‹ L'Allemagne religieuse (volume 3)Chapitre 107 sur 215 · Howitt. op. cit., II, p · texte numérisé non relu

Howitt. op. cit., II, p

'2. Howitt, op. cit., I, p. \)9.

'A. Howitt, op. cit., II, p. 315 : les mots se trouvent dans le commentaire do ses cartons des sacrements. Dès le cloître de 8aint-Isidore, Overbeck songeait aux quarante gravures évangéliques qui seront l'œuvre de sa vieillesse ; illustrer la Bible lui semblait le meilleur moyen de laisser empreinte"*, dans lâmo vierge des enfants, des images qui les accompagneraient durant toute leur vie (Howitt, o/). cit., I. p. 171-173). — Cf. Janssen, Bôhmer'B Leben und liricfe, i, p. 64, sur le projet formé à Rome, par Btthmer, Schnorr et Passavant, d'une bible allemande illustrée.

4. En 18"'»5, dans VIenaische AUyemeine Litleraturzeilunf/, Gœthe prit à partie les Riepenhausen, qui avaient parlé de limpuissance de Tart grec H révéler en toutes ses sublimités, en tous ses mystère*, l'esprit du monde entier, et qui considéraient cette tâche comme réservée à " une religion j)lus divine, plus mystérieuse » ; et il avait attaqué cette <« sentimentalité néocatholique », et dénoncé le péril que présentait pour l'art (lan Klosterbrudi*i»ierende, utembaldisierende Unwegen (Gœthe, édit. Kiirschner, XXX, p. 210-217 et 233). — En 1814, sous l'influence des Boisserée, il écrivait à

«fanatiques ». Mais les Nazaréens laissaient dire ; ils professaient, avec le romantique Zacharias Werner, qu' « art et religion sont synonymes^ »... Il advenait, parfois, que dans ce Caffe Greco où s'attardaient de temps à autre leurs sobres libations, quelque visiteur leur apportât des théories qui leur paraissaient des blasphèmes. Schopenhauer, un jour, vint leur développer cette idée, que le cercle des dieux de TOlympe, grâce à son infinie variété, était pour les artistes le meilleur des cénacles, puisqu'en gardant sous les yeux des modèles aussi divers, et d'une physionomie aussi nettement accusée, ils prenaient Thabitude de marquer fortement, sur leurs toiles, Tindivi-

Sulpice: « C'est la première fois dans l'histoire de lart, que ron voit des talents importants se former par un retour en arrière, revenir au sein maternel et inaugurer ainsi une nouvelle époque d'art. M {Sulpiz Boisserée, II, p. 34.) — Puis il s'attiédissait à vue d'œil (Howitt, op. cit., I, p. 36fi). Enfin, en 1816, l'article publié dans le second fascicule du périodique: Kunst und Alterthum in den Hhein und Afaingegenden , que dirigeait Gœthe, sous le titre : Ncu-deutsche relifjios patriotiscfie Kunst, produisit un vif émoi : signé W. K. F. {Weimarer Kunstfreunde), cet article était écrit par le Zurichois Meyer, ami de Gœthe. Le Iti décembre 1816, Gœthe écrivait à Sulpice Boisserée : « Les amateurs, qui préservent et recueillent les anciennes œuvres d'art, sont hautement célébrés; quant aux artistes, qui de nouveau font surgir toutes les vieilles formes d'art, on leur tient devant les yeux un miroir, que nous avons cherché à bien polir. » {Sulpiz Boisserée, II, p. 152.) Et Boisserée répondait: « En dehors des copies utiles pour apprendre la technique des couleurs, l'imitation des anciennes œuvres d'art sera toujours nuisible, comme l'est plus ou moins toute imitation d'œuvres d'art. » {Sulpiz Boisserée, II, p. 156.) Dorothée Schlegel fut très mécontente: elle trouvait, déjà, que les Boisserée, pour obtenir pour eux un « diplôme de noblesse artistique », avaient trop « flagorné le vieux paien », et se montrait très froissée de la façon oublieuse et dédaigneuse avec laquelle était traité Frédéric Schlegel dans la revue de Gœthe, et de la conception antichrétienne que dénotaient les pages sur les rapports de la religion et de la peinture (Raich, Dorothea Schlegel, II, p. 356-358 et 367). — Voir l'analyse de cet article de Meyer dans Gœthe, édit. Kûrschner, t. XXX, p. lxv-lxviii.

