‹ L'Allemagne religieuse (volume 2)Chapitre 179 sur 202 · Itfslauralioii, I, p. xLvii · texte numérisé non relu

Itfslauralioii, I, p. xLvii

qu'à épuisement l'idée de Haller, vous constatez que, dans son système, l'Etat disparaît. Or il n'y a pas d'absolutisme sans un Etat qui l'incarne ou tout au moins qui l'encadre. Le droit de conscription et le droit d'imposer arbitrairement les sujets, qui sont les deux prérogatives d'un Etat absolutiste, sont formellement déniés au souverain, tel que Haller le conçoit ; car « la guerre du prince est sa propre guerre » et ne concerne que ses propres intérêts, et le souverain très riche qu'est le prince ne peut pas disposer de la propriété de ces petits souverains minuscules que sont les particuliers. Le fonctionnarisme, qui est l'instrument d'un Etat absolutiste, est une institution à laquelle Haller refuse toute raison d'être ; car il ne doit exister aucune différence entre ce qu'on appelle les fonctionnaires et les « serviteurs des particuliers opulents ».

La théorie de l'état social, dessinée par Haller, n'est rien autre chose, en définitive, que la description d'un régime féodal, description purement empirique, dans laquelle les droits des puissants sont très limités, mais dans laquelle les obligalions attachées à l'exercice de ces droits ne paraissent pas suffisamment fondées ^ Haller invoque, pour étayer et proclamer le devoir des souverains, les lois de justice et de charité ; mais elles ne font pas corps avec l'ensemble du système; elles s'ingèrent comme des correctifs dans ce féodalisme, oii l'on peut se demander, bien souvent, si le droit n'est

1. Voir lirs/aumlion. I. clinp. xv : « Dos moyens d'ompêchcr l'abus de In forcf. » — n. chn]). xxxix : « Des l)ornos du pouvoir souvorain. » — HT. cliai). xn : « D«s muyens (lu'oiit les sujets i)()Ui' gai'autir leurs dntit<. »

pas issu de la forcée Tandis que la théologie catholique professe sur l'origine du pouvoir une doctrine dont le premier corollaire est d'imposer au prince certains devoirs, et tandis qu'elle développe des argumentations qui soulignent la responsabilité du puissant en même temps qu'elles fondent sa puissance même, Haller juxtapose à sa théorie de l'Etat la notion des devoirs de la souveraineté, beaucoup plus qu'il ne l'en déduit ; c'est une notion qui a l'air d'immigrer dans la théorie, non point d'en découler. Et l'on n'a pas le sentiment, en lisant Haller, que le pouvoir vienne véritablement de Dieu; bien plutôt, il semble que Dieu survient dans le mécanisme du pouvoir, qu'il intervient dans le fonctionnement, qu'il se fait l'hôte des conseils du souverain.

Haller atlendait beaucoup de son travail. « Ce livre, écrivait-il, occasionnera d'abord une lutte violente, môme entre le père et le fils, entre la mère et la fille, le frère et le frère ^ » ; et s'exaltant par cette perspective d'offrir aux esprits une pierre d'achoppement, il écrivait avec crânerie : (( La guerre dans le royaume des intelligences a aussi son beau côté:>. » Ne nous hâtons point de sourire de cette candeur d'espérances : il y a de la naïveté, certes, dans une telle recherche de la vérité politique absolue^ ; mais l'attitude est plus

1. G"est eu ce point, précisément, que se distingueront des théories de Haller, les théories, semblables à beaucoup d'égards, du général de Radowitz. (Hassel, Joseph Maria von IladouHlz, I, p, ir)7-158. Berlin, Mittler, 1905. — Cf. Bluntschli, Théorie de l'Elal, trad. Riedmatten, p. 271 (Paris, Guillaumin, 1877).

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