‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 58 sur 164 · PRINCE ADALBERT · texte numérisé non relu

PRINCE ADALBERT

lr<ii>iciui' (iU 'lu K.iiscr.

Planche i 14 div

Nous touchions ici à la politique impériale. Il me fallait changer d'interlocuteur. J'ai la chance de connaître un haut fonctionnaire de l'État prussien que ses voyages ont rendu assez libre d'esprit et qui ne craint pas de parler à un étranger, comme tant de gens — même indépendants — en Allemagne :

« Tout le monde en Prusse, me dit-il, donnerait la dernière goutte de son sang pour la dynastie des Hohenzollern, et, personnellement, je vendrais ma dernière chemise, s'il en était besoin, pour son salut. Mais nous n'approuvons pas tout ce que dit et tout ce que fait l'Empereur.

— Que lui reprochez-vous donc?

— Par exemple, il nous paraît que l'Allemagne n'a pas dans le monde la place qu'elle devrait avoir aujourd'hui.

C'est que l'Empereur a commis des fautes, peut-être. Ne parle-t-il pas trop ?

Edouard VII est le vrai monarque traditionnel, il ne parle pas, il ne télégraphie pas, il agit. Il ne se brouille pas avec ses alliés, il contracte de nouvelles alliances.

«On avait été très heureux en Allemagne de l'amitié de la maison de Savoie, car nous éprouvons une sympathie très réelle pour le peuple italien. Pourquoi cette espèce de rupture qui froissa et inquiéta nombre d'Allemands ?... De la part d'un homme qui use tant du télégraphe, le fait de n'avoir pas adressé une dépêche de sympathie au roi d'Italie au moment de l'éruption du Vésuve et de s'être contenté d'un envoi d'argent fut très remarqué chez nouset blâmé. L'Empereur croyait avoir à se plaindre de l'attitude de Visconti-Venosta à la conférence d'Algésiras. II s'est trompé, ou du moins il fut trompé par Tattenbach, qui est un furieux. Le plénipotentiaire italien n'avait

pas à se battre pour nous, et s'est, du reste, fort bien tenu.

«Mais l'Empereur avait commencé à froisser son allié au moment de sa visite à Rome. On vous a dit l'histoire de ses cuirassiers blancs? Il avait aussi emmené avec lui toute une garde de police et un personnel domestique considérable, au lieu de se contenter de ses douze valets de chambre ordinaires. Ce fut une blessure inutile. De même ses voyages dans le sud de l'Italie, dans la Pouille, en Sicile, son pèlerinage aux vieux castels qu'occupèrent en des temps très lointains, ses ancêtres, — n'est-ce pas d'une amitié un peu discutable? Imaginez Edouard VII venant chez nous en visite ofTicielle, et faisant des stations en grande pompe dans les anciens châteaux de la maison de Hanovre, ou bien François-Joseph, souverain catholique, allant embrasser l'archevêque de Posen...

«L'Itahe, donc, se détache de nous.

Dans nos milieux politiques, une impression de malaise se fait sentir. L'isolement de l'Allemagne attriste les bons patriotes. Nous aimons à affirmer nos idées pacifiques, et l'idée d'une guerre continentale nous effraie. Il nous semble que toute l'Europe nous guette. Et nous nous disons : « Pourquoi cette solitude? A qui la faute?» Nous cherchons mille raisons de détail, et ne trouvons que les discours et les télégrammes de l'Empereur.»

J'ai retenu cet état d'esprit, intéressant à constater au point de vue de la psychologie allemande, mais trouvant, pour ma part, ces raisons un peu trop simplistes, je les ai fait discuter par un diplomate en activité que je supposais, avec raison, plus enchn à l'optimisme :

« Que l'Angleterre ait réussi, me dit-il, à détacher un peu de nous l'Italie au profit

d'un rapprochement avec la France, dont ses intérêts ont besoin, c'est indiscutable. Mais que l'Allemagne soit tellement isolée, je ne le vois pas. Elle reste l'alliée de l'Autriche et l'amie de la Russie, qui, vous entendez bien, ne tentera jamais rien contre l'Allemagne. Je sais qu'il existe dans la bourgeoisie et dans une certaine partie de la Cour un état de crainte vague à l'idée de voir la France unie à l'Angleterre et à l'Italie.

« Cependant, il faut réfléchir. L'Angleterre ne peut aider en rien la France dans une guerre continentale, puisqu'elle n'a pas d'armée. Et même en supposant qu'elle s'en fasse une, avant que cent mille Anglais débarquent à Boulogne, à Calais et à Dunkerque, la guerre serait finie. D'ailleurs, cent mille hommes, ce n'est pas beaucoup... Quant à l'Italie, elle n'a pas dénoncé la triple alliance, et M. de Bûlow arrangera cela.

