Wolfsgrubor, op. cit., p
2. Sur Joseph-Antoine-ï:tienne Riegger (1742-1795), voir Schulte. Die Ge.ichichle der Quellen und Lileralur des canonischen Bechts, III, i, p. 2(;i-2G3.
3. Sur Jcan-Valcntiu Eybel (1741-1805), voir Schulte, op. cit., III, i, p. 255-257.
4. Voir, au sujet de ces théories soutenues par les PP. Kaltncr et Oberhauser, AVolfsgruber, op. cit.. p. 348-354.
5. Voir, sur cet incident, Wolfsgruber, op. cit., p. 375-384.
6. Sur Joseph-Jcan-iSépomucène Pehem (174M791i), voir Schulte, op. cit., III, I, p. 259-260.
La transition entre l'époque où les religieux « uitramontains » élaboraient le droit canon comme une science d'Eglise et la période où des laïques joséphistes commençaient de l'élaborer comme une science d'Etat, fut aplanie, sans trop de heurts, grâce au bénédictin flautenstrauch i. La S?/nopsis de droit ecclésiastique, qu'il publia en 1776, fut, en dépit du cardinal archevêque de Vienne, accréditée dans les sphères officielles et dans les Universités comme Texpression la plus authentique, et tout en même temps la plus mesurée, de l'orthodoxie josépliiste". Elle définissait, en deux cent trente-cinq formules, les principes : l'esprit de géométrie des canonistes laïques en saurait déduire les plus lointaines conséquences.
Tel était l'enseignement auquel tous les futurs prêtres et tous les futurs moines étaient soumis : Joseph II, dans les Universités d'abord, puis dans les séminaires généraux-^ qu'ensuite il fonda, savait fermer toutes les issues par lesquelles se
1. Sur Fraiiç..is-Eii(Miiic Raiilonsti'aucli (17;îM785). voir Sclmltp, on. r/7., III, 1, 1». 245-Vi7. ' '
2. W<.lfsgruber, op. cit.. j). 350-36."), rac.nte en détail les polémiques auxquelles donnèrent lieu les thèses de Rautenstrauch, et cite le texte de ces thèses. Elles expriment, dans leur ensemble, au sujet du pouvoir papal, la pure doctrine féhroniemie. — Cf. Rusch. lac. cit., V.m. j). M.
3. Sur rinstitution des huit séminaires f,'énéraux, voir Brunner. Die Iheolofiischc Dienerschafl, p. 3U2-384; ^^ olfsgruber, op. cit., p. 546 etsuiv. ■ Rosch, loc. cit., 1904, p. .506-509. - Dès 1781, lEmporeur avait songé à établir, aux Pay.s-Bas, un séminaire général, connue il en existait un en Hongrie : le médiocre enthousiasme que rencontra ce i)rojct le fit ajourner pour quelques années. (Hubert, op. cit., p. 236-?37 et 396-;^97.) — Sur le fonctionnement de Cette institution aux Pays-Bas. Ion trouvera d'instructifs détails dans le livre du P. Augustin Theiner : Jean-Henri, comte de Frankentiery, cnrdinal-ardtevêque de Mnlines, primat de Belf/ique, et sa lutte pour la litjerlé de l'Eglise et pour les séminaires épiscopaiix sous l'empereur Joseph II, trad. Paul de Geslin (Paris, Didot, 1852). — Voir ^^^^iT^^^inci\IIisloiredes institutions d'éducation ecclésiastique, hUil.Cobi^n- II, p. 64-67 (Paris, Debécourt, 1841).
pourraient glisser les intiltrations romaines. Le clergé régulier, quittant ses écoles monastiques, devait s'asseoir sur les mêmes bancs que le clergé séculier; et tous, futurs curés et futurs religieux, devaient étudier les sciences ecclésiastiques d'après un programme (ixé par l'Etat i.
Le bénédictin Rautenstrauch fut chargé de rédiger ce programme'-. On doit dire qu'à certains égards ses initiatives furent heureuses : c'est grâce à Rautenstrauch que l'étude de la patrologie et de la théologie pastorale devint plus familière au clergé autrichien 3; et, dans ses grandes lignes, la méthode d'études qu'il inaugura sert encore de base, aujourd'hui, à l'organisation de l'enseignement théologique dans les Facultés allemandes''.
Mais l'aversion de Rautenstrauch à l'endroit de la scolastique et son penchant pour les idées fébroniennes le qualifiaient médiocrement pour être le législateur officiel de la formation des clercs ; et les évoques qui osaient encore élever la voix ne pouvaient se défendre d'observer que Tinstitution des séminaires généraux portait atteinte aux droits épiscopaux-'. L'évéque, en eftet, est l'édu-
1. Rosch, loc. cil., 190i. p. :)23-524; — Wolfsf^Tubcr, op. cit., p. 542-549. Rautenstrauch et Martini croyaient quon pouvait permettre que les étudeï> philoso])hiques et théologiques se tissent dans le cloître ; Kaunitz et Joseph II s'y opposèrent.
