‹ L'Allemagne religieuse (volume 3)Chapitre 94 sur 215 · Cf. Baumgartner, op. cit., III, p · texte numérisé non relu

Cf. Baumgartner, op. cit., III, p

6. Gœthe, Von deutscher Baukunst, édit. Kiirschner, tome XXVI, p. 173-183 ; et p. 149-169, la préface de Witkowski. — Cf. Poésie et Vérité, livre IX (dans les Mémoires, trad. Carlowitz, I, p. 214-216). — Encore faut-il remarquer qu'en attribuant cette cathédrale au «génie» d'Erwin de Sleinbach, Gœthe en parle trop, peut-être, comme de l'un de ces chefsdœuvre de l'architecture moderne qui traduisent plutôt l'art d'un architecte que l'àme dun peuple. Voir Baumgartner, op. cit., I, p. 113-114.

7. Encore faut-il tenir compte, au sujet de ce drame, d'une observation très pénétrante du P. Baumgartner : « Gœtz de Berlichingen, écrit-il, c'est le costume du moyen âge, ce n'en est pas l'esprit; c'est, au contraire, l'esprit individualiste. » Baumgartner, op. cit., I, p. 78-79.)

dans les œuvres poétiques ou architecturales du moyen âge et pour aimer ce que cet art et cette littérature eurent, si Ton ose dire, de démocratique, il laissait beaucoup à faire au romantisme ^ Arnim, Brentano, Gœrres, révélèrent auxix® siècle naissant l'Allemagne littéraire d'antan ; les frères Boisserée, de leur côté, révélèrent l'Allemagne artistique.

D'Heidelberg, en 1804, le mythologue Creuzerécrivait à Clément Brentano : «Si maintenant^, dans mes solitaires promenades au milieu des grandioses ruines du château, je sens la petitesse de notre moderne Allemagne, j'ai l'impression très vive que cette ville est le site propice pour des hommes qui portent dans leur cœur la grande Allemagne de jadis, qui peuvent concevoir en sa profondeur la vieille poésie romantique et la faire revivre d'une façon digne d'elle^. » Creuzer ne parla pas en vain : la ville devint, trois ans durant, l'élue du romantisme, et ces rapides années

1. On peut noter, aussi, uiHî denii-conipréhonsion du moyen âge dans la préface mise par Schiller à la traduction de V Histoire de l'Ordre de Malte de Vertot : « Le regard de mépris que nous jetons dordinaire sur cette période de superstition, de fanatisme, d'esclavage intellectuel, trahit moins le noble orgueil de la. force ayant conscience d'elle-même que le triomphe mesquin de la faiblesse, qui se venge par une raillerie impuissante de la honte dont elle n'a pu se défendre à la vue d'un mérite plus élevé... Les héros du moyen âge sacrifiaient à une croyance qu'ils prenaient pour la sagesse même, et qui n'avait sur eux un tel pouvoir que parce qu'elle était, à leurs yeux, leur sagesse, leur sang, leur vie et leur avoir. Quelque mal instruite que fût leur raison, ils obéissaient héroïquement à ses plus hautes lois ; et pouvons-nous, nous, leurs descendants raffinés, nous vanter de faire à notre sagesse la moitié des sacrifices qu'ils faisaient à leur folie? >> (Schiller, Œuvres historiques, trad. Régnier, I, p. 564. Paris, Hachette, 1860.)

2. Sur Georges- Frédéric Creuzer (1771-1858), voir Gœdeke-Gœtze, VI, p. 209-211.

3. Sur Brentano (1778-1842), voir Goedeke-Goetze, VI, p. 52-63.

4. Diel et Kreiten, Clemens Brentano, I, p. 206-207 (Fribourg, Herder, 1877).

furent fécondes* C'est à Heidelberg qu'Arnim et Brentano achevèrent, en 1805, la composition d'un livre révélateur, qui porte un titre bien romantique : V Enfant ail cor enchanté^. Les poésies populaires où rAllemagne du moyen âge avait tout à la fois épanché son imagination et affiné sa conscience étaient soigneusement recueillies par les deux chercheurs, poètes eux-mêmes; et c'était, grâce à eux, une Allemagne morte qui recommençait de parler. Sortie d'un silence séculaire, cette morte ne se lassait plus d'être éloquente : elle parlait par les lèvres de Gœrres, du haut de la chaire universitaire d'Heidelberg; elle parlait par sa plume, dans l'écrit qu'en 1806 il intitulait ; les Livres populaires allemands^. Elle continuait de s'épancher, en 1808, dans le journal VEinsiedlerzeitmig^ que publiaient, à Heidelberg encore, Arnim et Brentano^; elle allait bientôt s'équiper et s'armer — d'une armure moyen âge — dans les poé-

