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richesses ou dans la socialisation des moyens de production le seul remède aux maux du peuple, l'idéal socialiste devient peu à peu l'idéal des prolétaires. A la révolte instinctive et chaotique des ouvriers contre l'oppression et la misère se substitue en même temps l'organisation méthodique des forces prolétariennes pour la lutte contre le capitalisme. De Fichle à Hegel puis à Feuerbach et à la Jeune Allemagne, à Moïse Hess et Karl Griin, enOn à Marx et Engels s'élabore peu à peu la théorie matérialiste de l'histoire et la doctrine collectiviste. Dès le début de 1848 la Fédéralim des Communistes, où se rencontre l'élément populaire et l'élément intellectuel du parti naissant, lance son célèbre Manifeste qui formule en ses traits essentiels le programme du socialisme et convie les prolétaires de tous les pays à s'unir pour la lutte de classes. En 1863, se constitue, sous la direction de Lassalle, V Associa tion générale des Oui-riers allemands qui groupe les forces de la classe ouvrière en un parti indépendant du parti progressiste bourgeois. Et dès lors le parti socialiste, divisé d'abord pendant quelques années en (( Lassalliens » et « Internationaux », puis unifié en 1875 en congrès de Gotha sous le titre de Porli ouvrier socialiste d'Allemagne, fait de constants progrès. De 113.000 voix qu'il obtenait aux élections pour le Reichstag en 1871, il est passé à 312.000 voix en 1881, à 1.427.000 en 1890. à 2.107.000 en 1896, après de 3.200.000 en 1907. Il est, de tous les partis, celui qui a la clientèle électorale la plus nombreuse. Assurément cette clientèle ne se compose pas uniquement de socialistes authentiques mais comprend en outre un fort contingent de mécontents de toute nuance qui. en votant pour le candidat socialiste, entendent simplement manifester sous la forme la plus décidée leur opposition au régime actuel. Il n'en est pas moins certain que le, parti est constitué, dans son ensemble, par la classe même des prolétaires et que cette classe, groupée dans un parti
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nombreux, soumis à une forte discipline et animé d'un vif sentiment de solidarité, constitue une masse imposante et de plus en plus consciente de sa force, l'endant longtemps le mouvement ouvrier en Allemagne a été surtout politique. A l'inverse de ce qui s'est passé en Angleterre, pays des trade-unions puissantes et des coopératives prospères, le prolétariat allemand a été assez lent à s'organiser sur le terrain économique. Aujourd'hui néanmoins, il a fait de grands progrès, dans ce domaine aussi. A côté du parti démocrate socialiste mais en communion d'idées avec celui-ci, se sont développées de fortes organisations syndicales dont Tinfluence s'est considérablement accrue, surtout au cours de ces dix dernières années, et dont l'action se combine en général avec celle du parti socialiste. Sans doute il y a des syndicats non socialistes. Les Associations professionnelles Hirsch-Duncker créées en 1868 par le parti progressiste et les Syndicats chrétiens fondés depuis quelques années par le Centre catholique ne se placent pas sur le terrain de la lutte des classes et afllrment au contraire l'harmonie des intérêts patronaux et ouvriers ou reconnaissent les droits et les devoirs respectifs égaux du capital et du travail. Mais ces groupements n'ont pas, à boaucoup près, Timporlance des Syndicats libres^ qui. s'ils demeurent neutres en théorie et n'exigent de leurs adhérents aucune profession de foi politique, sont en fait, constitués dans leur immense majorité par des socialistes. Dans ces conditions, en dépit des tiraillements inévitables, en dépit de rivalités d'iiiflucnces passagères entre «politiciens» et « syndicalistes », les syndicats marchent presque toujours d'accord avec le parti démocrate socialiste.
1. On estime que, vers la fin de 1905, les Associations Hirscli- Dunckcr pouvaient compter 120.000 adhérents, les Syndicats chrcliens 250.000, le petit groupe des Syndicats indépendants 75.000 En revanche les Syndicats libres compteraient plus de 1.300.000 membres.
