Howitt. op. cit., II. p
'2. Howitt, o]). cit., I. p. 'J9.
:<. Howitt, o/;. cit.. II, p. .315 : les mots se trouvent dans le counnentaire de ses cartons îles sacrements. Dès le cloître de Saint-Isidore, Overbeck songeait aux (juarante gravures évangéliques qui seront l'œuvre de sa vieillesse ; illustrer la Bible lui semblait le meilleur moyen de laisser empreintes, dans l'âme vierge des enfants, des images qui les accompagneraient durant toute leur vie (Howitt, up. cit., I. p. 171-173). — Cf. Janssen, Bohmer's Lcben und liricfe, i, p. 64, sur le projet formé à Rome, ])ar Bohmer, 8chn<irr et Passavant, d'une bible allemande illustrée.
4. En I8''^5, dans V lenaische Allf/eme.iiie Lillertiturseiluni/, Gœthe prit à l)artie les Riepenhausen, qui avaient parlé de l'impuissance de l'art grec à révéler eu toutes ses sublimités, en tous ses mystères, l'esprit du m(»nde entier, et qui considéraient cette tâche comnm réservée à « une leligiou pins divine, plus mystérieuse » ; et il avait attaqué cette « sentimentalité néocatholique », et dénoncé le péril que présentait pour l'ai't ilas Klu.sterhrudrisierende, sternbnldisiercnde iJnwesen (Ga'the, édit. Kiirschner, XXX, p. vMG -217 et 233). — En 1814, sous l'influence des Boisserée. il écrivait à
«fanatiques ». Mais les Nazaréens laissaient dire ; ils professaient, avec le romantique Zacharias Werner, qu' « art et religion sont synonymes^ »... Il advenait, parfois, que dans ce Caffe Greco où s'attardaient de temps à autre leurs sobres libations, quelque visiteur leur apportât des théories qui leur paraissaient des blasphèmes. Schopenhauer, un jour, vint leur développer cette idée, que le cercle des dieux de l'Olympe, grâce à son infinie variété, était pour les artistes le meilleur des cénacles, puisqu'en gardant sous les yeux des modèles aussi divers, et d'une physionomie aussi nettement accusée, ils prenaient l'habitude de marquer fortement, sur leurs toiles, l'indivi-
Sulpice: « C'est la première fois dans l'histoire de l'art, que l'on voit des talents importants se former par un retour en arrière, revenir au sein maternel et inaugurer ainsi une nouvelle époque d'art. « {Sulpiz Boisserée, II, p. 34.) — Puis il s'attiédissait à vue d'œil (Howitt, op. cit., I, p. 366). Enfin, en 1810, l'article publié dans le second fascicule du périodique: Kunst uvd Alterthum in den Rhein und Mainf/etjendei-i , que dirigeait Gœthe, sous le titre: Neu-deutsche religios patriotische Kunsl, produisit un vif émoi : signé W. K. F. [Wcimarer Kunst fj'eunde), cet article était écrit par le Zurichois Meyer, ami de Gœthe. Le 16 décembre 1816, Gœthe écrivait à Sulpice Boisserée : « Les amateurs, qui préservent et recueillent les anciennes œuvres d'art, sont hautement célébrés; quant aux artistes, qui de nouveau font surgir toutes les vieilles formes d'art, on leur tient devant les yeux un miroir, que nous avons cherché à bien polir. » (Sulpiz Boisserée, II, p. 152.) Et Boisserée répondait: « En dehors des copies utiles pour apprendre la technique des couleurs, limitation des anciennes œuvres d'art sera toujours nuisible, comme l'est plus ou moins toute imitation d'œuvres d'art. » [Sulpiz Boisserée, II, p. 156.) Dorothée Schlegel fut très mécontente: elle trouvait, déjà, que les Boisserée, pour obtenir pour eux un « diplôme de noblesse artistique », avaient trop « flagorné le vieux pa'ien », et se montrait très froissée de la façon oublieuse et dédaigneuse avec laquelle était traité Frédéric Schlegel dans la revue de Gœthe, et de la conception antichrétienne que dénotaient les pages sur les rapports de la religion et de la peinture (Raich, Dorothea Schlegel, II, p. 356-358 et 367). — Voir l'analyse de cet article de Meyer dans Gœthe, édit. Kiirschner, t. XXX, p. lxv-lxviii.
