‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 101 sur 164 · II. 1 < rlin · texte numérisé non relu

II. 1 < rlin

UN HANGAR SUR LE QUAI SCHUPPEN. Dan^, Ir poil c.lussal di- Ih.inhum^. il > .. .ui.m plus de

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HAMBOURG -

Ce culbuleur constitue lun des procédés employés pour le déeliargenieul inslantamdu char])oii. Il est à conunande et à bras.

Pi ANCIIE 225.

marine marchande allemande. A l'heure qu'il est, à part TAustralie, soit par ses moyens propres, soit par son action dans d'autres Compagnies ham bourgeoises, elle porte son trafic jusqu'aux confins du monde.

Sa flotte comprend 169 paquebots à vapeur d'un tonnage enregistré de 948.585 tonnes^ plus 230 bâtiments de rivière, remorqueurs, allèges, et d'un tonnage de 53.308 tonnes, ce qui fait un total &e\.O0\mZ tonnes.

Pour se rendre compte de la signification de ces chiffres, il suffit d'examiner ce passage d'un rapport annuel de la Hamburg-Amerika datant de 1903, alors que le tonnage était de 727.948 tonnes :

« L'importance de notre flotte apparaît lorsqu'on la compare non à celle des compagnies étrangères, mais à la flotte des pays entiers. Le tonnage des steamers de commerce de plus de 2.000 tonnes que possède la :

France s'élève à 8<30.775 tonnes.

Italie 528.247 —

Espagne 461 49.j —

Autriche-Hongrie 459.(»()2 —

Russie 2G0.044 —

Japon 364.026 —

Danemark 187.635 —

Norvège 292.397 —

Suède 101.299 —

La vitesse a ainsi progressé entre Hambourg et New- York :

1847 : navires à voiles, aller .... 42 jours.

— — — retour 30 jours.

1858 : navires à vapeur, allt r. ... 13 jours 10 h.

— — — 12 jours 6 h.

1867 — — 9 jours 8 h.

1891 — — 6 jours 1/2.

Les dimensions des navires ont suivi

une progression plus saisissante encore.

Les premiers navires à vapeur de

Hambourg (ceux-ci construits par les Anglais) avaient :

Tonnes. Force en

chevaux.

On voit par ces chiffres qu'à partir de 1905 la Hamburg-Amerika diminue la force de ses machines et, par conséquent, la vitesse de ses bateaux. C'est qu'elle avait vu la vitesse moyenne de son navirechampion, le Deutschland, dépassée par le Norddeutscher Lloyd (4). La Compagnie calcula mieux le prix de son charbon, et, s'il est vrai, qu'un steamer brûle 50 tonnes de charbon par jour pour faire 13 nœuds, et 350 tonnes (soit 7 fois plus) pour arriver à 19 nœuds, elle a eu bien raison de vendre à la Russie, aussitôt qu'elle l'a pu, ses plus ruineux Dampfschiff.

Les Hambourgeois prétendent qu'avec leurs nouveaux bateaux plus lents, dont les machines sont moins encombrantes, ils peuvent donner aux voyageurs plus de confort, plus de place à la cargaison, économiser du charbon, diminuer l'usure

(1) Le Dcutschland.

(2) VAmerika.

(3) Kaiserin Augnste-Vicloria. 214 mètres de long ! C,e paquebot ne file que 18 nœuds. Mais il a cinq étages de ponts, des ascenseurs, un palmarium, un gj'mnase, des chambres de jeux pour enfants. Les cabines très vastes dispensent de superposer les lits. Il y a un restaurant Ritz à bord ! On a calculé que, pour transporter par terre les 25.000 tonnes du Kaiserin Aiiguste-Victoria^ il faudrait 62 trains de 40 wagons chacun.

(4) Ces vitesses sont dépassées à présent parles deux nouveaux bateaux anglais, la Mauritania et la Lusitania, qui font le voyage de New- York en 4 jours et 21 heures au lieu de 5 jours et demi et 6jours qu'il faut jusqu'aujourd'hui aux bateaux français et allemands, soit 25 nœuds et demi.

