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t>-flKi.li.iri, Berlin,
HANOVk£. — On arrive au ciuileau du llint- uliuuàt-u |iar une alite de tilleuls de deux kdoinèlrcs de lonfc
et l'on pénèh-e dans un parc dessiné à la manière de Le Noire.
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HANOVRE
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HANOVRE
Froideur de V Allemand du Nord. — Pittoresque de la vieille capitale guelfe. — Dualisme. — La promenade du roi Georges. — La chope quotidienne. — La maison de Leibnitz. — Les deux fauteuils. — La maison de Charlotte. — Un tombeau qui s'ouvre de lui-même. — Lutte contre le conservatisme et Vesprit de progrès. — Guelfes et Gibelins. — Loyalisme hanovrien. — Prospérité décuplée. — Des protestations qui s'affaiblissent. — Le Versailles hanovrien : Herrenhausen. — Le parc. — Mythologies ridicules. — La carrosserie et le Musée de famille. — Vieilles nippes et saintes reliques. — Le moisi suggère le respect. — En quoi les Allemands
ressemblent aux Américains.
^ETTE fois, nous sommes bien chez les Allemands du Nord, froids, bourrus et mornes. Et Ton n'aurait pas l'envie de s'attarder ici si l'on cherchait seulement des gens agréables à rencontrer. Ils sont presque tous blonds, vous regardent de leurs yeux clairs et glacés qui n'aiment guère les figures rougeaudes et sans expression, et leur affabilité est à peu prés nulle. Mais Hanovre m'a paru une des villes les plus pittoresques de l'Allemagne du Nord, ce qui n'est pourtant pas sa réputation.
Est-ce la suggestion de l'histoire, ou qu'en réalité la ville est très visitée par les Anglais? Mais, à la tenue des gens, à la correction de leur mise, il me parut, à plusieurs reprises, que je me trouvais dans un quartier élégant de cité anglaise. La ville est vraiment double. D'un côté,
la partie moderne et commerçante, aux voies larges comme la Georgstrasse, traversée des nombreux tramways rapides qui égayent de leur timbre les allées et venues des passants taciturnes et la froideur des rues admirablement nettes et propres, la gare monumentale, la place du Théâtre à la façade ornée de statues devant lesquelles il est inutile de s'arrêter ; le café Kropcke, situé dans un pavillon entouré des verdures de la place, centre du mouvement et des élégances, les jolis magasins, le nouveau Rathaus, à peine achevé, qui égalera par sa splendeur ceux des plus riches cités allemandes, les jardins publics et les vastes parcs, donnent à cette partie de la ville l'aspect d'une capitale un peu morose.
D'autre part, la vieille capitale guelfe a ses antiques maisons endormies au bord d'une rivière boueuse, la Leine, les unes, droites encore avec leur quatre étages surmontés d'un pignon, leurs façades grises
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dont les fenêtres, si petites qu'un pot de géranium suffît à les cacher, s'ouvrent à l'extérieur, égayées de minuscules vitres éblouissantes au soleil comme autant de miroirs ; les autres, si branlantes et décrépites qu'on dirait de toutes petites vieilles ratatinées, courbées et chancelantes malgré leurs bâtons. Des rues étroites, des ponts de bois sur l'eau, les tours de l'ancienne maréchaussée, des places entourées de maisons dont les murs s'inclinent à leur fantaisie et d'apparence si antique qu'on a surnommé l'une d'elles, de forme allongée et dont la toiture est à deux pentes, « l'Arche de Noé ». C'est à travers ces ruelles presque solitaires que le bon roi aveugle Georges V faisait chaque jour sa promenade. Accompagné d'un seul officier qui guidait sa marche, il quittait son palais après le déjeuner, suivait le quai de la Leine, s'engageait dans le Klostergang, petit boyau bordé de maisons sordides, pavé de larges dalles, où trois hommes ne pourraient passer de front, et faisait volontiers une station dans une modeste auberge nommée, je crois, Klosterhalle. Là, il buvait une chope de bière sous le regard respectueux de ses sujets. On raconte qu'il répondait gracieusement à ceux qui osaient l'aborder, et qu'il savait à merveille, malgré sa cécité, deviner leur cori'iih'ri par leur langage. J'ai refait cette promenade du roi Georges. L'auberge existe encore avec sa palissade de planches, et, commo autrefois, flotte dans ces allées étroites tt humides l'odeur fade et aigre dp^ vipiljp-; ru^s .dl^mandes, mélange de friture refroidie, de choux cuits et de cigare éteint.