« A mon avis, l'Allemagne n'a commis qu'une faute en ces derniers temps : elle ne se contenta pas assez vite du départ de M. Delcassé, dont il était, en effet, impossible pour l'Allemagne d'accepter plus longtemps les insolences personnelles. Cela, non, nous ne le pouvions pas, fût-ce au prix de la guerre détestable. Alors, et puisque, en définitive, nous ne voulions que nous assurer l'ouverture de la mer, le commerce libre et un relais de câbles, il eût fallu, au lieu d'exiger la conférence et d'y envoyer ce fou de Tattenbach, négocier avec la France le règlement à l'amiable de toutes nos affaires d'Orient et lui laisser prendre le Maroc.

« Je ne vous apprends rien et ne trahis aucun secret en vous rappelanf qno la politique de l'Empereur est une politique musulmane. Notre domaine colonial est à pf^n près nul, et tout ce qu'il reste de terre

féconde en Afrique et en Asie appartient à l'Angleterre et à la France. Arrivés les derniers, nous n'avons donc qu'une ressource, c'est d'essayer de nous développer commercialement et industriellement dans les pays encore à demi inexploités à notre portée : la Turquie, l 'Asie-Mineure, la Perse. Par les États balkaniques, la Turquie, le Taurus, Mossoul et le chemin de fer de Bagdad, nous touchons au golfe Persique, nous créons une nouvelle route des Indes, sans passer par Gibraltar ni par Suez, et nous atteignons l'Angleterre en Egypte en évitant ses flottes ! De plus, nous colonisons la Syrie avec la complaisance du sultan.

« Que ce plan soit plus ou moins direct, plus ou moins immédiat, il n'importe.

Un tel projet n'aura de valeur qu'autant que l'Allemagne sera forte et que l'Empereur aura de la suite dans les idées. Or, l'Empereur n'est ni l'impulsif qu'on dit, ni l'entêté qu'on croit. 11 sait très bien revenir sur une idée qui lui est démontrée fausse, et quand il agit il a toujours un but. Je vois qu'au contraire l'Empereur suit, depuis qu'il est sur le trône, une double idée : d'une politique extérieure qui part du cap Nord pour aboutir à la Chine par la Perse, et d'une politique intérieure «pii fera de Beiliii le centre effectif de l'Krapire. FJ l'heure n'est pas éloignée où les bateaux de 800 tonnes accosteront à Berliu port de mer, par le canal de Settin.

«Quant à l'hostilité de l'Angleterre, l'Empereur devait s'y attendre et son peuple avec lui. dès que l'Allemagne \"iihit (|f\f>riu' \iur puissance maritime. Il IduL iiuub résigner à la subir, ou désarmer nos navires...

« C'est le propre des monarques vraiment actifs et vraiment ânui''^ d'être

discutés par leurs contemporains. Si le nôtre, avec ses qualités et ses défauts, vit encore vingt-cinq ans, il aura mérité, mieux que son grand- père, ce nom de « Grand » qu'il lui a décerné lui-même. »

Aidé de ces différents points de vue, le lecteur pourra se faire une idée moyenne de l'état d'esprit allemand vis-à-vis S. M. Guillaume II.

J'ajoute qu'à l'heure présente toute la diplomatie de l'Empereur et de ses ministres s'emploie à éviter la guerre avec l'Angleterre. Le dogue anglais guette sa cousine germanique et la «cherche», comme on dit dans les salles d'armes.

L'embarras, c'est que celle-ci met autant de soin à le fuir. Et comme pour se battre

il faut être deux, la guerre navale n'est pas imminente. L'opinion courante en Allemagne à cet égard se formule ainsi : « L'Angleterre, que la France a appelée pendant des siècles « la perfide Albion », sait très bien que nous ne nous battrons pas avec elle, qui a une flotte quatre fois supérieure à la nôtre. Ce qu'elle veut, c'est que vous. Français, vous vous battiez avec nous. Pendant ce temps, sous prétexte d'alliance avec la France, elle détruirait ce qu'elle pourrait de notre marine marchande et tâcherait de faire sortir de nos ports nos cuirassés, qui s'en garderaient bien... Le sort de la guerre continentale ne lui importe pas : quoi qu'il arrive, elle n'a rien à y perdre. »

LE CARACTÈRE 8c LES MŒURS

Psychologie empirique. — La vérité dans le vin. — La voix des ancêtres. — Les Français en Allemagne^ leur état d'esprit. — Tristesse des a rigolos» teutons. — Les Allemands n'aiment pas la contradiction. — Jugement sur leur bonne foi. — Ambition. — Bonhomie. — L'auteur préférerait vivre en Allemagne qu'en Angleterre. — Pédantisme. — Pontificat. — Les titres I — Indifférence politique. — Ignorance. — Le Bourgmestre Maître Jacques. — L'Empereur tout- puissant. — Quand l'Allemand se réveillera... — Le péché d'amour honni et l'ivrognerie pardonnée. — Falstaff et Roméo. — Avarice et pauvreté : ne pas confondre. — Le marchandage, coutume nationale. — Le confort et le sens pratique. — En voyage. — Pas de concierge. — Les veilleurs de nuit font la vie dure aux cambrioleurs. — Économie des bouts de cigares. — Administration tutélaire. — Une maison bien organisée. — Mendiez ailleurs ! — Nous retardons.

