‹ L'Allemagne religieuse (volume 3)Chapitre 37 sur 215 · Rosch, loc. cit., 1004, p. 67, n. i · texte numérisé non relu

Rosch, loc. cit., 1004, p. 67, n. i

Les coutumes froissées deviennent aisément des insurgées : Joseph II devait en avoir la preuve, dans la révolte des Pays-Bas^ ; et cY»tait pour sa politique ecclésiastique une faiblesse de chercher querelle à des traditions d'Eglise qui avaient pris racine dans les mœurs mêmes des peuples.

Le joséphisme, cependant, avec l'appui théorique que le fébronianisme lui prêtait, était pour l'Eglise romaine un grave danger. Le vicaire temporel de Dieu affectait de se passer du vicaire spirituel pour organiser, en son territoire, une section de l'Eglise de Dieu ; il refusait de causer avec le nonce, et jetait de côté, comme d' « ennuyeuses pancartes-' », les doléances que le Pape lui adressait. Ce fut un ennui pour lui, une surprise pour l'Europe, lorsque le bruit courut, en 1782, que Pie VI se mettait en route pour Vienne^.

Le chancelier Kaunitz, surtout, pressentait ce que l'événement pouvait avoir de périlleux ; et même,

1. Joseph et son frère attribuèrent aux influences romaines les troubles des Pays-Bas {Joseph II und I^eopold von Toscana, II, p. 88, 90, 98 et 150). — « Vous faites trop voir lantipathie contre toutes les anciennes coutumes et tout le clergé », écrivait Marie-Thérèse à Joseph dès 1775; la remontrance fut inutile {Maria Theresiaund Joseph II, II, p. 99).

2. Le mot se trouve dans une lettre de Joseph à Kaunitz, du 24 juillet 1787 {Joseph II j Leopold II und Kaunitz, ihr Briefwechsel, p. 278).

3. L'étude la plus complète sur le voyage de Pie VI à Vienne a été publiée par M. Hanns Schlitter, dans la collection des Fontes Merum Austriacarum, XLVII, fascicules 1 et 2, sous les titres : Die Reise des Papstes Pius VI naeh Wien und sein Aufenthalt daselbst (Vienne, Gerold, 1892), et Pitw VI und Joseph II von der Rûckkehr de» Papstes nach Rom bis zum Abschlusse des Concordats (Vienne, Gerold, 1894).

au début, lorsque le nonce commença de sonder la cour au sujet d'une visite papale, Kaunitz conseillait à Joseph de répondre nettement que cette visite serait « de toute inutilité », si elle avait pour but de traiter certaines questions litigieuses au sujet desquelles les deux pouvoirs professaient des maximes inverses*.

Pie VI, d'autant plus empressé d'apparaître qu'on était peu désireux de le voir, annonça son arrivée. On craignait que le Pape, une fois à Vienne, ne profitât de quelque solennité pour interpeller publiquement l'empereur, et Joseph s'en fut à sa rencontre, jusqu'à Wiener-Neustadt, afin de « prévenir toute charlatanerie de sa part^». Kaunitz, pour plus de sûreté, proposait à l'empereur de faire une circulaire ordonnant à tous les évêques de rester dans leurs villes épiscopales tant que le Pape s'attarderait à Vienne -^ : il s'agissait, par cet ingénieux artifice, d'empêcher tout contact entre le chef de l'Eglise et le clergé d'Autriche, et de faire sentir au Pontife qu'en lui donnant l'hospitalité Joseph II recevait un chef d'^itat, l'un de ses confrères en royauté. L'empereur répudia ce projet, et le séjour du Pape fut pour Kaunitz et pour Cobenzl une période d'alarmes : ils multipliaient à l'adresse de leur maître les notes, les memoranda^ les observations, pour le guider dans ses entre-

1. Schlitter, Die Beise des Papstes, p. 106-107. — « Si jamais le proverbe a été juste d'une montagne qui enfante une souris, écrivait Joseph II à Mercy- Argenteau, son ambassadeur à Paris, il le pourra bien être à l'occasion de ce voyage pompeux et singulier du Saint-Père. » (Brunner, Correspondance» intimes de l'empereur Joseph JI avec son ami le comte de Cobenzl et son premier ministre le prince de Kaunitz, p. 24. Mayence, Kirchheim, 1871.)

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