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CHAPITRE I

Le développement du régime de l'entreprise capitaliste.

Le grand fait qui domine l'histoire économique et sociale de l'Allemagne, comme d'ailleurs de l'Europe entière, au xix* siècle, c'est le développement que prend le capitalisme ou, pour nous servir de la formule plus générale en usage chez les économistes allemands, le régime de l' «entreprise » [Unternehmung).

Les périodes antérieures ne connaissent pas au même degré que le xix« siècle cet appétit de gain illimité qui est la caractéristique du spéculateur moderne dans toutes ses variétés. A l'époque pré-capitaliste^ chacun, du haut en bas de l'échelle, s'eflorce seulement de gagner ce qui lui est nécessaire pour assurer sa subsistance {Nahrung), pour mener une existence conforme aux usages de sa classe. C'est là l'idéal du gentilhomme propriétaire, du Junker, qui ne vise pas — en règle générale — à exploiter d'une manière

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intensive, son domaine de façon à lui faire rendre le maximum de ce qu'il peut produire, mais demande simplement que sa terre lui rapporte de quoi tenir son rang, vivre seigneurialement sur son bien pendant une partie de l'année, chasser pendant l'automne, faire un séjour dans la capitale du royaume ou de la province pendant la mauvaise saison, doter ses filles et subvenir aux dépenses d'un fils officier. C'est là aussi l'idéal de l'artisan, du «maître ». Il entend que son métier le nourrisse, liii et sa famille, ainsi que les compagnons et les apprentis qu'il héberge chez lui et avec qui il fait ménage commun. Il ne rêve pas d'augmenter indéfiniment sa production, mais seulement de vivre comme producteur indépendant en satisfaisant loyalement aux exigences normales d'une clientèle bien délimitée que nul n'a le droit de détourner à lui. Et tout comme l'ouvrier, le commerçant n'a pas d'autres visées que de gagner sa vie en écoulant ses marchandises dans un cercle plus ou moins restreint de pratiques dont il connaît les goûts et les besoins traditionnels. Dans ces conditions la tendance générale de l'époque va à protéger la situation acquise et traditionnelle de chacun contre les effets de la libre concurrence, contre les empiétements de voisins trop avides et trop entreprenants. Le propriétaire foncier est astreint à ne pas faire le vide sur ses terres, à ne pas réduire le nombre des tenures, à ne pas diminuer le nombre des familles de paysans qu'il fait vivre sur son domaine ; il est même tenu de les assister en temps de crise. En revanche, il est assuré d'avoir toujours à sa disposition, grâce à l'institution du servage et des corvées, la main-d'œuvre dont il a besoin pour faire valoir son bien. De même, l'artisan est protégé par l'organisation corporative qui, bien qu'en pleine décadence, subsiste néanmoins encore dans ses grandes lignes au début du xix^ siècle. Elle tend à créer, dans chaque ville, une sorte de monopole de droit ou de fait en faveur des « mai-

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très » des divers métiers et à limiter la concurrence de ces maîtres entre eux. de manière à empêcher l'accaparement par quelques-uns des matières premières et de la main-d'œuvre ou le détournement de la clientèle.

A cet idéal de la « subsistance » se substitue peu à peu celui de la « libre entreprise ». Dès la fin du XVIII* siècle, on entend partout retentir des protestations contre les barrières qui entravent l'initiative individuelle. On ne veut plus de l'antique organisation de la commune rurale qui, par suite du morcellement de la propriété et de l'inextricable enchevêtrement des parcelles, rend solidaires les uns des autres tous les habitants d'un village, et les oblige à cultiver leurs terres suivant un plan traditionnel élaboré par les anciens du village pour l'aire de culture tout entière. On s'élève contre l'organisation féodale du bien noble qui met le poysan sous la dépendance absolue du seigneur, sans lui laisser la possibilité d'arriver jamais à l'indépendance économique. On se plaint des multiples entraves apportées par l'organisation corporative au développement normal de l'industrie et du commerce. On proteste surtout contre la tutelle administrative du despotisme éclairé qui, au xviii® siècle, se réserve toute l'initiative en matière économique et régente jusque dans les moindres détails la vie et la production nationales. Les physiocrates en France, Adam Smith en Angleterre, proclament les bienfaits du laisser-faire. De même, Guillaume de Humboldt, dans son célèbre mémoire sur les Limites de Faction de l'Etat (1795), s'élève avec énergie contre le mécanisme bureaucratique qui fait de l'homme une machine, forme les fonctionnaires au servihsme et étouffe chez les sujets toute activité autonome.

