‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 60 sur 164 · LE VIEUX COLOGNE I · texte numérisé non relu

LE VIEUX COLOGNE I

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fait son devoir, et tout est en place. Des cafés de Java, de la cire du Japon, des huiles à machine américaines, du tabac des Philippines, de la gomme arabique, des jutes, des margarines, des peaux de bœuf séchées de l'Amérique du Sud, s'étalent sous les arcades basses des docks qui posent sur des piliers trapus et les font ressembler à des cloîtres anciens.

Pour Temmagasinage du pétrole et des alcools rectifiés, des systèmes ingénieux ont été appliqués. Les wagons-réservoirs et les bateaux-citernes arrivés au port sont mis par des tuyaux en relation avec les grands réservoirs des docks, d'une capacité de 1.200.000 litres, entourés d'une double enceinte de fer. Des pompes actionnées par l'électricité vident en une demiheure des wagons de 18.000 Htres, mécaniquement, sans l'aide d'aucun autre homme que l'ouvrier électricien chargé d'ouvrir le circuit. D'autres systèmes bien pratiques servent au remplissage des bouteilles. Le même procédé électrique permet à deux hommes de remplir vingt bouteilles à la fois en cinq secondes. On a bâti dans le sous-sol des caves admirables, comme celles du Médoc, pour les vins français, les vins du Sud et le cognac. Elles sont chauffées, l'hiver, à une température toujours égale; des thermomètres intérieurs, visibles du couloir, des appareils de réglage extérieur, rectifient la température à volonté. L'air chaud s'échappe par une grille placée près du plafond; l'air frais entre par le bas. Les tonneaux de toutes dimensions peuvent s'emmagasiner directement des bateaux dans ces caves; une immense grue est installée à l'entrée pour cet usage.

Et il ne faut pas oublier que nous sommes dans un port relativement petit,

puisque Cologne n'arrive qu'au septième rang parmi les ports fluviaux d'Allemagne, après Duisbourg et Rurhhort, après Mannheim, Ludwigshafen, Gustavbourg et Francfort, et que c'est un port purement municipal

INDUSTRIES o o Pourtant Cologne pros-

FLORISSANTES ^a,„ „ , , ^ ^

pere au gre de son ambition, et, lorsque de grandes industries seront venues s'installer dans les terrains que la ville a achetés autrefois près du futur port industriel, on verra grossir les statistiques locales selon le rêve des édiles. En attendant, l'industrie y est déjà florissante.

On y voit des brasseries, des usines de ciment, deux petites usines de produits chimiques, des fabriques de machines, entre autres la grande Société Humboldt! que j'ai visitée, deux fabriques de moteur à gaz, des fabriques de dynamite, de caoutchouc, de bronzes d'art, une verrerie, deux faïenceries, une dizaine d'usines d'électricité, la grande fabrique de câbles sous-marins de Leverkus, dont l'accès est interdit, la fabrique de wagons d'Ehrenfeld, une filature de coton, etc.

Aux environs de Cologne, à Brulh, a heu une tentative intéressante de transport de force électrique à la mine de charbon même. Au lieu de payer les frais de transport du combustible vers des stations lointaines, on fabrique la force sur les lieux, et on la distribue aux alentours. J'ai demandé les prix: l'électricité se vend à raison de 4 pfennigs, c'est-à-dire un sou l'heure pour une lampe de seize bougies. La Société fait de bonnes affaires elle donne 5 et 6 p. 100 de dividende à ses actionnaires. Et elle espère arriver à diminuer encore le prix de l'électricité. Je ne vous ferai pas la description de

l'usine Humboldt, à Kalk, près Cologne, dont la spécialité est la construction des machines nécessaires à l'industrie minière. Je voudrais seulement vous dire quelques mots en passant de son caractère et de son importance.

