‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 68 sur 164 · I .1 I .il'l'i lie l.i IxMl · texte numérisé non relu

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LA STATION BACTtRlÛLOGis^UE a iloochst renlcrnii' une ftnble pour Ifs atiiniaux de laljoraloire len haut). En bas, on procède à la réaction ophtalmique sur un bœuf.

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A riO\ F'>ACTKKIOLO(,l«^>L' \

Toccasion de comédies que je livre aux vaudevillistes. Un ouvrier du bleu découvre un jour sur les joues de sa femme des traces de rouge ; ses yeux s'ouvrent, il divorce ! Une autre fois un ouvrier du bleu diamyl croit reconnaître sur du linge de son ménage des traces de bleu cétone ; il demande à un chimiste de l'usine une expertise et reconnaît son malheur. On m'assure qu'il pardonna. Ce n'était qu'une question de nuance, peutêtre !

La Société a institué aussi un magasin coopératif fourni de tout ce qui est nécessaire à l'ouvrier et à l'employé. Ce vaste magasin fait près d'un million d'affaires par an, dont 125.000 francs de pain. Les acheteurs y trouvent de bonne marchandise au prix des boutiques de la ville, mais on leur répartit en fm d'année le bénéfice au prorata de leurs achats.

Des employés, des ouvriers venant au travail à bicyclette, un garage est à leur disposition, gratuitement : l'été on y voit un millier de machines et plus. C'est encore l'usine qui les leur fournit : elle passe des marchés de gros avec les fabricants et revend les bicyclettes à tempérament aux ouvriers. Elle n'y gagne rien, et même — me fait-on remarquer — y perd les intérêts de son avance. Une bibliothèque de 9.000 volumes est à la disposition de chacun ; elle se compose de livres de science, de voyage, de philosophie et de romans. Il y a une fanfare, naturellement, et plusieurs sociétés de chant.

Un village de retraite, composé d'une quarantaine de maisonnettes, est habité par les vieux travailleurs qui, au bout de vingt ans de service, jouissent du logement gratuit.

L'usine fournit les habillements de toile bleue que les ouvriers revêtent en arrivant

et qu'ils quittent après leur douche du soir.

La Société a fondé encore une école ménagère gratuite pour les filles des salariés ; un refuge pour invalides, veuves et orphelins, dont le capital est d'un million et demi ; une caisse d'épargne ; elle subventionne la caisse de secours et de maladie, paye elle-même le médecin, des indemnités supplémentaires aux malades, crée des lits gratuits dans les sanatoria pour malades ou convalescents, etc., etc. Et cela n'empêche pas les usines de Hœchst et celles de Mainkur de distribuer des dividendes de 10 à 20 p. 100 à leurs actionnaires.

Mais enfin, quelles sont les raisons de cette prospérité véritablement inouïe de l'industrie chimique en Allemagne, qui va jusqu'à ruiner toute concurrence étrangère? Et pourquoi la France est-elle restée en arrière? Car tel est le double point de vue où je me placerai toujours au cours de cette enquête. Une double leçon doit, en effet, sortir pour nous du succès des autres et de l'examen de nos fautes ou de nos manques. Les gens prospères ont le conseil facile, la réussite augmente la confiance en soi, et les Allemands répondirent assez volontiers à ma curiosité.

OPINION D'UN Écoutez parler d'abord le PROFESSEUR profcsscur Fischerj qui passe pour l'un des premiers chimistes de l'Allemagne. Il professe à l'Université de Berlin, et son laboratoire est peut-être le plus couru de la capitale. C'est un homme de haute taille, à la barbe grisonnante qui fut noire ; une expression de bonté et de simplicité l'emplit tout entière : un peu, d'ensemble, la tête d'un Hœckel. Sa modestie, qui n'est pas jouée, dépasse tout ce qu'on peut rêver, comme il est