2. Voir, sur l'élaboration de ce progrannne, WolfsgruJjer, op. cit., p. :^ 10-325.
3. Karl Werner, Geschichle der Kalholischen T/icoloyie seit. dcm Trienter Konzil bis zur Ge(jenv)art, p. 199-201, 2" édit., Munich, Oldenbourg, 1889.
4. F.-X. Kraus, Ucber dns Studium der Théologie sonsl undjetzt, Jiede fiehallen nm M Mai 1890 bei der (iffentlichen Fcier der Uehertpibe des Prorektorats der Universilâl Freiburt/, 2" édit., p. 25 et suiv., Fribourg, Herder, 1890.
D. Wolfsgruber, op. cit., p. 559.
32 Dt J0SÉPHtS3iE AUX CO^COÎIDATS
cateur naturel de ses clercs; Joseph II, lui, faisait si bon marché de cette prérogative épiscopale, qu'il contraignait les prélats de considérer comme valables les certificats de science théologique délivrés au sortir des séminaires générauxi,et qu'il exerçait sur les «maisons de prêtres», oii les séminaristes, une fois gradés par l'Etat, se préparaient immédiatement à Tordination, la plus pointilleuse surveillance-. <( Qu'est-ce en somme que ces séminaristes? expliquait élégamment le bureaucrate Kresel. Ce sont des laïques en route vers la profession ecclésiastique •'^. » Le pouvoir civil formait ces laïques comme il lui semblait séant ; cela ne regardait point TEglise, puisque laïques encore ils étaient.
Joseph II mettait un zèle indicible à régler cette éducation ; tous les détails étaient prévus ; les circulaires succédaient aux circulaires, les précautions aux précautions^. Il faut lire, dans Térudite biographie que le P. Wolfsgruber a consacrée au cardinal Migazzi"', les interminables correspondances et conversations qui s'échangeaient entre Farchevêque de Vienne et la cour. Un certain
1. W'olfsgrultor, op. cit., ]>. 5(i7. — L'Etat, aussi, prétendait maintenir pnur l'enseignement de Ihistoire de lEglise, malgré les protestations de Tarchevèque de Vienne, un livre d'inspiration protestante (Wolfsgruber, op. cit., p. 507).
2. Wolfsgruber. op. cit, p. 56G. — L'Etat réduisit à six mois le séjour dans ces « maisons de prêtres», et veillait sur les livres qu'on y employait.
:i. Wolfsgruber, op. cil., j). yo'S.
4. Wolfsgrulter, op. cit., p. 562 et suiv. — «J'ai dicté tout un écrit, annon^-ait-il à Léopold le 22 avril 1773, sur les précautions et dispositions à })rçndre pour remplacer le vide ou pour tirer le i)arti possible de la réforme prochaine des Jésuites. » {Maria Thcresia und Joseph 11, H, p. 6.) Ainsi s'exerçait-il, avant d'être seul maître, à légiférer sur les choses d'Eglise
5. Wolfsgruber, op. cit., p. 500, évalue à environ trois cents les plainteet observations ndrcssi''*'* j)ar Migazzi au pouvoir civil, au cours de soi épiscopat.^
FEBRONIUS ET JOSEPH tl 33
iprêtre, qui avait à peu près perdu Thabitude de dire la messe et à qui Joseph II attribuait un poste de confiance dans le séminaire de Vienne, donna lieu à des discussions prolongées. Kaunitz, e chancelier, trouvait que ce prêtre offrait un 3xcellent exemple, en répudiant pour lui-même ( toute conception mécanique de la vie sacerdotale » ; l'archevêque, au contraire, parlait en défenseur de la discipline ecclésiastique, et s'indignait que les clercs eussent sous les yeux un pareil modèle. « Il y a déjà trop de messes en Autriche», expliquait le prêtre visé, et il réclamait qu'on lui citât un texte du Christ ordonnant Ide monter régulièrement à l'autel. Il fallut a Migazzi plusieurs mois et beaucoup d'encre pour que l'empereur expédiât loin du séminaire cet ecclésiasîique incorrect, qui par surcroît développait des théories presbytériennes et faisait lire des livres ansénistes'.
