Briick, I, p
5. Ringseis, Erinnerungen, I, p. 47-48 (Ratisbonne, Habbel, 1880).
détruits » : ainsi paflait-on dans l'entourage du ministre Montgelas^ et Ton agissait à Tavenant. C'en fut fait des grandes bibliothèques monastiques :1e cloître deSaint-EmmerandeRatisbonne, qui avait été, durant lexvm* siècle, Tundes principaux foyers d'études de l'Europe, dut en un clin d'œil se vider de ses moines et de ses livres, et rie fut plus qu'une curiosité archéologique^. Nombre d'ouvrages de valeur furent vendus au poids du papier; des collections qu'avaient amassées les siècles furent dilapidées^. C'en fut fait des dix-huit universités catholiques de l'Empire, condamnées à la mort par indigence, et de ces rapports d'intimité féconde, qui se nouaient, dans ces universités, entre professeurs ecclésiastiques et élèves^ et
1. Le mot est cité par Ringseis, Erinnerungen, I, p. 47-48. — tin pamphlet très violent, ptiblié en Bavière tout de suite après l'avèiiement de Montgelas/réclamait l'emploi de quelques biens monastiques pour des l)uts d'instruction et de bienfaisance (Briick, I, p. 166). — Sicherer, tout favorable qu'il soit à Montgelas, accuse de dureté, de précipitation et de manque d'égards la commission chargée de la sécularisation {Staat und Kirche in Bayem, 1799-1821, p. 46. Munich, Kaiser, 1874).— Sur Montgelas et ses collaborateurs Weichs, Topor de Morawizky, Seinsheim, Zendtner, voir Scheglraann, op. cit., I, p. 154-156.
1. Voir, sur le centre de théologie qu'était au xviii» siècle, grâce à l'abbé Martin Gerbert, le monastère bénédictin de Saint-Biaise dans la Forêt Noire, Werner, Geschichte der katliolischen Théologie, 2* édit., p. 178-190;
— et, sur le centre scientifique qu'était Saint-Emraeran pour l'histoire, la physique et les sciences naturelles, deux articles de M. Bndres dans les Historisch Polilische Blàtter, 1809, I, p. 81-97 et 157-168.
— Cf. une lettre du chanoine Geiger à l'historien Hurter, dans Heinrich Hurter, Hurter und seine Zeit, I, p. 90 (Grate, Vereinsbuchdruckerei, 1876). — Les Annales des Bénédictins de Bavière* écrites de 1684 à 1772 par plusieurs générations de Bénédictins, forment une œuvre historique manuscrite importante {Historisch Politische Blâtter^ 1900, U, p. 106 et suiv.). — M. Endres a publié la correspondance des Bénédictins de Saint-Emineran avec ceux de Saint-Maur (Stuttgart, Roth, 1899), et la vie de l'un des plus illustres d'entre eux, Frobenius For8ter(Fribourg, Herder, 1900).
8. 12 kreuzer à 1 kreuzer, tel était, suivant le format, le prix auquel se détaillaient les volumes de ces vastes bibliothèques théologiques ; et la dispersion les emportait jusqu'en Amérique et jusqu'en Russie (Ringseis, Brinnerunyen, I, p. 48).
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dont le spectacle inspirait au philosophe Jacobi et au jurisconsulte Savigny je ne sais quel attrait pour le catholicisme lui-même ^ C'en fut fait, enfin, de ces fondations qui procuraient aux petits paysans pauvres Thospilalité frugale d'une abbaye voisine et leur assiiraient, à peu de frais, beaucoup de science*. En évoquant le souvenir de tant de ruines, Thistorien Niebuhr, peu d'années après, flétrissait la suppression des cloîtres comme un désastre pour la culture* intellectuelle 3; et Max-Joseph de Bavière, qui s'en reconnaissait en quelque mesure responsable, eût voulu, de confusion, arracher ses cheveux gris^. L'Allemagne
1. Voir à ce sujet utie intéressante lettre de Savigny, alors professeur à l'Université de Landshut, écrite au pasteur Bang, le 25 septembre 1809 (Enneccerus, F.-K. Von Savigny und die liichtung der neueren Bechtswis- Éenêcfiaft, p. 57-62. Marbourg, Elwert, 1879).
