‹ L'Allemagne religieuse (volume 2)Chapitre 164 sur 202 · Gœrres, Politische Schriften, IV, p · texte numérisé non relu

Gœrres, Politische Schriften, IV, p

4. Gœrres, Gesammelte Briefe, II, p. 601. — " Des princes qn'i ont étudié H l'école du malheur, mais qui n'ont rien compris, pas même assez pour savoir respecter leur dignité ; des ministres de bonne volonté, mais sans force, sans décision ni courage ; une opposition de cour, mauvaise par l'absence totale de quoi que ce soit de bon, sotte jusqu'à la bestialité, lourde connue un rhinocéros ; un parti démocratique sans unité, sans assises, courant après toutes les illusions, espérant toujours que. la nuit, tout se fera de soi-même; une génération qui n'a montré de talent que l)0ur détruire, mais une impuissance absolue pour construire»: c'est ainsi que (iœrres, en 1818, décrivait au libi'aire Pertlies létat de sa patrie (Gœrres. Gesammelte Briefe, 11, p. 570).

rcaucraties d'Etat; elles détestaient, dans l'élan patriotique, un mouvement spontané des consciences^; or, elles redoutaient tout mouvement et haïssaient toute spontanéité. A la suite de l'investiture nouvelle que le Congrès de Vienne leur avait donnée, l'esprit des princes et de leurs ministres était comme noyé dans un chaos de contradictions. D'une part ils bénéficiaient de la Révolution, qui, dans leurs terres comme sur le sol de France, avait tout nivelé, qui avait supprimé les autonomies locales, détruit les forces sociales susceptibles de faire contrepoids au pouvoir d'en haut; d'autre part, toute initiative, quelle qu'en fût l'origine, toute doléance, quel qu'en fût l'accent, et toute revendication, quelle qu'enfûtl'équité, leur étaient suspectes, odieuses même, comme des semences de révolution. C'était une conséquence immédiate de la Révolution d'avoir rendu leur autorité plus forte en ne laissant au-dessous d'eux qu'une foule d'atomes, qu'ils appelaient encore des sujets et qui déjà se qualifiaient de citoyens, mais qui, de quelque nom qu'on les baptisât, n'étaient qu'une poussière. Poussière mouvante, pourtant, sous l'impulsion latente du souffle révolutionnaire; elle avait des ondulations occultes et je ne sais quelles fermentations intérieures, et s'échappait parfois en boufl'ées opaques; et les puissants, à peine réinstallés chez eux par cet acte de Vienne qui,

1. Un fouctioiiuairc berlinois écrivait contre Arndt et Gœrres une })rochiire intitulée : Die deulschen Roth-und-Schv:arzmântler (Gœrres, Crcsammelte Briefe, II, p. 486). — « Faire allusion, clans l'enseignement des écoles prussiennes, à des événements contemporains, mentionner môme une victoire allemande de 1813, était un crime: les vingt premières années du siècle devaient être ignorées. » (Dresch, Gulzkow et la Jeune Allemagne, p. 13).

âbO PENSÉE CATliOLlQLE ET PEiNSÉE ALLEAJAISDE

tout ensemblo, sanctionnait et enrayait la Révolution, sentaient la terre fre'mir, et l'atmosphère se troubler, et s'ennuager le ciel'.

Gœrres parlait d'eux sans pitié : il n'admettait pas qu'après avoir, avec les armes de leurs peuples, reconquis la liberté pour leurs trônes, les souverains aiïranchis marchandassent à ces heureux vainqueurs quelques miettes d'autonomie civique. Ce n'est pas à dire que les (( libéraux » se pussent réclamer du nom de Gœrres.

11 souhaitait, comme eux, des constitutions; mais il voulait que ces documents fussent le fruit de l'histoire, et non d'un a priori philosophique. « Les constitutions d'aujourd'hui, écrivait-il, ne sont point des unions sociales contractées par des hommes libres pour établir des liens mutuels de droits et d'intérêts; ce sont des morceaux de papier sur lesquels ils ont écrit leur volonté et leur pensée. Aussi aucune bénédiction ne repose sur leurs œuvres, parce qu'elles ne sont bâties que sur le vide'\ » Le Nassau servait de modèle à l'art

i. C'était appareiniucnt cette audace aventureuse du Mrirure (\\n faisait dire à Dorothée Schlepel, en décembre 1815 : « h^i Mercure rhénan est une elï'royahle machine, et précisément connue journal dans les mains du connuun peui)le... C'est connue si je voyais un homme ivre, avec une torche brûlante, entre de la jiaille et une iioudi'iôre. » (Raich. /Jorollica Svhleijel, II. p. 335.)

2. Nous résumons ici le livre : l'Allenuif/ne pI la Récuhdion. ti'ad. SchetTer. (Paris, Brissot-Thivars, 1811).) — Cf. PolUische Schrif/en, l, p. 410-441, ce que dit Gœrres de la constitution es])agnole : " Cette époque, qui s'occupe tant de projets de constitution, a presque désappris l'art des constitutions. Tout se ramène, d'ordinaire, à quelques abstractions générales, concernant les divers jxmvoirs et leurs rapi)ort8 réciproques en force et en faiblesse ; mais ce qui maniiue, c'est la chair et le sang, la vie et le mouvement, le caractère et les traits particuliers. Il n'y a pas de vieille constitution de ■ville allemande qui ne possède tout cela à un jjIus haut degré. >< — Il est curieux de rapprocher, des appréciations de Gœrres sur les constitutions allemandes, l'histoire même du fonctionnement de ces constitutions (Voir Denis, l'Allomt'jne, 1810-1852, p. 140-142).

CATliOLlCISMÈ Et SAlINtE-ALLiANCÈ 3[>l

de conslitiier ; or il rendait les hommes e^aux dans une servitude commune, et ce qu'on y appelait la liberté n'élait qu'un ironique prestige. Bade avait une constitution; mais, faute de bases historiques, d'institutions libres, de corporations fortes, elle ne reposait que sur une volonté inconstante; et, donnée par un ordre de cabinet, elle pouvait être reprise avec la même facilité. Les Ubénans souhaitaient une constitution, mais ils avaient tort de persister dans leur aveugle déliance contre Taristocratie, et de permettre ainsi au pouvoir central de faire bon marché des anciens droits, sur lesquels étaient fondées les prétentions du Tiers Etat comme celles de la noblesse ^ Aussi Gœrres éclairait-il par des exemples sa façon de comprendre les constitutions : au lieu d'être édifiées comme un château de cartes sur un terrain nivelé, elles devaient, d'après lui, êti'e une sorte de description de l'architecture sociale, et, dans le corps social, régler les rapports des membres avec la tête et des membres entre eux, en s'inspirant de l'histoire et des réalités concrètes 2. Il détestait, aussi bien dans les conseils des princes que dans les projets des révolutionnaires, deux variétés différentes d'absolutisme : d'une part l'absolutisme de la monarchie, d'autre part l'absolutisme de la démagogie. Ce qui lui paraissait singulièrement cho-

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