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HAMBOURG

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LA MAITRESSE ANCRE DE L' . IMPERATOR ., ,.ar ses énormes dimensions, donne une idée de la masse que représente lui-m." • lo paquebot. Il mesure en elTet 28:i mètres de lon^ el :J0 mètres de laro^e. Quatre turbines possédant une force totale de .;2.000 chevaux

l„i impriment une vitesse de 22 nœuds et demi. Dans cette ville flottante, on a établi un reslaurani ! tz. un griU-room. un jard.n de the, une salle de bal superbe et jusqu a une piscine de natation.

MODERNE

Pl.AN<;ilES 22Ô-227.

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t"! ANCHt 226.

des chaudières et la fatigue du navire, et supprimer la trépidation.

f^Et pourtant, on n'est pas arrivé au terme de ces énormités qui logent 3.400 passagers et 600 officiers, matelots et mécaniciens, soit 4.000 hommes ! Les derniers bateaux construits en Angleterre, pour le compte de la Cunard Line, dont j'ai donné la vitesse à la page précédente, ont de 32.000 à 33.000 tonnes !

J'ai dit que l'entrée, en 1886, de M. Ballin coïncida pour la Compagnie de Hambourg avec son plus grand développement.

Faut-il lui en faire tout l'honneur? On le discute. Sa prospérité avait suivi depuis sa fondation une progression constante ; elle était arrivée, en 1886, à une heure capitale de son existence; l'émigration par Hambourg en Amérique battait son plein.

De 2.400 émigrants en 1837, elle avait passé à 7.430 en 1850, à 16.000 en 1860, à 32.000 en 1870, à 69.000 en 1880, à 89.000 en 1888. Il fallait des bateaux pour tant d'espoirs qui voulaient s'expatrier ! En même temps, l'industrie prospère en Allemagne, elle fait des pas de géant aux États-Unis, la population augmente. Un grand mouvement d'échanges se fait entre l'ancien et le nouveau monde, entre l'Europe et l'Extrême-Orient. L'essor est prêt, il faut le diriger et en profiter. C'est M. Ballin qui, avec ses qualités remarquables, la hardiesse de ses conceptions, la promptitude de ses résolutions, sa faculté de travail et sa confiance en soi, bénéficiera légitimement de la situation.

Qu'est-ce donc que ce M. Ballin, « l'ami de l'Empereur»? D'où sort-il? Israélite de naissance, son père était agent d'émigration. Entré dans la Compagnie Carr comme employé, il se rendit bientôt indispensable. Quand cette dernière fut absor-

bée par la Hamburg-Amerika, celle-ci absorba aussi M. Ballin, qui devint directeur de son service d'émigration. Peu après il réussit à se faire nommer directeur général. Depuis, M. Ballin se débarrassa de tous ceux qui le gênaient et fit, en moins de vingt ans, de la Hamburg- Amerika ce qu'elle est aujourd'hui.

Je ne peux repasser en revue sa carrière féconde. Je citerai pourtant son dernier coup, qui est un des meilleurs. La Compagnie avait trois «boulets», dont elle voulait à tout prix se débarrasser ; ils mangeaient trop de charbon et étaient déjà vieux. Tout le monde se demandait : « Qu'est-ce que Ballin pourra bien en faire?» Mais la Russie cherchait une flotte pour la conduire à Tsou-Shima : M. Ballin lui vendit ses trois « carcans» coûteux, en se disant : « Pour ce que les Japonais en feront...» En cette année 1904, la Hamburg-Amerika eut 34 millions de bénéfices. Et en 1912 56 milhons de marks. Il parait que Guillaume II, qui n'est pourtant pas méchant et aime bien son cousin de Russie, rit beaucoup de l'histoire.

