‹ L'Allemagne moderne [microform]; ouvrage illustré de [626] illustrations hors texte en couleurs et en noirChapitre 70 sur 164 · I-, NN · texte numérisé non relu

I-, NN

Neuc phol. Gp*cnsch;»fr, Berlin.

HANOVRE. — 1.0 Musée provincial, coiistniil d;ins lo slyle Heiiaissance. renlVrmc linU-ressanle sfalcrit-

CnmlHM'land »'t le MusOe des (iuelfes.

Uélius. Ktres

HANOVRE. — I.a fontaine <li' Flaenscl ri (Jrelel fitie el soiir de notre l'elil l'uutel.

Ncue phnt t.fSFlls' h.ift. Urrlin

HANOVRE, — Cflle tombe, respecirc des liomnies, ;i ité l)i/.arremenl violée par la nature.

PLANCHt lij.

HANOVRE. • l.i- Nlii^ir |>i>>viii<'i;i|, ciiii-^liiiil il.ui^ le •»! \ If lirihiios^mc c. ri-iil'iTiiir I inlrn--'~.irili- ::;ili'iii-

( !iiliii>i'i'hi|l<l l'I !<• Mil>.ff i!c^ ( iiii'Itr-

-fiiii[^^\iiiniîn/.- M . . •

^"■1»'=' ■ Il II II !' J-U^ïx

HANOVRE. 1... |. .1.1. un. Il.irri-. I . . 1.1. U'I.

Ililffl ^'1 III il»' lllillf l'clll l'iil.l-fl

\ ■ i.ti.if I .•-■.l'ii^ h iti. l;*-tj''«

HANOVRE. t.illc l.iiiiiM , n's|)<M-l4'f lies ImmiiK-.. I <ti- l»i/.ii iiMHiil violii- |..ir l;i ii:thiii'.

i,rH^ ''

moins la pompe, — la rigidité des mœurs, rexistence chiche, rabougrie, de la famille royale, des personnages de l'entourage, des serviteurs, ce mélange de luxe piteux et d'avarice, de prétention et d'étriquement.

On arrive au château de Herrenhausen par une splcndide allée de tilleuls de 2 kilomètres de long. Le château lui-même n'est pas ouvert au public, mais on l'aperçoit du parc. Il se compose de deux constructions presque juxtaposées, séparées seulement par des massifs de verdure et formées chacune d'un corps de bâtiment central à un seul étage, flanqué de deux ailes en retour. L'ensemble est gris, presque sale, et si morne ; aux fenêtres, des feuilles de papier bleu de Prusse tiennent lieu de rideaux et mettent en relief les ouvertures régulières de la façade. Dans la cour, formée par le retour des deux ailes, des parterres aux formes géométriques, et tout près, appuyé à une terrasse surélevée, un bufi'et à cinq compartiments, sans eau, aux marches ornées de pauvres rocailles, de coquillages d'enfants, imitation puérile et laide de quelque chose qui devrait être joli. On affirme que ce château est « dans le goût de Versailles ». Mais cette grande maison sans style, sans ornements, à la façade plate et étroite surmontée d'un fronton, n'a vraiment aucune espèce de rapport avec le palais de Louis XIV : tout au plus pourrait-il être comparé aux communs du château.

Comme partout en Allemagne, le jardin, les pelouses, les allées sont magnifiques. Le parc est dessiné «à la manière de Le Nôtre » : des cabinets de verdure, des arbres taillés,

Des arbres que monsieur Despréaux eût signés, des parterres, des charmilles, des quinconces, des bassins peuplés de poissons

rouges, dont l'un renferme une fontaine dont le jet d'eau monte à 67 mètres (le plus haut du continent, dit le guide).

Il y a même aussi, dans les allées et les pourtours, ô détresse ! des statues. L'affligeante laideur de ces monstres antiques, de ces nymphes bâties comme des maritornes, de ces Dianes fessues, de ces Hercules courtauds, le bas des reins sur les moflets, de ces Apollons œdémateux ! Je me souviens surtout d'une femme de rOlympe dont le ventre en bulbe servait d'appui à un petit enfant : tout cela disproportionné comme des caricatures, et caricatures en effet, qui durent être commandées à quelque marbrier mégalomane.