Au début du xix' siècle, à la suite de l'écrasement de la Prusse à léna, cette manière de voir tend à prévaloir parmi les patriotes qui se donnent pour tâche le relèvement du pays. Ce qui a fait, d'après

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eux, la faiblesse de la Prusse vis-à-vis de la France impériale, c'est que, tandis que chez nous la Révolution avait éveillé le peuple entier à la vie publique, le despotisme éclairé et le régime féodal avaient étouffé en Prusse toute trace de spontanéité. Ils se donnent donc pour tâche d'éveiller la conscience nationale, de vivifier la masse inerte qu'est l'Etat prussien, de la transformer en un organisme dont toutes les parties soient vivantes et coopèrent librement à l'œuvre collective. Ils décident le roi à faire par en haut la révolution que les Français ont faite par en bas.

La nation devra être libérée de la tutelle gouvernementale et féodale. Hors d'état de réparer, par ses propres ressources, les maux de la guerre et de secourir d'une façon efficace toutes les misères individuelles, fabsolutisme abdique ses prérogatives économiques et se décide à « supprimer tous les obstacles qui pouvaient, jusqu'à présent, empêcher chaque individu d'atteindre le degré de prospérité auquel la mesure de ses forces lui permettait de s'élever ». Dans l'administration, Stein s'efforce d'introduire à lous les degrés le principe de l'autonomie. Puis Siein, et après lui Ilardenberg, cherchent à relever la condition des populations rurales en supprimant le servage, en permettant le rachat des corvées, en émancipant le tenancier du bien seigneurial et le paysan de la communauté villageoise, en favorisant la constitution d'une classe de paysans libres possédant une terre indépendante. Ils affranchissent, d'autre part, le Tiers Etat des villes en proclamant la liberté de l'industrie et du commerce, en détruisant le régime corporatif, en instituant une large autonomie communale. Malgré la résistance du parti féodal qui réussit à retarder pendant des années l'exécution de la réforme agraire, et parvient finalement à s'assurer, dans cette liquidation de la propriété féodale, des avantages matériels exorbitants, l'ancien régime s'écroule, irrémédiablement vaincu.

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r/Ktat renonce à diriger la vie économique delà nation. Sur un grand nombre de points essentiels il laisse le champ libre à l'initiative privée. Il déchaîne l'esprit d'entreprise entravé jusqu'alors dans son essor par l'organisation féodale et corporative. 11 ouvre l'ère de la libre concurrence. Une classe nouvelle de spéculateurs en qui s'incarne l'esprit d'entreprise, la volonté de développer à l'infini leur puissance économique, se constitue et se développe rapitlemenl, d'abord parmi les propriétaires fonciers, [luis aussi parmi les industriels et les commerçants. C'est elle qui prend désormais la tête du mouvement économique. Et bientôt, utilisant en vue de ses fins l€s progrès merveilleux de la science et de la technique que nous venons d'esquisser, la libre entreprise bouleverse et transforme avec une rapidité inouïe les conditions d'existence de la nation entière.

Suivons-la à travers les phases principales de son évolution au cours du xix" siècle.