Comment arriva-t-il à la faveur impériale, cette faveur si convoitée en Allemagne? Jusqu'en 1895, il n'avait jamais approché l'Empereur. A cette époque, s'annonçait l'ouverture du canal de Kiel; des obstacles surgissaient, les courtisans se taisaient, ne savaient que conseiller... C'est alors que quelqu'un glissa à l'oreille de Guillaume II qu'il existait à Hambourg un homme ayant le don d'organisation, dont la tête fourmillait d'idées. II l'appela, se félicita de ses avis, et ^ c'est lui qui présida, dans l'ombre, aux fêtes de l'inauguration. Depuis ce temps, cette faveur a sans cesse augmenté. Il est reçu dans l'intimité du souverain, jusqu'à des rendezvous de chasse. L'an dernier même, quand

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des chaudières et la fatigue du navire, et supprimer la trépidation.

?^Et pourtant, on n'est pas arrivé au terme de ces énormités qui logent 3.400 passagers et 600 officiers, matelots et mécaniciens, soit 4.000 hommes ! Les derniers bateaux construits en Angleterre, pour le compte de la Cunard Line, dont j'ai donné la vitesse à la page précédente, ont de 32.000 à 33.000 tonnes !

J'ai dit que l'entrée, en 1886, de M. Ballin coïncida pour la Compagnie de Hambourg avec son plus grand développement.

Faut-il lui en faire tout l'honneur? On le discute. Sa prospérité avait suivi depuis sa fondation une progression constante ; elle était arrivée, en 1886, à une heure capitale de son existence; l'émigration par Hambourg en Amérique battait son plein.

De 2.400 émigrants en 1837, elle avait passé à 7.430 en 1850, à 16.000 en 1860, à 32.000 en 1870, à 69.000 en 1880, à 89.000 en 1888. H fallait des bateaux pour tant d'espoirs qui voulaient s'expatrier ! En même temps, l'industrie prospère en Allemagne, elle fait des pas de géant aux États-Unis, la population augmente. Un grand mouvement d'échanges se fait entre l'ancien et le nouveau monde, entre l'Europe et l'Extrême-Orient. L'essor est prêt, il faut le diriger et en profiter. C'est M. Ballin qui, avec ses qualités remarquables, la hardiesse de ses conceptions, la promptitude de ses résolutions, sa faculté de travail et sa confiance en soi, bénéficiera légitimement de la situation.

Qu'est-ce donc que ce M. Ballin, « l'ami de l'Empereur»? D'où sort-il? Israélite de naissance, son père était agent d'émigration. Entré dans la Compagnie Carr comme employé, il se rendit bientôt indispensable. Quand cette dernière fut absor-

bée par la Hamburg-Amerika, celle-ci absorba aussi M. Ballin, qui devint directeur de son service d'émigration. Peu après il réussit à se faire nommer directeur général. Depuis, M. Ballin se débarrassa de tous ceux qui le gênaient et fit, en moins de vingt ans, de la Hamburg- Amerika ce qu'elle est aujourd'hui.

Je ne peux repasser en revue sa carrière féconde. Je citerai pourtant son dernier coup, qui est un des meilleurs. La Compagnie avait trois « boulets », dont eUe voulait à tout prix se débarrasser ; ils mangeaient trop de charbon et étaient déjà vieux. Tout le monde se demandait : « Qu'est-ce que Ballin pourra bien en faire?» Mais la Russie cherchait une flotte pour la conduire à Tsou-Shima : M. Ballin lui vendit ses trois « carcans» coûteux, en se disant : « Pour ce que les Japonais en feront... » En cette année 1904, la Hamburg-Amerika eut 34 millions de bénéfices. Et en 1912 56 millions de marks. Il parait que Guillaume II, qui n'est pourtant pas méchant et aime bien son cousin de Russie, rit beaucoup de l'histoire.