1. Brandes, Die deutsclie romantische Schule, p. 342. — Voir la même idée dans un fragment de l'historien Bohmer de l'année 1823 (Janssen, Bohmer's Lebcn und Briefe, i, p. 98-99).
tlOMÀNTlSME Et CATHOLICISME 241
dualité de leurs personnages. « Pour cela, nous avons les douze apôtres », objecta l'un des Nazaréens. Et Schopenhauer de riposter : « Sortez-moi donc de Jérusalem, avec vos douze Philistins ^ » Mais les Nazaréens restaient dans Jérusalem ; et, malgré leurs défauts, dont quelques-uns étaient voulus comme le sont des mortifications, ils eurent lune influence et marquèrent une époque-.
Us installèrent à Rome une sorte de petite (( république'^ » allemande; quiconque émigrait du Nord au Midi les venait visiter : Louis de ^Bavière, en 1818, fut, durant son séjour sur les sept collines, leur commensal familier^. «Je crois que
1. ,la.nsson, Zeit und Lebensbilder, I. p. 310. C'est encore dans ces réunions du Caff'e Greco que Schopenhauer exjdiquait que l'Allemagne était lapins sotte des nations, mais que sa supériorité venait de ce qu'elle n'avait pas de religion.
2. Henri Heine fut très sévère pour les Nazaréens. Voir, dans son livre sur YAllemagne, L p. 216: « Les artistes qui voulaient imiter le guingois divin de ces tableaux merveilleux, la sainte gaucherie de ces poésies miraculeuses, se dirigèrent vers le bénitier de l'Eglise qui seule béatifie... Go n'était autre chose que le jésuitisme qui pipait si malheureusement la jeunesse allemande, avec les doux accords de la nuise romantique. » Montalembert, au contraire, était très enthousiaste, — et d'Overbeck en particulier. « Overbeck, écrivait-il en 1832, c'est le Pérugin ressuscité. » (Lecanuet, Montalembert, I, p. .300.) En 1837. dans son livre: De Véfat actuel de l'art religieux en France, il rend hommage à cette « admirable école si peu connue en France. Tous ceux qui ont vu et compris des tableaux ou des dessins d'Overbeck ne pourront s'empêcher de reconnaître (lu il n'y a là aucunement copie des anciens maîtres, mais bien une originalité puissante et libre, qui a su mettre au service de l'idée catholique tous les perfectionnements modernes du dessin et de la perspective
1 ignorés des anciens. L'àme la mieux disposée à la poésie catholique n'en est pas moins complètement satisfaite, comme devant le chef-d'œuvre le plus suave des anciens jours » (Montalembert, (Euvres, VI, p. 182). Cf. un
. passage de son écrit sur les Intérêts catliulitjues: «Les œuvres de cette école rivaliseront avec les plus suaves produits du pinceau de Fra Angelico et du Pérugin. » (Montalembert, Œuvres, V, p. 41.)
3. Le mot est de Kingseis, Krinnerumjen. I, j). 497. — Cf. Howitt, op. cit., L p. 406.
4. Sur ce séjour de Louis de Bavière à Rome en 1818 et sur les fêtes données en son honneur, voir les lettres de Bunsen dans Nippold. Christ ian-Carl-Josias, Freiherr von IJunsen, I, p. 141-143 (Leipzig. Bi'ockhaus, 1868). — Le prince Louis invitait chaque jour un artiste à sa table
maintenant l'art allemand entre dans une floraison qui rappellera celle de notre litte'rature an xvni'' siècle, » écrivait, trois mois après son arrivée àRome,Niebuhr, ministre de Prusse ^ On donnait bien pieusement des fêtes d'art, oîi l'on s'habillait en vieux costumes allemands ; Dorothée Schlegel, l'ancienne prêtresse du culte de Goethe, se plaisait en cette société, dont son fils, le peintre Philippe Veit, converti comme elle-, était l'une des gloires; et l'on applaudissait à un transpareni rapidement brossé par Schadow, qui représentait le balayage des écuries d'Augias^... On signifiail ainsi le balayage du paganisme !