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Or, ces syndicats organises pour la défense des intérêts professionnels des ouvriers ont fait preuve d'une très grande vitalité, notamment ces dernières années. Menacés dans leur existence même par les puissants syndicats patronaux allemands, non seulement ils n'ont pas été désorganisés mais ils ont l>uisé dans les allaqucs mêmes dirigées contre eux des forces nouvelles. Leurs journaux constatent non sans fierté que les lock-out décrétés par les syndicats jiatronaux en réponse aux grèves n'ont eu jusqu'cà ])résent pour eifet que de resserrer la solidarité ouvrière et d'amener de nouvelles recrues aux bataillons des syndicats ouvriers.
Ainsi organisé en un grand parti politique, groupé 3n fortes a>sociations professionnelles, le prolétariat allemand lutte énergiquement pour se faire des conditions d'existence plus supportables. Et il semble bien que ces eiforts n'aient pas été entièrement vains. Le pessimisme social tend, semble-t-il, à faire place aujourd'hui à un optimisme tout au moins relatif. Les socialistes marchent avec confiance à la conquête du pouvoir politique et économique. De plus en plus, aussi, ils attendent la réalisation de leurs espérances non plus, comme au début, d'un grand cataclysme social, mais d'une lente évolution pacifique qui transformerait par Vintérieur la société capitaliste. La morne résignation des premiers temps a fait place à l'entrain combatif. Au souci de la vie matérielle s'est associé un effort très marqué vers la culture et vers l'art. — Et nombre d'économistes, aussi, envisagent avec moins de défiance l'avenir économique du pays. Ils constatent avec satisfaction l'accroissement général des revenus, une légère diminution relative de la classe la plus pauvre, le relèvement des salaires, l'amélioration des conditions d'existence de la classe populaire*, la diminution de l'émigra-
1. On estime que, dans le dernier tiers du xix^ siècle, la consommation de coton, par tète d'habitant, a triplé, et que celle de la
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lion^. Ils notent, la sécurité plus grande que donne à la classe des Iravail leurs l'assurance contre les accidents, contre l'invalidité et la vieillesse, contre la maladie^. Ils observent que, dans la masse même du prolétariat se fait jour une tendance à la différenciation, qu'au dessus de la plèbe des incapables, des malheureux, et des déclassés, au-dessus de la foule des travailleurs « non qualifiés », on voit se constituer une élite de travailleurs «qualifiés» dont le niveau d'existence s'améliore de plus en plus. Tous ces symptômes semblent permettre d'espérer que le redoutable problème créé par l'énorme développement du prolétariat pourra se résoudre par une évolution pacifique et non par des bouleversements violents.
En même temps que le régime de l'entreprise capitaliste créait, en bas de l'échelle sociale, la grande classe du prolétariat, il modifiait profondément aussi les hautes et moyennes régions de la société allemande.
D'une façon générale l'évolution sociale moderne tend à substituer aux anciennes catégories fondées sur la différence des fonctions sociales, des subdivisions nouvelles basées simplement sur des diffé-
bicre, du blé, de la viande, des œufs et du lait a à peu près doublé. Cette amélioration a profité certainement dans une très larj:o mesure à la classe ouvrière. Les statisticiens font remarquer, à 1 honneur du prolétariat allemand, que pendant cette même période la consommation d'alcool et de tabac est restée à peu pris stationnaire.
i 1 . L'émigration qui, entre 18S1 et 1885 s'élevait à une moyenne annuelle de 170. OOU personnes, est tombée à 22.000 personnes en 1900, pour se relever jusqu'à 28.000 en 1905.
2. L'assurance contre les accidents s'étend à près de 19 1/2 millions de travailleurs et a distribué, en 1904^ 126,7 millions de marks d'indemnités. Celle contre l'invalidité et la vieillesse a payé, en igO'i, près do J50 millions de marks et, dans les 13 années de son fonctionnement, près de 855,6 millions de marks. L'assurance contre la maladie fonctionnait pour près de 11 millions de personnes en 1903, ot distribuait cette année plus de 213 millions d'indemnités.
