‹ L'Allemagne religieuse (volume 3)Chapitre 24 sur 215 · Kuntzifjer. op. cit., p · texte numérisé non relu

Kuntzifjer. op. cit., p

pour rassui'er leurs consciences; et s'ils jouaient aux théologiens, c'était par quelque surprise d'occasion, non en vertu d'un plan préconçu.

Joseph H, lui, s'est fait une idée de la religion, et du dogme, et du culte : à cette idée tout dans son Eglise se doit plier *. 11 en discutera, si bon lui semble, avec ses conseillers 2, mais non point avec le Pape ou les nonces; chez lui, Joseph II est le maître, et « son » Eglise est « chez lui ». Mais comme en même temps il est croyant, comme il veut vivre correctement et mourir correctement, et comme dès lors il est contraint de laisser quelque rôle à Dieu dans l'établissement religieux, d'y faire à Dieu, qui l'a fondé, une part sur laquelle les bureaux n'aient point à empiéter, Joseph II, d'un coup de crayon souverain, trace une ligne de démarcation. Nous la trouvons indiquée, en termes très précis, par l'un des hommes qui exercèrent le plus d'influence sur la politique ecclésiastique de Marie-ïhérèse-^ et de son fils Joseph, le baron de Heinke ^.

1. Voir, sur l'essence du josé])hisiiie, dcxcelletites pages de Rôsch, Arcfiiv fur Katholisches Kirchenrecht, 1904, p. G4-72.

2. Lire dans Schlitter, Die Reine des Papstcs Pius VI nacli Wien iind sein Aufenthalt daselbst, p. 211-218 (Vienne, (ierold, 1892), le procès-verbal d'une séance où les conseillers de Joseph II discutent d'affaires religieuses : le document est très instructif.

3. Marie-Thérèse écrivait en 1779 : « Dans nos temps, il n'est 'plus à craindre que le siège romain empiète trop sur les princes temi)orels, mais que ceux-ci s'ingèrent et pénètrent trop dans l'établissement spirituel : les pires conséquences en pourraient résulter. » (Wolfsgruber, Christoph Anton Kardinal JUigazzi, \). 267.) Mais il n'en est i)a8 moins vrai que la politique dite « joséphiste », sous l'influence du janséniste Van îSwieten, fut en quelque mesure inaugurée par Marie-Thérèse. Voir Brunner, Die Iheologische Dienerschaft am Hofe Joseph II, j). 317 et suiv. (Vienne, Braumûller, 1868); — AVolfsgruber, op, cit., j). 2.ii-4G7; — ol UOscli, loc cit., 1904, p. 59-06.

4. Sur le banm Joseph de Heinke, voir Wolfsgruber, Kardinal Aligazzi^ p. 260 et suiv.

50 bu JOSÊPHISME AUX CONCÔRDAtâ

L'essentiel, explique Heinke, c'est tout ce qui, d'après un ordre du Seigneur, est immuable, que cet ordre soit formel ou bien expliqué par l'Eglise universelle ; tout ce qui a été changé ou est soumis à un changement est accessoire. La marque la plus certaine de ces deux catégories se trouve cachée dans la genèse et la première croissance de l'Eglise catholique romaine, car ce qui existe au moment de son institution doit, sans nul doute, être suffisant pour sa fin, puisqu'elle a reçu du Christ Seigneur, immédiatement, ses commencements et son être, — du Christ dans l'œuvre sacrée duquel on ne peut ni concevoir ni supposer une imperfection ou une tare. Tout le reste, donc, ne s'est ajouté que d'une façon fortuite, par la main des hommes ; ce sont choses, dès lors, qui peuvent être modifiées sans que la puissance spirituelle soit amoindrie, et qui, dans la suite, demeurent essentiellement, entant qu'elles touchent au temporel, soumises aux exigences de l'Etat ^

Ces lignes sont extraites d'un mémoire sur la délimitation des deux pouvoirs, écrit pour Marie- Thérèse. Elles énoncent le droit du prince : il s'étend, en somme, à toutes les institutions qui sont postérieures à la primitive Eglise.

Dix-huit siècles durant, l'Eglise s'est développée, organisée, adaptée aux vicissitudes des circonstances ; elle s'est épanouie avec une multiple richesse de formes. Heinke reconnaît au prince le droit de tarir cette sève, d'émonder à son gré les efflorescences du tronc catholique. Jésus, en une parabole, comparait son œuvre au grain de sénevé, qui doit germer, mûrir, féconder, avec toutes les énergies, tous les caprices, toute l'opulence de la

\. AVolfsgruber, op. cit., p. 279: — cf., p. 283-287, les protestations de Migazzi, archevêque de Vienne, contre ce Mémoire de Heinke. Comparer les explications tout à fait analogues données au nonce par le chancelier Kaunitz (Schlitter, Die Beise des Papstes Pius W, p. 3-4). L'exposé le plus complet de la théorie des canonistes joséphistes sur les limites des deux pouvoirs se trouve dans Rôsch, loc. cit., 1904, p. 72-82.

vie. Heinke, lui, parle de l'œuvre du Christ comme il parlerait d'un organisme fossile ; et, sous couleur de respect pour le divin fondateur, c'est contre la vitalité même de l'Eglise que ses raisonnements s'insurgent.

Joseph II, devenu seul souverain, réclama de ce bureaucrate un supplément d'explications.

Heinke avait dit à iMarie-Thérèse : « Voilà vos droits». Mais ces droits, comment en user?

Joseph insiste, revient à la charge, consulte Heinke sur son métier môme d'empereur :

« Quelles sont, lui demande-t-il, les voies principales par lesquelles il soit possible d'introduire, d'une façon durable, une amélioration de la sainte religion et de l'Eglise, principalement en ce qui concerne le soin des âmes et l'orientation du peuple vers le vrai christianisme? Et comment la suppression des abus, qui est inséparable de cette amélioration, peut-elle être obtenue, au moins autant que possible ^ ? »

Heinke répond par un vaste programme:

« Promouvoir et protéger la purification des doctrines <;t l'amélioration des études, faire effort pour que disparaissent les exercices de piété sans importance et les pratiques superstitieuses, pour que l'esprit de persécution soit déraciné, pour que l'essentiel et ce qu'il y a de grand dans la religion soit inculqué, pour que le pasteur et, par lui, le peuple, soient purifiés de ces principes, de ces préjugés qui gâtent le cœur et font de mauvais citoyens 2 » : c'est à quoi doit viser l'empereur.

Il importe de prêter l'oreille à cet échange de chuchotements entre le fonctionnaire et le maître,

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