Ce fut, pour la cohésion des Nazaréens, l'un det derniers beaux jours. Rome peu à peu les rendit à l'Allemagne. Le peintre catholique Joseph Fiihrich, qui vécut à Rome de 1827 à 1829, et qii se plaisait à illustrer, en leur mysticisme un pei nébuleux, les antiques légendes allemandes, sen tait très fortement, et notait très finement, une sorte de contraste entre le tour habituel des imaginations germaniques et la nuance du beau cie
(Ringseis, Erinncruiif/ni, I. p. 477j. — Un tableau de Fi'anz Gatel, à 1; nouvelle Pinacothèque de Munich, représente " le prince Louis dan la taverne espagnole de Ripa Grande à Rome, en compat^nie d'artistes » Cette taverne, que tenait un marchand de vin espagnol, Don Raffael d'Anglada, existe encore au rez-de-chaussée de l'hospice S. Michèle . Ripa (numéros 26 et 27).
1 . Sjiahn, Philipp Veit, p. 36 : la lettre de Niebuhr est du 2 février 1817.
2. Sur Philippe Veit ( [''93-1854), voir Spahn. P/tilipp Veit {BieMeU. Velhagen, 1901). Philippe Veit s'était converti en 1810, deux ans aprè Dorothée. Voir, dans Raich, op. cit., I, p. 42.V428, l'allocution du nonC Severoli, le 9 juin 1810, au baptême de Philippe Veit. Il songea mèm longuement à se faire prêtre (Raich, op. cit., II, p. 415, 428, 449-450).
3. Voir le récit de cette grande fête du 29 avril 1818, dans Passavan' Aasirhten iibcr die bildcnden Kûnstc und DarslelluiKj des Gant/es derselbe in Toskana, von einem deutselien Kûnstler, p. 82 et suiv., Heidelber^ Oswald, 1820. — Cf. Ringséis, Erinnerunt/en, I, p. 522 et sUiv. ; — i Ilowitt. op. cit., I. p. 419.
'omain, si bleue, si claire, si franche, si dénudée
de tous nuages ^ Il fallait, — c'est une loi des îhoses, — que l'école nazaréenne mourût, pour jue s'essaimassent et se développassent, à travers
'a patrie allemande, les germes de vie qu'elle réchauffait. Fidèle à la Ville Eternelle, Overbeck
l'assistait pas sans tristesse à cette fatale disper- ;ion : une telle tristesse était humaine. Mais, orsqu'il voyait le catholique Cornélius diriger our à tour les écoles artistiques de Dusseldorf et
Ile Munich, et puis exécuter des commandes pour a maison de Hohenzollern- et môme pour la cahédrale protestante de Berlin^, le catholique
^5chadow succéder à Cornélius dans la direction ie Técole de Dusseldorf et en assurer la longue
, >rospérité; lorsqu'il voyait le catholique Philippe
^Vit sacré comme une autorité artistique dans
^ 'incroyante ville de Francfort et chargé de retraer dans le Roemer les gloires du vieil Empire '^ ; et orsqu'il voyait, plus tard, Deger, Ittenbach, les eux Muller surtout, tous peintres de Dusseldorf,
renouveler l'imagerie religieuse en Allemagne et lême en France, et, suivant le mot du cardinal
^^iseman, restaurer le goût chrétien en Europe^;
1. Joseph von Fiihrich, JUriefe aus Ilallen, p. 113. Fribourg. Ilerdcr, i83. — Cf. Spahii, Philipp Veit, p. 40-41.
2. Gurlitt, op. cit., p. 233-242; — 0|)itz, KathoUk, 1896, II, p. 520-532. — iir Cornélius et 1 école de Dusseldorf, voir Friedrich Schaarschniidt, Zwr esc/iiclite lier Dûsseklorfer Kiinst insbesondere. im xix Jahrhundert, p. 40-
(l)usseldurf, Kunstverein, 1902).
3. Gurlitt, op. rit., p. 243-247, et Schaarschmidt, op. cit., p. 5.3-105.
4. Spahn, Philipp Veit, p. 57 et 85-86. — Sur la fondation Stadel, à ancfort, dont Bœhnier et Passavaut voulaient faire une école d'art lij-icux et national, voir Howitt, op. cit., I, p. 404-^05.