1. Brandes, Die deutsche romantische Schule, p. 342. — Voir la même idée dans un fragment de l'historien Bôhmer de l'année 1823 (Janssen, Bôhmer'8 Leben und Briefe^ i, p. 98-99).

koMÀNTiSlklÉ ET CATHOLICISME 1^41

dualité de leurs personnages. « Pour cela, nous avons les douze apôtres », objecta l'un des Nazaréens. Et Schopenhauer de riposter : « Sortez-moi donc de Jérusalem, avec vos douze Philistins ^ » Mais les Nazaréens restaient dans Jérusalem ; et, malgré leurs défauts, dont quelques-uns étaient voulus comme le sont des mortifications, ils eurent une influence et marquèrent une époque 2.

Ils installèrent à Rome une sorte de petite « république'^ » allemande ; quiconque émigrait du Nord au Midi les venait visiter : Louis de Bavière, en 1818, fut, durant son séjour sur les sept collines, leur commensal familier^. «Je crois que

i. JansseTij Zeit und Lebensbilder, I, p. 310. C'est encore dans ces réunions du Cajfe Greco que Schopenhauer expliquait que l'Allemagne était la plus sotte de» nations, mais que sa supériorité venait de ce qu'elle n'avait pas de religion.

2. Henri Heine fut très sévère pour les Nazaréens. Voir, dans son livre sur VAllemagney I, p. 216: « Les artistes qui voulaient imiter le guingois divin de ces tableaux merveilleux, la sainte gaucherie de ces poésies miraculeuses, se dirigèrent vers le bénitier de l'Eglise qui seule béatifie... Ce n'était autre chose que le jésuitisme qui pipait si malheureusement la jeunesse allemande, avec les doux accords de la muse romantique. » Montalembert, au contraire, était très enthousiaste, — et d'Overbeck en particulier. « Overbeck, écrivait-il en 1832, c'est le Pérugin ressuscité. » (Lecanuet, Monialembert, I, p. 300.) En 1837, dans son livre: De Vétat actuel de l'art religieux en France, il rend hommage à cette « admirable école si peu connue en France. Tous ceux qui ont vu et compris des tableaux ou des dessins d'Overbeck ne pourront s'empêcher de reconnaître qu'il n'y a là aucunement copie des anciens maîtres, mais bien une originalité puissante et libre, qui a su mettre au service de l'idée catholique tous les perfectionnements modernes du dessin et de la perspective ignorés des anciens. L'àme la mieux disposée à la poésie catholique n'en est pas moins complètement satisfaite, comme devant le chef-d'œuvre le plus suave des anciens jours » (Montalembert, Œuvres, VI, p. 182). Cf. un passage de s<m écrit sur les Intérêts catholique*: « Les œuvres de cette école rivaliseront avec les plus suaves produits du pinceau de Fra Angelico et du Pérugin. » (Montalembert, Œtnyres, V, p. 41.)

3. Le mot est de Ringseis, Erinnerungen, I, p. 49^ ->■ Cf. Howitt, op. cit., I, p. 406.

4. Sur ce séjour de Louis de Bavière à Rome en 1818 et sur les fêtes données en son honneur, voir les lettres de Bunsen dans Nippold, Cfwistian-Carl-Joaias, Freifterr vqh bunsen, I, p. 141-145 (Leipzig, Brockhaus, 1808). — Le prince Louis invitait chaque jour un artiste à sa table

maintenant Tart allemand entre dans une floraison qui rappellera celle de notre littérature au xvni'' siècle, » écrivait, trois mois après son arrivée à Rome, Niebuhr, ministre de Prusse^. On donnait bien pieusement des fêtes d'art, oîi Ton s'habillait en vieux costumes allemands ; Dorothée Schlegel, l'ancienne prêtresse du culte de Gœthe, se plaisait en cette société, dont son fils, le peintre Philippe Veit, converti comme elle 2, était l'une des gloires ; et l'on applaudissait à un transparent rapidement brossé par Schadow, qui représentait le balayage des écuries d'Augias^... On signifiait ainsi le balayage du paganisme !

