Trmlr, IT, p. 477 (chap. ix, sectinn -i
30 DU JOSÉx^'HlSME AUX CONCORDATS
d'obéissance. Précisément, Léopold, le grand-duc de Toscane, se laissait bercer par ce rêve : il estimait que l'empereur, son frère, devait « engager les évoques et princes ecclésiastiques d'Allemagne à s'assembler et former un concile ou synode national, dans lequel, délibérant dans leurs j^riefs contre la Cour de Home, ils revendiqueraient leur autorité et se rétabliraient dans tous les droits primitifs que Rome leur avait usurpés... Aux maximes que vous avez établies chez vous, continuait Léopold, il ne manque que la sanction d'un synode national composé de tous les évoques, vos sujets, pour qu'elles soient stables, constantes et uniformes partout, ce qui est la seule chose que la Cour de Rome craint au-dessus de tout, ne pouvant y rien objecter^. » Léopold était pressant, insinuant ; il flattait même, dans l'esprit de son frère, le goût singulier qu'avait l'empereur d'eflVayer ou d'agacer la Cour de Rome. Joseph II, pourtant, restait étrangement froid ; il éconduisait lestement l'idée d'un synode national : « La plupart de ces seigneurs — c'est des évêques qu'il parlait — ne savent le mot de leurs affaires » ; et puis il poursuivait — et voici le fond de sa pensée : « Quant aux arrangements ecclésiastiques de la monarchie, comme je n'ai touché à rien qui regardait ni le dogme ni le rite ni la discipline interne, pour cette sanction il ne me faut pas de synode, et j'avoue que je craindrais l'assemblée générale de mes évoques, puisqu'ils sont bien éloignés encore
1. Joseph JI und Léopold von Toscnna, ihr liriefwechsel von 1781 bis 1790- 'icrmist/ef/ehen ron Alfred v. Arneth, II, p. 48-49 (Vienne, Draiimûller, 1872).
FEBRONIUS ET JOSEPH II Si
d'être dans les principes raisonnables et convenables dans lesquels je les souhaiterais ^ » La fin de non-recevoir est formelle, et les motifs en sont francs. Febronius pouvait s'attarder à souhaiter, en thèse, la convocation de synodes nationaux ; Joseph lï, pour consentir, eût voulu la garantie que ses éveques, réunis en assemblée, opineraient tous comme lui, et diraient à son • désir un harmonieux .l??z^;z. Febronius voulait des ■ cénacles, en théorie ; Joseph II les accorderait, <en pratique, lorsqu'il aurait la certitude qu'en une sorte de Pentecôte officielle l'esprit de l'empereur y soufflerait.
(' En lisant les fastes de l'Eglise, reprenait naïvement Febronius, nous y verrons que les princes étaient presque toujours les seuls qui remédiaient aux maux du catholicisme -. » Constantin et Théodose, Marcien et Justinien, Charlemagne et Sigismond, Louis XIV enfin, étaient convoqués par Febronius comme des exemples vivants" ; les papes eux-mêmes venaient déposer, puisque souvent ils avaient invité les princes chrétiens à protéger les canons des conciles ''. Gerson ressuscitait eniin — Gerson en personne — pour marquer aux souverains leur devoir : car, en son traité de la Ri' formation de r Eglise^ il avait félicité i( ces anciens, pieux et dévots empereurs romains, surtout les Allemands, de n'avoir eu aucun égard au droit que quelque Pape aurait pu allé-
1. Joseph II und Lcopold von Toscanti, H, ]).55. Les doux lettres sont dos .") et 14 déccnibro 1780.
::. Tridlé, II, p. 4Ô3, cliap. ix, section G. :;. lijid., II, 1). 491-492, chap. ix, section G. '[. Ibid., II, p. 513, chnp. ix, section 8-
guer en sa faveur», et d'avoir travaillé pour le bien de l'Eglise universelle K Les gouvernants, armés de la force, connaissaient désormais les moyens de rétablir la liberté ecclésiastique : à eux d'agii'.
A eux d'instruire leurs clercs et leurs peuples pour en finir avec cette crasse ignorance qui régnait avant que les Décrélales ne fussent convaincues de faux-; à eux de s'entourer de conseillers qui les aideraient dans la gestion de l'Eglise ^ ; à eux de supprimer les annales, les droits d'expédition des bulles, les droits de confirmation de pallium, et de soumettre à leur placet souverain toute communication entre leurs Eglises et le Saint-Siège '^ ; à eux d'exercer le droit de résistance au Pape'» ; à eux, enfin, de manier contre un clergé trop docile à Rome l'appel comme d'abus ^\ Febronius, copieusement, développait ces diverses tactiques ; et Joseph II, cette fois, était tout prêt à prendre bonne note des enseignements du canoniste : l'Etat ne pouvait qu'en tirer profit.
Mais lorsque Febronius observait encore que les souverains, pour restaurer dans leur intégrité les droits de l'épiscopat, devaient convoquer un concile général ', il s'engageait alors sur un terrain oii Joseph II dédaignait de le suivre^. Car Joseph II, pas plus qu'il ne se souciait des droits de l'épiscopat, puisqu'il était le premier à