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Ainsi le protestantisme vise, de par sa nature, à concilier en une synthèse aussi parfaite que possible les deux grandes conceptions de l'Univers qui se disputent les âmes modernes, le christianisme et le rationalisme scientifique. Alors que, dans les pays de foi catholique, en France notamment, la rencontre de la Religion et de la Science aboutit à la lutte ouverte et violente entre l'Eglise et les philosophes, elle s'effectue, dans l'Allemagne protestante de la façon la plus pacifique. Les deux puissances rivales, au lieu de s'exterminer mutuellement cherchent à s'accorder et concluent une alliance.

Au xviu= siècle le déisme rationaliste de l'ère des lumières apparaît déjà comme une première tentative de fusion entre les deux principes antagonistes. On proclame l'identité entre le système de la nature que construisent les philosophes et l'explication de l'Univers qu'enseignent les théologiens. « La Raison et la Révélation, déclare Wolf, ne sauraient se contredire puisque l'une et l'autre viennent de Dieu, source unique de vérité qui la transmet par ces deux canaux. « Et tout s'arrange en effet moyennant quelques concessions de part et d'autre. Les philosophes démontrent par des arguments rationnels l'existence d'un Lieu souverainement bon, puissant et sage comme créateur de l'Univers, ainsi que l'immortalité de l'âme. Ils insistent sur l'harmonie de la nature ; ils affirment leur foi optimiste dans un

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progrès indéfini de l'humanité. Les théologiens de leur côté éliminent, comme nous l'avons vu, le surnaturel de la Bible, atténuent le caractère pessimiste du christianisme primitif, font passer au premier plan la prédication morale. Et ainsi se constitue une philosophie religieuse qui donne satisfaction à la fois aux religieux et aux hommes de science. Elle fait front à la fois contre les « radicaux » des deux partis. Elle combat les athées, les contempteurs de la « religion naturelle ». Elle fulmine contre Spinoza, la victime expiatoire qui a dû se jeter dans l'abîme pour montrer à la philosophie cartésienne et leibnizienne les voies dangereuses où il ne fallait pas s'engager. Elle condamne Voltaire, Helvétius et les Encyclopédistes, dont le matérialisme effréné était de nature à alarmer les esprits modérés et à les rejeter dans les bras de la superstition. Et elle s'élève aussi, d'autre part, contre les sectaires fanatiques et ignares des « religions positives », contre les orthodoxes intolérants et hypocrites, contre les piétistes bigots et bornés, contre les Jésuites surtout, auteurs invisibles et partout présents d'une vaste conspiration contre la liberté et les lumières.

Le rationalisme a incontestablement rendu à l'Allemagne des services signalés. Sa foi généreuse dans l'efficacité de la volonté intelligente, son effort pour atténuer les divergences confessionnelles et dégager des religions positives un idéal universellement humain méritent à tout jamais l'estime et le respect. Et son action s'est montrée tout particulièrement bienfaisante en ce qu'elle a favorisé la diffusion en Allemagne d'un patrimoine d'idées et de sentiments communs à toute la nation. Accepté non pas seulement par les hommes de haute culture mais aussi par le clergé, protégé par le gouvernement, le rationalisme a pu pénétrer jusque dans les couches profondes du peuple. Par la prédication et par l'école primaire, il a pu répandre ses principes fondamentaux — la liberté de pensée et de cons-

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cience, le libre usage de la raison dans toutes les circonstances de la vie. l'habitude de la réflexion et de la conscience de soi — jusque dans les masses mêmes. Il a marqué à son empreinte une fraction très considérable de la nation. Il a maintenu ainsi dans la vie spirituelle de la nation une certaine unité . Grâce à lui les classes supérieures n'ont pas perdu tout contact avec l'idéal religieux de la masse ; et la masse n'est pas restée étrangère à la culture qui s'est répandue parmi l'élite.

11 faut reconnaître en revanche que cette culture de l'ère des lumières était de qualité médiocre. Optimiste et dogmatique, assuré d'avoir expliqué le mystère du monde, d'avoir trouvé la solution de tous les grands problèmes psychologiques ou moraux, métaphysiques ou religieux, convaincu de connaître de science certaine le sens de la vie, tranchant dans ses affirmations, le rationalisme était une conception de la vie appropriée à des hommes profondément honnêtes et respectables, sans indiscrète curiosité d'esprit, peu enclins aux raffinements de pensée ou de sentiment, peu accessibles au doute, aux inquiétudes de conscience non plus qu'à l'exal- ^•'tation passionnelle et religieuse. — Mais il ne pouf vait, à la longue, satisfaire l'élite intellectuelle. Sa psychologie était vraiment trop rudimentaire. Dans son enthousiasme peu clairvoyant pour la raison et pour la science il n'a pas su estimer à leur valeur les forces « irrationnelles » de la nature humaine. 11 a dédaigné ou tenu pour suspecte l'imagination ; il s'est défié de la sensibilité et de la passion ; il a cru pouvoir ramener la morale à un calcul d'intérêt ; il a presque aboli l'élément mystique de la religion. Toutes ces puissances qu'il combattait ou qu'il méprisait, l'instinct, la sensibilité, l'imagination créatrice, la foi morale et religieuse se coalisèrent pour mettre fin à une domination injustifiée et qui se faisait tracassière.