Comment arriva-t-il à la faveur impériale, cette faveur si convoitée en Allemagne? Jusqu'en 1895, il n'avait jamais approché l'Empereur. A cette époque, s'annonçait l'ouverture du canal de Kiel; des obstacles surgissaient, les courtisans se taisaient, ne savaient que conseiller... C'est alors que quelqu'un glissa à l'oreille de Guillaume II qu'il existait à Hambourg un homme ayant le don d'organisation, dont la tête fourmillait d'idées. Il l'appela, se félicita de ses avis, et^c'est lui qui présida, dans l'ombre, aux fêtes de l'inauguration. Depuis ce temps, cette faveur a sans cesse augmenté. Il est reçu dans l'intimité du souverain, jusqu'à des rendezvous de chasse. L'an dernier même, quand

L'ALLEMAGNE MODEKNE

l'Empereur vint à Hambourg, il alla prendre le thé chez M. Ballin, ce qu'il n'avait jamais fait ni chez le bourgmestre, ni chez personne à Hambourg.

Le téléphone marche entre Potsdam ou Berlin et Hambourg. M. Ballin soumet à l'Empereur, dont c'est la marotte, des plans de bateaux qu'il corrige. C'est un bon courtisan.

Pourtant, il a le sens de sa dignité et un courage estimable : israélite il était, juif il est resté. Et dans ce pays où les israélites ne sont même pas admis au grade d'ofRcier et sont exclus des }i h 1 1 f os fonctions de l'État, c'est quelque chose pour lui d'être demeuré soi-même. On dit (jue l'Empereur lui .fTiit, il y a cinq ou six ans, le ministère des Travaux publics de

Prusse — mais ce n*est qu'un bruit qui n'a pu être confirmé. Ce qui est plus sûr, c'est que Guillaume II a voulu l'anoblir, et qu'il a répondu, avec des formes polies: «Sire, je m'en fiche...» On lui prête même un mot qui serait hors de pair s'il l'avait prononcé. Il aurait dit à l'Empereur, qui lui proposait le ministère à condition qu'il se fît baptiser:

« Sire, je suis juif par conviction. »

Des gens qui le connaissent bien, et depuis longtemps, et dont jp ti.fi^ 1 [•l'ifart de ces renseignements, ment le propos et m'assuronf que ce que M. Hnllu est [),ir . ..nviction, c'est, avani fout directeur de la Hamburg-Amcrika Linie Croyons-les...

HAMBOURG

(SUITE

LES ÉMIGR ANTS

Le village fermé. — Mesures d'hygiène. — Types d'émigrants. — Le réfectoire. — Les dortoirs. — Les boutiques. — La salle de bal. — Organisation sanitaire. — Les églises des différents mites. — La triste histoire

du jeune juif russe.

A- BAS, tout au bout de Hambourg, à \'eddel, allons voir les émigrants qui partent pour l'Amérique du Nord. Ce sont eux qu'on trouve à l'origine de la fortune de la Compagnie Hamburg- Amerika, ce sont ces pauvres diables qui, de leurs deniers multipliés, ont permis aux bourgeois orgueilleux de la Hanse de construire cette flotte sans égale (jui fait aujiHjnrhui l'admiration du monde.

Allons donc les voir.

Tout cet ensemble de bâtiments neufs en briques rouges, sans étage, a l'air d'un village propret, élevé d'hier, avec des places et des rues plantées de jeunes arbres. Autour d'un parterre de fleurs, sont rassemblés l'hôtel, les églises, les bureaux ; quelques jeunes marronniers montrent leurs feuilles.

Dehors, sous une galerie voisine du

réfectoire, en face de l'église et du temple, des femmes et des jeunes filles déjeunent de saucissons, de harengs saurs et de poissons fumés qu'elles ont achetés à une cantine proche. Il y en a de jolies, au teint mat, aux cheveux noirs ondulés et partagés en bandeaux sur le front, vêtues de cretonne à fleurs, de jupes éclatantes, le cou orné de colliers de fausses turquoises et de corail. Elles ont l'insouciance et la gaieté de la jeunesse et rient à notre passage; elles vont vers l'Amérique avec l'espoir et les illusions do leurs dixhuit ans. D'autres, plus graves, sont occupées autour de jeunes enfants de trois et quatre ans, enveloppés dans de grands châles écossais à franges. Pour coiffure, elles portent un mouchoir noué sous le menton, la pointe flottant dans le dos, et pour vêtement des jupes et des caracos de drap gris.