facile d'en juger à ses premiers mots : « Ce qui a fait le succès de l'industrie chimique, me dit le savant, c'est le génie d'organisation des Prussiens, leur ordre, et surtout leur persévérance. Ensuite viendrait leur science, qui est grande parce qu'elle s'est spécialisée. Dans les usines allemandes, parmi des milliers de chimistes, il s'en trouve qui mériteraient de prendre un siège de professeur à l'Université. Inversement, vous voyez très souvent des privat-docent, des agrégés, allant dans les usines travailler, gagner leur vie et, en même temps, étudier. Nous appelons, dans les écoles de chimie industrielle de l'État, des chimistes d'usines qui viennent y faire des cours de technique. Ainsi se créent ces liens étroits et si puissants entre les savants et les industriels qui vous expliquent aussi, en partie, notre succès. Cette sympathie, cette solidarité sont générales chez nous, et dans l'industrie mécanique les mêmes rapports existent entre la science et l'industrie, entre le comptoir et le laboratoire. Les industriels encouragent les études scientifiques de toutes leurs forces, directement et indirectement. Ai-je besoin pour une expérience d'un produit cher ou rare que je ne puis me procurer facilement: j'écris mon embarras à un fabricant qui m envoie aussitôt ce qui me manque. Si de nouveaux laboratoires sont nécessaires quelque part, les usiniers usent de leur pouvoir, de leurs relations pour les obtenir .lu I\Trlpment ou du Gouvernement. Cela entreti^Tit iino émulation '{ui fut [(.irtout de la vie antuiir des études et des recherches.

— Pourtant, dis-je au professeur Fischer, puisque 1h <hiînit' pst une science où les Allemands sont passés maîtres, n'y a-t-il pas dans votre maîtrise une .supériorité de méthode? »

Le savant allemand secoua la tête :

« Du tout, du tout, fit-il délibérément. Notre supériorité ne vient en aucune façon de la méthode, mais de la liberté. »

Il insista sur ce mot plusieurs fois de suite.

« De quelle liberté? fis-je.

— De la liberté d'apprendre, répondit-il. Nous acceptons tout le monde dans nos laboratoires, en Allemagne. Ce fut le principe de Liebig, quand il ouvrit en 1827 son premier cours à Giessen. Et vous comprenez tout de suite l'avantage qu'il y a pour un élève à ne pas apprendre la chimie dans des livres et par des calculs, comme on le faisait en France et en Angleterre, mais à manipuler des produits, faire de la chimie, dans un laboratoire, comme en Allemagne.

— Comment, dis-je, incrédule, en France les élèves de chimie, dans les Universités, ne travaillaient pas dans les laboratoires ? »

M. Fischer rit de mon étonnement :

« Mais non, dit-il, ni en France, ni en Angleterre. Les laboratoires fermés étaient des sanctuaires où les maîtres ne recevaient un disciple préféré que par une grâce particulière.

— Est-ce possible? insistai-je.

— C'est ainsi.

— Et à présent?

— A présent, il y a aussi quelques labor.MtoirPs ouverts en France. Celui de M. Wiiitz. le jiromier grand laboratoire français, Mil bali vers 1877, à Paris.

M. lis ils xiiit onroro brnuroup plus restreints qu'en .\lleniai,^no.

« Il existe pourtant une raison à l'isolement où se tenaient les [)rofesseurs, concéda M. Fischer. C'étaient eux qui payaient de leur poche souvent plate les frais de laboratoire. Et les produits coûtaient assez

cher. Chez nous, Liebig eut le mérite de deviner l'essor qu'allait prendre la chimie appliquée et d'en convaincre le gouvernement. Il obtint ainsi des subventions des États qui permirent d'étendre les études expérimentales et de multiplier les laboratoires ouverts. En Angleterre comme en France, on ne s'en occupa guère sans doute, ou bien les gouvernements de l'époque furent-ils réfractaires ? Toujours est-il que depuis quatre-vingts ans tous nos élèves chimistes font de la chimie de laboratoire. De sorte que, lorsqu'en 1856 le grand Anglais Perkins trouva la mauvéine dans le goudron, l'Allemagne avait une véritable armée de chimistes à la fois savants et praticiens, tout prêts au travail et à la lutte. De là les progrès énormes que nous fîmes en si peu de temps dans l'industrie des colorants. »

J'étais un peu étonné d'apprendre ces choses. Donc, jusqu'à présent, chez nous, la chimie s'enseignait au tableau noir et dans des livres, tandis qu'en Allemagne elle s'enseignait avec des produits, des fourneaux et des cornues? Cependant une objection me revint, que je soumis à mon interlocuteur :

« Mais la chimie n'est-elle pas, en effet, une science spéculative par excellence ?

— Pour faire un bon chimiste, réponditil, il faut employer à la fois la spéculation et l'expérience, beaucoup, beaucoup manipuler, travailler avec ses mains, avec ses yeux, avec son nez, avec ses oreilles, avec son sang, conclut-il en graduant ses intonations jusqu'au ton de la passion.

