‹ L'Allemagne religieuse (volume 3)Chapitre 106 sur 215 · Howitt, op. cil.., I, p · texte numérisé non relu

Howitt, op. cil.., I, p

2. « Quelle idée se faisait-on naguère d'un artiste ! écrivait Bœhmer en 1819. C'était quelqu'un qui ne savait pas tenir son intérieur, qui avait une vie folle* Qu'ils sont autres, ces artistes allemands ! Tranquilles, de bonnes mœurs, pleins de savoir, sérieux en leurs aspirations. » (Janssen, Bôhmer'n Leben und Briefe, II, p. 35.)

3. Gurlitt, Die deutsche Kunst rfe« neunzehnten Jahrhunderts, p. 289-291 (Berlin, Bondi, 1900).

celui qui ne croit pas, n'espère pas, n*ainie pas, la nature est un désert où il ne voit que luimême, et Tart, en conséquence, n'est aussi qu'un vain miroir de son orgueilleuse imagination^. » « Seule, la prière ininterrompue du cœur, disait Overbeck, est capable de maintenir l'enthousiasme de l'artiste; seule, une vie réglée, pure, irréprochable, lui donne cette paix de l'esprit et du cœur, absolument nécessaire pour produire des œuvres vraiment pures ^. » Ainsi l'art devenait une méditation, une mystique jouissance succédant à de mystiques renoncements, et les couronnant. Il ne cherchait plus à traduire ni à susciter des sensations; il aspirait à ne plus compter avec la matière, avec cette matière môme dont pourtant il avait besoin. Arrière donc, et pour toujours, ces artistes luxuriants et luxurieux, qui courtisaient l'opulence ou les morbidesses de lachair^! « Art chrétien, expliquait Overbeck, ne

1. Raich, Dorothea Schlegel.l, p. 327. — El définissant à Jonas et à Philippe, peu de temps après, la morale du christianisnie, elle leur disait: «Ne pas chercher sa propre utilité ou son propre plaisir, et espérer, souffrir, mourir, pour ce qui est juste et saint: cest la morale du christianisme. » (I, p. 345.) — Non seulement pour être artiste, mais pour être connaisseur dart, il faut, au dire de Dorothée, être chrétien; elle écrit de Vienne aux deux Veit, le 25 novembre l^iOS: « Plus fréquemment vous lirez la Bible et les récits sacrés, plus profondément vous reconnaîtrez, dans les vieilles peintures, l'intention des artistes. » (I, p. 312.) Et, le 30 mars 1811, elle écrit à son fils Jonas, devenu depuis son baptême « Jean » Veit, qui à Venise admirait les Bellini : «i Ton idée que les tableaux d'autel à Venise font paru vouloir expliquer les mystères du christianisme, me plait beaucoup : certainement c'était aussi la pensée des vieux artistes dans leurs tableaux sacrés, et l'on ne peut traiter ces ouvrajjes de réussis qu'autant qu'ils remplissent réellement cet objet. Mais ils n'expliqueront pas le mystère du christianisme à quelqu'un qui n'est pas croyant avec humilité et obéissance. >» (II, p. lil.)

2. Howitt, op. cit., I, p. 182: c'est en 1811 qu'Overbeck écrit ces mots dans son journal.

3. Cf. Raich, Dorothea Schleyel, II, p. 30, une lettre de Jean Veit. du 7 juin 1811, critiquant la thèse de l'origine sensualiste de l'art. Ou dirait

veut rien dire autre chose que Texpression pleine et appropriée, par les formes, les couleurs ou les tons, d'une foi vivante, dont Tartiste doit être rempli ; et le but de l'art chrétien ne peut être que d'éveiller ou d'entretenir cette foi chez d'autres, ou de gagner des cœurs à la vérité par la beauté*. »

Une oraison au point de départ, une apologétique au point d'arrivée ; ainsi se résumait cette conception nouvelle. Tandis que la littérature du romantisme ne cherchait souvent dans le christianisme qu'une satisfaction esthétique 2, l'art devenait « une harpe de David, sur laquelle Overbeck voulait chaque jour entonner des psaumes à la louange du Seigneur^». Gœthe, en 1814, saluait avec quelque bienveillance cet effort des Nazaréens'*; et puis il les traita de « bigots », de

qu'Henri Heine veut, par des réflexions inverses, apporter fies arguments À la thèse des Nazaréens lorsqu'il écrit : « I^a chair florissante qui brille 8ur les tableaux du Titien n'est que le protestantisme, et les reins de ses Vénus sont des thèses plus concluantes que celles qui furent affichées par le hardi moine allemand sur la porte de l'église de Wittenberg. » {De C Allemagne, I, p. 201.)

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