Otto Meier, op. cit., I, p. 146 et suiv
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sorte de bourse de commerce allait s'ouvrir, où les propriétés épiscopales et monastiques se détailleraient.
Mais, comme souvent il advient, c'est dans les coulisses, surtout, qu'eurent lieu les opérations fructueuses. La Prusse, la Bavière, plusieurs petites principautés, traitèrent séparément avec Bonaparte ^ Le sort des terres allemandes ne se réglait plus à Vienne ni à Ratisbonne, il se réglait à Paris : c'est à Paris qu'on apportait les enchères, qu'on envoyait suppliques, cadeaux, et même des compliments pour les victoires françaises ; les jacobins de la veille, devenus les meilleurs agents du pouvoir rénovateur, savouraient cette jouissance suprême, de faire les dégoûtés, tout d'abord, en face des riches présents des petits autocrates allemands, et puis de les accepter, par un retour de courtoisie, et de jeter aux donateurs, enfin, un peu de terre ecclésiastique, par pitié ; un ancien homme d'Eglise, Talleyrand, présidait, avec une aisance souveraine, à cette expropriation de Dieu^ ; à bon escient et
i. Voir Denis, V Allemagne, 1789-1810, p. 166. — La convention secrète du 23 mai 1802 entre Napoléon et la Pruf^se garantissait à cette puissance les érèchés de Paderborn et d'Hildesheim, l'Eichsfeld, Erfurt, Untergleichen, la rille et tine partie de l'évôché de Munster, ainsi que les abbayes d'Elten, d'Essen et de Werden. Ces acquisitions étaient hors de proportion avec ce qu'elle avait perdu. Elle y gagnait un accroissement de plus de 400.000 âmes. Par une convention annexe (Martens, Supplément au Recueil des traités, III, p. 219-221), le prince de Nassau-Orange recevait l'évèché et Tabbaye de Fulda, les abbayes de Gorvey et Weingarten, et d'autres territoires, le tout réversible à la couronne de Prusse, en cas d'extinction dans la ligne directe masculine du prince d'Orange. La convention du 24 mai 1802 garantissait à la Bavière les évèchés de Wurzbourg, Bamberg et Passau, Freising, Augsbourg, Ëichstâtt et d'autres villes impériales : elle avait perdu 580.000 habitants, elle en recevait près de 900.000 (Armand Lefevbre, op. cit., I, p. 225-'.>2(3).
2. Voir Qagern, Mein Àntheil an der Politik, I, p. 119 (Stuttgart, Cotta, 1823), et Scheglmann, op. cit., I, p. 234-237.
au mieux de nos intérêts, il imposait à Dieu, comme successeurs, tantôt le Hohenzollern protestant, tantôt le Wittelsbach catholique, tantôt quelque autre larron de môme rang. La Russie, d'avance, approuvait ces bouleversements*; la Prusse et la Bavière occupaient sans retard, et sans demander à l'empereur nulle permission, les domaines dont la France les investissait; l'Autriche souffrait cruellement en constatant que les chartriersde TEglise d'Allemagne étaient revisés et déchirés à Paris, mais elle se consolait en acceptant elle-même une aumône sortable pour un de ses archiducs, maltraité jadis par la paix de Gampo-Formio 2 ; et les augustes Excellences de la députation d'Empire, figurants un peu ridicules, n'avaient plus qu'à courber leur morgue et leur pompe devant les décisions prises parle Premier Consul.
On les vit en février 1803, solennels et dociles greffiers, enregistrer, en un recès célèbre^^, les multiples transferts de propriété par lesquels l'Eglise germanique perdait 3.162.576 sujets et 21.026.000 florins de revenus annuels^. Puis la députation d'Empire se sépara, et les innombrables morceaux de l'opulent édifice qu'était jadis
1. Voir le texte de l'arrangement franco-russe dans Martens, Supplément au Recueil des traités. III, p. 238-310. — Cf. Ai*mand Lefebvre, op. cit., I, p. •2V3-224 et 226.
2. Sur l'attitude de l'Autriche, voir Armand Lefebvre, op. cit., I, p. 219- 221 et 226-231.
3. Le texte du recès est publié dans Martens, Supplément au Recueil des traités, lU, p. 231-355.
4. Tels sont les chiffres donnés en 1816 par Kliiber, Vehersicht der diplomatischen Verhandlungen des Wiener Congresses, III, p. 404 (Francfort, Andreœ, 1816). — Sur la rive gauche du Rhin, l'Église perdait 800.600 sujets ; sur la rive droite, 2.361.176. — Sur l'assemblée et Je recès de Ratisbonne, voir Armand Lefebvre, op. cit., I, p. 228-234.
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l'Eglise d'Allemagne firent la gloire et la joie des propriétaires nouveaux. Chacun de son côté, ils fondirent sur leur lot de terre, avec une avidité de parvenus. En commissions et en frais de courtage, en humiliations et en platitudes, cette part, petite ou grande, leur avait tant coûté, que leur droit de propriété s'exerça sans merci : évêques et chanoines, moines et moniales, furent traités comme des coupables auxquels grâce n'était faite d'aucune confiscation*.
En Bavière surtout, les excès de la sécularisation furent odieux 2. Le commissaire du Gouvernement, à Bamberg, alla jusqu'à emporter un ostensoir avec des hosties ^ ; les capucins, à Munich, furent chicanés par la police, parce qu'ils voulaient prendre avec eux quelques pots de fleurs et quelques livres ^; la cathédrale de Freising, sans l'intervention du futur roi Louis 1", allait être livrée à un boucher, moyennant 500 florins; à Schwarzhofen, on démolissait la belle sacristie des Dominicaines, et puis on faisait bâtir une école que les locaux de la sacristie eussent très convenablement abritée^. L'affranchissement des esprits était enjeu, et les « nids de la superstition devaient être
1. Le fonctionnaire chargé par le prince d'Orange de prendre possession de Fulda proclamait ironiquement que le prince-évêque de Fulda, comme membre d'une congrégation, avait fait vœu de pauvreté, et lui cherchait chicane pour les tonneaux de vin de Johannisberg qu'il avait vendus (Bruck, I, p. 105-i07).
2. Dès février 1802, Montgelas avait créé une commission spéciale chargée de s'occuper des cloîtres, sur laquelle on trouvera des détails dans Seglmann, op. cit., I, p. 190-222. — Comparer, au sujet du Wurtemberg, le livre de M. Erzberger : Die Sàkularisation in Wûrttemberg von 1802-1810, ihr Verlaufund ihre Nachwirkungen (Stuttgart, Deutschea Volksblatt, 1902).