‹ L'Allemagne religieuse (volume 3)Chapitre 26 sur 215 · Volfsf?rllbe^, ojo, cit., p · texte numérisé non relu

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FEBRONIUS ET JOSEPH 11 23

Joseph lî croira très réellement être utile au christianisme en inaugurant la longue série de mesures qui lui ont valu, non sans raison, le renom d'un persécuteur ; et en échange des services qu'il rend à la religion, il attend d'elle des services. Il a une conception du bien de l'Etat, dans laquelle l'idée religieuse entre comme un facteur : l'Eglise, telle qu'il la voit et telle qu'il la veut, telle que par ses corrections il la réalisera, et telle qu'après ses corrections il la protégera, est un établissement d'Etat, qui doit jouer un rôle pédagogique dans la formation des sujets *. L'Etat est le représentant et le promoteur de la civilisation éclairée : pour cette tâche, il doit s'entourer de plusieurs forces auxiliaires, dont l'une s'appelle l'Eglise. Supposez, dès lors, que, parmi les usages, les pratiques, les lois et les institutions de l'Eglise, il s'en trouve qui paraissent gêner ou contredire l'idéal économique ou politique du xviii° siècle : ces usages, pratiques, lois et institutions devront disparaître. Et supposez que parmi les biens d'Eglise, certains puissent être efficacement affectés à un usage que l'Etat répute urgent : ces biens devront changer de nature et de destination 2. L'Etat en donnera l'ordre, sans discussion ni répit.

Le prêtre tel que le rêve J oseph II doit être éducateur populaire, non moins expert en économie rurale

1. 11 fallut, sous Marie-Thérèso, de vives protestations de Migazzi pour empêcher l'introduction de notions d'économie rurale dans le catéchisme (Wolfsgruber, op. cit., p. 306-307).

2. Voir à ce sujet le ])rincipe très formel énoncé par Heinke (Wolfsgruber, op. cit., p. 280). — Cf. le Mémoire écrit en 1765 par Joseph II sur létat de la monarchie autrichienne : « Dans les endroits où on agirait contre les intentions du fondateur, j'emploierais les fondations pour des pieuses causes, qui fassent en même temps utiles à l'Etat, nommément l'éducation des enfants qui, en faisant des chrétiens, les ferait en môme temps

âl DU J0SÉPH1SME AUX CONCORDATS

et sociale qu'en théologie *, et, comme tel, doit préparer les sujets à jouer dans TEtat un rôle économique fécond. Car le bon sujet, pour Joseph II, est un être qui produit, et dont la production se chiffre dans les statistiques agricoles ou industrielles ~ ; c'est à la formation de ce rouage que le prêtre est associé ; et comme les économistes, malgré le caractère inconsciemment matérialiste de leurs spéculations, considèrent les bonnes mœurs — on disait alors la vertu — comme un coefficient de la prospérité sociale, il est bon qu'il y ait des prêtres, précepteurs de cette vertu. La religion dans FEtat ne doit pas être perdue de vue, « non comme but, mais comme moyen ^ » : ainsi parle le publiciste Sonnenfels, favori de l'empereur. Dans le vaste laboratoire de richesse que doivent être les Etats de Joseph II, les ecclésiastiques ont en quelque mesure un rôle de contremaîtres. Soumis eux-mêmes à de sévères règlements, ces contremaîtres ne doivent pas, à l'écart, enrichir leur Eglise : tout ce qu'ils ont de superflu passera

des bons sujets. » {Maria Theresia und Joseph II, ihre Correspondenz samml Briefen Josephs an seinen Brader Leopold, herausq. von Alfred v. Anieth, m, p. 350-351, Vienne, Gerold, 4867.)

1. Voir dans "Wolfs^ruber, op. cit., p. 333, les connaissances exigées, dès 1769, pour l'obtention d'une cure en Bohême.

2. Remarquez que les mêmes raisons économiques qui dirigent la politique ecclésiastique de Joseph II lui inspirèrent, aussi, son fameux édit de tolérance en faveur des protestants. « Pour que les â-mes ne se damnent pas après leur mort, écrit-il à sa mère, expulser et empêcher tout l'avantage que l'on peut tirer d'excellents cultivateurs, de bons sujets pendant leur vie ; quelle puissance s*arroge-t-on ? » Eît voici, dans la même lettre, le résultat qu'il attend de sa tolérance : « Liberté de croire, et il n'y aura plus qu'une religion, qui sera celle de guider également tous les habitants au bien de l'Etat. » {Maria Theresiaund Joseph II, II, p. 141.)

3. Wolfsgruber, op. cit., p. 339. — Sur Joseph de Sonnenfels et le caractère étroitement rationaliste de ses conceptions juridiques, voir Wolfsgruber, 0^. cit., p. 337 et suiv.

dans la « caisse de religion* », administrée par l'Etat ; employés de l'Etat, en définitive, ils n'ont le droit ni de thésauriser ni de consommer à Finsu de leur formidable maître.

Des droits historiques de l'Eglise, il ne peut être question : car Joseph II, comme tous les hommes de son temps, méprise et méconnaît l'histoire. Le jésuite Frantz, qui lui avait enseigné, en guise de métaphysique, un éclectisme assez bâtard, micartésien, mi-scolastique, avait, si l'on peut ainsi dire, situé cette jeune pensée dans une sphère d'abstractions 2; un professeur assez antichrétien, Martini, par son enseignement du droit naturel, avait achevé d'habituer Joseph à ne tenir aucun compte des faits concrets, des réalités vivantes. Sortant des mains de ces maîtres, et circonvenu sans cesse par l'active influence des francs-maçons et des «illuminés^», Joseph vénère sans doute la révélation du Christ, et accorde à l'Eglise, fille du Christ, une certaine respectabilité; mais les économistes, les jurisconsultes, les philosophes, qui construisent un monde nouveau, sont des forces plus jeunes et plus fraîches, avec lesquelles cette Eglise doit s'accorder docilement.

Or, c'est au prince, non point au Pape, d'harmoniser l'Eglise avec le siècle^; en l'espèce, môme, l'assentiment du Saint-Siège est superflu.

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