Ainsi, par un curieux mouvement de chasséîroisé, le droit canon émigrait des séminaires 3t l'Etat y entrait; le système qui détermine les conditions de vie de FEglise était désormais élaboré par des juristes laïques, à l'écart de toute nfluence d'Eglise, et professé en dehors des insiitutions ecclésiastiques ; et l'Etat survenait dans
i. Voir, sur cet incident du prêtre Blarer,Wolfs^aaiber. op. cit., p. 524-542. "- Ferdinand Stiiger, qui fut président du séminaire généi'al de Louvain. wait écrit, en 177G, une Inlroductïo in historiam ecclesiasticam Novi Tes- ' '-'jr-nti, où l'on lisait : Beii{/io chrisliana a pnpistica p7'orsiis aliéna et rsaest; papistica religio chri&lianœ opposita est. Religio pagana ad liiludinem christiansB propius accedit qunm catholica. sivc jmpistica ^Wulfsgruber, op. cit., p. 325-;i28). — Cf. dans Theiner, Histoire des institutions d'éducation ecclésiastique, trad, Cohen, H, p. 60-67, les détails tonnés sur un certain Kolb, professeur au séminaire de Rattenberg en Tyrol, qui faisait lapologie de la fomicntio simplex.
ces institutions, comme administrateur, pour y faire régner les maximes qu'il faisait forger ailleurs. Il espérait, par là, former une Eglise toute jeune et toute neuve, dégagée de tout lien avec FEglise de la veille, une Eglise moderne, datant d'elle-même, fille de l'Etat au lieu d'être la fille de la tradition. L'épiscopat, suspect de garder encore quelques attaches avec le passé i, était naturellement exclu de cette œuvre de création; et tout évoque protestataire courait le risque d'une fin de non-recevoir, comme s'il n'eût été ni plus ni moins qu'un pape.
Dans l'Eglise telle que la rêvait Febronius Tépiscopat avait ses coudées franches, et les prince; étaient admis, invités même, à protéger contre 1; monarchie papale les prérogatives chatouilleuse d'une certaine aristocratie ecclésiastique. — Dan
1. Sur répiscojjat au temps de Joseph II, voir Bruniicr, Ifie Uicoh i/ische Dicnerschaft, p. 323 et suiv. L'archevêque de Vienne, Migazz lutta pied à pied contre le joséphisnie ; les évoques hongrois demeurèrei assez indépendants. Mais lévêque Morosini, de Vérone, secondant l'ho tilité de l'Enii)ereur contre les confréries; Tévèque Herberstein, (• l.aihach, puis de Brûnn, justifiant les mesures de Joseph II contre 1. moines; révècjue Hay, de Koniggriltz, ordonnant à son clergé de forni' des sujets suivant l'idéal joséphiste, et d'éviter, dans radministralion d sacrements aux non-catholiques, toute fornmie purement catholi(iue choquante pour leurs croyances, sont des types accomplis de l'épicop tel que Joseph II le rêvait. Le livre de Brunner, composé en gran< partie avec les correspondances du cardinal Hrzan, qui, avec dive litres, représenta de longues années durant, à Rome, les intérêts ■ lEmpereur, nous fait connaître, dans la iicrsoune dii ce cardinal, le prélK joséphiste par excellence.
PEËRONltîS Et JOâEPtt lî 3S
'l'Eglise telle que la faisait Joseph II, l'épiscopat était réduit au silence, de crainte qu'ayant la parole il ne devînt importun pour l'empereur. Là, l'épiscopat devait être tout; ici, il n'était rien; et voici se dessiner, pour les espérances dont se ileurrait Febronius, une formidable déception.
Febronius, dans l'épître aux rois dont il faisait (précéder son livre, demandait aux princes de «réveiller leur attention et leur vigilance afin que, par des hommes doctes et d'une probité reconnue, qui ne fussent attachés à la Cour de Rome par aucun lien particulier, spécialement par les 3vêques, ils se fissent rendre compte des véritables bornes de la primauté papale ^ » Joseph II, [ui, n'avait pas besoin des évéqucs, pour connaître ■es droits de l'Etat; c'est dans sa théorie môme de r'Etat qu'il cherchait et qu'il trouvait la ligne de ilémarcation des « droits de la primauté ».
Cependant, au cours de son ouvrage, Febronius nsistait : il recommandait aux souverains, entre lutres procédés pour la réforme de l'Eglise, la éunion de synodes nationaux 2. H y avait là, iemblait-il, de quoi séduire Joseph II, puisqu'on ivait vu des rois, à la suite de pareils synodes, lécréter à l'endroit de Rome la soustraction
1. Traité, I, p. xiii. Febronius continuait en citant le pape saint Léon, ui invitait les princes à défendre l'Eglise : «Une partie de ce secours xtérioiu- que les princes doivent accorder aux Eglises, disait-il, consiste
ne pas permettre que celles de leurs territoires ou de leurs provinces, est-à-dire que les clercs et les laïques, leurs sujets, soient vexés, opprilés, ou leurs droits légitimes usurpés i)ar des Eglises étrangères. » Les rinces doivent travailler, disait-il entin, à lever un «scandale» qui rend Eglise odieuse; il (iépend deux, en partie, « que la discipline ecclésiasque soit réduite au même état dans lequel elle était avant que nos adverlires eussent un sujet trop fondé de se plaindre du joug injuste et jccessif de la puissance du Pape ».