Au début du siècle, l'Allemagne est un pays agricole assez pauvre et peu développé au point de vue économique. On estime que le territoire actuel de l'empire renfermait à ce moment une population d'environ-25jiiillions^'habitants dont les trois quarts au moins vivaient à la campagne et dont les deux tiers étaient occupés aux travaux agricoles. Très peu d'industrie et de commerce. Les moyens de communication sont rares et défectueux : la Prusse, en 1816, compte seulement 523 milles de grandes routes et ces routes sont détestables ; la poste est lente, incommode, coûteuse. De plus, les traités de Vienne consacrent le morcellement politique et économique de r\llemagne. Au lendemain de la paix, trente-huit ligues de douanes paralysent le commerce intérieur et produisent, selon le mot connu de List, « à peu près le même elTet que si l'on s'avisait de ligaturer chaque membre du corps humain pour empêcher le sang de s'écouler de l'un dans l'autre ». Tout essor industriel est donc, pour l'instant, impossible. D'ail-

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leurs l'existence économique de la nation est encore assez primitive. La différenciation entre les occupations agricoles et industrielles est restée très imparfaite. Le paysan fabrique encore une grande partie des ustensiles, vêtements, objets de tout genre dont il a besoin et, inversement, nombre d'artisans et de journaliers ont, en plus de leur métier, un petit coin de terre qu'ils cultivent. L'agriculture seule est développée et même prospère. Des demandes importantes de produits agricoles se produisent en Angleterre par suite du développement de l'industrie et des agglomérations urbaines ; la Hollande et les pays Scandinaves sont, de même, importateurs de céréales. Or, l'Allemagne est à ce moment en état d'exporter une partie des produits de son agriculture et peut vendre ainsi à l'étranger d'assez grandes quantités de blé notamment. Celte situation favorable permet aux propriétaires d'améliorer leurs exploitations ; la technique agricole se perfectionne sous la direction habile de Thaer ; le prix des terres augmente. Kt comme d'ailleurs il se forme à ce moment, pour diverses raisons, une accumulation de capitaux importants dans le nord de l'Allemagne, l'esprit d'entreprise s'éveille et l'on voit se développer une spéculation assez active sur les terrains propres à l'agriculture.

Pendant toute la première moitié du siècle, cet état de choses ne change guère. On voit se préparer les circonstances qui amèneront un peu plus tard l'essor économique de l'Allemagne. C'est (i'abord la population qui, en. raison de la prospérité de l'agriculture, se développe dans des proportions considérables : elle passe, entre 1816 et 1845, de 25 millions d'habitants à 34 millions et demi, soit un accroissement de 38,7 7o, le plus considérable qu'on ait enregistré dans le siècle. Puis l'établissement du Zollverein au cours des années ti^ente a pour effet de créer en Allemagne un territoire de 8.253 milles carrés, libre de toute douane intérieure et compre-

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n.-inl une population d'au moins 25 millions d'habitants. Le rythme des échanges commence à s'accélérer et les communications à se faire plus fréquentes. Les routes se multiplient; sous la direction énergique du maître-général des postes Nagler, les services postaux deviennent plus rapides et plus exacts. En 1835 se construit, entre Nuremberg et l'iirlh, la première ligne de chemin de fer de l'Allemagne et. au bout de dix ans, en 1845, le réseau des voies ferrées atteint un développement de 2.131 kilomètres. En même temps apparaissent les premières manifestations, encore très timides, du nouvel esprit d'entreprise dans le domaine industriel. La grande industrie minière s'émancipe peu à peu des formes anciennes qui ""entravaient son essor et voit grandir de plus en plus son importance. Dans certaines branches de l'industrie textile, notamment la lilature et le tissage du coton, les fabriques deviennent plus nombreuses et tendent à accaparer la production tout entière. D'une façon générale, cependant, cette période de 1820 à 1850 n'amène aucun progrès économique décisif. Vers 1820, l'agriculture traverse même une crise qui dure près de dix ans et se traduit par une baisse de la valeur des terres et de nombreuses banqueroutes. De son côté, l'industrie allemande éprouve les plus grandes diflicultés à lutter contre la concurrence écrasante de l'Angleterre qui, en l'absence de tarifs protecteurs suffisants, inonde l'Allemagne de ses produits à bon marché. Le pays traverse une période de gêne et de malaise : partout on se plaint du manque d'argent et de la difliculté des temps.