C'est piètre, triste et comique.

Si l'on ne regarde pas ces monstres, le coup d'œil de ces charmifles, de ces lointains d'arbres et de pelouses est du plus joli effet.

Quelques beaux palmiers, des cocos, des bambous de très grande hauteur, sont enfermés dans une vaste serre qui se dresse au milieu d'un autre jardin plus sauvage, sans statues, et où poussent librement lilas, églantiers, aubépines, acacias, en ce moment tout en fleur et qui parfument de nature l'atmosphère de cette vieille demeure grognonne et morfondue.

Toute la carrosserie et la sellerie de l'ancienne royauté se sont réfugiées dans des hangars et des écuries proches du château où on vous les révèle, « moyennant pourboire», avec un respect qui fait rire. Sous des housses qu'on soulève pour vous, des voitures rouges et dorées, des harnachements armoriés, j usqu'à des fouets qui servirent encore en 1866.

Presque en face, dans une petite maison de campagne au jardin abandonné, le gardien montre une collection de tableaux, c'est-à-dire d'affreuses croûtes, qui sont

les portraits de centaines de monarques, généraux, courtisans, pasteurs de la Cour, professeurs, et qui paraissent avoir été peints à la grosse par des élèves de première année de l'École des Beaux-Arts.

Dans le musée de famille, voisin du musée des voitures, également ouvert « moyennant pourboire », on voit des chevaux empaillés célèbres à la Cour de l'ancien roi : l'arabe s'appelait Ibrahim, l'anglais s'appelait Blucher, et le troisième, pommelé, Biscroma. Sous des vitrines s'étalent la couronne royale ornée de quelques diamants et d'émeraudes sans doute faux, les vêtements de la reine Marie, son manteau de cour à traîne, les coussins où ses genoux se posaient à la messe, des souliers d'enfant en cuir bleu et en cuir rose qui furent ceux de Georges V l'aveugle, tout l'attirail militaire du roi, épaulettes d'or à graines d'épinard, glands d'or, des uniformes de hussard rouge, de chasseur, de garde du corps, de dragon bleu, l'uniforme de feld-maréchal qu'il portait en 1866...

Une odeur de moisi monte des vieux planchers et se dégage des murs. Dans des cadres, encore des portraits d'une ribambelle de rois et de grands-ducs, Wurtemberg, Saxe, Hesse, Prusse, avec leurs femmes, leurs enfants, leurs précepteurs, leurs médecins, que sais-je encore. Il faudrait avoir le temps de bien regarder ces figures, ce serait le seul inté-

rêt de cette exhibition. Mais le gardien marche...

Ce gardien nous présente ces nippes et ces oripeaux comme des reliques saintes : à la vérité, pour lui, ces cocardes, ces tresses, ces képis, ces poches de houzard, ces plumets, ces glands, ces galons d'or et ces rubans d'argent représentent quelque chose d'aussi important que le manteau de Charlemagne ou le linceul du Christ. Et l'on finit par s'irriter de la disproportion entre ce respect et la valeur des objets.

Les Allemands, comme les Américains auxquels ils ressemblent par plus d'un côté, se croient forcés d'admirer tout ce qui est vieux. Ils ne l'aiment pas vraiment, puisque, heureusement pour eux, ils le remplacent, chaque fois qu'ils le peuvent, par du clinquant neuf. Mais ils le respectent. En Allemagne, on ne discute pas plus le bric-à-brac rouillé que les autorités consacrées. La monarchie bénéficie de cet état d'esprit, et le patriotisme aidant, ces rois caquedeniers, ces grands-ducs pince-mailles finissent par prendre figure de héros grâce à leurs archives solitaires et à leurs musées funèbres. L'odeur sépulcrale qui émane de ces débris puérils du passé, les visiteurs la prennent pour un parfum sacré, et comme on n'y touche pas, ces perruques mangées aux vers et ces cluiroas fanés suggèrent le respect.

Page 1