2. Tels, par exemple, ce séminaire et cette Jaibliotlièque que l'Ordre Teutonique avait fondés à Mergentheim ; et le jeune Moehler, fils de pauvres gens du voisinage, devait chercher la science ailleurs (Knoepfler, Johann Adam Moehler, p. 5, Munich, Lentner, 1896). — De 1790 à 1820, Ringseis compte 24 étudiants originaires de Schwarzhofen ; de 1855 à 1870, 5 seulement; le cloître n'était plus là, offrant des facilités économiques pour l'étude (Ringseis, Brinnerungen, I, p. 59). — « Dans l'intérieur des domaines laïques, écrit Pacca, à propos dune abbaye de Bavière, tout offrait l'aspect d'une vie de souffrances et de misères, tandis que les paysans de l'abbaye, bien vêtus, bien nourris, avaient bonne mine et portaient sur leur visage un air de joie et de contentement, preuve certaine de leur bieti-étre. » (Pacca, Œuvres, II, p. 279.)
3. Niebuhr déclarait devant Ringseis que, « pour l'exécution d'entreprises littéraires coûteuses et de longue haleine, la perte des cloîtres est complètement irréparable» (Ringseis, £'rmnerMn<7en, I, p. 58).— Cf. Bôhmer écrivant à Perta, le 4 juin 1844, qu'il souhaiterait la publication complète des Regestes des Papes, et ajoutant : « J'avoue que j'aurais une impression très désagréable si je les recevais de Berlin. Les catholiques devraient prendre à cet égard quelque initiative ; on peut les excuser de ne le point faire, puisqu'on a pris, en Allemagne, les ressources de leur église. » (Janssen, Bôhmer'ê Leben und Brie fe, II, p. 378-379).
4. Ringseis, II, p. 208. n. 1.— Montgelas lui-même, plus tard, voulut décharger sa responsabilité : en 1824, il faisait dire au futur Louis I'^ par l'intermédiaire de Ringseis, que le véritable instigateur de la suppression des cloîtres gavait été, non pas lui, Montgelas, mais Zendtner (Ringseis Erinnerungen^ I, p. 50*51, n. 1).
catholique, comme la France catholique, était pour longtemps découronnée de cette sorte d'aristocratie du savoir, à laquelle les monastères ménageaient un docte et fructueux loisir.
Ce fut à la longue, seulement, qu'on reconnut ces irréparables effets. Sur l'instant, nous dit Pacca, « les bons catholiques attribuèrent Tinjuste spoliation de l'Eglise d'Allemagne à un juste châtiment du ciel, attiré par l'irréligion et le dérèglement des mœurs du clergé* ». Le cruel réveil des électeurs ecclésiastiques fut sans doute moins pénible à la Cour de Rome que ne lui avait été leur confortable assoupissement; elle s'alarme moins des secousses profondes que d'une stagnation prolongée. Lorsqu'on sut, au Vatican, que ces puissants de la veille étaient déposés de leurs sièges, que ces riches de la veille avaient désormais les mains vides, qu'une Eglise seigneuriale était devenue mendiante, on se disposa, par habitude de chancellerie , à protester contre ce cruel traitement; mais l'on pensa que peut-être, derrière le gestede Bonaparte, quinelaissaitquedesdécombres là où avait été l'Eglise d'Allemagne, se dissimulait quelque vouloir de Dieu ; que cette brusque misère était une expiation trop longuement méritée; et que cette Eglise coupable était trop humiliée pour n'être point un jour exaltée^. Rome
1. Pacca, Œuvres, II, p. 241-242 : « Dix ans s'étaient à peine écoulés • depuis que les archevèqufts avaient porté à la diète de Ratisbonne l'accu- ' sation contre les nonces, depuis qu'ils avaient recouru aux princes séculiers ! pour être, comme disaient leurs ministres, délivrés du joug tyrannique
des nonces pontiflcaux, et ces mêmes princes, qu'ils avaient appelés à leur aide, se partageaient tranquillement les États et les principautés ecclésiastiques, réalisant ainsi la fable du cheval, du cerf et de l'homme. »
2. Pacca, dans ses Mémoires, se console de la sécularisation en son- i
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ne déteste point que ses fidèles, et même ses pasteurs, sachent trouver, dans un certain Mea culpa^ la force de comprendre les révolutions et de les pardonner.
