‹ L'Allemagne religieuse (volume 2)Chapitre 180 sur 202 · Restaurai ion, I, p. LXii · texte numérisé non relu

Restaurai ion, I, p. LXii

:i. Restauration, I, p. lvii.

4. D'ailleurs, lenthousiasme de certains lecteurs justifiait cotte exalta-

noble, plus désintéressée, qu'un certain scepticisme politique, qui s'accommode et s'ajuste atout, et ne péchera jamais, à coup sûr, par excès de naïveté. Le quatrième volume de l'œuvre de Haller, qui parut en 1820, renfermait implicitement — ce sont ses propres expressions — « une profession de foi faite devant l'univers entier ^ ». Que lunivers écoutât, ou bien qu'il fût distrait, Haller devenait catholique, et cela en vertu même de son système : par foi en lui-même, par foi en ses théories, il prétendait faire acte de foi à l'Eglise roaiaine-. C'est ce que nous révèle un curieux passage de la lettre publique qu'il écrivit à sa famille, en 1821, pour déclarer sa détermination :

Une seule idée, simjjle et féconde, véritablement inspirée par la grâce de Dieu, celle de partir d'en haut, de placer

H on de Haller. Ainsi, dans les cercles conservateurs prussiens où se lorniaient les jeunes de Gerlach, bien quon regrettât que Haller n'eût jias dévelopi)ë l'idée de nation, on admirait dans son livre la réfutation de Rousseau. {Dcnkwimiig keiten nus detu Leben i:on Leopold von Gerlach, herausg. Von seiner Tochler, I, p. 6, Berlin. Hertz, 1891.) — « Combien nous enthousiasma la voix de ce prophète ! écrivait i)lus tard I^ouis de Gerlach. Nous venions de rentrer, pleins de haine contre la révolution et l'al^solutisme despotiiiuc, mais encore très désorientés sur les fondement^ éternels du droit et de l'Etat. » (Hassel, op. cit., L P- 187.)

1. Lettre de Charles-Louis de Haller à sa famille pour lui déclarer son retour à l'Eijlise catholique, apostolique et roïnaine, \). IG (Paris, Méquignon, 1821).'

2. L'attrait qu'il avait jiour la beautii des temples catholiques, les rapjxirts qu'il avait entretenus avec des prêtres durant son émigration, le besoin (ju'il éprouvait d'opposer à l'union des sociétés révolutionnaires une société religieuse, apparaissent aussi, dans la Lettre de Haller, comme des causes secondaires de sa conversion. Déjà, dès 1801, dans son Ëtoi/e de L^avater, Haller avait « justifié plusieurs usages de l'Eglise catholique et surtout son unité ». (Raemi de Bertigny, op. cit., p. 20.) La conversion fut {[uelque temps tenue cachée, i)our que le cinquième volume, traitant « des seigneurs spirituels indépendants ou des Etats l>oiitificaux », et dont certains chapitres sont une apologie de la foi catholique, parût écrit par une plume prolestante et fit plus d'impression. (Robert von Mohl, iJie GeschiclUe und Literalur der Staatswissenschaften, IL P- 52'J et suiv. — Erlangen, Enke, 18Ô5-1858.)

dans l'ordre du temps, et dans la science comme dans la nature, le père avant les enfants, le maître avant les serviteurs, le prince avant les sujets, le docteur avant les disciples, amena de conséquences en conséquences le plan de ce livre, ou de ce corps de doctrine, qui fait aujourd'hui tant de bruit en Europe, et qui, j'ose le dire, est destiné peut-être à rétablir les vrais principes delà justice sociale, et à réparer beaucoup de maux sur la terre. Je me représentais donc aussi une puissance ou autorité spirituelle préexistante, le fondateur d'une doctrine religieuse, s'agrégeant des disciples, les réunissant en société pour maintenir et propager cette doctrine, leur donnant des lois et des institutions, acquérantpeu à peu des propriétés territoriales pour satisfaire aux divers besoins de cette société religieuse, pouvant même parvenir à une indépendance extérieure ou temporelle. Consultant ensuite l'histoire et l'expérience, je vis que tout cela s'était ainsi réalisé dans l'Eglise catholique; et cette seule observation m'en fit reconnaître la nécessité, la vérité, la légitimité ^.

Ainsi, parce que la genèse et les développements (le FEglise romaine répondaient en tous points aux hypothèses théoriques de H aller, il reconnaissait dans cette conformité une marque de vérité ; et le penseur satisfait s'inclinait en fidèle. Alors, sentant grandir son rôle à mesure que l'histoire môme de l'Eglise s'encadrait dans sa doctrine personnelle, il écrivait avec transport :

Dieu suscite un républicain pour asseoir et rétablir les monarchies sur leur véritable base; un homme simple et peu instruit, dont l'éducation fut assez négligée, pour con-

1. Lettre, p. 5. — " La lottre ndrossi'-e à ma faiiiillo, écrit Ilallfr à l'évèque Yenni le 14 juin 18'21, a<>tê répandue dans toute la France, ot de nombreux exemplaires sont partis jusqu'au Canada d'un côté ot jusquà Saint-Pétersbourg de l'autre. Elle a déjà paru à Londres en langue anglaise. M. le comte de Senfft la traduit en allemand. » Et, le 2!) juillet 1821 : « Si j'eusse prévu le succès, j'eusse doimé à la Lettre à ma famille un peu plus de développements. Il en a déjà paru sept éclitions

fondre la science la plus orgueilleuse des savants, celle dont il fut lui-même imbu dans sa jeunesse, dont il partagea un instant les erreurs; un laïque, enfin, et un protestant, le descendant d'un réformateur même, pour faire briller FEglise universelle d un nouvel éclat, et la défendre avec des armes qu'on n'avait pas encore employées ^

Plusieurs plumes protestantes s'essayèrent à réfuter ce néophyte ; l'intolérance de ses compatriotes bernois le raya, parce que catholique, de la liste des autorités cantonales-; Haller, alors, vint h Paris se mettre au service de la Restauration ; et, sous la monarchie de Juillet, il s'en fut à Soleure, oii s'écoula lentement sa pensive vieillesse^.

Haller, avec un esprit tout ensemble féodal et laïque, avait entrepris une œuvre sociologique, et c'est au cours de cette œuvre qu'il avait rencontré et accepté des conclusions chrétiennes. Fré-

Irançaises, i>liisieui's traductions anglaises, une llaniande, une hollandaise et quatre à cinq allemandes. » La copie de ces lettres a été mise à notre disposition par M. Hyrvoix de Landosle. — Le théologien protestant Krug, professeur à l'université de Leii)zig, jiublia une Critique de la lettre de M. de Haller à sa famille, coitcenmnt sa conversion à l'Ef/liso catholique (trad. Richard. Paris. Treutlel et Wurtz, 1821).

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