Ce fut, pour la cohésion des Nazaréens, l'un des derniers beaux jours. Rome peu à peu les rendit à l'Allemagne. Le peintre catholique Joseph Fûhrich, qui vécut à Rome de 1827 à 1829, et qui se plaisait à illustrer, en leur mysticisme un peu nébuleux, les antiques légendes allemandes, sentait très fortement, et notait très finement, une sorte de contraste entre le tour habituel des imaginations germaniques et la nuance du beau ciel

(Ringseis, Erinnerungen, I, p. 477). — Un tableau de Franz Catel, à la nouvelle Pinacothèque de Munich, représente « le prince Louis dans la taverne espagnole de Ripa Grande à Rome, en compagnie d'artistes ». Cette taverne, que tenait un marchand de vin espagnol. Don Ratfaele d'Anglada, existe encore au rez-de-chaussée de l'hospice S. Michèle a Ripa (numéros 26 et 27).

1. Spahn, Philipp Veit, p. 36 : la lettre de Niebuhr est du 2 fé\Tier 1817.

2. Sur Philippe Veit (1793-1854), voir Spahn, Philipp Veit (Bielefeld, Velhagen, 1901). Philippe Veit s'était converti en 1810, deux ans après Dorothée. Voir, dans Raich, op. cit., I, p. 425-428, l'allocution du nonde Severoli, le 9 juin 1810, au baptême de Philippe Veit. Il songea même longuement à se^aire prêtre (Raich, op. cit., II, p. 4154 428, 449-450).

3. Voir le récit de cette grande fête du 29 avril 1818, dans Passavant, Ansichten iiber die bildenden Kwiste und Darstellung des Ganyes derselben in Toskana, von einem deutschen Kûnstler, p. 82 et suiv., Heidelherg. Oswald, 1820. — Cf. Ringseis, Erinnerungen, I, p. 522 et suiv. ; — ei Howitt, op. cit., I, p. 419.

romain, si bleue, si claire, si franche, si dénudée de tous nuages*. H fallait, — c'est une loi des choses, — que l'école nazaréenne mourût, pour que s'essaimassent et se développassent, à travers la patrie allemande, les germes de vie qu'elle réchauffait. Fidèle à la Ville Eternelle, Overbeck n'assistait pas sans tristesse à cette fatale dispersion : une telle tristesse était humaine. Mais, lorsqu'il voyait le catholique Cornélius diriger tour à tour les écoles artistiques de Dusseldorf et de Munich, et puis exécuter des commandes pour la maison de HohenzoUern^ et môme pour la cathédrale protestante de Berlin-^, le catholique Schadow succéder à Cornélius dans la direction de l'école de Dusseldorf et en assurer la longue prospérité; lorsqu'il voyait le catholique Philippe Veit sacré comme une autorité artistique dans l'incroyante ville de Francfort et chargé de retracer dans le Roemer les gloires du vieil Empire^ ; et lorsqu'il voyait, plus tard, Deger, Ittenbach, les deux MuUer surtout, tous peintres de Dusseldorf, renouveler l'imagerie religieuse en Allemagne et même en France, et, suivant le mot du cardinal Wiseman, restaurer le goût chrétien en Europe^;

1. Joseph von Fiihrich, Briefe aus Italien^ p. 113. Fribourg. Ilerder, 1883. - Cf. Spahn, Philipp Veit, p. 40-41.

2. Gurlitt, op. cit., p. 233-242; — Opitz, Katholik, 1896, II, p. 520-:)32. — Sur Cornélius et lecole de Dusseldorf, voir Friedrich Schaarschniidt, Zur ffenchichte der Dûsseldorfer Kunst insbesondere iin xix Jalirhundert, p. 40- 52 (Dusseldorf, Kunstverein, 1902).