La plupart des installations minières d'Allemagne et de Belgique et beaucoup en France, en .\ngleterre et même en Amérique, ont été faites par elle. On est arrivé dans cette industrie à un point de perfectionnement remarquable. Ainsi, avant de consentir à installer la machinerie d'une usine, pompes, machines de lavage, de broyage, tables à secousse, chemins de transport, trains, etc., la fabrique fait étudier très sérieusement par ses ingénieurs spécialistes les matières à extraire. Il lui faut établir, d'abord, s'il y aura intérêt, par exemple, à broyer le minerai mécaniquement, à le classer et à le séparer automatiquement pour économiser la main-d'œuvre? Pour cela, il faut analyser les minéraux et voir si, à l'essai, les résultats sont bons. C'est à cette étude qu'est destiné l'atelier d'essais pour la préparation mécanique et le broyage.

Cet atelier d'essais est le chef-d'œuvre du genre. Tous les engins, toutes les machines imaginables sont là comme en un musée pratique, et c'est merveille de les voir fonctionn^T. L'ingéniosité humaine est arrivée à un degré presque miraculeux. Voilà lOU kilos de minerai qu'il s'agit de séparer et de claSvS^^r par Éjrosseurs sans port-' <K' temps et >an.-j main-d'œuvre iiiulil". hnns un cas on noiera ces minerais dans <\i' l'eau rourantf : une partie ilf^ produits, i^N plus Imui'iIs. tumb^^rôiit au fond ; l'autre partie, les plus légers, llotteront et suivront le rours de l'eau. Ou bien ils s^ class^rMut d^'uv- mêmes, d'aprôs

leurs dimensions, en passant sur un tamis gradué et mécanique ; ou bien les secousses légères et continue» qui seront imprimées à un crible automatique sépareront les corps de poids différent, ou bien, enfin, si les produits sont différents, on les fera passer sur une machine à proximité d'un champ magnétique qui les triera et les sélectionnera automatiquement selon leurs caractères magnétiques différents I

L'usine Humboldt, connue dans les deux mondes, avait, en 1857, 16 ouvriers, et la force motrice était fournie par 4 hommes au moyen d'une transmission. En 1872, le nombre des ouvriers montait à 450 ; il dépasse 2.600 aujourd'hui.

On fabrique aussi à l'usine Humboldt les appareils à bocarder le minerai d'or que j'avais vus fonctionner dans les mines d'or du Colorado. Et aussi des ventilateurs de mine accouplés à des moteurs, des pompes centrifuges, des broyeurs, des moulins, des concasseurs, des presses hydrau- Uques, des mélangeurs, des appareils à glace, des machines à fabriquer des câbles, que sais-je encore 1

Ce sont ces dernières qui me donnèrent l'idée d'aller visiter les fabriques de câbles métalliques de Nippes et de Leverkus.

Millieureusement, ces usines sont strictement ft^rm''*'s aux «'-t rangers. Mais on y parle volontiers.

Ainsi, a .\i[)pes, j'appris que l'Allemagne possède plus de 8 millions do mt'tres de câbles .sous-marins. A la Société Land nnd Scekdhrlivrrkr (râbles terrestres et sous-marins), on fabrique surtout les calil'S (!*» transmission de force, lumière et tnléplione ; on prétend être en avance sur les Anglais.

« Il n'v a pas vin^t ans, me disent les directeurs, qu'on l'abrique des câbles en Allema^xTie, et di'ja nous avons vendu des

réseaux de câbles en Angleterre, malgré les droits considérables dont on les grève. Les Anglais sont restés stationnaires ; leurs câbles en gutta-percha ne peuvent supporter de très hautes tensions. Nous faisons nos câbles en fibres qui ont subi une imprégnation et qui peuvent être exposés aux courants les plus puissants. Là comme dans beaucoup d'industries, les Anglais sont donc en retard. La preuve, c'est que nous avons livré, il n'y a pas longtemps, les câbles de Glasgow, et que l'usine Guilleaume de Leverkus a fourni tout le réseau de Londres. »

La Compagnie des câbles allemands a son siège central à Cologne. Je suis allé causer quelques heures avec son obligeant directeur, M. Postrat Pfitzner. Il m'a résumé l'état actuel de la situation de l'Allemagne au point de vue des câbles sous-marins vis-à-vis de l'Angleterre. Il est saisissant pour nous dans ses chiffres brefs et ses courtes indications géographiques.

