‹ L'Allemagne moderne; son évolutionChapitre 13 sur 38 · FONDATION DE L'UNITÈ ALLEMANDE · texte numérisé non relu

FONDATION DE L'UNITÈ ALLEMANDE

1870, son inoffensive et bavarde suffisance. Et l'Allemagne avait à sa tête un homme qui savait ce qu'il voulait et vit tout le parti que l'on pouvait tirer de cette haine de l'ennemi héréditaire pour parachever l'œuvre de l'unité allemande.

Bismarck partageait-il, au fond de l'âme les préjugés nationaux contre l'ennemi héréditaire ? On peut en douter, et nos historiens ont fait observer qu'il était, dans tous les cas, exempt de tout romantisme chauvin et plus capable, peut-être, que la plupart de ses compatriotes, de rendre justice aux qualités solides de notre race. Croyait-il même la guerre franco-allemande inévitable et a-t-il systématiquement travaillé à en hâter l'explosion? On discute sur la date exacte à laquelle la nécessité de la guerre s'est imposée à son esprit. Est-ce en 1866, au moment où l'indiscrète tentative d'une médiation française et les rodomontades de la presse impériale déchaînaient, dans l'Allemagne toute entière, une colère unanime? L'affaire du Luxembourg estelle déjà un traquenard tendu à notre gouvernement pour le pousser à la guerre ? Ou bien la décision de Bismarck ne fùt-elle prise que lorsqu'il comprit, en 1869, que l'adjonction spontanée et pacifique de la Bavière à la Confédération germanique n'était plus possible et qu'il fallait mettre les Bavarois en demeure de marcher avec la France contre l'Allemagne, ou avec l'Allemagne contre la France? On ne sait au juste. Mais ce qui est certain c'est que, un peu plus tôt ou un peu plus tard, le moment vint où Bismarck fut convaincu que la guerre était fatale, que la France ne se résignerait jamais à la formation d'une grande puissance militaire sur ses frontières, que par conséquent il ne fallait pas lui laisser choisir son heure mais tâcher, au contraire, de la prévenir. Rien, d'ailleurs, ne cimenterait mieux l'unité allemande que le sang versé en commun sur les champs de bataille. L'unité allemande sous l'hégémonie prussienne avait été imposée à l'Autriche et

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à l'Allemagne par la guerre de 1866 : il restait à l'imposer au dehors par une guerre nationale contre la France, qui démontrerait à l'Europe la puissance de l'Allemagne unie.

Le jour où Bismarck eut clairement perçu cette nécessité son parti fut arrêté. Il fallait hâter l'explosion de la guerre. Mais il fallait aussi que, dans cette, guerre, l'agression vînt de la France. On sait avec quel art il sut tirer parti de l'état d'énervement et d'irritation où se trouvait l'opinion publique en France pour nous précipiter dans une guerre qu'au fond nous ne souhaitions pas et qu'un peu de sangfroid eût peut-être suffi à écarter de nous, — pour pousser le gouvernement impérial à la faute irréparable qui le fît apparaître comme le perturbateur de la paix publique — pour mettre ainsi toutes les apparences du bon droit de son côté et persuader à ses compatriotes comme à l'Europe que l'Allemagne était victime d'une inqualifiable agression. La guerre n'aurait pas eu lieu, peut-être, si nous avions su prendre nettement conscience de la volonté pacifique qui dominait dans le pays et demeurer calmes en présence des adroites sollicitations par lesquelles notre adversaire cherchait à nous piquer au vif. A ce point de vue nous portons, sans doute, la responsabililc de la guerre. Mais la volonté qui l'a voulue le phis passionnément, qui l'a préparée et préméditée avec l'habileté la plus consciente, qui l'a finalement rendue inévitable par les « audacieuses retouches » de la dépêche d'Ems, c'est à coup sûr Bismarck. Et cette volonté n'est pas l'arbitraire résolution d'une ambition individuelle. Bismarck avait la ferme conviction qu'en déchaînant la guerre il menait sa patrie vers l'accomplissement de sa mission providentielle, il incarnait celte volonté de puissance de l'Allemagne impcrialisLe qui la poussait à reprendre son rang en Europe et la conduisait, après des siècles d'éclipsé et d'humiliation, vers un avenir de gloire et de prospérité.

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Quand les armes eurent prononcé, quand pour la seconde fois l'audace du grand ministre eut été couronnée de succès, quand, le 18 janvier 1871, dans la Galerie des Glaces de Versailles, le roi Guillaume eut repris « la dignité, restée vacante plus de GO ans, d'Empereur allemand », l'unité nationale se trouva définitivement fondée. Sans doute les traités par lesquels les puissances du Sud, la Bavière, le Wurtemberg et le pays de Bade se liaient à leur tour aux Elals de la Confédération du Nord pour constituer TEmpire furent au premier moment une déception pour les libéraux unitaires. Ils eussent souhaité une refonte radicale de l'Allemagne et rêvaient d'une grande monarchie unifiée avec pouvoir central fort. Mais les « droits réservés», que Bismarck consentit à reconnaître aux Elals du Sud n'étaient, que d'inolfcnsives concessions de forme faites aux susceptibilités ou aux préjugés particularistes et ne mirent jamais en péril l'unité de la nation. Les souverains allemands gardaient en apparence une autonomie assez étendue. En réalité, ils étaient irrémédiablement déchus de leur puissance effective. Les rivalités qui avaient jadis paralysé la force allemande ne pouvaient plus renaître ; elles se réduisaient désormais aux proportions d'insignifiantes querelles provinciales auxquelles on ne peut attribuer aucune imporlance sérieuse. Depuis la guerre de 1870, il n'y a plus enAUemagne d'Etats, mais seulement des provinces. De plus en plus l'autorité de l'Empereur s'est affirmée prépondérante et les institutions d'Empire se sont développées dans le sens unitaire. L'Allemagne nouvelle qu'avait forgée Bismarck n'était pas une simple fédération d'Etats indépendants, mais bien une robuste monarchie militaire à peine plus décentralisée que les autres Etats européens.

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