3. Gurlitt, op. cit., p. 243-247, et Schaarschniidt, op. cit., p. 53-105.

4. Spahn, Philipp Veit, p. 57 et 85-86. — Sur la fondation Stadei, à Francfort, dont Bœhmer et Passavant voulaient faire une école d'art •eligieux et national, voir Howitt, op. cit.;, î, p. 404-405.

5. Finke, Cari Mûller, sein Lehen und Kûnstlerisches Schaffen, p. 49 et loi (Cologne, Bacheni, 1896.) — Sur la peinture religieuse de Dusseldorf, voir Schaariîchniidt, op. cit., p. 1.33-151. — Ce fut le Maltais Hyzler, élève

54i PENSlèE CATHOLlÔCte ET PENSÉE ALtEàfA^bË

Frédéric Overbeck, qui glissait solitaire parmi les ruines de Rome^ se pouvait dire que son œuvre n'avait pas été vaine; que son grand tableau du Triomphe de la Religion dans les Arts recevait de rhistoire contemporaine une justification propice*; et qu'après s'être convertis au catholicisme, les héritiers des Nazaréens réussissaient à convertir l'Eglise allemande aux saines traditions de l'art chrétien. Le temps n'était plus où, pour décorer son palais, un prince-évèque de Wurzbourg invoquait le sompteux et profane pinceau de Tîepolo ; le temps n'était plus où le prince-primat Dalberg et le peintre Cornélius ne s'accordaient point sur la fourniture d'une Sainte-Famille, parce que le primat voulait des anges de boudoir, et que le peintre esquissait des anges du ciel*^. Et, tout au contraire, c'étaient l'Allemagne protestante et l'Allemagne indifférente qui, pour éveiller ou restaurer le sentiment de la beauté, faisaient appel à un art issu du catholicisme. « C'est une misère que les peintres allemands de céans : ils sont fort au-dessous des Français », écrivait de

d'Overbeck, qui réforma l'art chrétien à Malte (Finke, Der Madonnenmaler Franz Ittenbach, p. 37. Cologne, Bachem, 18î>8).

1. Spahn, Philipp Veit, p. 78. Overbeck écrit à Veit en 1841 : « Je glisse, solitaire, parmi les ruines de Rome ; et il me semble que je suis moi-mônie devenu une ruine ».

2. Voir dans Howitt, op. cit., II, p. 61-72, le commentaire de ce tableau par Overbeck lui-même. Jean Laurent, vicaire apostolique de Hambourg et Luxembourg, souhaitait que ce tableau pût être « exposé dans toutes les cathédrales de l'Europe comme une prédication vivante à toute la confrérie des artistes ». (Karl Mœller, Leben und Briefe von Johannes Theodor Laurent, II, p. 60-61. — Trêves, Paulinus Druckerei, 1887.) Brentano était beaucoup plus sévère ; il trouvait la technique du tableau singulièrement indigente et ne refusait pas à Overbeck, d'ailleurs, une belle place en paradis (Voir Wyzewa, Peintres de jadis et d' aujourd'hui, p. 323-324, Paris, Perrin, 1903).

3. Pastor, August Heichenspert/er, I, p. 548 (Fribourg, Herder, 1899),

Rome," en 1793, le peintre Carstens^ Peu d'années avaient passé, et Tart allemand, se faisant l'écolier du catholicisme, s'était rajeuni^.

