PRÉFACE XXVII
l'Eglise apparaît à tous les regards, et qu'importe qu'elle ait secoué les entraves extérieures qui la paralysaient, si elle achève de succomber aux germes intérieurs d'une paralysie plus grave encore? Tandis que le catholicisme persécuté acquérait une puissance parlementaire, le protestantisme n'a jamais pu, par lui-même, appuyé sur sa seule force intrinsèque, devenir un facteur de la vie publique allemande ; il ne fut quelque chose dans l'Etat que par l'Etat.
« Dans l'ensemble, disait encore M. Stocker, le centre empêche le peuple catholique de tomber aux mains de la révolution. La raison évidente en est qu'il fait d'une force idéale, l'Eglise catholique, le facteur décisif de son existence en, tant que parti, et qu'il dévoue ses soins aux légitimes intérêts matériels de toutes les classes, même des travailleurs. Un parti qui, au sein du protestantisme, suivrait les mêmes maximes, obtiendrait les mêmes succès sans devenir un centre évangélique. A vrai dire, la dislocation du protestantisme rend impossible un parti qui ait l'importance du centre. Mais même un petit groupe avec de pareilles tendances pourrait faire beaucoup i. »
M. Stocker, même au temps de son crédit, ne put jamais fonder ce petit groupe.
1 D. Ev. Kz., 1897, p. 278-279.
XXVlIl PRÉFACE
Réduites à n*êire, si Ton nous passe ce néologisme, que des impersonnalités dans l'État, les églises d'Allemagne ne peuvent revendiquer pour le christianisme évangélique une action sur la vie publique allemande; c'est sans elles, en dehors d'elles, parfois contre elles, que l'idée chrétienne évangélique exerce cette action. Au cours du dernier été, on a vu le conseil suprême évangélique de Prusse expédier à M. de Slumm un message fort déférent, contenant un blâme contre les pasteurs de la Sarre \ les autorités du Hanovre révoquer des pasteurs qui avaient refusé d'associer leurs communautés, demeurées guelfes de cœur, à des fêtes commandées par la Prusse, et les autorités de la province prussienne de Hesse envoyer une vigoureuse mercuriale à des pasteurs coupables d'avoir flétri une infraction au repos dominical, commise ouvertement et en connaissance de cause par le président supérieur de cette province.
« C'est un intérêt urgent de la patrie, écrivait récemment M. Beyschlag à propos de ces incidents, que l'Eglise évangélique ne soit point entraînée
' Le ton de ce document, écrit le Reichsbote^ journal protestant conservateur, est plutôt celui du subordonné vis-à-vis d'un chot hiérarchique que celui d'une haute autorité d'Église vis-à-vis d'un membre de l'Église {Chronik, 1897, p. 265-266).