Des groupes se promènent dans les allées semées de gravier. Certaines vont pieds nus : des Croates ; d'autres sont

chaussés <!> 1-ttes à plis: Slovaques, lluiigru..s ; tous paraissent dans la force de l'âge. On n'en voit guère de plus do cinquante ans. Dos onfnnts, coiffés (U' la haute casquette dos moujiks, prennont là-dessous do petits airs sérieux et réfléchis. Des ni!<'ît.s sont habillées comme de vieilles femmes avec leurs jupes -l'indienne traînant jiis(}ii'.!iix talons. Des femmes d'une autre condition, vu ^Tand deuil, mère et fille, so tiennent ini peu à l'écart, avec toute la tristesse du monde dans Il'uis yeux noirs. (Quelques hommes vêtus de lévites, bottés, la tête coiffée d'une toque, entrent dans la petite chapelle très simple qui sert au culte catholique. Je les suis. Des bancs sont disposés de chaque côté d'une étroite allée. Près d'une statue de la Vierge enluminée d'or, un Slovaque est agenouillé; sa tête aux cheveux fauves mal peignés s'incline pour une prière fervente; les mains jointes tiennent un chapelet. Sa prière terminée, il frappe le sol de son front, puis baise la terre et se relève.

Nous voici maintenant dans le vaste réfectoire. Assis et serrés les uns contre les autres sur des bancs, devant de longues tables de bois, quelques centaines d'émigrants mangent avec grand appétit dans de profondes écuelles de fer émaillé une épaisse soupe de pommes de terre où baigne un morceau de viande. Des petits enfants assis sur les genoux de leurs mères partagent leurs portions. Un homme dont la grande barbe tombe sur sa poitrine, un veuf sans doute, donne à manger aussi à son enfant de trois ans qui rit. Le père, grave et solennel comme un condamné, verse avec précaution dans la bouche du petit une cuillerée sur deux de sa soupe, et lui casse des morceaux de pain. A l'extrémité du réfectoire, une petite

estrad»" s'élève ; c'est celle des musiciens pour lo hnl qui a liou lt>s jours do départ des bateaux. On veut faire oublier aux malheureux l'horreur de tant de misère et les distraire de la solennité ir>ipressionnante (le haïr départ v.ts l'inconnu, et la Compa(,mie allemande a trouvé ces moyens, les concerts, l'église, le bal. Mais je crois que, pour beaucoup d'cntreeux, ces attentions sont inutiles: la résignation, la passivité animales de ces paysans Courlandais, de ces Slaves, de ces Juifs abrutis par la misère, leur ôtent jusqu'à l'imagination de la détresse, qui peut-être les attend là-bas.

Le spectacle des émigrants privilégiés est moins attristant. Leurs vêtements, plus modernes et plus confortables, laissent deviner une petite aisance. Leurs chambres, toutes blanches, aux lits de fer laqués, sont simples, mais d'une parfaite propreté ; les douches et salles de bains, fort bien installées. Des femmes de chambre, au béguin et au tablier de toile blanche, vêtue un peu comme des infirmières, font le service. Un restaurant, qui ressemble à un buffet de gare, remplace le réfectoire des pauvres, et la nourriture y est moins élémentaire.

Mon guide m'explique l'histoire et l'organisation de ce sanatorium.