5. Finke, Cari Mûller, sein Leben und Kilnstlerisches ScJtaffen, j). 49 loi (Cologne, Bacheni, 1896.) — Sur la peinture religieuse de Dusseldorf,
'ir Schaarschuùdt, op. cit., p. 1.33-151. — Ce fut le Maltais Hvzler, élève
244 PENSÉE CATHOLIQUE Et PENSÉE ALtEMAPJbË
Frédéric Overbeck, qui glissait solitaire parmi les ruines de Rome^, se pouvait dire que son œuvre n'avait pas été vaine; que son grand tableau du Triomphe de la Religion dans les ArU recevait de l'histoire contemporaine une justification propice-: et qu'après s'être convertis au catholicisme, lee héritiers des Nazaréens réussissaient à convertir l'Eglise allemande aux saines traditions de Far chrétien. Le temps n'était plus où, pour décorei son palais, un prince-évêque de Wurzbourg invoquait le sompteux et profane pinceau de Tiepolo le temps n'était plus où le prince-primat Dalber^ et le peintre Cornélius ne s'accordaient poin sur la fourniture d'une Sainte-Famille, parce qu< le primat voulait des anges de boudoir, et qu< le peintre esquissait des anges du ciel'^ Et, tou au contraire, c'étaient l'Allemagne protestante e l'Allemagne indifférente qui, pour éveiller oi restaurer le sentiment de la beauté, faisaien appel à un art issu du catholicisme. « C'est un misère que les peintres allemands de céans : il sont fort au-dessous des Français », écrivait d
d'Overbeck, qui réforma lart chrétien à Malte (Finke. Der Madonnenmal Franz Ittenhach, p. 37. Cologne, Bachem, 18»8).
1. Spahn. Philipp Veil, p. 78. Overbeck écrit à Veit en 1841 : « Je {îliss solitaire, parmi les ruines de Rome ; et il me semble que je suis moi-mèn devenu une ruine ".
2. Voir dans Howitt, op. cit.,U, p. 61-72, le commentaire de ce tabler par Overbeck lui-même. Jean Laurent, vicaire apostolique de Hambourg Luxembourg, souhaitait que ce tableau pût être « exposé dans toutes 1 cathédrales de l'Europe comme une prédication vivante à toute la cmifi rie des artistes ». (Karl Mœller, Leben und Briefe von Johannes Tlieml Laurent, H, p. 60-61. — Trêves, Paulinus Druckerei, 1887.) Brentano itr beaucoup plus sévère ; il trouvait la technique du tableau singulièreme indigente et ne refusait pas à Overbeck, d'ailleurs, une belle place en p radis (Voir Wyzewa. Peintres de jadis et d'aujourd'hui, p. 323-324, Par Perrin, 1903).
3. Pastor, Awjust Reichensperger, I, p. 548 (Fribourg, Herder, 1899).
Rome, en 1793, le peintre Carstensi. Peu d'années avaient passé, et l'art allemand, se faisant l'écolier du catholicisme, s'était rajeunie
Par surcroît, un protestant converti, lui aussi, à TEglise romaine, Charles-Frédéric Rumohr, fondait, à proprement parler, vers la même époque, la science de l'histoire de l'art^ : c'en était fait, en critique esthétique, de l'exclusivisme des Winckelmann et des Lessing, comme c'en était fait, en peinture, d'un pseudo-classicisme conventionnel ; et Rio, qui connut beaucoup Rumohr, écrivait qu'on « pourrait donner le nom de patronage à l'action que ce critique exerça, par ses écrits, en faveur de la tentative de résurrection de l'art chrétien. » Sienne, « la cité de la Vierge », ouvrit à cet Allemand du Nord les archives de sa glorieuse école artistique : les yeux de ses madones, mystérieusement taillés en amandes, s'éclairaient d'un encourageant sourire pour ce transfuge de la Réforme, et semblaient lui demander de rendre au peuple allemand rintelligence historique de l'art catholique.
1. Fornow, Carstens Lehen uml Werke, p. 241 (Hanovre, Riimpler. 18G7).
2. Il faut lire, sur ces évolutions de l'art allemand, deux articles du P. IJeissel dans les Stuamen aus Maria Laach. 1H!<2, XLII, p. 51 et suiv. et 158 et suiv. — « C'est par Overbeck, écrit M. Spahn, querAlleniagne eut sa part du renouvellement de lart dans l'Europe occidentale. » (Spahn, Philipp Veit, p. 28.)
?,. Sur l'œuvre de Charles-Frédéric Rumohr (1785-1843) et sur la façon dont il créa la méthode de Ihisloire de lart en donnant l'exemple de recourir aux documents d'archives, voir Kraus, Geschichte der chrisiliclien Kunst, I, p. 14-15 (Fril)ourg, Herder, 18%), et surtout les souvenirs personnels de Rio {EpUoijue à l'art chrétien, II, p. 111-124. Paris, Hachette, 1872). .