Et l'on s'aperçut en même temps que la conci-

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liation tentée par le rationalisme entre la Science et la Foi n'était point une véritable synthèse mais un compromis boiteux qui ne tarda pas à mécontenter tout le monde. Les esprits religieux virent dans le rationalisme un athéisme à peine déguisé. Quant aux esprits vraiment scientifiques, ils le considéraient avec Lessing comme « un rapiéçage fait par des maladroits et des demi-philosophes », et reprochaient aux champions des lumières d'être « beaucoup trop peu théologiens et de longtemps pas assez philosophes » . Et si de nos jours un Nietzsche s'est élevé avec tant de véhémence contre le protestantisme, s'il l'appelle « une hémiplégie du christianisme et de la raison », c'est précisément à cause de son aptitude à conclure des compromis bâtards et mal venus tels que le rationalisme. — Vers la fin du xvm" siècle il est entièrement discrédité parmi l'élite intellectuelle de la nation : il s'effondre sous le mépris et le ridicule.

Tandis que le rationalisme vieilli s'éteint lentement parmi les railleries de l'Allemagne cultivée, on voit se produire une nouvelle et grandiose tentative de conciliation entre la Science et la Foi : celle de Kant et de l'idéalisme allemand.

Alors que les rationalistes se faisaient les champions des prétentions de la raison, ou, plus exactement, .pour nous servir d'une formule de Fichte, « de l'intelligence naturelle qui se développe en dehors de toute culture et de toute morale », l'idéalisme allemand soumet ces prétentions à une rigou-" reuse critique et met fin à la souveraineté despotique de la raison théorique.

Contre les intellectuels purs qui proclament que la vraie dignité de l'homme réside dans la connaissance, Kant proclame « le primat de la raison pratique ». L'homme n'est pas seulement un être pensant, il est avant tout un être agissant. Ce n'est pas uniquement par la raison théorique qu'il atteint la vérité et parvient à la certitude. Dans le lait de. la conscience du devoir qui domine notre activité,!

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nous possédons une certitude aussi complète, aussi absolue — plus absolue môme — que la certitude rationnelle. Or la conscience morale, lorsque nous analysons ses données, nous révèle la loi de l'Impératif catégorique du devoir — une loi qui ne nous est point imposée par une autorité extérieure mais que nous nous donnons à nous-mêmes et qui nous commande de faire le bien, non pas en vue de toi avantage, ni pour telle raison d'utilité pratique, mais d'une façon absolue et parce que c'est le bien. Cette loi du devoir est pour Kant une vérité absolument certaine, hors de tout doute possible. C'est un postulat de la raison pratique. C'est, somme toute, un acte de foi, mais qui nous procure une évidence aussi éclatante que celle de la science même.

Et sur la base de ce «fait de la Raison pratique », Kant éd'fic la religion de l'idéalisme. Dieu est parce qu'il est la condition nécessaire de la loi morale. L'existence de Dieu est un postulat de la raison pratique, une affirmation non point théorique mais pratique, qui a sa source dans un besoin moral, besoin non pas individuel, d'ailleurs, mais universel et nécessaire comme la Raison elle-même. Nous croyons en Dieu parce que nous croyons à la réalité du Devoir, parce que, sans Dieu, l'Impératif catégorique cesserait d'être concevable comme loi réelle de la volonté humaine. La foi religieuse est ainsi, selon la formule kantienne, une « croyance rationnelle », Vcrnunffglauben.

Ayant ainsi montré dans l'effort éternel de la volonté vers la régénération et le salut l'essence de la vie religieuse de l'humanité, Kant nous expose la genèse de cet idéal religieux. L'homme n'étant pas capable de s'élever du premier coup jusqu'à la claire conscience de sa destination et de sa vraie nature, la « foi rationnelle » se manifeste d'abord au sftin du genre humain sous la forme d'une révélation divine qui s'impose d'autorité à la croyance comme l'expression de la volonté même de Dieu. L'Eglise

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visible, dépositaire et gardienne de cette révélation, oblige les fidèles à croire en un certain nombre de faits historiques qu'ils doivent admettre sans discussion, et de dogmes ou statuts auxquels ils sont tenus de se soumettre aveuglément. Mais ces éléments irrationnels de la religion tendent peu à peu à se spiritualiser, à se résorber. Au fur et à mesure que l'humanité se rapproche de sa maturité elle « rationalise » les éléments historiques de la foi ecclésiastique, elle apprend à identifier graduelle- I ment la foi ecclésiastique avec la foi rationnelle.