Près de rp moyen âge raccommodé et recrépi qui semble ne pas vi)ul"!r tuourir, HanovTe a de tr*'S j^li^'s ni,iis'.n.-5 Renais-
sance, aux riches façades finement découpées, ornées de fenêtres à meneaux, de loggias, de bas-reliefs sculptés et qu'allège l'envolée fière de leurs pignons à redans. L'une des plus jolies, aujourd'hui convertie en musée, est celle de Leibnitz, une merveille. Assez large dans le bas, elle se rétrécit d'une fenêtre d'étage en étage à partir du troisième et s'en va finir au huitième avec une seule lucarne au sommet pointu du triangle qui se couronne d'une statue. D'harmonieuses et abondantes sculptures relevées d'or, de frêles obélisques, une loggia surmontée d'un fronton richement travaillé, des ferronneries protégeant les baies du rez-de-chaussée, ornent cette façade, qui semble un joyau précieux : là vécut Leibnitz. On y montre le fauteuil, usé jusqu'à la corde, où il mourut. Mais à la bibliothèque, où un comité de savants inventorie depuis quatre ans les papiers innombrables qu'il a laissés, on conserve un autre fauteuil où il mourut également... C'est au visiteur de choisir.
Dans ce même coin de ville s'élève le vieux Rathaus, tout en briques de couleur et vernissées, d'un joli gothique attrayant et gai. Plus loin, d'anciens palais ont l'air de simples maisons un peu vastes, à façades plates, coupées par un poi'tiqii*' 'jV''<' 'jiii .-l'avance suc ((uatre colonnes. Us servent à présent de buieaux à la municipalité ou au gouvernement.
Des auvents de toile <?rise et tachée de rr^nllf. repljps mmme (ies capotes de voituif an d>ssii> des fenêtres, leur font un cadre vieillot et mélancolique. Ici, cela s'appelle des marquises.
A voir ces vieux qiiartiers, nn oublie (ju>' Hanovre est une capitale moderne.
Il s'y rencontre encore de petits omnibus à un iheval pouvant contenir juste huit
personnes et qu'on paraît vouloir utiliser jusqu'à la mort des chevaux, évidemment prochaine. Dans les rues avoisinant le Vieux-Marché, du côté de l'ancien hôtel de ville, on trouve aussi, amenés par les paysans des environs, de vieux véhicules longs et massifs, qui ressemblent aux chariots des rois fainéants.
Charlotte Kestner, l'héroïne de Werther, mourut à Hanovre, dans une rue tranquille qui n'a rien de remarquable, au premier étage d'une maison banale dont le rezde-chaussée est occupé par un libraireantiquaire. A sa porte, une vitrine accrochée renferme des photographies et des caricatures du couple célèbre. Une plaque de marbre scellée dans le mur du premier étage porte, en lettres dont la dorure s'enva, une inscription rappelant sa naissance à Wetzlar, en 1753, et sa mort ici en 1823. Gœthe la revit vraisemblablement dans cette maison en 1814, quarante ans après la publication de Werther. Charlotte avait soixante et un ans, Gœthe soixante-dix ans. Le mari, Kestner, était mort en 1800. A regarder cette maison du trottoir solitaire d'en face, le seuil, les fenêtres, toute la rue, en pensant à ces personnages, un parfum d'antique poussière romantique vous monte au cerveau... On vit dans une Allemagne rajeunie de cent ans, métaphysique, philosophante et cosmopolite.
Je suis allé aussi au cimetière où se trouve le tombeau de Charlotte. Mais je l'ai peu regardé. Mon attention fut aussitôt attirée vers un mausolée voisin, dont la pierre était brisée et soulevée par les racines d'un grand bouleau qui avait poussé on ne sait comment sous la dalle et ouvert la tombe. Sans doute, une graine apportée par le vent se blottit dans un interstice du monument; elle germa et, devenue un grand arbre, lit éclater les
armatures de fer qui retenaient les dalles et entr'ouvrit le tombeau. Par une rencontre au moins bizarre, sur la pierre on voit inscrit les mots orgueilleux :
Dièses aujewig erkaufte Begràhniss.
Darf nie geôffnet werden.
C'est-à-dire :
Défense de jamais ouvrir ce tombeau, acquis à perpétuité {Erbaut, 1782).
On a respecté ce miracle. L'arbre est devenu très gros et très haut. De toute évidence, ses racines font aujourd'hui corps avec le squelette : l'on dirait %Taiment qu'il est l'efflorescence du mort...