Le problème se posait pour l'Allemagne, comme il se pose encore pour nous, de pouvoir communiquer avec ses colonies lointaines sans subir le contrôle de l'Angleterre. Et voici comme l'Allemagne s'y est prise.

C'est en 1890 qu'elle a inauguré sa politique d'indépendance. Alors, pour communiquer avec l'Amérique, il lui fallait passer par la Compagnie américaine deValentia à la Nouvelle-Ecosse. Elle établit donc, en 189G, après six ans de négociations, une ligne d'Emden (nouveau port situé sur la frontière de Hollande et d'Allemagne) à Vigo (Espagne).

Le gouvernement espagnol, intluencé par l'Angleterre, souleva successivement mille obstacles à l'autorisation qu'il fut pourtant enfin oblige de concéder après six ans de résistance.

En 1900, une ligne directe est créée entre Emden et New- York, par les Açores.

En 1903, une troisième ligne entre Emden et New-York, doublant la précédente.

En 1905, un câble est posé entre Constanza (Roumanie) et Constantinople, qui permet de télégraphier directement de Berlin à Constantinople. Autrefois, il fallait passer, soit par Trieste, soit par Vigo, et de là par le câble anglais qui dessert le Bosphore.

Vous avez suivi la progression? 1896- 1900, 1903-1905.

Puis on prépara à El-Arich, frontière d'Ègypie, un fil devant reher Constantinople à El-Arich par terre, en passant par l'Arabie, l'Asie Mineure. De manière à pouvoir télégraphier entre Berlin et Le Caire avec deux transmissions, puisque, comme on vient de le voir, Beriin est déjà relié à Constantinople par Constanza.

Enfin la Compagnie germano-néerlandaise a posé un câble entre Menado (dans les îles Célèbes), Jap (dans les Carolines) et Guam (petite île appartenant à l'Amérique, située un peu au nord des Carolines) et de Jap à Shanghaï. Jetez un coup d'œil sur la carte d'Extrême-Orient. Comme il existe déjà un câble entre Guam et San- Francisco, voilà les Indes néerlandaises reliées avec l'Amérique, et, par conséquent, avec l'Europe par câbles, indépendamment de l'Angleterre, de sorte que la colonie allemande de Kiao-Tcheou, déjà reliée avec Shanghaï, est en communication par Jap et Guam avec l'Amérique et l'Europe.

L'Europe se passait des câbles anglais pour correspondre autour du monde !

Une telle chose ne s'était jamais vue. Les Anglais avaient entouré le monde entier d'une bague de cuivre et de gutta-percha

qui faisait d'eux les arbitres du trafic télégraphique universel. Ce règne est fini. Et c'est l'Allemagne qui, dans ce domaine aussi, aura sonné la fin decette domination, en effet, tyrannique.

Et quelle leçon pour nous ! Voilà des années que la presse française gémit sur notre servage vis-à-vis des câbles anglais. Des commissions parlementaires étudièrent la question au cours de nombreuses législatures ; des ministres spirituels feignirent de s'en soucier, et nous n'avons pas avancé d'un pas ou fort peu.

Depuis quelques années, il existe bien un câble qui va de Tourane à Amoï (côte chinoise), où il se raccorde avec le câble danois qui côtoie la Chine et se rattache au réseau russe de Sibérie. D'autre part, la France est en train de poser un câble entre Saigon et Pontianak en Bornéo, ce qui nous reliera également, parle réseau germano-néerlandais, avec San-Francisco et, par conséquent, avec Le Havre. Mais dans le même temps l'Allemagne a posé 8.000 kilomètres de câbles et s'est affranchie totalement de l'Angleterre. Est-ce \me consolation de ne plus sentir la tyrannie des compagnies anglaises, si nous devons nous incliner devant les exigences des compagnies allemandes?

VISITE D'UNE FABRIQUE Jamais ridée ne DE CHOCOLAT o o o o j^g viendrait, en

France, d'aller visiter une fabrique de chocolat. Mais, arrivant à Cologne, après avoir vu les murs des villes, les glaces des tramways, les enseignes, les annonces des journaux remplis du nom de Stollwerk (comme chez nous l'obsession de Menier doit frapper l'étranger), je me décidai à me présenter à l'usine. Je ne le regrettai pas. Le patron de cette importante affaire

me reçut avec beaucoup d'amabilité et d'empressement.