Par surcroît, un protestant converti, lui aussi, à TEglise romaine, Charles-Frédéric Rumohr, fondait, à proprement parler, vers la même époque, la science de l'histoire de l'art ^ : c^'en était fait, en critique esthétique, de l'exclusivisme des Winckelmann et des Lessing, comme c'en était fait, en peinture, d'un pseudo-classicisme conventionnel ; et Rio, qui connut beaucoup Rumohr, écrivait qu'on « pourrait donner le nom de patronage à l'action que ce critique exerça, par ses écrits, en faveur de la tentative de résurrection de l'art chrétien. » Sienne, « la cité de la Vierge », ouvrit à cet Allemand du Nord les archives de sa glorieuse école artistique : les yeux de ses madones, mystérieusement taillés en amandes, s'éclairaient d'un encourageant sourire pour ce transfuge de la Réforme, et semblaient lui demander de rendre au peuple allemand l'intelligence historique de l'art catholique.

1. Fernow, Caratenê' Leben und Werke, p. 241 (Hanovre, Rùmpler, 1867).

2. Il faut lire, sur ces évolutions de l'art allemand, deux articles du P. Beissel dans les Stimmen aus Maria Laach, 1892, XLII, p. 51 et suiv. et 158 et suiv. — « C'est par Overbeck, écril M. Spahn, que lAlleniagne eut sa part du renouvellement de l'art dans l'Europe occidentale. » (Spahn, Philipp Veit, p. 28.)

.3. Sur l'œuvre de Charles-Frédéric Rumohr (1785-1843) et sur la façon dont il créa la méthode de l'histoire de l'art en donnant l'exemple de recourir aux documents d'archives, voir Kraus, Geschichte der christlichen Kunst^ h p- 14-15 (Fribourg, Herder, 18%), et surtout les souvenirs personnels de Rio [EpilQfjue à l'art chrétien^ II, p. 111-124. Paris, Hachette, 1872).

III I p 1 1 .^

Les surprises dont le romantisme était prodigue, — surprises de poésie, surprises d'archéologie, surprises d'art, — ranimèrent et relevèrent la fierté allemande: elle y cherchait cette revanche qu'exigeaient les accablements de l'histoire présente et qu'elle n'osait point encore attendre de l'avenir. Satellites malgré elles de l'astre napoléonien, dont l'éclat les offusquait lors même qu'il les fascinait, les populations allemandes retrouvaient, dans le double exode des imaginations vers le passé et vers la beauté, vers le dôme de Cologne, les Niebehingen et les Minneliedei\ quelque conscience de leur valeur et quelque confiance en l'avenir. « 18Ô6, 1809, ce furent là, écrivait plus tard l'historien Bœhmer, les plus tristes années de notre peuple. Toute force semblait disparue, les orgueilleux vainqueurs semblaient irrésistibles. Quoi d'étonnant si de nobles esprits conçurent une haine contre l'étranger qui nous maltraitait, et s'ils se tournèrent vers notre passé, vers le temps oii notre force, même déréglée, môme dégrossie, était dans sa plénitude, et oii s'exprimait la religiosité, séduction d'une génération agenouillée ^. »

Gœrres définit en termes émus le genre d'émotion que communiquait aux âmes l'archaïsme romantique. « Nous voulions, dit-il, allumer un

1. Janssen, Bôhmer's Leben und liriefe. II, p. 47. — Cf. II, p. 79 et 231 : « L'Allemagne, écrivait Bohmer ou 1821, n'a jamais rien produit de plu< grand quau xiii" siècle. »

petitbrasier, auquel nous poumons nous réchauffer un peu dans la nuit froide et nébuleuse.