VIÏI
Les surprises dont le romantisme était prodigue, — surprises de poésie, surprises d'archéologie, surprises d'art, — ranimèrent et relevèrent la fierté allemande: elle y cherchait cette revanche qu'exigeaient les accablements de l'histoire présente et qu'elle n'osait point encore attendre de l'avenir. Satellites malgré elles de l'astre napoléonien, dont l'éclat les olTusquait lors même qu'il les fascinait, les populations allemandes retrouvaient, dans le double exode des imaginations vers le passé et vers la beauté, vers le dôm( de Cologne, les Niebclungen et les Minnelieder quelque conscience de leur valeur et quelque confiance en l'avenir. « 1806, 1809, ce furent là écrivait plus tard l'historien Bœhhier, les plus tristes années de notre peuple. Toute force semblait disparue, les orgueilleux vainqueurs semblaient irrésistibles. Quoi d'étonnant si de noble; esprits conçurent une haine contre l'étrange] qui nous maltraitait, et s'ils se tournèrent ver! notre passé, vers le temps où notre force, mèm( déréglée, môme dégrossie, était dans sa plénitude et 011 s'exprimait la religiosité, séduction d'un» génération agenouillée K »
Gœrres définit en termes émus le genre d'émo tion que communiquait aux âmes l'archaïsm»
romantique. « Nous voulions, dit-il, allumer ui
1. Janssoii, Bôhmer's Lehe.n unil Briefe, II, p. 47. — Cf. II, p. 79 et 231 « L'Allemaf,'no. écrivait Bohiner on 1821, n'a jamais rien produit de plu grand qu'au xiii'' siècle. »
Detit brasier, auquel nous pourrions nous réchauffer un peu dans la nuit froide et nébuleuse.
IL'essence des anciens âges, telle qu'elle survivait dans les poésies du passé, paraissait à Arnim — ît il avait raison — la mieux appropriée pour 'échauffer et ranimer le présent atterré ; et la aoésie populaire, qui jusque-là n'avait refusé ses services à aucun des âges antérieurs, semblait s'offrir ici, complaisante, pour ramener le peuple à la conscience de lui-môme ^ » — «C'était pour aous une grande joie, racontait plus tard Ringseis, médecin de Louis de Bavière, de pouvoir, en de nombreux domaines, nous si longuement humiliés, nous vanter d'une supériorité sur nos orgueilleux ennemis. » Ainsi philologues et littérateurs prenaient l'histoire du moyen âge pour consolatrice, moins en y cherchant des leçons sur les vicissitudes des choses humaines, qu'en constatant qu'il y avait eu une époque oii le peuple germanique avait été l'artisan d'œuvres grandioses. Les artistes à leur tour, laissant aux Gœthe
1. Galland, Josepli v. Gœrreft, p. 114-11.-). — Cf. Sulpiz Uoisserée, I, 1.241-242 : lettre de Sulpice, du 2G novembre 1814, à Groshuff, directeur ile renseignement public en pays rhénan : « Aucun peuple n'a plus •oesoin du souvenir d'un f,n'and passé, que le peuple allemand, qui, après oent ans de déchirement et trente ans de guerre, a vécu cent cinquante ins dans le mépris de lui-même et la singerie de l'étranger; même, en ces ilerniers temps, quand l'ennemi menaçait de n(jus enlever toute individualité, ce besoin s'est généralement éveillé. » Et Boisserée demandait, ^omme conclusion do cette lettre, qu'on organisât dans la Basse-Lorraine a conservation des antiquités allemandes ; il faisait un rêve semblable, m 1831, pour la Prusse rhénane et la ^Vestphalie {Sulpiz Boisserée, I, !). Ô77). — Comparer ce passage de l'autobiographie de Suljtice [Sulpiz iBoisserée, I, p. 35) : « En ce temps du malheur allemand, où l'on cherchait consolation dans tout ce qui appartenait à un meilleur j)assé, l'on se jeta même vers notre ancienne langue depuis longtemps méprisée... Ce qui nous garantissait un grand réconfort parmi les préoccupations imbliques et personnelles, c'était le contact prolongé avec les antiques euvres dart de la patrie. »