« Oui, monsieur, dit-il, j'aime beaucoup la France, et je suis désolé que la paix ne se fasse pas plus vite entre nos deux pays, qui ont mille raisons de se rapprocher ; leurs intérêts ne sont pas opposes, ils pourraient se partager l'empire économique du monde 1 Et, quant à leurs caractères, ils se complètent si bien 1 N'est-ce pas votre avis? L'Allemand adore la vivacité et l'esprit français ; il reconnaît la maîtrise de son goût, de son élégance ; il en a besoin. D'un autre côté, nous avons des qualités solides de sérieux, de ténacité, d'assiduité, de patience, de travail, qui vous manquent quelquefois.

Ah ! quel dommage l quel dommage 1 »

L'excellent homme paraissait vraiment peiné des pensées qui l'agitaient. Je sentais qu'il était sincère et qu'il donnerait beaucoup pour le rapprochement des deux pays. Malheureusement, cela ne dépendait ni de lui, — ni de moi, — et je dus pour l'instant me résigner à la visite de l'usine de chocolat. J'ai oublié de vous dire qu'une odeur délicieuse de caramel emplissait les rues avoisinantes, et que les couloirs, les bureaux de la fabrique me faisaient l'effet d'une immense chocolatière fleurant bon le cacao et la vanille. Jusque dans le bureau de M. Stollwerk, qui a l'air d'une nef de cathédrale gothique, on sentait le parfum délicat de la bavaroise chaude, et cela donnait aux statues polychromes, aux vitraux, aux colonnes peintes de « l'office », un air de palais féerique dont les pierres seraient des pains d'épice beurrés de confitures, et les fenêtres de couleur de grandes plaques de sucre d'orge incrustées de dragées.

M. Stollwerk m'avait dit :

« Nous ne pouvons pas vendre nos

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SUR LE HEUMARKT Marché au foin) séirve la slaliieéqueslre do Fmiéric-Guillaume III. presque h l'ombre

de celle cathédrale donl il fui le premier restaurateur.

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LE PONT SUR LE RHIN. - En haut, le Pont «lu lUiin el. on bns, le l'onl Holien/ollein sonl parmi les plus beaux et les plus imp<>s;«nlsque l'industrie allemande mcule-ne ait jetés sur le prand lleuve germanique.

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produits en France : les fabricants français sont nos maîtres. Mais nous exportons en Russie, en Hollande, en Angleterre, en Amérique. Et même à cause des droits dont les Américains nous frappent, nous avons installé une fabrique de 300 ouvriers à New- York. »

L'usine de Cologne emploie L800 ouvriers, dont 1.200 femmes. Elle consomme 1.000 sacs de cacao de 60 kilos par semaine. Soixante voyageurs de commerce parcourent toute l'année l'Allemagne pour la vente des produits.

Dans le vestibule qui précède le bureau patronal, se trouve une cabine phonographique et sténographique. Le directeur parle son courrier dans un phonographe, puis le donne à une sténographe qui transcrit les lettres et les reproduit au moyen de la machine à écrire.

La visite de l'usine commence par les magasins de cacao remplis des milliers de sacs venus du Brésil et du Venezuela ; elle continue par les machines de décortiquage des grains de cacao : les capsules légères un peu broyées sont séparées du grain par un courant d'air et conservées pour être revendues aux usines de produits chimiques qui en tirent le tanin.