iS 'est dans l'état d'ivresse que nous nous montrons \Taiment nous-mêmes :

alors sans doute les cellules les plus profondes du cerveau, surexcitées par l'alcool, se manifestent tyranniquement aux dépens des acquisitions plus récentes de notre moi : l'éducation, le respect humain, toutes les hypocrisies se taisent devant la forte voix des ancêtres, qui parlent en maîtres. Or, signe bien caractéristique, même quand il est gris, l'Allemand conserve toujours le sentiment du respect. Ainsi, un jour d'i\Tesse, il ne manquera pas d'égard à un supérieur. Son cousin l'Anglais est, au contraire, très querelleur. L'humeur combative de la race anglo-saxonne s'étend jusqu'aux femmes anglaises, qui sont plus violentes que les hommes allemands. J'ai vu une fois une Anglaise ivre s'avancer vers un quidam qui la regardait d'un air

qui lui déplaisait sans doute, et, froidement envoyer promener son chapeau à dix mètres derrière lui.

Quand on a habité assez longtemps ce pays pour oublier ses premières impressions, rien n'est plus amusant que d'observer les nouveaux arrivants de France.

Presque tous ne pensent à la lettre qu'à critiquer tout ce qu'ils voient. Je sais qu'il est difficile d'échapper à ce travers. Il faut pour cela beaucoup de volonté et du temps. Ou bien, ce qui est plus rare, ils admirent tout, sans contrôle. Mais, en général, s'ils sont un peu combatifs, et c'est souvent le cas de nos compatriotes, la première tendance est plus répandue. Leur façon de parler aux Allemands est surtout significative. Ils ont l'air de se dire : « Attention 1 ces Prussiens vont penser : celui-ci est un Français que nous avons battu en 1870». Et pour ne pas avoir l'air de vaincus, ils deviennent agressifs, leur ton est

Lt, KKUNPRINZ, ik- en 18h2, a cpousi- la princesse Cécile de Mecklembourp. Il est, parail-il, l'espoir du parti militaire et guerrier et nourrirait de très vastes ambitions.

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LE KKOîsiPKlNZ. n.- en |NN:i, ji r|)<Mi>c l:i priii. ■<•»(• (..■cilc do Mcckl.inlMiur-. 11 •.•v|. jimimiI- <lii jiarli milil;iirc et -inriicr et iioui lii-.iil do liv- vasks amhiliniiN.

Il, l t'SlIiill'

Cla.nche \ib bis.

LE MARIAGE do la princesse Victoria-Louise avec le duc de Cumberland a scellé la rcconcilialion de la Maison de Hano\re avec les Mohenzollern (|ui lavaient dépouillée de ses Étals.

LA PRINCESSE CHARLOTTE. i.-Saxe-Miininfîen, LE PRINCE HENRI de Prusse, frère du Kaiser, sa-ur iiinéedu Kaiser. eï.irfnlant terrible de la fiimille. est un sporisman universel.

Planche iiô bis.

LALLE MAGNE MODERNE

LE MARIAGE <1<' l;i |-iliic»—se Vittoii:i-I.<.uisr -.wn- le iliu- i|f l ^iimluTlini'l :\ moIIc l;t i't-t<>iu-ili:itioii <!»• ht Mai^(>ll «il- ll:iii<>\tf ;iviT 1rs 1 1< •lu-ii/olItTii "|ui l'.i vniciil «Ifponilléc ilc •»i'«. l'.l:iK.

LA PRINCESSE CHARLOTTE .l.>;i\»-.M. . mu-. ...

-M m .Miiéi-<lii Kai^iT. c-l I i-iiliiil In iil)l<' ili- 1,1 riiiiillc.

LE PRINCE HENRI <lc l'ins^o. Ir.n- <lii K;iin,.|- «•si lin x|iiii'l sni.ni iiiiiN ci-^i'l.

Hl.A><.HF Ilfl btX

rogue et leur argumentation n'est faite que de polémique. Je tâche, pour ma part, d'échapper à ce travers, mais je ne suis pas sûr d'y réussir toujours.

LA GAIETÉ TEUTONNE NoUS ne pOUVOnS

pas comprendre la vraie gaieté teutonne. Les plaisanteries des purs Allemands nous paraissent si épaisses, si lourdes et en même temps si puériles, qu'en les écoutant on a plus envie de pleurer que de rire. Certes, en tous pays, ceux qu'on appelle les « rigolos», c'est-à-dire ceux qui doivent faire rire, ceux qu'on invite pour animer les tables, sont sinistres. Mais ici le loustic est un homme grave et méthodique, qui tire ses facéties de très loin. Il lui faut cinq bonnes minutes pour amener un bon mot, je veux dire une bonne phrase très longue où gît le sel du comique. Sa drôlerie vient, pour les Allemands, du contraste entre sa barbe, ses lunettes, son sérieux et l'intention qu'il a d'être bouffon... A l'écouter, on se prend à apprécier les fumisteries de nos paillasses.