L'essence des anciens âges, telle qu'elle survivait dans les poésies du passé, paraissait à Ârnim — et il avait raison — la mieux appropriée pour réchauffer et ranimer le présent atterré ; et la poésie populaire, qui jusque-là n'avait refusé ses services à aucun des âges antérieurs, semblait s'offrir ici, complaisante, pour ramener le peuple à la conscience de lui-même ^ » — « C'était pour nous une grande joie, racontait plus tard Ringseis, médecin de Louis de Bavière, de pouvoir, en de nombreux domaines, nous si longuement humiliés, nous vanter d'une supériorité sur nos orgueilleux ennemis. » Ainsi philologues et littérateurs prenaient l'histoire du moyen âge pour consolatrice, moins en y. cherchant des leçons sur les vicissitudes des choses humaines, qu^en constatant qu'il y avait eu une époque oîi le peuple germanique avait été l'artisan d'oeuvres grandioses. Les artistes à leur tour, laissant aux Goethe

1. Galiand, Joseph v. Gœrres, p. Ii4-H5. — Cf. Sulpiz Boisserée, I, p. 241-242 : lettre de Sulpice, du 26 novembre 1814, à Groshoff, directeur de l'enseignement public en pays rhénan : « Aucun peuple n'a plus besoin du souvenir d'un grand passé, que le peuple allemand, qui, après cent ans de déchirement et trente ans de guerre, a vécu cent cinquante ans dans le mépris de lui-même et la singerie de l'étranger; même, en ces derniers temps, quand l'ennemi menaçait de nous enlever toute individualité, ce besoin s'est généralement éveillé. » Et Boisserée demandait, comme conclusion de cette lettre, qu'on organisât dans la Basse-Lorraine la conservation des antiquités allemandes; il faisait un rêve semblable, en 1831, pour la Prusse rhénane et la Westphalie {Sulpis Boisserée, I, p. 577). — Comparer ce passage de l'autobiographie de Sulpice {Sulpiz Boisserée, I, p. 35) ; « En ce temps du malheur allemand, où l'on cherchait consolation dans tout ce qui appartenait à un meilleur passé, l'on se jeta même vers notre ancienne langue depuis longtemps méprisée... Ce qui nous garantissait un grand réconfort parmi les préoccupations publiques et personnelles, c'était le contact prolongé avec les antiques œuvres d'art de la patrie. »

et aux Schiller la coquetterie d'être des « citoyens du inonde », aspiraient à être, tout à ia fois, « intimement chrétiens et intimement allemands ^ » ; le mot est encore de Ringseis^. « On revient de Rome plus allemand qu'on n'y était arrivé, ajoutait-il ; et cela résulte, en partie, de ce qu'on vit, là-bas, dans un cercle de compatriotes recueillis et pieux. » Gœrres, en 1819, dans son livre : P Allemagne et la Révolution^ parlait avec émotion de ces artistes qui « répandaient, disait-il, la gloire de rAUemagne^ ». Parce que pieux, on se sentait plus allemand ; parce que catholique, on se sentait plus germanique. La première exposition nationale d'art allemand ^, organisée à Rome, en 1819, par Frédéric Overbeck et ses disciples, et dont Frédéric Schlegel commentait dans un long article

\. Ringseis, Erinnerungen, I, p. 476-477 : « Ces artistes sont convaincus que les sujets les plus dignes d'être représentés sont les sujets religieux et d'histoire patriotique, mais qu'on doit être intimement chrétien et intimement Allemand, car le christianisme et la qualité d'Allemand {DeuUchheit) doivent avoir passé dans la chair et dans le sang, pour que la représentation de ces deux catégories de sujets soit véridique. » — Cf. dans Riegel, Peter Corneliwt (p. 143), une conversation entre Horace Vernet et Cornélius : Vernet dit que l'art doit être sans nationaliu^, Cornélius répond que l'art doit « jaillir » de la nationalité, et ne « s'élever qu'ensuite vers l'humanité ». — « Vous êtes un vrai Allemand », réplique Vemet. — Kt Cornélius de riposter : « J'en suis fier. »

2. Ringseis, Erinnei^ngen^ I, p. 497 : Man geht deutscher von Rom weg,, al» man gekommen. Bfthmer, de son coté, marque comme résultat de son voyage à Rome un surcroît d'estime et d'amour pour tout ce qui touch<î à sa patrie. (Janssen, .fi^Amer'* Leben und Briefe, II, p. 3t.)

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