Puis on passe à la torréfaction, au concassage, puis à l'extraction du beurre, au mélange du sucre, au brassage des énormes masses brunes par des machines hélicoïdales qui n'arrivent jamais à se dépêtrer du mastic parfumé. Pendant presque une journée je me suis promené, sans tentation, dans l'immense bonbonnière. Ah ! que j'aurais voulu avoir avec moi un petit garçon bien gourmand ! Quel plaisir à voir ses yeux briller et ses lèvres humides

de concupiscence devant les bassins de chocolat liquide et les mottes de pâte onctueuse où ses mains auraient pu se poisser à l'aise, les claies où séchaient les crottes de chocolat par centaines de mille, les confiseries de toutes sortes, pastilles, berlingots, pralines, réglisses, fruits confits, dragées, et les objets moulés, les pipes, les cigares, les poissons, les lapins, les ânes, les cochons, les militaires, même les bustes des trois derniers empereurs d'Allemagne, de Bismarck, de Moltke, quel rêve de Paradis pour ses nuits, quel souvenir jusqu'à la fin de ses jours ! On visite encore la papeterie, la biscuiterie, l'atelier de menuiserie, où se confectionnent les boîtes : deux enfants de quatorze ou quinze ans en font 3.000 par jour à la machine ; les restaurants pour les ouvriers où un dîner leur est servi : soupe, viande et légumes pour 30 pfennigs (35 centimes).

En traversant les bâtiments où se fabriquent les marchandises pour l'exportation, — et gardés par la douane de l'Empire, puisque les matières premières qui y entrent ne payent pas de droits, — je m'entendis saluer en français; je me retournai, c'était un vieux douanier habillé de vert. Je répondis à sa politesse et lui demandai où il avait appris notre langue. Je m'attendais à ce qu'il me dise comme l'autre jour le portier d'une école allemande : «Sedan, Orléans, Paris...» Mais celui-ci me raconta : « J'ai fait la campagne du Mexique, puis j'ai servi en Algérie. J'étais élève du Conservatoire... Ah ! le beau Paris!...»

C'était un Alsacien échoué là après la guerre.

Rivalité entre Cologne et Dusseldorj. — Émulation économique. — L'impôt sur le revenu. — Diissel- (hrf, ville de résidence et capitale de district le plus industriel de V Allemagne. — Physionomie de la ville. — Des fleurs et de la verdure partout. — Mise en régie de Veau, du gaz, de V électricité, etc. — Traitement des bourgmestres. — Souvenirs de Napoléon. — Son entrée à Diisseldorf. — La maison de Henri Heine. — Brouille entre la Westphalie et Guillaume II. — Adoration de Bismarck. — La gaffe des usiniers west-

phaliens. Petit ridicule de Diisseldorf. — Les prétentions artistiques. — Le Malkasten. — La chambre

de Gœthe. Artistes joueurs de quilles. — Le major prussien, artiste révolutionnaire. — Le trésor du

lieu : signatures de Guillaume I", de Moltke et des officiers de la mission française. — Il y a une École des Beaux- Arts à Diisseldorf. — Des femmes n'y peuvent poser pour le nu. — U homme qui pose les Chloés et les Suzannes au bain. — Jusqu'où va la pudibonderie. — La peinture commerciale. — Héros du patriotisme local. — Le marbre brisé. — Collections du professeur Œder. — La vie de luxe. — Le Park-Hôtel.

— Les cafés. — Cabinets particuliers inconnus à Diisseldorf.

ROUVEz-vous qu'on soit plus élégant à Cologne qu'à Diisseldorf?

— Ne pensez-vous pas que les femmes de Diisseldorf sont plus chic que celles de Cologne ?

Telles sont les quesiiuii> (jiii iiH' furent posées une dizaine de fois dans les deux villes et auxqurllts il nie lut impossible de répondre. Je me questionnais lii-'i-niême vainement, ('ommc les deux ^andes cités ilirnarus n^' sont st^-parées que par une demi-heure d'express, j'allais de temps en temps de l'une à l'autre.

Quand j'étais à Cologne, Diisseldort' paraissait a mes yeux la fleur de l'élégance, et quand j^ rfven.us a husseldorf, le souvenir des coquetteries de Cologne m'opprimait... De sorte que voilà un grave

problème qui, pour ma part, restera toujours irrésolu.

RIVALITÉ 11 faut savoir qu'une rivalité redoutable les sépare. Entre elles, c'est un duel semblable à celui qui excite Brème contre Hambourg, Mayence contre Mannheim, Barmen contre Elberfeld, et, tant d'autres encore. Reste de l'ancien état de guern' qui [)endant de si longs siècles désola la dermanie.