Il semblerait que, malgré tout, malgré la Prusse qui apporta l'industrie, malgré l'industrie qui créa l'aisance et quadrupla la population, les deux influences, celle du progrès et celle du conservatisme, s'opposent encore sourdement. On n'a pas l'impression d'une véritable activité visible, comme dans les villes du Rhin et de la Westphalie par exemple.
GUELFES o Et cette dualité apparente ET GIBELINS ^^^^^^ ^^^^^ paraît-il, l'état
intellectuel et moral des habitants de Hanovre. Il existe encore, en effet, des Guelfes et des Gibelins, des gens qui regrettent depuis 1866 la domination des anciens rois et continuent à protester du fond de leur cœur contre l'annexion de la Prusse. Mais cette minorité diminue de jour en jour et s'éteindra comme s'éteindra bientôt le dernier cheval du dernier omnibus. Ce culte du souvenir est touchant, justement par sa timidité et sa grandissante solitude. Les Hanovriens n'aiment pas les Prussiens, certes, mais ne montrent pas leur antipathie. Ce qui est plus visible, c'est la colonne élevée en commémoration de Waterloo et celle en l'honneur de Bis-
marck, au sommet de laquelle, les jours de ses anniversaires, on allume des feux de joie, comme cela se passe dans une grande quantité de villes allemandes.
Le loyalisme hanovrien est donc purement sentimental, et il ne peut en être autrement, car, depuis la domination prussienne, l'ancien royaume tout entier a prospéré. En 1852, la ville avait 50.000 habitants ; en 1879, 106.000 ; elle en compte aujourd'hui 250.000, près de 300.000 avec son faubourg de Linden.
Un fonctionnaire prussien m'a dit :
« On consulterait maintenant le Hanovre sur son désir de revenir à ses anciens rois ou de continuer à être gouverné par la Prusse, qu'on serait étonné de l'infime minorité des gens — des très vieilles gens — qui se prononceraient pour le retour à l'ancien état de choses. Sous la domination de la Prusse, la ville a quadruplé d'importance, on a bâti partout, respectant les vastes espaces plantés d'arbres, dont on fit les squares, les promenades et les parcs que vous voyez...
Les industries se sont multipliées, et toutes progressent. Qui peut regretter tout cela? D'ailleurs, les protestations en 1866 furent assez faibles. Le seul signe d'opposition des habitants le jour où nos troupes pénétrèrent dans la ville (17 juin 1866) consista à fermer leurs volets. De plus, ils reçurent mal les soldats chez eux. Nous prîmes la chose comme il convenait, en souriant. Le temps, la bonne administration et la prospérité firent le reste. Aujourd'hui, aux élections, vous voyez bien élire des candidats guelfes contre des candidats plus ou moins officiels, mais c'est seulement parce que ces démonstrations n'ont pas une véritable importance. Si elles devaient signifier : retour au passé, à la misère de la précédente administra-
tion, à la médiocrité, à l'isolement du Hanovre au milieu de voisins actifs et prospères, on verrait ce qu'il resterait des Guelfes devant le scrutin...
Et pourtant, l'atmosphère subsiste de la vieille royauté, le conquérant l'a respectée, et on peut la retrouver dans le vieux palais, l'ancien Rathaus, la maison de Leibnitz, qui sentent encore la poussière et l'histoire, mais surtout au milieu de ce xviiie siècle très fané, presque moisi, conservé au Versailles hanovrien, à Herrenhausen, le château des rois de Hanovre.
Oh ! la petite vie mesquine et pesante qu'ils devaient mener là ! Aujourd'hui, les bons bourgeois de la ville viennent se promener dans les allées des jardins à la française, entre les hautes charmilles, près des pièces d'eau, des parterres fleuris et des mythologies informes et ridicules.
Quelle mélancolie doivent éprouver devant ces souvenirs médiocres les Guelfes fidèles, ceux qui affichent encore bravement leur loyalisme et leur haine de l'usurpateur en laissant flotter dans leur jardin, — là où ils le peuvent, — le drapeau hanovrien, et qui font apprendre à leurs filles les révérences de l'ancienne Cour !
L'Aflemagne est le pays des royautés mortes. Des trois ou quatre cents souverains qui se partageaient la domination au xviii® siècle, il n'en reste plus guère qu'une trentaine aujourd'hui. H serait intéressant de se promener un jour parmi ces ruines, de les reconstituer pour l'histoire, de noter ce qui en subsiste de pitoyable ou de cocasse, ou d'émouvant peut-être. Le peu que j'ai appris des mœurs de l'ancienne Cour de Hanovre m'a fait penser à cette reconstitution : le protocole étroit, singé des grandes Cours pompeuses d'Autriche et de France, —
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