Gcerres, l'AI/ruKU/nc et la Hévululiun, p
2. C'est une constitution de ce genre {Slàndische Varfussiinf/). qne (iœrres, en exécution de l'article 13 des traités de Vienne, réclamait en 1817, dans une adresse retentissante, pour ses compatriotes rhénans (Gœrres, PoUtisclœ Sckriflen, IV, p. 1-50). Voir, sur cette adresse, Varntiagen von Ense, Jienkwûrdif/keiten und Vcrmisclite Sckriflen, V, !>. 253-272, et Sepp, op. cil.., p. '2(38-278.
quant dans l'arbitraire princier, c'est que les souverains, spoliateurs du haut clergé, destructeurs de la noblesse d'Empire, ennemis ombrageux des antiques libertés du Tiers Etat, avaient, en définitive, reconquis leur autorité et la raffermissaient chaque jour par des procédés empruntés au jacobinisme ; et ce qui lui inspirait en revanche quelque tendresse pour les «libéraux», c'est qu'à ses yeux l'Etat aurait dû s'incliner, non point, à vrai dire, devant cette abstraction des Droits de l'homme qu'ils avaient prise comme idole, mais du moins devant les libertés historiques et anciennes dont l'histoire passée conservait les titres, et que la Révolution avait détruites pour le plus grand profit des rois. Gœrres remarquait finement qu'il y avait des points communs entre les « libéraux » allemands et les ultras français ^ : les uns et les autres étaient des
\. La traduction française du livre : VAllemafjne el la Révolution, contient un post-scriptuni que composa, pour cette traduction, Gœrres luimême. « En Allemagne, explique-t-il, ce n'est point le Tiers Etat qui a fait une révolution; ce sont, au contraire, les cabinets qui en ont fait une sous la i)rotection d'une puissance étrangère. Ils ont expulsé de l'Empire le haut clergé, et ils ont partagé entre eux ses possessions. Ils ont de même détruit la haute aristocratie immédiate de lEmpire, ils se sont emi)arés de ses biens. Quant à la noblesse, depuis longtenqjs elle a été subjuguée entièrement; les antiques libertés du Tiers Etat n'ont point résisté aux envahissements du i)OUvoir, appuyé ]iar les baïonnettes étrangères. Par le même moyen, les princes S(mt parvenus encore à détruire l'unité de l'Empire. A l'ensemble de ces usurpations et de ces actes despotiques, ils ont donné le nom de souveraineté. Telle était la situation des choses lorsque, en 1813, la nation allemande se souleva contre le joug étranger. S'en étant délivrée, elle tourna ses regards vers ses affaires intérieures, et trouva bientôt que ces usurpations du i>ouvoir, qu'on paraissait vouloir défendre à t<jut prix, étaient les obstacles i)rincipaux à son bien-être et à son salut pour l'avenir. Dès cette époque s'éleva cette lutte qui agita l'Allemagne dans tous ses éléments; celte lutte entre les libertés historiques et anciennes du Tiers Etat et les i)rétentions de cette souverainelé, qui défend avec toutes ses forces et avec tous les moyens son histoire de peu de lustres contre celle qui date de jjlusieurs siècles, et que réclame le peuple avec l'unité et la liberté. Chez nous, ce sont les
mécontents, qui cherchaient dans les institutions du passé une justification pour leurs murmures. Et c'est par là qu'il expliquait l'étrange destinée de ses écrits, qui, par certains côtés, plaisaient à la noblesse, par d'autres aux novateurs, et qui s'accommodaient avec le Pape sans déplaire aux hommes qualifiés de révolutionnaires ^
La représentation de toutes les forces sociales efficaces lui paraissait une indispensable assise du pouvoir ; il groupait ces forces en trois classes : celle qui enseigne la société, prêtres et professeurs ; celle qui la défend, aristocrates; celle enfin qui la nourrit-. De même que les droits des peuples lui paraissaient protégés par une telle constitution, l'existence de la monarchie lui semblait être la meilleure garantie qu'au sein d'un peuple chacun ferait son devoir : il aimait la monarchie, certes, mais en inclinant à faire du pouvoir royal un magistère et non point une jouissance 3. Et comme les rois pensaient autrement: « Misérables gouvernements, s'exclamait Gœrres, voyez comme ils titubent, aveugles, sourds, usés pour toute expérience, entraînant avec eux les peuples à la perdition ^ ! » Ces titubants augustes, désireux de s'étayer entre eux, se rassemblaientils en congrès, Gœrres accueillait d'un éclat de
partisans du despotisme qui se servent des fornips et des actes du jacobinisme, tandis que les amis de la liberté défendent en partie le principe des ultras français. De là est résultée cette confusion qui, au premier abord, trouble et confond le spectateur étranger qui contemple ce mouvement. » {L'AUetnat/neet la Rt^volulion, p. 159 et suiv.)