Mais au lendemain de la grande crise de 1848, tout change. Comme la balance du commerce devient, pendant quelques années, favorable à l'Allemagne, l'argent recommence à y atlluer et à s'y accumuler. Les prix des produits agricoles et, par conséquent aussi, la valeur de la terre haussent d'une manière continue. Le triomphe de la réaction, d'autre part^

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semble présager une ère de tranquillité intérieure. Et le pays tout entier, lassé des luttes politiques et de leurs stériles agitations, s'élance dès lors avec une ardeur redoublée vers la conquête du bien-être matériel et de la richesse. L'esprit d'entreprise et le goût de la spéculation ne demeurent plus confinés, comme au début du siècle, dans une petite fraction du public. Ils envahissent les couches profondes de la nation ; ils s'emparent définilivement du monde des affaires. Pendant les vingt ans qui séparent la crise de 1848-49 de la guerre franco-allemande, l'Allemagne capitaliste moderne, se conslilue. On voit se multiplier les établissements de crédit tels que la Bank fur Handel und Industrie zu Darmstadt (fondée en 1853) et autres entreprises similaires dont la fonction consiste à rassembler les moyens financiers nécessaires à l'organisation des grandes entreprises industrielles ou de transports, stimulant ainsi au plus haut point l'esprit d'entreprise qui leur a donné naissance et dont elles vivent. Les sociétés par actions qui démocratisent en quelque sorte la spéculation et associent les bourses les plus modestes aux grandes entreprises capitalistes sortent de terre de toute part et pullulent avec une extraordinaire rapidité. On estime qu'en Allemagne, dans les années 1853 à 1857 les seules émissions d'actions de banques nouvelles ont atteint 200 millions de thalers et celles d'actions de chemins de fer 140 millions de thalers, en même temps que se multipliaient dans des proportions analogues les émissions d'autre valeurs : obligations de chemins de fer ou industrielles, actions de compagnies d'assurances, d'entreprises de mines, de navigations à vapeur, de constructions de machines, de raffineries, filatures, etc. Les années qui suivent le milieu du siècle sont le premier stade du merveilleux développement économique qui va porter l'Allemagne à la tête des nations industrielles de l'Europe. C'est à ce moment que se construit le réseau des grandes voies ferrées joignant entre elles

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les principales villes de l'Allemagne et reliant la périphérie au centre. En même temps, les industries minières et textiles prennent définitivement le caractère moderne, tandis que, dans le domaine agricole, les procédés de culture rationnelle se répandent de plus en plus.

Les quatre années qui suivent la guerre de 1870 sont connues de l'histoire économique de l'Allemagne sous le nom de Grûnderjahrc La pluie fécondante des milliards de l'indemnité de guerre provoque une floraison luxuriante et désordonnée d'entreprises capitalistes. Une véritable ivresse de spéculation s'empare de l'Allomagne. On voit reparaître, mais démesurément amplifiés, les phénomènes économiques qui avaient suivi la crise de 1848. C'est partout un débordement formidable d'activité économique, une ruée éperdue vers la fortune. Un seul cliillre suffira pour rendre sensible l'extraordinaire intensité de ce mouvement. Les \ingt années de 1851 à 1871 (l"" semestre) avaient vu éclore 205 Sociétés par actions au capital de 2 milliards 40i millions de marks. Les quatre années de 1870 (2*= semestre) à 1874 en voient sortir de terre 857 avec 3 milliards 306 millions de marks de capital. Un krach retentissant est, comme de juste, le résultat de celte orgie de spéculation.