L'État de Hambourg a dès longtemps édicté des règlements très sérieux pour le transport des émigrants, l'organisation et l'équipement des bateaux, l'inspection des passagers et la responsabilité du capitaine vis-à-vis d'eux pendant la traversée. La sollicitude à l'égard de ces malheureux s'étend jusqu'au contrôle à exercer sur eux avant leur embarquement. Il ne faut pas que, malades, ils communiquent leur mal aux autres, ou que, arrivés à New-

L'APPROVISIONNEMENT EN CHARBON D'UN TRANSATLANTIQUE. Co sor.l .1,-s niilli.'is .1, l..m..-s i|M il hiut ciiscM'Iii- (hiii^ 1,1 ciilf, |)iiis(|no lr> in;icliiiH'> cMi (lr\ iireiil |(his(l(' mille |.:ir ji it

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chaussés de bottes à plis : Slovaques, Hongrois ; tous paraissent dans la force de l'âge. On n'en voit guère de plus de cinquante ans. Des enfants, coiffés de la haute casquette dos moujiks, prennent h'i-dessous do petits airs sérieux et réfléchis. Des fillettes sont habillées comme de vieilles femmes avec leurs jupes d'indienne traînant jusqu'aux talons. Des femmes d'une autre condition, en grand deuil, mère et fille, so tiennent un peu à l'écart, avec toute la tristesse du monde dans leurs yeux noirs. Quelques hommes vêtus de lévites, bottés, la tête coiffée d'une toque, entrent dans la petite chapelle très simple qui sert au culte catholique. Je les suis. Des bancs sont disposés de chaque côté d'une étroite allée. Près d'une statue de la Vierge enluminée d'or, un Slovaque est agenouillé; sa tête aux cheveux fauves mal peignés s'incline pour une prière fervente; les mains jointes tiennent un chapelet. Sa prière terminée, il frappe le sol de son front, puis baise la terre et se relève.

Nous voici maintenant dans le vaste réfectoire. Assis et serrés les uns contre les autres sur des bancs, devant de longues tables de bois, quelques centaines d'émigrants mangent avec grand appétit dans de profondes écuellos do fer émaillé une épais.se soupe de pommes de terre où baigne un morceau de viande. Des petits enfants assis sur les genoux de leurs mères partagent leurs portions. Un homme dont la grande barbe tombe sur sa poitrine, un veuf sans doute, donne à manger aussi à son enfant de trois ans qui rit. Le père, grave et solennel comme un condamné, verse avec précaution dans la bouche du petit une cuillerée sur deux de sa soupe, et lui casse des morceaux de pain. A l'extrémité du réfectoire, une petite

estrade s'élève ; c'est celle des musiciens pour le bal qui a lieu les jours de départ des bateaux. On veut faire oublier aux malheureux l'horreur de tant de misère et les distraire de la solennité impressionnante de leur départ vers l'inconnu, et la Compagnie allemande a trouvé ces moyens, les concerts, l'église, le bal. Mais je crois que, pour beaucoup d'entre eux, ces attentions sont inutiles: la résignation, la passivité animales de ces paysans Courlandais, de ces Slaves, de ces Juifs abrutis par la misère, leur ôtent jusqu'à l'imagination de la détresse, qui peut-être les attend là-bas.

Le spectacle des émigrants privilégiés est moins attristant. Leurs vêtements, plus modernes et plus confortables, laissent deviner une petite aisance. Leurs chambres, toutes blanches, aux lits de fer laqués, sont simples, mais d'une parfaite propreté ; les douches et salles de bains, fort bien installées. Des femmes de chambre, au béguin et au tablier de toile blanche, vêtue un peu comme des infirmières, font le service. Un restaurant, qui ressemble à un buffet de gare, remï)lace le réfectoire des pauvres, et la nourriture y est moins élémentaire.

Mon guide m'explique l'histoire et l'organisation de ce sanatorium.

L'Etat de Hambourg a dès longtemps édicté des règlements très sérieux pour le transport des émigrants, l'organisation et l'équipement des bateaux, l'inspection des passagers et la responsabilité du capitaine vis-à-vis d'eux pendant la traversée. La sollicitude à l'égard de ces malheureux s'étend jusqu'au contrôle à exercer sur eux avant leur embarquement. 11 ne faut pas que, malades, ils communiquent leur mal aux autres, ou que, arrivés à New-

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