1. (iœthe publia lo compte rendu de ï Enfant au cor nirhanlé {des Knabi'n Wiindcrhurn) dans la Literaturzeiluny d'Iéna ; il souhaite que ces chants soient i)ort«\s de bouche en bouche; alors le livre pourra se perdre, * parce qu'il sera passé dans la vie et la culture de la nation » (Diel et Kreiten, op. cit., I, p. 20G-207). — Liinfnnl au cor enchanté., écrit Henri Heine, « renferme les fleurs les plus délicates de l'esprit allemand ». (De l'Allemagne., I, p. 81 G.) — « Je connais le livre i)resque par cœur, écri- Longfellow; de tous vos livres allemands, il est celui qui produit sur mon imagination la plus profonde et la plus magique influence >» (Diel et Kreiten, op. cit., I, p.20ô.) — Une édition en a été donnée en 1873-1870 par Birlinger et Crecelius (Wicsbaden, Killinger).

2. Die teulHchen Volksbûcher. Nàheve Wûrdigung der schônen nistorien, Wetter und Arsneybiic/ilein, welche theih innerer \Verth. theih Zufalt Jahrhunderte hindurch bis auf unsere Zeit erhalten hat (Heidelberg, 1806). Voir Galland, Jo.fe.ph von Gœires, p. 121-128 (Fribourg, Herder, 1876), et surtout Franz Schultz, Joseph Gôrres als Herausf/eber, Litterarhistoriker, Kritiker im Zusammenhange mit der jûnyeren Jiomantik, p. 84-124 (Berlin, Mayer et MûUer, 1902).

3. Gœdeke-Gœtze, VI, p. 73-74. — Le jeune Ringseis, le futur médecin de Louis de Bavière, envoyait à ce journal des poésies où s'exhalait sa fougue religieuse et patriotique (Ringseis, Erinnet^nyen, I, p. 89).

aies de chevalerie par lesquelles un descendant de réfugiés français, La Molte-Fouqué S devait se faire un nom dans la littérature germanique ; et déjà, dès 1809, cette Allemagne revivifiée animait de son souffle un des disciples de Gœrres, le catholique Joseph d'Eichendorff, dont le jeune lyrisme s'essayait à célébrer l'insurrection du Tyrol contre Félranger.

Amim et La Motte-Fouqué étaient protestants ; Gœrres et Brentano, catholiques d'origine, étaient h cette date éloignés de TEglise, le premier parles synthèses philosophiques où se complaisait sa pensée, le second par l'indolence de son vouloir et le laisser aller de ses mœurs. Mais, comme si c'était retrouver le catholicisme que de retrouver la vieille Allemagne, Voss les pourchassa de ses polémiques et les força de quitter le terrain : ils furent accusés de jésuitisme ; c'étaient « des natures de singes, habituées de Lorette » ; qu'avaient-ils à faire à Heidelberg2? « C'est une peine inutile, écrivait tristement Gœrres, de planter des fleurs avant que vienne le printemps : le rigoureux hiver possède aussi sur les esprits une sorte de droit^ 1 » Le bruit que faisait Voss n'était point stérile : Schelling, alors plus éloigné du catholicisme qu'il

1. Pour mesurer Tascendant de La Motte-Fouqué (1777-1843 : Gœdeke- Gœtze, VI, p. 115-131), lire une curieuse lettre que lui adressait plus tard Cousin : « Je suis plébéien, La Motte-Fouqué ; mais mon âme est à jamais enchaînée à l'idéal de chevalerie héroïque et chrétienne, que vous avez souvent peint avec tant de charme. » (Barthélémy Saint-Hilaire, Victor Cousin, I, p. 147, Paris. Hachette, 1895). — Voir, sur Fouqué, un article de M. Hallberg, Revue politique et littéraire, 1873, p. 135.

2. Diel-Kreiten, op. cit., I, p. 237-246. — En particulier, Voss, dans le Morgenhlatt de Cotta, trouvait une confirmation de ses soupçons de « jésuitisme » dans ce fait qu'Arnim et Creuzer tenaient sur les fonts baptismaux catholiques une fille de Gœrres.

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