Après cette violente crise de croissance, le développement économique de l'Allemagne reprend une allure plus normale. Et pendant ces trente dernières années, le pays s'est avancé à pas de géant sur la voie du progrès. Sans doute, l'agriculture allemande esi aux prises avec de sérieuses difficultés. Malgré les remarquables progrès techniques accomplis au cours de la seconde moitié du siècle, elle entre dans une période de crise qui se prépare lentement, se déclare vers 1875 et n'est pas encore terminée à l'heure qu'il est. Mais dans les domaines où se manifeste plus particulièrement l'esprit d'entreprise capitaliste, la banque, les transports, l'industrie et

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le commerce, l'activité allemande a accompli des prodiges. La grande loi de la « concentration du capital », en vertu de laquelle l'entreprise moderne tend à accumuler les capitaux en masses toujours plus considérables, à accroître sans cesse les dimensions des usines, des fabriques, des établissement^ de toute sorte, à y rassembler des armées toujours croissantes de travailleurs, à y produire une quantité toujours plus énorme de marchandises se vérifie pour l'Allemagne de la façon la plus éclatante. Dans un laps de temps relativement court, on voit se développer dans des proportions extraordinaires ses établissements de crédit ^ ses moyens de communications et entreprises de transports, son trafic par voies ferrées, par voies fluviales ou par mer, ses services postaux, télégraphiques ou télépho-

1. Quelques chiffres illustreront mieux que toutes les explications thénriques les progrès accomplis en Allemagne dans l'organisation du crédit et le mouvement de concentration qui se dessine dans les affaires de banques. On compte en 1846, en Prusse, 1.100 personnes occupées au commerce de l'argent, et travaillant en 442 établissements, ce qui donne la proportion de 658 employés pour 442 patrons. En 1895, on trouve 17.890 personnes travaillant en 2.763 établissements, ce qui suppose 15.133 employés pour 2. 703 patrons, ou environ 6 employés en moyenne par patron. Les premières grandes banques de crédit allemandes, la Durm^ladicr Bank et la Di.skon/ofjescllschatt. se fondent, l'une, en 1803, avec un capital de 6,8 millions de marks, l'autre, en 1850, avec 37.2 millions de marks. Au début du xx« siècle, la première han(|ne allemande, la Dculsclic Bank travaille avec un capital de 257 millions de marks (y compris les réserves) ; et les sept plus grands établissements de crédit possèdent, en 1905, en capital versé et en réserves, un total de près de 1,400 millions de marks. La moyenne journalière de la circulation dos billets de banque passe de 120 millions de marks vers 1850 à 1.316 millions de marks en l'JOO et 1.485 millions en 1905. La cn-culation des effets atteint à la Konigliche Bank de Berlin en 1820, environ 1,5 millions de marks; le montant total des effets escomptés atteint à la Reiclisbank en 1905 près de 9 milliards de marks. Dans les principales banques de l'I^mpire, la moyenne annuelle du montant total dos effets escomptés se monte à 5.26 milliards de marks par an pondant la période de 1876-80, 20,4 milliards de marks pendant la période de 1890-1900 et 28,6 pendant la période de 1901 ù. 1905. En même temps, le mouvement total

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niques*, ses grandes indu\;trics de toute sorte. La production annuelle 'otalc, de l'industrie minière et métallurgique allemande qui, vers 1800, représentait une valeur globale estimée à environ 25 millions de marks, atteint, en 1900, une valeur d'environ

annuel des comptes de virement, s'élève d'environ 3,5 milliards de marks en 1875 (Preiissische Bank et Hamburger Bank), à 1G4 milliards de marks en 1900 à la Rcichsbank et 222 milliards en 1905, tandis que le montant total des règlements ellcctués par l'intermédiaire des chambres de compensation fondées par la lieiclisbunk s'élève de 12,1 milliards de marks en 1884 à 29,5 milliards en 1900 et 37,6 milliards en 1905 (La plupart des chiffres que je cite ont été l'ournis ou vérifiés par le Service des études financières du Crédit Lyonnais auquel je tiens à exprimer ma reconnaissance pour son obligeance).