L'animosité sanguinaire d'autrefois s'est transformée en cmulatiou ('conomiquc au bénélice de la civilisation, du progrès et, par conse({uent, du l)onheur des hommes. Aussi les deux villes s'endettent-elles à plaisir. Sitôt que Cologne innove, Diisseldorf s'attache à mieux faire, souvent mt'nne Diisseldorf devance la vieille capitale rhénane malgré son activité. C'est que Diisseldorf, avec ses 2.54.' m»') habitants,

est une ville toute moderne, sans passé encombrant, et que rien n'empêche d'aller en avant. Toutes deux écrasent leurs citoyens d'impôts, mais personne ne se plaint : l'impôt est progressif ; l'ouvrier qui ne gagne pas plus de 1.125 francs par an ne paye rien, c'est avec l'argent des gros revenus surtout que se bâtissent les écoles, les promenades, les maisons ouvrières, les hôpitaux, les crèches ; le suffrage universel n'a donc rien à dire. Quant aux bourgeois, à ceux qui payent, pas un ne proteste, puisque ce sont eux qui administrent, qui votent ces impôts municipaux — montant ici à 140 p. 100 des impôts de l'État. Leur gloire consiste à faire de Diisseldorf la ville moderne douée de tous les progrès, la plus jolie, la plus fraîche, la plus verte, la plus fleurie, la plus propre de l'Allemagne. Leur grande fierté, c'est d'entendre dire que Diisseldorf a l'air d'une ville de résidence. A quoi ils font aussitôt observer que pourtant elle est le centre et l'âme du district le plus industriel, le plus riche de l'Allemagne et le plus peuplé (400 habitants par kilomètre carré).

« Nos usines sont pourtant là. Mais l'étranger qui arrive ne les voit pas, et, par bonheur, quand le vent souffle, c'est presque toujours du côté de la ville, de sorte que jamais les fumées des cheminées n'y viennent. »

En efi'et, il est im{)ossible de penser, quand on se promène à travers ces rues plantées de beaux arbres, ces parcs qui se suivent avec la continuité d'un fleuve, ces bassins au milieu desquels s'élève comme un palais élégant le Park Hôtel, ces étangs où glissent des cygnes, ces groupes de pierre trop ambitieux pour ces cascatelles, qu'on est à deux pas de grandes aciéries, de la fabrique de canons Erhardt

et de cent industries encombrantes.

Montez dans un tramway, au hasard, au centre de la ville, à la Kœnig Allée, par exemple; elle est ombragée d'une triple ligne de grands marronniers, qui suivent le cours d'une sorte de canal coupé de ponts où s'adossent des fontaines et des jets d'eau. Le long de l'allée, du côté de l'eau, des parterres gazonnés plantés de massifs de giroflées et de jacinthes. De l'autre côté de la voie, une rangée de jolis magasins, un trottoir rempli de promeneurs après les heures de travail. C'est là que se réunit le persil de Diisseldorf, les officiers aussi bien que les calicots, les jeunes couturières et les demoisefles de magasin, et aussi les trois ou quatre fifles de marbre de la vifle, bien reconnaissables à leur modestie. Quelques jeunes Français, envoyés ici par leurs familles pour apprendre les affaires et la langue allemande, se sont aussitôt groupés dans le dessein de ne parler que le français et s'entraîner à apprendre le moins possible les affaires. Ils se signalent de loin à l'attention des promeneurs par l'éclat de leurs voix et l'ampleur de leur gesticulation. Sous les arbres, des bonnes d'enfants, tête nue, vêtues de toile rose, en tabliers blancs à berthes de broderies, traînent des voiturettes de rotin dont les capotes sont hermétiquement closes par deux petits rideaux de serge brune. Sur la chaussée, où les tramways passent, des employés galonnés nettoient l'asphalte et les rails des tramways. Aux carrefours, se dresse le casque de cuir à pointe nickelée du schutzmann.

Le tram quitte la Ko3nig Allée et arrive dans Friedrichstrasse. De nouveau, des fleurs, des massifs de rhododendrons et d'azalées, des jets d'eau encore au milieu des squares. Vous suivez Bilker Allée

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