant des heures. L'estomac a beau être élastique : 6 ou 8 litres de bière engloutis en un si court espace de temps travaillent tous les organes, et l'estomac d'abord... Constamment devant moi défilent des casquettes de toutes les couleurs, des bleues surtout : Saxonia. Ceux qui les portent ont l'air malade. Je le remarque.
« Ils vont au Speibecken. »
Vous décrirai- je ce que j'ai vu là? C'est bien difficile et peu convenable. Mais enfin, il le faut, si je veux de bonne foi justifier les impressions que j'ai rapportées sur le caractère et l'état des mœurs du peuple allemand.
Le Speibecken est le « vomitorium » de la Giille.
(( Regardez, me dit en riant à pleine bouche mon voisin qui parle un peu le français, voici notre bassin d'ivresse. »
Je me retourne, et par la fenêtre à laquelle je suis adossé, je vois, en effet, un bassin de zinc encadré par deux poignées de fer. Une «casquette bleue» est justement penchée vers ce bassin, et deux mains serrent les poignées, tandis que le dos tourné vers moi est secoué de mouvements convulsifs, comme d'élans retenus. Je ne vois pas autre chose. Et c'est assez.
Et désormais, je regarderai avec curiosité défiler les casquettes multicolores.
Voici la bleue de Saxe, puis la verte de Westphalia, et c'est Hanovre, et c'est Brunswick, et c'est Brênîe ! Toute l'Allemagne, les répubhques de la Hanse, les grands- duchés et les royaumes dissidents
de l'Empire se rencontrent ici devant le Speibecken. Quelle solidarité, princes ! Et qui parle de particularisme?
Mais voici revenir les Saxons du bassin d'ivresse... Encore mal assurés sur leurs jambes, leur face congestionnée par l'effort qu'ils viennent de faire, ils essuient leurs yeux tout remplis de larmes. Aussitôt assis devant les tables, ils recommencent à boire. Et plusieurs fois dans la soirée cette promenade se renouvelle.
Allons, allons, c'est dégoûtant.
Je ne voudrais pas faire de peine à mes jeunes amis d'un soir qui m'apprirent à boire avec tant de bonne grâce, mais je ne puis m'empêcher de remarquer que l'écurie où nous buvions tous ensemble était bien près du « vomitorium ».
Et je suis bien sûr que l'Allemagne ne perdrait rien à abandonner des mœurs pareilles.
Planche igS.
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Neue pliot. Geseilsch.ift, Berlin.
LA STATUE DE ROLAND, défenseur des libellés municipales, a été érigée en 1412; elle reste comme symbole des droits et des privilèges de la ville de Brème.
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Planche 197.
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LE BURGERPARK, plante de loulcs pièces dans des prairii's marécageuses, est aujourd'hui une forêt
magnifique aux essences les plus variées.
LE RATHAUS de Brème. — Son gros œuvre remonte aux premières années du w*^ siècle ainsi (jue les seize sLalues, dont l'empereur et les sept électeurs, adossées aux trumeaux du premier élage.
Planche 198.