Quoi qu'ils prétendent, les Allemands n'aiment pas la contradiction.

Un savant français de mes amis, installé depuis plusieurs années dans l'Allemagne du Nord, et journellement en rapports obligés avec des savants allemands, me disait qu'au bout de quelques minutes de controverse serrée, ils deviennent furieux et se laissent emporter presque jusqu'aux injures.

« Vous avez l'esprit latin, disent-ils, vous ne pouvez pas comprendre... »

C'est là leur grand argument, celui qui clôt toute discussion où ils n'ont pas le dessus.

« Ils nient assez facilement ce qu'ils ont dit, — m'assurait le même compatriote. Leur bonne foi est douteuse. Il est bon d'avoir toujours copie des lettres qu'on a échangées avec eux, les leurs surtout. »

L'Allemand est d'esprit constructif et ambitieux. Il aime les vastes cadres et les plans colossaux. II les dessine avec complaisance, y étend ses projets, ses desseins grandioses. Le canal du Rhin à la Vistule est un de ces cadres. Seuls des tronçons ont été réalisés. Les programmes d'études des Universités sont aussi bâtis dans cet esprit. L'industrie offre des exemples pareils. Mais là il faut bien dire que les cadres sont remplis. Les vastes syndicats du fer et du charbon, et cent autres de moindre importance, sont — mieux que des cadres — des réalités.

Ce que j'aime chez les Allemands, c'est leur simplicité bonhomme ; c'est le sansfaçon bienveillant de leur accueil. On me dit : « Ils ne se comportent ainsi qu'avec les Français, c'est-à-dire avec l'ancien vainqueur qu'ils sont habitués à respecter dès longtemps pour sa richesse, sa culture et le succès de ses armes... »

Toujours est-il qu'à choisir entre vivre dans une ville d'Allemagne ou une ville d'Angleterre où je ne connaîtrais personne, mon petit égoïsme n'élirait pas la ville anglaise, inhospitalière à l'étranger sans parrain et férocement individualiste. Tout ce qui m'agace chez l'Allemand quand je n'ai pas besoin de lui, sa servilité, ses saints, sa façon de se présenter à moi de lui-même, ces formules de sociabilité qui m'importunent, me deviendraient pré-

cieux dans la solitude et l'isolement.

L'Anglais refuse de se déranger pour moi, l'Allemand, dans un omnibus ou en chemin de fer, me donnera la moitié de sa place pour m'obliger, sans me connaître ! Il m'accueillera dans ses corporations ! Il n'y a pas à hésiter.

LE PÉDANTISME Mais comment concilier cette simplicité qui est réelle, et qui vous frappe, et leur pose, qui ne vous frappe pas moins au bout de quelque temps de séjour? Cette qualité et ce défaut ont l'air bien incompatibles pourtant. Leur pose est faite d'importance, de pédantisme, de sérieux affecté. Dans leurs moindres actes, ils ont l'aird'exercerunsacerdoce.Siencorechacun se sentait libre d'être ou de n'être pas pontife ! Mais pas du tout. Il faut appeler par son nom jusqu'au bout : Monsieur le Conseiller intime, monsieur le Conseiller de commerce, monsieur le vrai Conseiller intime des Forêts en exercice, et cent titrés de ce genre. Et pas moyen de rire de vous-même ! Votre ricanement serait indécent, incompris, et sans écho. Car blaguer quelqu'un est impossible.

Ce genre de méchanceté innocent est inconnu ici ; on le remplace par la lettre anonvme et la dénonciation.

Un des faits qui m'ont d'abord 1 ■ i.lus étonné en Allemagne, c'est l'ignurance presque absolue de l'homme de la classe moyenne, de l'artiste, du bourgeois, du commerçant au sujet des institutions politiques df ! X'I.'magne, et même des iri>t!t itions communales. Dans une grande ville (le West pli. tlie, j'ai discuté tout un soir avec des gens pourtant instruits, sur les pouvoirs df l' Empereur et sur l.i compétence des diverses autorités muni-

cipales. Je venais justement de lire la Constitution de l'Empire et des États confédérés, et j'ai pu, comme on dit, coller mes adversaires. Ce ne fut pas difficile, car ils ne savaient vraiment rien du régime sous lequel ils vivaient.

Cette indifférence et cette ignorance extraordinairessontdesmarques frappantes du sommeil politique de l'Allemagne. La vitalité de ce peuple est ailleurs, dans le commerce et l'industrie, dans les sciences appliquées, dans la poursuite acharnée de la richesse, et enfin dans la force des armes. De même, les Français, sous Napoléon, absorbés par la gloire militaire, ne se souciaient guère de politique, de principes et de Constitution !