« Tous vos grands chimistes français le savent bien ! Car la France en eut toujours d'excellents. Même à la un du xviii^ siècle, Lavoisier, Berthollet furent les sommets de la science européenne, et aujourd'hui Berthelot reste un grand

maître. Néanmoins, chez vous, les chimistes se comptent. Ici, ils sont innombrables. Or, l'industrie a besoin de grandes masses sans cesse renouvelées de savants et aussi de travailleurs. Et vous nous rattraperez difficilement, car, je le répète, nous possédons une armée de chercheurs et une organisation de soixante ans en avance sur la vôtre.

«Voulez-vous voir mes laboratoires?»

VISITE DES ,, Où sont les cavernes des LABORATOIRES alchimistcs et le petit antre obscur où Balthazar Claës recherchait l'absolu ? Nous voici dans de grandes salles claires. Cinquante élèves et plus peuvent travailler à l'aise. De chaque côté, des tables à étagères, encombrées de flacons, d'éprouvettes, de cornets, de réchauds, de serpentins, de cuvettes, de robinets, de verres, de tubes, d'entonnoirs, de filtres. Chaque élève dispose de toutes les forces de la nature : électricité, gaz, eau, vide. Il lui suffit d'étendre la main.

Le soleil éclaire à pleins rayons les locaux multicolores. Aucune odeur.

« Nous avons toujours de l'air pur ici, me dit le professeur. Il nous vient du jardin que vous apercevez là, par le puits creusé sous cet arbre, et nous l'introduisons dans nos classes par pression. Voici les cheminées d'appel. \'ous voyez comme la ventilation est aisée. »

Nous parcourûmes les trois étages où se succédaient les salles de manipulation et les cabinets de recherches des assistants. C'était l'heure du dîner de midi, et la plupart des élèves étaient partis. Quelques-uns, attardés devant leurs appareils, ne levaient pas la tète à notre passage ; d'autres s'approchaient de leur professeur et lui montraient au fond des éprouvettes des liquides jaunâtres, il

L'ALLEMAGNE >! o D E R N E

mettait le verre en transparence sur la lumière, regardait avec intensité, puis, rapidement, passait.

« C'est ici que nous faisons des recherches sur les albuminoïdes, » dit-il à un moment.

Deux cent cinquante élèves, du matin au soir, travaillent là sous la direction de leur maître.

« Ils s'instruisent pratiquement et théoriquement, puis s'en vont dans les usines, et comme ils possèdent la méthode, y font leurs découvertes. »

Outre ces laboratoires d'élèves, il y a ceux des assistants et celui du professeur. L'un s'occupe de thermochimie, l'autre de photographie, ou d'électrochimie, d'optique chimique, de métallurgie, en un mot de toutes les applications possibles de la science chimique à l'industrie.

« Vous savez cela, me dit le savant. Les professeurs eux-mêmes travaillent, inventent des produits, des couleurs, des parfums, des corps albuminoïdes, des sérums, vendent leurs brevets à une usine, qui les intéresse au produit de leur découverte. Ainsi le D^ Liebermann, professeur à l'École polytechnique de Berlin, trouva l'alizarine qui tua la garance.

Knorr était mon assistant quand il dé-

couvrit l'antipyrine, ici même ! Moi aussi j'ai des brevets. Certains font la fortune de leurs possesseurs, d'autres ne rapportent rien.

— Et combien coûte un Institut comme celui-ci?

— Il a coûté 2 millions à construire, et son entretien annuel s'élève à 80.000 francs.

— Ce n'est pas cher, s'il vous donne les premiers chimistes du monde.

— Oh ! il existe bien d'autres écoles que la mienne ! Vous en trouverez dans toute l'Allemagne, créées ou subventionnées par le gouvernement, les villes, les syndicats d'industriels ou même privés, entretenues par les professeurs eux-mêmes.

« Mais surtout, appuya-t-il fortement, ne croyez pas que les savants suffisent à faire la fortune de l'industrie. Le vrai secret de la réussite de l'Allemagne, la raison capitale, plus importante que la sérieuse instruction de ses savants, et même que les inventions, c'est « l'organisation des usines ». Là est le triomphe indiscutable du Prussien sur l'Anglais, le Français et même l'Américain. Mais ceci est une question de psychologie. Je constate, voilà tout, car « je n'analyse que les « corps! » fit en riant le grand professeur. »

A HOECHST. — Kii hi.ul. on fait

MJMr ;i un jjorc la \ .ic^uutlujii h\ (nxlci uuquc. tu Ijus, on opère la saignetd'un cheval en Iraitcmenl à la station.

Planche 147.

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HANOVRE a dr In-s jolies maisons KonuissaïK-c el l'une «1rs plus l)f'lles. iinjounlliui convi-rlie en Musi'-e, csl celle de Leihnilz, donl la nii;a<le esl richement décorée de sculptures.

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