1. Citons de nouveau quelques chiffres caractéristiques : Le réseau des routes allemandes qui est de 30000 kil. en 1857 est de 9(3.000 kil. en 1900 ; celui des chemins de fer passe de 4G9 kil. en 1840 à 54.164 kil. en 1905; son revenu dépasse 1/2 milliard de marks; et l'on estime le capital qu'il représente à plus de 14 milliards de marks ; la flotte maritime allemande passe de 500.000 tonnes vers 1850 à 2 millions de tonnes en 1900 et 3 1/2 millions en 1905; elle prend ainsi le deuxième rang dans le monde immédiatement à la suite de la flotte anglaise. En même temps, l'on voit s'accroître les dimensions et la puissance des véhicules et la masse des voyageurs ou des objets qu'ils transportent. Les grandes voitures de i-oulage à 4 chevaux transportaient jadis, au maximum, 5 ou 6 tonnes de marchandises ; or, au début des chemins de fer, une locomotive traîne 40 wagons de 2 tonnes, soit 80 tonnes, et actuellement elle en traîne 100 de 10 tonnes, scit 1000 tonnes. Les grands navires qui font le trafic du Rhin, transportent 400 tonnes en 1840, 800 en 1880, 2.000 en 1900. Le tonnage moyen des navires du port de Hambourg passe de 187 tonneaux, pour la période de 1841 à 45, à 1.233 tonneaux pour l'année 1900; le paquebot \\'iUtelin II jauge à lui seul 19.500 tonneaux, soit la moitié de la flotte totale de Hambourg vers 1840, qui comprend 211 vaisseaux et jauge 39.670 tonneaux; les machines du Grcat Eastern, vers 1850, développent 3.000 chevaux, alors que celles dos grands paquebots d'aujourd'hui atteignent 40.000 PS. La circulation des voyageurs et des marchandises s'accroît dans les mêmes proportions. En 1834, la poste transportait environ 1 million de voyageurs ; elle en transporte en voiture plus de 3 millions en 1905 ; mais, à ce chitîre, il faut ajouter le milliard de voyageurs qui se servent du chemin de fer, en 1905, sans compter les 761 1/2 millions de citadins qui usent des tramways et ceux qui utihsent les 15.410 fiacres qui circulent

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4 milliards de marks i. L'industrie chimique insignifiante encore vers le milieu du siècle, prend une extension rapide surtout dans les vingt dernières années du xix* siècle, par suite des progrès de la science chimique et fabrique actuellement une masse de produits dont la valeur totale est évaluée pour 1905, à 1 1/4 milliards de marks. L'industrie électrique, la dernière venue des grandes créations de l'esprit d'entreprise capitaliste, grandit avec une rapidité extraordinaire depuis 1S80 et surtout depuis 1895, traverse victorieusement une crise redoutable dans les premières années du xx' siècle, travaille

dans les villes (1899). En 1846, on comptait sur le territoire du ZoUverein 38.349 chevaux servant au transport des voyageurs et des biens et dont la force totale est estimée à 130 millions de tkm.; la force employée en 1900 sur le réseau des chemins de fer est évaluée à environ 37 milliards de tkm. ce qui équivaudrait au travail fourni par environ 11 millions do chevaux. Le mouvement du port de Hambourg qui était de 232.000 tonneaux en 1831 est passé à 8 millions de tonneaux en 1900 et 9 1/2 millions de tonneaux en 1905 ; pour l'ensemble des ports allemands il s'est élevé de 6.228.000 t. en 1873 à 18 millions de t. en 1900 et à 22,4 millions de t. en 1905. La statistique comparée des transports par lleuvcs et canaux accuse pour le dernier quart de siècle un énorme accroissement : on compte que le tralic total des cinq principaux ports (Duisburg, Hulu-ort, Mannheim, Berlin, Magdcbourg) a passé de 7.761.000 tonnes en 1882 à 28.813.000 t. en 1903, tandis que, dans le même laps de temps, le mouvement des importations et exportations dans les ports du Ithiii passait de 6.400.000 t. à 36.1C0.000 t. — Le service des nouvelles, enfin, se développe dans des proportions énormes. Alors que vers 1851 on compte environ 3 lettres par tète d'habitant, on calcule que chaque Allemand reçoit en moyenne 58,57 lettres ou cartes en 1900, et 72,26 en 1904. Le nombre total des envois postaux de tout genre atteint presque 7 milliards par an. Le télégraphe qui, en 1850, transmet 35.000 dépêches, en expédie 46 millions en 1904 ; et le téléphone qui, en 1881 dessert 7 localités avec 1.504 postes, dessert, en 1904, 22.792 localités et 515,300 postes privés ou publics.