Cette identification est possible, elle est nécessaire. La foi dans le Christ même n'est pas, en définitive, pour Kant, une croyance en un fait historique. C'est la foi dans le type le plus idéal de l'Humanité, dans l'Homme totalement régénéré, radicalement bon. Fils de Dieu par conséquent; c'est la foi dans la possibilité de notre régénération, dans la réalité de la loi du devoir et de notre destination morale. L'humanité formée à l'école des Eglises visibles tend donc graduellement à se constituer en une « Eglise invisible » où il n'y a plus ni hiérarchie ecclésiastique ni dogme révélé, où chaque fidèle est prêtre, où la foi historique en une révélation divine et l'obéissance irraisonnée aux ordres de Dieu se sont épanouies finalement en une « foi rationnelle » autonome et consciente.

Ainsi : une conception générale de la vie, fondée non pas exclusivement sur l'intelligence mais sur la « totalité » de la nature humaine et en particulier sur la raison et la volonté morale ; une religion fondée sur le fait de l'obligation morale et qui jaillit des profondeurs de l'âme humaine sans être imposée du dehors à l'homme par une révélation surnaturelle ; — une philosophie religieuse qui relie le passé au présent et montre dans les religions traditionnelles les étapes nécessaires par lesquelles l'humanité s'est élevée peu à peu à la conscience de la religion naturelle— tels sont, semble-t-il, les traits essentiels

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de ridéalisme allemand. Par là ce mouvement se décèle bien comme un effort de l'esprit protestant pour donner une interprétation d'ensemble de l'univers conforme à ses tendances intimes, tout à la fois strictement scientifique et profondément religieuse, faisant état de toutes les conquêtes de la liaison moderne et respectueuse aussi, cependant, des croyances du passé. Ce n'est point à tort que les historiens de la pensée allemande s'accordent aujourd'hui en général pour voir en Kant le plus grand représentant moderne de la Réforme, le philosophe par excellence du protestantisme.

Je ne puis évidemment retracer ici l'évolution de l'idéalisme allemand. Si l'on prend ce terme dans ce sens le plus restreint, il désigne le mouvement philosophique dont Kant, Fichte, Schleiermacher, Schelling, Hegel, Jacobi, Fries sont les représentants les plus connus. Mais, d'une part, ce mouvement philosophique est en connexion étroite avec le mouvement littéraire contemporain, avec le classicisme de Gœthe et de Schiller et avec le romantisme. Et, d'autre part, l'idéalisme allemand ne se limite pas à la période qui va de Kant à Hegel et ne s'arrête pas à la dissolution de l'école hégélienne, à la faillite retentissante de la spéculation métaphysique. Après une courte période d'éclipsé il reprend, dans la seconde moitié du siècle, avec les Fechner, Lotze, Wundt, Euckcn, Bergmann. Il enfante une nouvelle philosophie idéaliste, oppose la tradition kantienne aux progrès du matérialisme, suscite en littérature et en art le courant idéaliste et néoromantique moderne qui se fait sentir à côté du réalisme et du naturalisme. Il va de soi qu'au cours de cette longue évolution l'idéalisme allemand a revêtu les formes les plus diverses. Spéculatif et aventureux au début, dans ses constructions grandioses, avec un Fichte ou un Hegel, il devient plus scientifique à la fin du siècle et aspire à constituer une métaphysique inductive sur la base solide des sciences posi-

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tives. Ailleurs il se rapproche du panthéisme et absorbe Dieu dans l'Univers. Ailleurs encore il tend vers une religion de la Beauté et de l'Harmonie, vers une restauration de l'idéal hellénique. Mais d'une manière générale, cependant, il garde sous toutes ses manifestations quelques traits essentiels. Il fait front à la fois contre le dogmatisme étroit des rationalistes anciens, contre le scepticisme ou l'agnosticisme des empiristes purs, contre le matérialisme utilitaire des positivistes. Surtout, malgré ses allures indépendantes et parfois irréligieuses en apparence, il reste conscient de ses attaches avec le christianisme, Les philosophes de Kant à Hegel, les artistes depuis Gœthe jusqu'aux roman-, tiques ou à Richard Wagner s'accordent à regarder la « religion » moderne comme identique dans son essence avec la religion du Christ. Et l'idéalisme allemand apparaît ainsi comme une nouvelle combinaison des deux grands éléments de la culture occidentale, l'élément antique et l'élément chrétien, comme une tentative ingénieuse et profonde pour unir en une synthèse originale la religion du Christ spiritualisée avec la religion de la Science et de la Beauté.