Au lendemain de ces changements territoriaux, la situation des catholiques, en beaucoup de pays allemands, était toute nouvelle, et d'autant plus inquiétante, par sa nouveauté même, qu'elle était soumise au bon plaisir des divers Etats dans lesquels ils se trouvaient englobés.
Le roi de Prusse, jusque-là, avait été, en Allemagne, le seul souverain protestant qui possédât des sujets catholiques ^ La situation légale de ces catholiques, dans le royaume de Prusse tel qu'il existait avant Frédéric II, avait été fixée par le traité de Westphalie et par diverses conventions diplomatiques; c'était une matière qui ne relevait
géant que les évêques, à l'avenir, furent moins enclins à se détacher du Saint-Siège et à jouer le rôle de patriarches de Constantinople, — que les préoccupations du ministère pastoral prirent dans leur vie une plus grande place, -- et que la naissance eut moins de poids dans la composition des chapitres. Brûck (I, p. 125-126) fait quelques réserves sur ces jugements de Pacca.
1. Il y avait dans les provinces prussiennes, vers 1740, sur 2.328.075 habitants, 166.485 catholiques. En Prusse, Lauenburg, Bùtow et Draheim, anciens fiefs de Pologne, leur condition était réglée par les traités de Welhau et de Bromberg, conclus en 1657 avec la Pologne ; en Clève, Mark et Ravensberg, par les recês de 1666 et 1672 avec le Palatinat- Neubourg; en Gueldre, par le traité d'Utrechtde 1713 ; en Poméranie citérieure, par le traité de Stockolm de 1720; et dans le reste de la monarchie par les traités de Westphalie (Pariset, VEtat et les Eglises en Pt'usse sous frédéric-Guillaume /•' (1713-1740), p. 746-748. Paris, Colin, 1897).
ni du droit administratif, ni surtout du droit canon, mais plutôt du droit des gens ; et le roi de Prusse n'avait de comptes à rendre qu'aux puissances cosignataires de ces conventions, nulldment au Saint-Siège, et nullement à ses sujets*. Les conquêtes de Frédéric II étaient survenues, et Taspect religieux de la Prusse avait commencé d'être modifié^. Du jour où la Silésie fut annexée, il y eut en Prusse une question catholique, question de politique intérieure, qui fut tout de suite complexe et qui tout de suite s'annonça comme gênante ; et Ton avait commencé de sentir vaguement, à Berlin, qu'on ne la pourrait régler qu'avec l'aide de Rome.
Dès 1747, la Prusse avait chargé l'agent du Palatinat k Rome, le chevalier Coltrolini, de défendre les intérêts prussiens auprès de la Curie; après lui, l'office avait été rempli par l'abbé Mathieu Ciofani, puis par Guillaume Uhden, qu'on avait l'un et l'autre qualifiés de résidents^;
1. Que durant cette première période la liberté religieuse des catholiques de Prusse fût très convenablement assurée, c'est ce que prouve, en 1705, un curieux témoignage du gardien des Franciscains de Halberstadt, affirmant que s'ils étaient sujets d'un souverain catholique ils ne pourraient espérer un meilleur traitement (Lehmann et Granier, Preus^cn und die katholmbe Kirche seit 1640, VIII, p. V-VI. Leipaig, Hjrzel, 1902).
2. Pariset, op. cit.^ p. 745. — Sur la politique religieuse de Frédérip II et sur l'esprit de tolérance dont elle était empreinte à l'endroit des Gat))pliques, voir Adolf Franz, Katholik, 1899, I, p. 71. — Pacca, durant le court séjour qu'il fit à AVesel au moment de sa nonciature, recueillit le témoignage des catholiques en terre rhénane au sujet de « |a tolérance qu'avait exercée à leur égard le grand Frédéric II... Des religieux me dirent que quelque lourdes que fussent les charges qui pesaient sur eux, ils étaient sûrs du moins de pouvoir jouir tranquillement du peu de rentes qui leur restaient, et qu'ils n'étaient pas dans des transes continuelles, comme dans les pays des princes catholiques, de voir supprimer leurs couvents » (Pacca, (Êuwe«, II, p. 232).
3. Voir Bruno Gebhardt, Wilhelm von Bumboldt alg Siaatamannt X, p. 32- 35 (Stuttgart, Cotta, 1896).