QUELQUES VILLES
ELBERFELD, BARMEN, CREFELD, etc
Villes jumelles et rivales. — La Wupper. — Tramway électrique aérien. — Aspect des villes — Rivalité traditionnelle.— Sajcons et Francs. — Luthériens et calvinistes. — Mots historiques (?). -~ Immigration des protestants français, première cause de prospérité. — Imitation des produits étrangers. — Force du crédit
— Opinion de MM. Hinsberg et Schwartzschild. — Krupp aurait sombré vingt fois sans l'appui des banques. — Impôt de 15 p. 100 sur le revenu. — Le bourgeois paie pour Vouvrier. ~ L'Empire abuse
— Une grande spécialité de la région : V industrie textile. — Une fabrique de passementeries. — La Parisienne ne marchande pas Varticle qui lui plaît. — Berlin exige le bon marché. — Une collection d'échantillons de 150.000 francs. — Grosses affaires et petits bénéfices. — Le Français veut gagner beaucoup pour peu d'efforts
— Tarifs douaniers peu gênants. — Droits de douanes supérieurs au prix de la marchandise. — Clients français. — Comment on fabrique des lacets. — Fabrique de coton mercerisé. — Une soirée au Club de Barmenet au Théâtre Municipal. — Le centre de la fabrication de la soie : Crefeld. — En quoi consiste la supériorité de Lyon. — Raisons de son infériorité au point de vue commercial. — Théorie du moindre effort. — L'abus des intermédiaires. — L'Allemand les supprime. — L'industrie allemande vit d'imitation. — A quoi servent les langues vivantes. — Patrons voyageurs. — Intelligentes initiatives françaises : MM. Du plan
et Gillet.
'ai, par acquit de conscience et pour pouvoir vous en donner une idée, visité à peu près toutes les villes des districts industriels de Westphalie et de la Province Rhénane. Elles se ressemblent et, quand vous en connaîtrez une, vous les connaîtrez toutes.
Elberfeld et Barmen, villes jumelles et rivales, pullulantes d'usines chimiques et textiles, riches et grouillantes de toutes les activités, s'étendent, tout en longueur, sur un étroit espace au fond de la vallée
resserrée de la Wupper, petite rivière sale, au lit caillouteux. Leurs vieilles maisons s'élèvent de chaque côté du val étroit. Mais, à mesure que les villes se développent, les constructions neuves, riches villas ou maisons ouvrières, escaladent les collines qui l'enserrent, grimpent jusqu'à leur couronne verdoyante. La Wup{)ei\ souillée par les eaux polychromes qui sortent des teintureries, reste cependant le centre de l'activité régionale. Les fabriques, les bureaux, les entrepôts baignent leurs pieds dans ses eaux sinistres ; des gargouilles y déversent des liquides fumants, jaunes, verts, bleus, noirs. Ici, la rivière est un ruisseau sanglant . la-bas,
une écume jaunâtre se ride sur une eau limoneuse ; parfois un lac bleu se forme, bien vite sali par un égout voisin. Jadis, la toile de toute l'Allemagne du Nord était blanchie dans la Wupper, célèbre pour la clarté de ses eaux. Çà et là, le lit pierreux se rétrécit, et sur les tertres laissés libres un pommier fleurit, vestige des temps très lointains où la Wupper traversait une riante vallée bordée de pâturages. Aujourd'hui, les vergers et les prés ont disparu, et la Wupper n'a plus pour décor que les énormes piliers de fer qui soutiennent au-dessus de son cours un tramway électrique suspendu dans les airs. Comme la rivière n'est point navigable et que les rues tortueuses et étroites ne permettent pas partout l'établissement facile des moyens de communication, on imagina de faire suivre le cours de la rivière par un tramway aérien. D'énormes arches de fer, en forme de trapèze, s'élèvent de 20 mètres en 20 mètres, appuyant leurs pieds de chaque côté du fleuve. Et, sous l'armature métallique, une sorte de tube oblong court à toute vitesse, les rails en dessus : ce sont les « cars » de ce tramway nouveau modèle qui contiennent cinquante voyageurs. Toutes les minutes à peu près, ils passent ainsi à 20 ou 30 mètres au-dessus de l'eau ou de la rue. Le soir, aux lumières, au milieu des vieilles maisons noires, du ciel enfumé, du bruit des trolleys, cette sorte de torpille illuminée file dans l'air, comme la fantastique apparition d'une de ces machines fabuleuses qu'imagine Wells dans ses contes de l'avenir : cela s'appelle le Schwebebahn, chemin suspendu. Sa longueur totale est de 13 kilomètres. Il avait coûté 12 millions.
A l'intérieur du wagon j'ai noté un système de réclame ingénieux. Sitôt que le train quitte la station où il vient de s'arrê-
ter, automatiquement le nom de la station prochaine apparaît en sonnant. On regarde, et tout autour de l'indication des réclames se montrent. Par la portière, l'œil s'amuse aux mélanges chimiques des eaux empoisonnées, au défilé des milliers de fabriques dont les façades s'alignent le long de la rivière.
Nous sommes en un jour de printemps et pourtant dans les rues tout est noir. La pluie ne réussit pas à délayer sur le pavé une sorte de cirage glissant ; le ciel bas, couvert d'épais nuages, tombe sur les vieilles maisons westphaliennes. Ellesmêmes sembleraient de deuil habillées, avec leur revêtement d'ardoises sombres qui s'empare des façades comme du toit, sans les contrevents verts et les petites fenêtres blanches qui les égayent un peu. Les habitants de Barmen sont cependant fiers de leur ville. Ils vous montrent avec orgueil leurs grands magasins tout neufs — d'une construction si légère où la pierre s'aperçoit si peu qu'on dirait de grandes serres de deux ou trois étages. Ils sont fiers aussi de leur « Ruhmsehalle » inauguré le 22 mars 1897, élevé à la gloire des trois empereurs. Sur le frontispice on lit : « A leurs Empereurs, les citoyens de Barmen.» Au rez-de-chaussée, sous une coupole ajourée, des statues du vieux
Guillaume, deFrédéricIII,deGuillaume II lui-même, en marbre blanc.
Dans les salles du premier étage se trouve une exposition permanente de tableaux.
RIVALITÉ o o o o TRADITIONNELLE
Elberfeld et Barmen ont, à elles deux, près de 320.000 habitants ; elles se touchent, rien ne les sépare — sinon leur rivalité ! A Elberfeld, au milieu d'une rue, quelqu'un me dit, en me montrant deux trot-
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HANOVRE. — En haul. l'imposant château des Guelfes a été transformé en école des Hautes Études techniques. — En bas, la Georpslrasse, la grande rue moderne et commerçante.
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