Aussi, dans les villes, la vie municipale est presque entièrement assurée par les bourgmestres payés pour connaître les affaires et les lois. Et, comme le peuple ne participe pas à la confection ni à la correction des décrets, qu'il n'y peut rien faire, il s'en désintéresse. Pour la constitution de l'Empire, c'est la même chose. L'idée qui domine la mentalité générale, c'est que, malgré tout, l'Empereur est le maître, et que l'armée lui obéit... Autrement, l'Allemand est discuteur, et en général d'instinct protestant, — quand cela lui est permis. Il fut même un temps où il fnisait des rni'ulr.. Et quand il s'occupera un peu niMm- (TtlTaires et de militarisme, il se iirii.ttra vraisemblablement à discuter.

iXous verrons peut-être cela...

Chez nous, et en tous les pays latins, une aimable tolérance est réservée aux frasques de jeune lunnme; sa mère veut ignorer ses priiui» rts rentréos tardivos ; des sourires vl dus suus-enLendus indul-

gents l'accueillent quand il arrive pâli et courbattu. En Allemagne, comme en Angleterre, comme en Amérique, la débauche amoureuse de l'adolescent est cachée, ignorée, niée comme une honte et comme un scandale. C'est aux excès de boisson, à l'ivrognerie que vont les plaisanteries bienveillantes, les complaisances et les excuses. L'autorité a une mansuétude particulière pour les pochards, la foule les respecte et leur sourit avec sympathie.

Ici, Roméo surpris à son échelle de soie serait poursuivi et hué, Falstaff aurait tout le monde pour lui.

Je demandai :

« D'où vient que l'Allemand soit en même temps large, généreux, et marchandeur et mesquin? »

On me répondit :

« Ne confondez pas avare et pauvre.

Le Français, par exemple, est avare, quoique riche ; l'Allemand est économe et calculateur. Mais, dès qu'il est riche, il est très capable de largesse. Comme les Américains, il refusera un pourboire insignifiant, mais il dotera sa ville de millions. »

J'opposai le cas absolument authentique d'un marchand de bonneterie, chemises, gants, cravates, dont le magasin de luxe n'avait qu'une clientèle de choix, et qui me confia que, pendant trente ans, dans une ville fort riche (mettons Francfort), il n'encaissa jamais une facture sans qu'on l'obligeât, à force de marchandages, à en déduire quelque chose.

« Un client, un seul, l'aillit à cette règle en trente ans, « m'allirmait-il.

« J'appelle cela le sens des alïaires, me dit mon Allemand, c'est mesquin dans la proportion où tout commerce est, en somme, mesquin. ))

LE CONFORT ET Je ne crois pas que LE SENS PRATIQUE le mot de confort puisse être appliqué avec équité aux mœurs allemandes. Le confort ou le sens de la perfection du bien-être est encore ignoré de nos voisins. Là où on le trouve, il est imité des Anglais ou des Américains. Mais il n'y est pas né. L'art de se coucher confortablement demeure même presque inconnu jusqu'ici. Quant à la cuisine, nous en parlerons plus loin.

Mais, dans une foule de détails se voit la préoccupation de devenir un peuple pratique.

En voyage, par exemple, il n'existe pas de wagon sans toilette, — ce qui est ch?z nous l'exception. Des appareils automatiques vous livrent pour deux sous deux lamelles de savon et deux serviettes minuscules de coton.

L'hiver, le voyageur peut régler luimême la chaleur du compartiment au moyen d'un régulateur très facile à manier qu'on place devant les mots KaU, Mœssig, Warm (froid, tempéré, chaud). L'aération se fait aussi des deux côtés du wagon, très aisément, sans qu'on soit forcé d'ouvrir les portières.

Le service du contrôle est le service idéal : de temps en temps, le contrôleur vient annoncer le nom des stations prochaines, et s'il a vu un étranger dont la destination l'oblige à changer de train, il le prévient à temps et l'aide au besoin à porter ses bagages. Attentions intéressées, oui, mais précieuses, et qu'on est enchanté de payer leur prix.

Aux grandes stations, l'ordre est inimaginable. Le crieur des appels de trains vient dans les salles d'attente et les buffets, crie lentement et distinctement les noms des stations où s'arrêtera le convoi qu'il annonce, et cela ne suffisant pas au besoin

d'ordre national, il t'ait sortir mécaniquement d'un grand tableau les noms qu'il a appelés, de sorte que même les sourds et les aveugles sont prévenus.

Sur les quais desgares,*en lettre de bois mobiles,les tableaux des trains qui partent et des trains qui arrivent, avec l'heure exacte, l'indication des classes, et le numéro du quai de départ.

D'autres tableaux indiquent le prix de tous les voyageurs possibles en Allemagne au départ de la gare.

Les billets d'aller et retour, même pour des distances de quelques kilomètres, sont valables quarante-cinq jours.