Cette religion de l'élite cultivée dont l'influence s'est propagée, bien au delà des frontières d'Allemagne, en France, en Angleterre ou en Amérique, offre sans conteste un intérêt scientifique bien plus considérable que le rationalisme du xviii'= siècle qui l'a précédée. Il n'en faut pas moins reconnaître que son domaine est demeuré beaucoup plus limité que celui du rationalisme.

Jamais elle n'a pu, comme ce dernier, devenir une religion vraiment populaire; jamais elle n'a pénétré dans les couches prolondes de la nation. Elle est, pour cela, trop intellectuelle, trop compliquée, trop subjective aussi. Elle exige de la part de ses adhérents un degré de culture trop élevé. Surtout : elle est toujours demeurée indifférente à toute espèce d'organisation cultuelle. Elle a sa base dans une reli- ,

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gion populaire mais elle dépasse le niveau de celte religion ; elle n'éveille pas chez ses adeptes le besoin d'une vie religieuse commune, d'un culte public. Elle demeure à l'état de religiosité purement intime et persorinelle sans aboutir à une réforme de l'Eglise existante. Seul entre les grands représentants de l'idéalisme, Schleiermacher a eu vraiment à cœur la réorganisation de l'Eglise. Mais les tendances qui se faisaient jour dans ses Discours sur la Religion n'ont pas prévalu dans la pratique. Et depuis lors le protestantisme idéaliste de l'élite est toujours resté en marge de l'Eglise officielle, incapable de trouver l'expression de ses aspirations intimes dans les dogmes, la liturgie, le culte des Landeskirchen conservatrices, détaché du culte de la Bible qui avait cessé d'être pour lui la nourriture spirituelle par excellence, peu enclin d'ailleurs à tenir pour possible un commerce intime et vivant entre l'àme humaine et le Dieu immanent et impersonnel qu'il révérait.

De là aussi une certaine impuissance dans le domaine des réalités. Cette religion de métaphysiciens, de lettrés, d'artistes, de spéculatifs de toute sorte manque de consistance. Périodiquement ses adeptes, conscients de leur supériorité intellectuelle, s'étonnent, avec une inguérissable naïveté, des succès remportés par les religions organisées, par le catholicisme ou par une massive orthodoxie piétiste. Et ainsi, combattu, d'un côté par les « positifs » qui incriminent son panthéisme et suspectent l'authenticité de son christianisme, menacé d'autre part par le matérialisme qui Taccuse de manquer de rigueur scientifique et recrute d'innombrables adhérents dans le monde capitaliste ou ouvrier, l'idéalisme allemand demeure une puissance respectée dans les hautes régions de la culture. Mais il a peu d'action sur les régions inférieures de la vie concrète, peu de prise sur les masses populaires, et sa force attractive et organisatrice n'est pas très considérable.

Ce n'est pas à dire, cependant, que cette avant-

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garde du protestantisme ne joue pas un rôle considérable dans la vie spirituelle de l'Allemagne. Evidemment cette petite aristocratie intellectuelle dont on ne sait plus très bien si elle doit encore être appelée chrétienne n'a pas grande importance pour le protestantisme confessionnel en tant que dogme et en tant qu'Eglise. Elle n'en est pas moins un élément tout à fait vital du protestantisme, elle est le ferment qui fait de lui une religion « progressive », qui l'empêche de s'immobiliser dans les formules et les rites du passé. Assurément si, comme le veut la doctrine positiviste, l'évolution universelle conduit à la disparition graduelle du sentiment et du besoin religieux, l'idéalisme allemand n'aura été qu'un intermède intéressant mais stérile dans l'histoire de la civilisation. Il n'aura servi qu'à retarder un peu la dissolution définitive du protestantisme en dissimulant par des hypothèses spécieuses mais décevantes l'incompatibilité dernière de la foi et de la science, et en maintenant ainsi un certain nombre de bons esprits un peu plus longtemps captifs de l'illusion religieuse. Mais si le besoin religieux est un élément intégrant de la nature humaine, si la M religion » de l'avenir doit procéder de celle du passé par une évolution régulière et progressive, on voit immédiatement que l'idéalisme allemand est peut-être riche d'avenir. On est, dans ce cas, en droit de se demander si ce n'est pas dans cette élite à la fois réformiste et traditionnaliste que s'élabore la table des valeurs qui régira la société future. Et sans vouloir préjuger de la solution que pourra recevoir un jour ce problème, on peut, en tout cas, constater que cette religion idéaliste, très en faveur aujourd'hui dans l'Allemagne cultivée, est une manifestation bien caractéristique du génie allemand qui, en politique comme en religion, se montre nettement progressif mais hostile à tout radicalisme révolutionnaire et ami de la continuité historique, des compromis élégants entre le passé et l'avenir.

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