‹ L'Allemagne religieuse (volume 2)Chapitre 85 sur 202 · I/expression est de Sébastien Brunner · texte numérisé non relu

I/expression est de Sébastien Brunner

?. Les Souvenit'fi du Conf/rès de Vienne, écrits par le comte de la Garde- Chainbonas et i)ubliés par le comte Fleury (Paris, Vivien, 1901), retracent d'une façon très pittoresque (p. 392) limpression produite par Werner à Vienne: on se racontait qu'il avait été frappé de la ^rkcc devant la cathédrale de Saint-Etienne en voyant sortir un prêtre avec le viatique, qu'il avait abjuré à Saint-Pierre, vécu deux ans dans un ermitage au pied du Vésuve ; le matin, on allait entendre le nouveau saint Paul en chaire; le soir, on applaudissait au théâtre ses drames de jeunesse: Attila, Lul/ier, le Fils de la Vallée; et du haut de la chaire, Werner, maif,'re et blême, lançait de ses yeux caves et de sa voix caverneuse l'anathème contre ses propres drames. — Cf. sur ces prédications, Varnha^^en von Ense, Benkiiulrdif/keiten des eiyenen Lebens, III, p. 331-333. — Dorothée Schlef,^el. dans sa correspondance, fut longtemps très sévère pour Werner; en 1813, encore, elle lui déniait presque tout talent (Raich, op. cit., II, p. 139 et '231). Son caractère aussi lui déplaisait; ajiprenant en 1814 qvil était devenu prêtre, elle écrivait: " Puisse le Saint-Esprit l'ordonner en vraie simplicité et en humilité ! Je n'ai toujours aucune confiance en lui. » (II, p. ^t),").) Elle le vit pourtant; et malgré ses façons de priser, son dialecte berlinois, ses révérences affectées et ses énigmatiques i)aupières, l'extérieur de Werner lui déplut moins qu'elle ne l'avait craint (II, j). 275). Enfin, en 1815. séduite comme tout le monde, elle écrit à ses fils que Werner prêche bien {trefftich) (II, p. 325) ; et, le 16 mars 1816, elle écrit à Frédéric : « Les prédications de Werner, ici, continuent de faire fiirore; des gens s'y rendent qui, de mémoire d'homme, n'allaient pas à l'église; ils ont des invectives contre lui, mais ils reviennent t(jujours; les gens distingués dînent à six heures du soir, uniquement pour entendre le sermon. » (H, p. .339.)

presqu'île Scandinave depuis la Réforme L Mais, romantique toujours, et cédant à cette humeur inquiète qui était la marque de Técole, Werner émigrait bientôt dans le clergé régulier, et s'en allait se faire novice chez les Rédemptoristes de Vienne, sous la direction du célèbre P. Hofbauer. Au cours de cette étape, il fut surpris par la mort. La vie des romantiques laïques était une série d'essais; la vie de ce romantique ecclésiastique, si étrange qu'en 1897 elle a pu faire Tobjet d'un poème épique, s'achevait en une suite de noviciats.

Kleist et Werner sont aux deux pôles du romantisme. La plupart de leurs coreligionnaires littétéraires n'avaient point assez de logique pour atteindre à l'un ou à l'autre de ces pôles : ils restaient plutôt à mi-chemin, entre l'un etl'autre. Mais rester à mi-chemin, c'était déjà avoir fait une moitié de route vers le catholicisme. Car, dans cette crise, — crise morale non moins que littéraire, — que traversait l'élite de l'intelligence allemande, Falternative se dessinait entre l'obédience romaine et l'agnosticisme absolu. Les romantiques étaient des incroyants, ou des demicatholiques, ou môme des catholiques pour tout de bon; mais ils ne voulaient point être des protestants. Ces licencieuses consciences, lasses d'ellesmêmes jusqu'à la nausée, s'en prenaient à la Réforme, coupable d'après elles d'avoir, trois siècles plus tôt, donné le premier branle à certaines licences.

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