Dans les grandes villes ou celles voisines des villes d'eaux, où se fait un grand mouvement de voyageurs, on prend soimême ses billets danslesdistributeurs automatiques qui rendent en même temps la monnaie d'un mark ou d'un demi-mark Un voyageur part de Berlin pour aller à Cologne; il est dans le train, il change d'avis, et se décide à venir directement à Paris sans s'arrêter. Il prévient de son désir le chef de gare d'une station quelconque, à qui il présente son billet et son bulletin de bagages. En arrivant en gare de Cologne, il voit sur le quai un employé tenant en l'air un long écriteau ouest écrit : billets retenus. Il va vers l'employé, qui lui remet aussitôt son billet pour Paris et son bulletin de bagages, moyennant le prix régulier.

Et tout cela avec une exactitude mathématique.

Dans le train qui relie Kœnigsberg à la station balnéaire de Cranz, un compartiment spécial est réservé aux joueurs, hommes d'affaires de la ville, qui, vers cinq ou six heures, vont rejoindre leurs familles installées au bord de la mer. Six tables pliantes sont disposées dans le sens

de la longueur, des sièges mobiles permettent de se grouper autour d'elles. On a même creusé dans l'épaisseur du bois des trous pour les enjeux et pour la cendre des cigares.

PAS DE CONCIERGE On sait qu'il n'existe pas de concierge en Allemagne, ou du moins que ce fonctionnaire n'est pas chargé de tirer le cordon aux habitants de la maison qu'il garde. Chaque locataire a donc la clef de la grand'porte de l'immeuble qu'il habite. Mais il arrive qu'il l'oublie 1 Comment faire

alors?

On a imaginé une société de gardiens chargés de se promener toute la nuit dans un certain rayon, généralement autour d'un bloc de maisons, sans s'en écarter un instant. Chaque maison paye à cette société deux marks par mois. Les gardiens portent les duplicatas de toutes les clefs de leur quartier. Et ce sont eux qui vous ouvrent la porte si vous vous trouvez dehors. Ils se chargent en même temps d'adresser des rapports aux propriétaires des immeubles et aux locataires s'ils ont trouvé la porte ouverte, ou aperçu une fenêtre illuminée à une heure indue, à tel étage, à telle fenêtre.

Avec ce système, les cambrioleurs n'ont pas la vie facile.

Peuple hier encore pauvre, l'Allemand en s'enrichissant est demeuré économe et ordonné.

A la porte des bureaux publics et privés, sur la plate-forme des tramways, à hauteur convenable, on trouve des plaques de cuivre ondulé formant de petites cases où les gens qui ne veulent pas jeter leur cigare le posent avant d'entrer. Des numéros placés au-dessus de chaque com-

LE " DOM " lie (lohip^ne osl merveilleiix par roriloiinanrc do son plan, la hardiesse de sa voùle et l'essor impétueux de ses tours, et sa beauté grandiose fut chantée par notre Victor Hugo.

Planche ii7 bis.

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LE '■ DOM " 'le (1 ilii^iii' '■-■I iiiiTM'illcn \ |i,ii' 1 nrilciin.iii' c <\r ^i>ii |il.iii. I:i li;ii'lic-^i' i!i* -.a xm'ili im|iclui'U\ ilr ~i'-> liini".. l'I --,i ImmiiIi' ur.iiiili' i>.c lui cluiiln' |mi' iiolii' \'ic|iM' Illico.

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COLOGNE, la ville romane par excellence, l'antique capitale rhénane, est devenue l'un des centres les plus industriels el 1

par l'impérissable joyau gothique : la cathédrale, les pulais du ni-r^occ m

> tonnncrvants de rAllemagiie. Au c<iur de la vieille cité loulc parsemée d'églises el de maison^ ;'( [tignons dentelés e rif n..,- leur richesse In fioidcm de leurs vilni-^es et l'eniphiise de leurs slues.

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Planches iiSiigfrt;.

COLOGNE, i.i \ill'' T'iiiMiic |i;ir' i'\r»;ll<-ii«-f. r.iiilii|M4- (Mpil.ilf i Iti-ii^inc. i-sl ilc\fiiiir l'un <\r'. i-fiilii--. lr-> |ilii-> in<lii~'l rirU t-i

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f/ ALLEMAGNE MODERNE

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LES PROPORTIONS .1.. - Don, • son. .rnndioses : la nef est longue de ^^\..?^;^'^'^' ''" ^' ""•"^'* ei haute «le \V> nu-tres et les deux tlèches i.jourees selevenl M .. melrts.

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LE GRAND PORTAIL, fort b.au en soi, reste malgn- tout écrasé, hors de proportion avec TédiCce.

Pla.nchb I20 bis.

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LE GKAND PORTAIL. .... b- ;.u .•-. ^..,. ,, .i. uM^rr l.,ul -v. ...^ l.o.s.l. |..oi.n. li..„ .v.-.- IV.lilire.