et aux Schiller la coquetterie d'être des « citoyens du monde », aspiraient à être, tout à la fois, « intimement chrétiens et intimement allemands 1 » ; le mot est encore de Ringseis^. « On revient de Rome plus allemand qu'on n'y était arrivé, ajoutait-il ; et cela résulte, en partie, de ce qu'on vit, là-bas, dans un cercle de compatriotes recueillis et pieux. » Gœrres, en 1819, dans son livre : r Allemagne et la Révolution^ parlait avec émotion de ces artistes qui <( répandaient, disait-il, la gloire de l'Allemagne^». Parce que pieux, on se sentait plus allemand ; parce que catholique, on se sentait plus germanique. La première exposition nationale d'arl allemand '% oi'ganisée à Rome, en 1819, par Frédéric Overbeck et ses disciples, et dont Frédéric Schlegel commentait dans un long article
\. Ringseis. Erinncrunfien, I, p. 47fi-477 : « Ces artistes sont convaincu^ que les sujets les plus dignes d'être représentés sont les sujets religieux et d'histoire patriotique, mais qii'on doit être intimement chrétien e intimement Allemand, car le christianisme et la qualité d'AlIemanc [Deutschheit) doivent avoir i)assé dans la chair et dans le sang, pour que la représentation de ces deux catégories de sujets soit véridique. » — Cf. dans Riegel. Pefer Comelmt (p. 14:{). une conversation entre Horact Vernet et Cornélius : Vernet dit (jue Fart doit être sans nationalité, Cor nelius répond que l'art doit « jaillir » de la nationalité, et ne «s'élevei qu'ensuite vers l'humanité ... — -< Vous êtes un vrai Allemand », répliqu< Vernet. — Et Cornélius de riposter : « J'en suis lier. »
2. Ringseis, Erinrir/uiit/en, 1, p. 497 : Mon f/efit deutscher von Hom iret/ (ils man yekommen. Bohmer, de son coté, marque comme résultat de soi voyage à Rome un surcroit d'estime et d'am<»ur i)our tout ce qui tftuch< à sa patrie. (Janssen, Bô/uner's Lebenund Bricfe, H, p. ',i\.)
H. Gœrres, Poli/ische Schriftcn, I\, p. 146.
4. Cette exposition i)réluda aux (\ï\erA Kumfnereiiir qui, de IS'.'O à 18:^0 se fondèrent à Karlsruhe, Munich, Berlin. Dresde. Dusseldorf (Howitt op. cit., II, p. 542). — C'est Overheck qui avait conçu le dessein d'un* telle exposition, pour lutter contre l'influence de l'art académique et d< la nouvelle école française. Le premier projet date de 1814. L'exposition en 1819, coïncida avec la visite de l'empereur d'Autriche à Rome; mai; le» jeunes Nazaréens furent signalés à l'empereur comme se rattachant ni révolutinnnaire Jûnfflint/nhutid (Howitt, op. ci/.. I, p. 4'i7-445l!. — \ mm' dans uiM' Icltic de Bo^hnier. éri'jtc de Rumc le 23 mars 181'J, des détiiil;
ROMAKTISME ET CATHOLICISME 249
la portée religieuse et nationale \ étalait à une place d'honneur un tableau de Yeit : le Triomphe de la Religion 2.
(( Le peuple allemand a succombé parce qu'il a oublié son caractère, sa finalité, son histoire, parce qu'il s'est oublié lui-même ; il ne peut renaître que si, reconnaissant de nouveau son caractère et sa fm^dlité, il retourne à son histoire et reprend conscience d'être uue nation ^ » Ces lignes sont signées de Gœrres et datées de 1810 ; elles étaient comme un programme, que Gœrres et ses amis réalisaient. C'était en Tannée d'Austerlitz que TAllemagne, avec Arnim et Brentano pour maîtres, réapprenait à chanter comme elle l'avait fait au moyen âge, et que Gœrres enthousiaste leur décernait à fun et à l'autre la couronne civique^; c'était en Tannée d'Iéna, au moment où se fermait la tombe du Saint-Empire, que le romantisme historique et littéraire, réfugié à Heidelberg, s'essayait à rouvrir la tombe du vieux peuple allemand ; c'était enfin parmi les décombres accumulés par les guerres que les inofTensifs Boisserée recueillaient les éléments d'une puissante résurrection. Tandis que le rationalisme protestant, dont Voss était « le grand inquisiteur^ », s'acharnait contre ces initiatives, et tandis que (( l'esprit artiste de Gœthe », suivant les mots de Henri Heine, « engourdissait la jeunesse et s'op-
sur la rt''cepti(»n qu'on jtrépare à l'empereur et siu- la prochaine expctsition des artistes allemands (Jansseri,^ô/)mer's Leben und Briefe. II, p. 42).