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CONVERSATION AVEC LE PRESIDENT

DU u NORDDEUTSCHER LLOYD )). — LE RÎZ

.1/. Melchior de Vogiié, bon reparler. — Le président du Lloyd reprend à son compte une théorie marxiste.

— Raisons de lu crise maritime française exposée par un Allemand compétent. — Primes mortelles. — Promenades fructueu.<}es sur les océans. — Un navire n'est pas fait pour porter des marchandises. — Critique des ports français. — Jalousie des ports. — Impuissance du Parlement. — Le canal du Rhin à l'Elbe.

— Le commerce du riz. — Les moulins brémois. — J/. Rickmer. — Le plus grand cinq-mâts du monde. —

Une vraie fille saxonne.

î^ M eu l'avantage de pouvoir m'entretenir avec le président de la célèbre Compagnie du Norddeutscher LLoyd, M. Plate.

Dans une belle étude sur tjrême et les ports de la îlanse qu'il publiait il y i un an, M Melchior de Vogué nousa fait connaître \î. i'iaté par une interview que, bon reporter, il avait prise au président du Lloyd. Écoutez d'abord parler sur i i vernir du capital ce richissime capitaliste qui ost ii la tét- d'une des plus grosses ailanus tiu monde.

<' L'oppKsitiun ({u'on *''t;d>]it ontir le capital et le travail, avait dit M. Plate a réminf'nt H<-'ddém'in<'n^ est un non-sf^ns.

Elle a existé ; elle ne sera bientôt plus qu'un souvenir historique. On raisonne comme s'il s'agisvsait de deux quantités différentes et égales ; en réalité, il n'y en a qu'une qui compte, le travail. Le capital ne sera désormais quelque chose que dans la mesure où il saura se faire l'un des outils du travail ; il ne vaudra ni plus ni moins que les autres outils indispensables à ce travail. Voyez la baisse constante du taux de l'intérêt ; un jour viendra vraisemblabiomerit où il tombera à rien, ou fif.-.jiif ri>Mi. I^utrt' des mains oisives et malhabiles, le cnpihil n»' "iimptt'ra plus par lui-même, en tant qu'' lorco indépendante: nos fils n'y veirunt <juuri des élénionts nécessaires à rori:aiii>at ion du travail. »

'l'illo ost la thèse économiqur» du tout-

puissant financier, qui est en même temps le fondateur et l'âme de cette admirable Bourse des cotons de Brème en train de devenir l'arbitre du coton en Europe.

Qu'on soit ou non de son avis, qu'on l'approuve ou le discute, il y a intérêt à écouter parler un homme dont l'activité est mêlée à de telles entreprises.

Je dis à M. Plate :

« Vous qui assistez et participez à la prospérité extraordinaire des ports allemands, comment expliquez-vous notre arrêt et vos progrès?

— C'est bien simple, monsieur, me répondit-il assez brutalement. Votre système de primes à la marine, c'est la mort. Vous donnez de l'argent pour ne rien faire : on ne fait rien !

«Mais, ajouta-t-il, le résultat le plus cocasse de ce système, c'est que l'argent que vous distribuez ainsi a profité jusqu'à présent à des Allemands et à des Anglais...»

M. Plate riait de cette chose, en effet

comique.

« Je ne devrais pas dire cela, ajoutat-il, puisque ce sont mes compatriotes qui bénéficient de vos erreui-s... Mais puisque vous me demandez mon avis, je vous le donne en toute honnêteté.

— Est-ce possible? fis-je incrédule. Et de quelle façon cette anomalie peut-elle se produire?

— Le fait est très connu en Allemagne, me répondit-il. Quand la loi sur les primes fut votée en France, vos armateurs la laissèrent dormir. Ils n'en profitèrent pas. Il eût fallu construire et construire encore des bateaux, et ils n'en construisaient pas. Voyant cela, des groupes étrangers fondèrent en France des Sociétés de bateaux avec dt^s capitaux allemands et anglais, — puisque les capitaux français conti-

nuaient à se refuser, — et je vous assure qu'on en construisit, des bateaux I Alors commença l'exploitation des kilomètres...

Vous savez, n'est-ce pas, que l'État français payait une somme importante pour chaque kilomètre parcouru sur mer, même par un bateau vide... On fit donc des tours du monde bien rémunérateurs, aux frais de la princesse française, — n'est-ce pas ainsi que vous dites en France? Et c'est de cette façon qu'Anglais et Allemands s'enrichirent sans mal et sans douleur. Un armateur me disait qu'en huit ans, en promenant ainsi son bateau vide, il avait regagné le prix de sa construction. On m'a cité le cas d'un magnifique quatre-mâts français refusant à Hambourg un chargement pour Calcutta, préférant s'en aller vide en Australie et ne pas perdre son temps en route. Il y gagnait davantage,

— Mais, pardon, fis-je, la loi française vient d'être changée. Il faut désormais naviguer avec des marchandises...

— Non, rien n'est changé, répondit le président du Lloyd, ou du moins c'est à peu près la même chose. Il faut un tiers ou un quart de fret pour profiter de la prime... Le mal est le même... Il y a quatre ans, les Américains parlèrent d'instituer aussi des primes pour contre-balancer l'effet des primes françaises. Les Allemands, de leur côté, dirent : « Nous aussi alors 1 » Mais à la Hamburg-Amerika et au Lloyd, nous avons déclaré que nous ne voulions pas de primes... Et vous pensez (ju'avec notre tonnage et nos parcours nous aurions pu nous enriciiir... C'eût été la mort de notre initiative et de notre activité, et le coniniencement de la déchéance de la marine commerciale allemande.

Nous nous sommes coiistitui's et avons grandi sans l'État. Nous pouvons vi devons vivre sans lui... D'ailleui-s, v.4ie

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