PlA.NCHE ■ " O'S

partiment permettent de ne pas prendre le cigare d'un autre en sortant !

Dans les bureaux de poste, une balance est à la disposition du public. On pèse soimême ses lettres, avant de les affranchir, au lieu de faire la queue devant un guichet pour un geste aussi simple.

Au-dessus des boîtes aux lettres pour cartes postales, on lit dans beaucoup de villes cette inscription utile :

N'oubliez pas l'adresse et les timbresposte.

Les contrôleurs des tramways portent, encastrée sur la bandoulière de cuir qui tient leur sacoche, une petite éponge mouillée où ils passent leur index pour détacher les billets afin de ne pas en prendre deux à la fois !

Je regardai un jour à Francfort la grille d'une maison de petits rentiers. Chaque locataire avait sa boite à lettres et, au-dessus, un compartiment plus grand où le boulanger glisse chaque matin, à six heures, les petits pains chauds ; à côté de cette boîte, un bouton électrique où le porteur appuie pour prévenir que le client est servi. A la porte d'entrée de la même maison, un tuyau acoustique correspondant à la cuisine de chaque appartement, grâce auquel on peut s'épargner la peine de monter inutilement des étages.

Dans les villes du Rhin, comme à Mayence, les plaques des rues changent de

couleur, bleue ou rouge, suivant que les voies sont parallèles au Rhin ou perpendiculaires, de sorte que l'étranger, dès qu'il connaît ce simple détail, peut toujours se diriger seul à travers la ville.

Presque tout le monde a le téléphone chez soi, car le prix en est très bas. On a eu des amis à dîner, et il faut des voitures. Si on habite loin, il est quelquefois difficile d'en trouver à proximité. Un coup de téléphone à l'épicier ou au pharmacien, devant qui se trouve une station. Celui-ci fait marcher une sonnerie électrique extérieure : un cocher s'avance, deux, trois cochers, à qui on donne l'adresse. Et quelques minutes après on est servi...

J'ai dit qu'on ne voyait pas — ou guère — de pauvres dans les rues. En revanche, m'assure-t-on, ils se présentent très nombreux chez l'habitant.

L'Allemand, pratique, a inventé un moyen pour s'en débarrasser : il fait partie d'une Société de charité ou de plusieurs ; cela lui permet de mettre sur sa porte : Armenverein (Société des pauvres), qui veut dire : « Inutile de mendier ici. Allez à la Société, car il nous est défendu de donner nous-mêmes... »

Les Allemands se moquent aimablement de nous qui inscrivons sur nos maisons — même à Paris ! — cet avis orgueilleux : « Eau et gaz à tous les étages », comme si c'était là un luxe extrêmement rare.

Ville active, ambitieuse et fière. — Le Rhin est-il un fleuve français ? — Le caractère rhénan. — Richesse discrète des grandes familles. — Domination ploulocratique des populations protestantes. — La cathédrale. — La procession des Rameaux. — Le Rathaus. — Bourgmestre et adjoints. — Leur zèle administratif. — Fierté du citoyen de Cologne. — Supériorité des populations rhénanes. — Écoles techniques. — Promenades et voies publiques. — La destruction des vieux remparts. — Le Ring, anneau de verdure. — Cologne plus grande que Berlin. — Hôpitaux et orphelinats. — V hôpital d'enfants. — Une « Goutte de lait » qui peut compter. — Le lait, nourriture gratuite. — Pompes à incendie et postes de secours aux malades. — Le budget de la ville. — Prospérité. — L'électricité, l'eau, le gaz, les tram^vays monopolisés par la ville. — Bénéfices bien employés. — La légende des deux chevaux blancs et du mari incrédule. — Le port. — Les millions dépensés. — A défaut de subventions du gouvernement, les citoyens y vont de leur poche. — Souvenirs napoléoniens. — Activité silencieuse. — Propreté des quais. — Mécaniques perfectionnées. — Douze ou treize mille bateaux arrivent chaque année de Hollande, de Russie, d'Allemagne, d'Amérique. — Wagons-réservoirs et bateauxciternes. — Un ivagon de IS 000 litres vidé en une demi-heure. — Les caves. — Industries florissantes. — L'usine électrique de Bruhl. — L'usine Humboldt : installations minières. — Fabriques de câbles métalliques de Nippes et Leverkus. — L'Allemagne possède 8 millions de mètres de câbles sous-marins. — Elle fournit des câbles à l' Angleterre. — Communications directes avec ses colonies. — Le monopole anglais vaincu. — Progression de 1896 à 1906. — Dépendance de la France vis-à-vis de l'Angleterre et de l'Allemagne. — La fabrique de chocolat de M. Stollwerk. — Un homme qui aime la France. — La France maîtresse de la fabrication du chocolat. — Menier imbattable. — Visite de r usine. — Un douanier allemand, élève du Conservatoire

de Paris.