1. Les progrès accomplis ces derniers temps parles industries minières et mctallurgi(iues, seront mis en évidence par les chilTres suivants. En 1880, la production de la houille est d'environ 50 millions de tonnes, et celle de la fonte de 2,7 millions de tonnes. En 1905, les chiffres sont, 121 millions de tonnes, et

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aujourd'hui avec un capital de près de 625 millions de marks et représente, en comptant les capitaux engagés dans les installations électriques, une valeur totale d'environ 2 1/2 milliards de marks. A l'entrée du vinirlième siècle, l'industrie allemande s'est ainsi élevée Ji un degré de puissance et de prospérité sans précédent, et qui remplit ses représentants d'une légitime fierté. Animée d'une extraordinaire activité créatrice, elle multiplie ses entreprises avec une rapidité et une hardiesse qui confondent l'imagination. Les années 18'J5 à 1891) surtout, ont été une ère d'activité économique particulièrement intense. Pendant ces cinq ans, le chillre total effectif des valeurs émises a dépassé 10 milliards de marks, dont plus d'un milliard 1/4 pour actions de banques et plus de deux milliards 1/4 pour actions industrielles. Et si les premières années du vingtième siècle ont été signalées par une crise assez sérieuse, on voit se dessiner aujourd'hui un mouvement de reprise des affaires très marqué. Alors que, en 1900, la somme totale des valeurs émises (actions, obligations et emprunts) était estimée à 1 milliard 1/2, elle dépasse en 1905, la somme de 3 milliards de marks.

Au total, le résultat des dernières années a été pour l'industrie et le commerce allemands un éclatant triomphe. Il y a quinze ans, l'Allemagne arrivait au quatrième rang des puissances commerçantes,

près de 11 millions de tonnes. Comme producteur de fer et d'acier, l'Allemagne, depuis 1903, a dépassé l'Angleterre et ne le cède plus qu'aux États-Unis. — La force motrice produite s'est accrue dans les mêmes proportions. Vers 1840, il existe à peine 500 moteurs sur tout le territoire du ZoUverein ; en USTS, la force totale dos moteurs existants, dépasse déjà 1 million de chevaux-vapeur; en 1895, elle s'élève à 3,4 millions, et l'on estime que, depuis cette date, elle a dû s'accroître encore de 90 à 100 °/o. Mulhall a calculé la force totale (humaine, animale ou mécanique) dont dispose l'Allemagne, en prenant pour unité la force nécessaire pour élever un poids d'une tonne à la hauteur d'un pied ; et il estime que, par tète d'habitant, on comptait en 1840, 310 unités de force, en 18G0, 4 15, et en 1895, ÎIOO environ.

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derrière l'Angleterre, la France et les États-Unis. Aujourd'hui, tandis que la France est tombée du second rang au quatrième, TAIlemagne dépassant la France et les nitats-Unis, atteint le second rang. Le chilTre total de ses échanges commerciaux s'élève, en 1905, àl2,7 milliards de marks, dont 7 pour l'importation et 5,7 milliards pour l'exportation^. Elle menace l'Angleterre elle-même dans sa prééminence commerciale traditionnelle. Et la valeur globale de sa production industrielle est évaluée par une statistique américaine, à plus de 2 milliards 900 millions de dollars, dépassant de plus de 650 millions le chiffre de la France (2.245 millions) et ne le cédant qu'à l'Angleterre (4.100 millions) et aux Etats-Unis (7.000 millions).

t. Les cliilTres correspondants sont pour TAngleterre de 19,3, pour les États-Unis de 11,8, pour la France de 7,6 milliards de marks.

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