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rr>nces de revenus. Elle efface ou atténue les différences entre le campagnard et le citadin, entre le paysan, le commerçant et l'industriel d'un même niveau. Elle crée, pour tous ceux qui jouissent d'une aisance à peu près égale, des mœurs et des condilions de vie plus ou moins unii'ormes. Et si, entre les innombrables types sociaux qui composent les ] hautes et moyennes classes — petits entrepreneurs i et petits commerçants urbains ou ruraux, employés '. supérieurs des grandes entreprises de tout genre, survivants attardés de l'ancienne classe moyenne, 'élite cultivée adonnée aux professions libérales, fonctionnaires et officiers, aristocratie de l'entreprise ou de la naissance — il subsiste évidemment de profondes différences, elles tiennent beaucoup plutôt à l'inégalité des revenus qu'à la nature spéciale des occupations ou à l'observance de certaines coutumes et mœurs traditionnelles.
Puis on remarque aussi, d'autre part, un bouleversement profond de la table des valeurs reconnues. A la place des anciennes aristocraties de naissance et de culture s'élève et grandit une nouvelle aristocratie de l'entreprise pour qui les distinctions de mérite et de rang ont comme critérium fondamental l'aptitude aux affaires et le succès. Il va de soi, d'ailleurs, que cette évolution est très loin d"avoir développé ses dernières conséquences et que la plu- [)artdes groupements anciens subsistent encore plus ou moins intacts en pleine société moderne. C'est ainsi que la bourgeoisie adonnée aux «professions libérales» notamment, le clergé, le corps enseignant, l'administration, ou encore le corps des officiers ont été à peine entamés par l'esprit d'entreprise. Presque partout cependant cet esprit nouveau s'infiltre progressivement et désagrège peu à peu les hiérarchies anciennes. Môme l'aristocratie qui, en principe, déclarait ne pouvoir sans déroger prendre part à. la vie économique moderne dont elle répudiait le caractère mercantile, n'a pas échappé à la contagion. En
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fait, les nobles, en tant que propriétaires fonciers, sont engagés, eux aussi, dans l'engrenage du système capitaliste. Et ils le sont mêmedans des conditions défavorables poureux, car l'entreprise agricole rapporte actuellement des bénéfices très inférieurs à ceux de l'entreprise industrielle ou commerciale. Si bien que certains observateurs se sont demandés si la base économique sur laquelle se fonde aujourd'hui sa puissance de la noblesse était assez solide pour que celle-ci put garder lontemps encore son influence politique prépondérante et son prestige social. — Dans tous les cas on voit aujourd'hui l'aristocratie nouvelle de l'entreprise se dresser toujours plus forte et consciente d'elle-même à côté de l'aristocratie de naissance. Après avoir pendant longtemps — jusque vers les années ^waire-ui^^'^ — cherché à imiter le plus possible l'ancienne noblesse et à adopter ses mœurs et sa façon de vivre, il semble qu'elle tende à l'heure qu'il est plutôtà affirmer son indépendance et à garder son individualité. Elle est en train de se constituer en une caste spéciale, dilTérenciée elle aussi et hiérarchisée et dont la tête est formée par la petite coterie oligarchique de la haute finance.
On voit, en définitive, quels ont été les résultats généraux de cet immense effort vers la puissance économique qui caractérise le xix® siècle. Utilisant et exploitant les découvertes grandioses de la science et de la technique, travaillant sans relâche à faire progresser les sciences afin de créer de nouvelles sources de profit, l'esprit d'entreprise a méthodiquement organisé rexj)loitation rationnelle des forces de la nature, des richesses du sol, du travail humain. Et il est arrivé à ces résultats prodigieux en proclamant le principe de la libre concurrence, le droit pour chaque individu de faire valoir de son mieux et à sa guise ses aptitudes diverses et sa faculté de