Traité, II, p. 538 (chap. ix, section
7. Traité, II, p. 115-116 et 493 (chap. vi, section 3, et chap. ix, section 3).
8. C'est dans ces limites qu'il faut accepter ce qu'écrit le canoniste
les violer, ne se souciait des destinées de l'Eglise universelle : ce qui Toccupait, c'était l'Eglise de ses Etats. L'époque où les conciles généraux étaient convoqués par les souverains était l'époque où les rois s'intéressaient à la chrétienté; au xviii* siècle, où était la chrétienté ? Febronius, si savant qu'il fût, manquait étrangement de sens historique lorsqu'il raisonnait comme un Père de Bâle. Qu'importait cette dialectique à un souverain du temps de l'Encyclopédie ?
L'empereur avait trouvé légitime et piquant, pour s'opposer au Pape, de s'ériger en fébronien ; mais à l'origine Febronius avait ses visées, Joseph II avait , les siennes ; et les unes et les autres s'accordaient, surtout, dans une commune haine. Febronius, contre Rome, avait besoin du concours actif des princes ; et Joseph II, contre Rome, se fût volontiers appuyé sur un épiscopat d'esprit gallican : les idées de Febronius étaient un moyen pour Joseph II, les maximes de Joseph II étaient un moyen pour Febronius; et pour qu'entre eux l'union fût définitive, il fallait qu'à l'un des deux systèmes l'autre se subordonnât.
Ce fut le fébronianisme qui, modestement, fit les affaires du joséphisme.
catholique Phillips : « Personne n'embrassa avec plus de zèle les principes du fébronianisme que l'empereur Joseph II, qui s'appliqua de toutes ses forces à les mettre en pratique. » (Georges Phillips, Du droit ecclésicLstigue dans ses principes généraux, trad. Crouzet, III, p. 2i7, Paris, Lecoffre, 1855.) — De son côté, M. Kiintziger, qui fit un admirateur d» fébronianisme, consacre tout un chapitre de son travail {op. cit., p. 152 et suiv.) à établir que « toutes les réformes religieuses de Joseph II découlent naturellement des principes de Febronius ». Nous croyons cependant que le joséphisme, tout en tirant profit du fébronianisme, et tout en se faisant à beaucoup d'égards l'exécuteur dos idées fébroniennes, est quelque chose de plus qu'un aspect politique du fébronianisme.
Clément Wenceslas, prince-évôque de Trêves, adressait à l'empereur, en 1781, certaines représentations au sujet de sa politique ecclésiastique ; un contre-mémoire fut expédié à Joseph II, où Ton s'attachait à réfuter, ligne par ligne, les remontrances de Clément Wenceslas, et Fauteur de ce mémoire, aujourd'hui conservé à la bibliothèque de Trêves, n'était autre que le coadjuteur Hontheim, c'est-à-dire Febronius en personne. Clément Wenceslas s'élevait contre le droiide placei ; Hontheim alors de riposter : « Il n'est pas au pouvoir d'un roi d'abdiquer ce droit inhérent à sa couronne )/ ; et l'on dirait, à l'entendre, que laisser sommeiller ce droit serait manquer à un devoir. Clément Wenceslas alléguait que l'empereur n'aurait pas dû lever l'exemption des religieux sans le concours de la puissance ecclésiastique, et Hontheim de répliquer : « Ce concours n'est nullement nécessaire pour opérer cette réforme ; dès que le souverain trouve bon, pour des raisons politiques ou d'Etat, d'empêcher les réguliers d'un pays de faire corps avec ceux d'un autre, de recevoir des lois, ordonnances, visites d'aucun étranger, alors les évoques rentrent naturellement et ipso facto dans leurs droits de juridiction primitifs et inaliénables ^ » Le parallélisme entre la doctrine de Hontheim et la politique de Joseph 11 trouve son couronnement et sa sanction dans ce curieux manuscrit : nous avons là sous les yeux l'apologie de Joseph II, écrite de la main de Febronius.
C'est ainsi que Hontheim, revendiquant contre
1. La lettre de Hontheim à Joseph II est publiée par Meier, op. cit., p. 318-32G.
TT
Rome les « libertés » de l'Eglise et courtisant à cet effet lamitié des princes, ne faisait en définitive que préparer les voies à l'asservissement de l'épiscopat.
Clément Wenceslas se plaignait aussi que le « collège de censure pour les livres », qui fonctionnait à Vienne sous Toeil tyrannique de Joseph II, fût « composé en plus grande partie par les séculiers, et que les évêques, juges nés dans la doctrine, fussent obligés de se tenir à leur jugement ». Cette doléance même, si propice qu'elle fût à la puissance épiscopale, était, comme toutes les autres, réfutée par Hontheim. « En France aussi, expliquait-il à Joseph 11, la censure des livres est conférée à des séculiers, et spécialement au chancelier du roi » ; on « voit toutes les approbations commencer par ces mots : J'ai lu, par ordre de M. le chancelier, et rarement — ou jamais — on y voit l'approbation d'un évêque, sauf cependant aux évêques la liberté d'élever leur voix contre des erreurs en matière de religion et contre des productions impies par la voix des mandements^ ». Nous sommes en 1781 : les quatre volumes de Febronius et l'abrégé de Febronius ont fait valoir les droits des évêques contre le Pape ; lecoadjuteurs'estrétraclé ; et puis, froissé, aigri, il vient de publier un commentaire à sa rétractation ; il est considéré par l'Europe entière comme l'avocat de l'autorité épiscopale, et c'est le moment où il apporte à Joseph II des arguments qui permettront à l'empereur d'en prendre à son aise avec l'épiscopat. On voit ainsi se dessiner, au terme de l'apologie de Joseph II