5^ OLOGNE est une ville active, ambitieuse, fière ; ses liabitants sont vifs (tout est relatif), accueillants, jovials, et son exemple prouve qu'on peut en ruème temps avoir une calhédrale commencée au tpmps de saint Louis et vivre dans le mouvement moderne cornni»^ uno villo n^nve du Nouveai] Monde. J»' ne xfiix ]m> >\\yo qno Ips Coiugnois soient des êtres frivoles, ni d'une exubérance marseillaise, ni qu'-i[i soit fi^'s à raser le Dom pour agrandi ir !a gare. Cologne, justement, est à l'abri de

ces excès, et c'est dans une mesure raisonnable qu'elle se pique de ne pas ressembler à la Prusse de l'Est et du Nord.

Mais, — cela vous saisit, — le caractère des Rhénans prouve, mieux que toutes les géographies et toutes les guerres, que le Rhin est bien un fleuve français. Le vifU\ ll'jUNO, liH, ne peut ([ue cijuler ses eaux vertes en gémissant. Le Rhénan crie par toutes ses qualités et par tous ses défauts qu'il n'est pas Germain.

Le Rliénan ost fier de so dire et qu'on dise de Ini (ju'il est de race plus intelligente que les Allemands des autres pro- \in('os. 11 est poli sans roidour ; il aime a vivre largement, gaiement ; la légère

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ivresse du vin lui paraît légitime et féconde pour l'esprit ; il aime le luxe, le brillant, l'apparat, les cortèges, tout ce que l'art peut embellir ; il soulTre d'attendre après ce qu'il désire, et la patience séculaire des habitants de l'Est lui serait insupportable. Il est violent, et ne cache pas ce qu'il pense. Assez frondeur et même républicain d'instinct, il n'a pas l'écrasement muet et ahuri du Prussien du Nord devant l'autorité du sergent de ville ; soldat, il veut comprendre les ordres qu'il reçoit ; civil, on le voit même contre la police, en paroles ; s'il assiste à une niche faite à la force publique, il ricane volontiers ; il est donc de l'opposition, — garantie de progrès, — mais son opposition ne va pas très loin. On le dit méfiant, et il sait se montrer enthousiaste et ardent au plaisir. Le carnaval de Cologne, vaste orgie, avec ses vingt-cinq sociétés carnavalesques, se moque de l'abrupt et revêche puritanisme qui voudrait museler sa vitalité triomphante. C'est, je crois, avec celui de Nice, le seul carnaval resté vraiment vivant en Europe. Cent mille étrangers viennent ici pendant ces fêtes païennes que le catholicisme lui-même n'a pu abolir.

RICHESSE DISCRÈTE La société choisie de Cologne « ne se montre pas sur la rue ». La richesse des Guilleaume, des Oppenheim, des Deichmann, des Stein, qui est considérable, ne s'affiche pas, comme à Francfort. Chose curieuse, dans cette région où le catholicisme domine de beaucoup, la vraie puissance financière et commerciale est protestante, à part deux ou trois exceptions que Ton cite. Toutefois on me fait remarquer, du côlé catholique, que les Stollvverk sont en majorité catholiques ainsi qu'un certain nombre d'autres fa-

milles riches de Cologne : les Bachem, les Braubach, les Glouth, les Coblenz, les Diel, Louis Hagen, Heidemann, Helbach, Hospelt, Neveu- Dumont, Michels, etc. Ce cercle protestant demeure extrêmement fermé ; les nouveaux enrichis ne peuvent y entrer. J'ai recherché les raisons de cette domination ploutocratique des populations protestantes. Un pasteur m'a dit :

« Il n'y a pas d'autre raison que l'éducation de l'esprit. Rousseau l'avait déjà formulé : les catholiques doivent apprendre à obéir, à croire sans discuter ; les protestants apprennent à se décider, ce qui développe chez ceux-ci le jugement et l'esprit de résolution, qualités supérieures du financier, du commerçant et de l'industriel. »

Il faudrait vérifier cela. Les pasteurs protestants n'instruisent-ils pas les enfants comme les prêtres catholiques? Et à l'âge où la religion s'apprend a-t-on assez de jugement et de raison pour mieux se décider ici que là? Il serait intéressant d'élucider ce problème économico-religieux.

Dans cette ville riche, pas plus d'équipages qu'à Francfort. Le goût n'y est pas, la tradition non plus. Les chevaux sont un luxe cher, et on fut longtemps pauvre ici. Maintenant que la fortune vient, les gens riches auront des automobiles.

LA CATHEDRALE Colognc a des rues étroites et mal emmanchées; celles qui conduisent à la cathédrale, du centre de la ville, sont inconfortables. Mais on peut tout pardonner à celles qui mènent à sa cathédrale ! J'ai rencontré des snobs et des snobinettes, — car il en est aussi en Allemagne, — qui ne l'aiment pas...

Pour eux, elle est trop finie. Pauvres infirmes qui n'ont d'admiration que pour

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